Nous célébrons bientôt, dans la dynamique du temps de Pâques, la fête de l’Ascension du Seigneur. Solennité étonnante, car tout au long de son existence sur terre, Jésus a fait le choix de se faire humble, proche des plus petits, des plus méprisés, des blessés de la vie, des rejetés de la société et de la religion. Il nous a ainsi révélé un visage de Dieu bien différent des représentations traditionnelles, qui insistent sur la gloire, la puissance et l’honneur. D’ailleurs on se figure souvent cette fête comme une glorification.

Retour au Père
Le symbole de l’Ascension est plutôt celui du retour au père, dont la présence est traditionnellement située dans les cieux. C’est par son humilité, son abaissement et sa proximité avec les plus petits de la terre que Jésus s’est montré le plus proche de l’authentique visage de Dieu. Lorsque Jésus partage la vie des plus bas dans l’échelle sociale des hommes, c’est alors qu’il est le plus divin et qu’il se révèle vraiment Dieu incarné. Cela donne tout son sens à cette fête de l’Ascension qui vient couronner la passion et la mort ignominieuse sur la croix : c’est quand il est au plus bas que Jésus est en fait le plus fidèle au projet de Dieu et qu’il incarne le mieux la Bonne Nouvelle chrétienne. L’Ascension n’est pas une récompense mais la continuité de l’incarnation de Jésus qui s’est fait petit, de sa naissance à sa passion sur la croix, et qui se révèle ainsi vraiment Dieu. On pourrait dire que la gloire de Jésus, c’est précisément son humilité, son abaissement, son enfouissement. Il est au plus haut de sa mission et de l’incarnation de Dieu quand il se fait le plus petit et le serviteur de tous.

Révolution
Si nous devions chercher un critère d’authenticité du message chrétien pour justifier le choix de cette voie religieuse parmi d’autres, ce serait, me semble-t-il, dans ce paradoxe apparent que nous le trouverions : le très-haut se révèle dans le plus petit. Les hommes ne sauraient inventer cela. Si nous devions imaginer un personnage qui incarnerait la divinité, nous ferions sans doute ce que font les hommes depuis la nuit des temps : ce serait un être fort et puissant, qui utiliserait les armes du pouvoir pour rétablir la justice et imposer aux hommes de bien agir. Ce serait un super-héros, un roi, un empereur, un président puissant, un justicier. Mais que la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer sans condition, à pardonner, à prendre soin des ceux qui sont aux yeux des hommes les moins « aimables », c’est révolutionnaire, et je me dis que ça ne peut venir que de Dieu lui-même qui s’autocommunique et se révèle dans sa singularité.

Conversion
Il est tout à fait compréhensible que l’immense majorité des juifs du temps de Jésus n’aient pas pu reconnaître dans cet homme humble et modeste le Messie annoncé et attendu. Ils espéraient un libérateur, un roi, mais pas un Messie pauvre, pacifiste, humble et vulnérable. Nous avons aussi parfois du mal à saisir cet aspect vraiment original du message chrétien, et nous résistons à faire notre cette manière de vivre. Il n’est qu’à regarder comment le président des États-Unis réagit aux discours du pape Léon sur la paix. Donald Trump et ses collaborateurs n’ont de cesse de dénigrer et de discréditer le pape lorsque ce qu’il dit ne va pas dans le sens de leur manière de voir les interaction humaines fondées, selon eux, sur la force, la manipulation, la peur et la haine. Selon la logique des hommes, il faut lier la gloire et la puissance, alors que dans la pensée chrétienne, c’est la gloire et la croix qui sont liées, pour reprendre le titre d’une œuvre magistrale du théologien Hans Urs von Baltasar. C’est tout le sens de l’incarnation, de la Bonne Nouvelle chrétienne : la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer, à pardonner, à encourager, à toujours espérer, à croire en l’homme… Et Dieu nous invite à incarner à notre tour cette Bonne Nouvelle dans nos vies et dans nos relations avec les autres.

Olivier