Pour comprendre ce qu’est l’Esprit Saint – le Verbe de Dieu, sa puissance d’amour, cette manière de l’appréhender comme présence au cœur de notre vie – je vous propose une comparaison avec le Soleil. Elle est sans doute un peu simpliste et limitée, mais elle peut nous aider à appréhender ce à quoi les chrétiens croient. Le Soleil, force d’énergie considérable, est à la source de la vie et de toute l’énergie de notre planète, comme de celle des autres éléments de notre système solaire. Ce qui permet d’avoir de l’énergie et de la vie sur Terre provient de différents cycles de transformation : la photosynthèse et d’autres processus qui produisent l’oxygène , le pétrole, le gaz, le charbon, les déplacements des plaques tectoniques, les mouvements de l’eau et des masses d’air, qui ont tous leur origine dans les apports énergétiques du Soleil… Les êtres humains sont le résultat d’une évolution longue et magnifique qui n’aurait pas pu avoir lieu sans l’énergie première qui vient du Soleil. Que nous respirions, que nous nous nourrissions ou que nous utilisions un appareil électrique ou thermique, nous puisons dans cette énergie. Cela peut nous aider à comprendre comment les croyants appréhendent l’action de Dieu : Il est source de vie, d’amour, de force. Il ne décide pas de tout ce qui se passe, mais il ne cesse de fournir son énergie, tout en nous laissant libre de l’utiliser et d’en faire le meilleur usage possible. Cette énergie, nous pouvons la nommer avec des mots religieux : l’amour de Dieu, la puissance de Dieu, le Verbe de Dieu, l’Esprit Saint.
Amour sans frontière
Cette manière de voir les choses peut aussi nous permettre de comprendre que l’amour de Dieu n’a pas de frontières. Partout où nous voyons les fruits de l’énergie, nous pouvons revenir à la source première qu’est le Soleil. Il en va de même pour l’Esprit Saint : partout où nous sommes témoins de fraternité, de justice, de solidarité, d’amour, nous pouvons discerner l’action de l’amour de Dieu. Nous ne pouvons imposer cette vision à ceux qui ne partagent pas nos références religieuses, mais nous sommes en droit, avec le regard de la foi, de reconnaître cette présence au cœur de tous, qu’ils soient croyants ou non, qu’ils s’inscrivent dans une religion ou dans une autre… Nous croyons que c’est à la même source que nous puisons nos capacités d’aimer et nos forces de vie. Certains expriment cela par des mots religieux, d’autres par ce qu’ils appellent les valeurs ou les principes, qu’ils soient humanistes ou philosophiques.
Les religions seraient-elles nocives ?
On peut alors se demander pourquoi on se casse la tête à mettre des mots religieux sur cette réalité, pourquoi on organise des structures humaines pour expliciter cette énergie, pourquoi on propose des rites et un culte au nom de cet amour de Dieu ? Quand on regarde l’histoire de l’humanité, on voit que souvent les religions ont été instrumentalisées au service d’idéologies qui n’avaient de religieuses que le nom et qui ne cherchaient pas le bonheur et l’épanouissement des femmes et des hommes qui y croyaient. Combien de manipulations, de génocides et d’atrocités ont été commises au nom de Dieu et des religions… Les religions sont gérées par des hommes, qui sont par nature faillibles et fragiles. Si elles ont été source de malheurs pour certains, ce n’est pas la nature de la religion ou de la divinité qui en est la cause, mais c’est la capacité de l’être humain à dévoyer les plus belles choses pour assouvir des désirs de conquêtes, de pouvoir, de vengeance, de violence. Les hommes ont instrumentalisé les religions parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient profiter de la vulnérabilité de ceux qui étaient dans une démarche de foi et de confiance, mais ils auraient trouvé d’autres leviers que la religion pour arriver à leurs fins.
Les religions, moyen d’incarner l’amour…
Si des rites et des structures existent encore pour accompagner la vie des croyants, c’est parce qu’en tant qu’humains, nous avons besoin de concrétiser ce que nous vivons intérieurement. Si la foi ne s’incarne pas, elle risque de s’éteindre. On ne peut se contenter d’aimer quelqu’un de manière uniquement sentimentale ; si l’amour ne passe pas par des mots, des gestes, des contacts, alors il s’étiole. Pour vivre notre foi, c’est pareil : nous avons besoin de nous retrouver pour célébrer et comprendre physiquement cette présence d’amour qui vient de Dieu. Cela nous aide à prolonger notre pratique spirituelle par un passage à l’acte : une foi sans action n’est rien, une pratique rituelle sans pratique fraternelle et solidaire n’est que du vent. Comme l’énergie n’est palpable que dans ce qu’elle produit, l’amour se révèle par ce qu’il produit dans le cœur des hommes et dans ce qu’il fait poser comme gestes. On ne peut pas distinguer l’amour en tant que tel, mais on en voit le résultat dans la vie des gens, dans les interactions humaines, dans les capacités de don, de gratuité, de sacrifice qu’il engendre.
Olivier