Nous lirons ce passage le 28 juin, le dernier dimanche d’ouverture de l’Œuvre.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Jésus disait aussi à ses Apôtres : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Le contexte
Cet extrait de l’Évangile selon saint Matthieu s’inscrit dans un discours de Jésus auprès de ses disciples et même ici auprès du cercle restreint des Douze.
Des disciples
face à l’adversité
La venue de Jésus de façon tout à fait paradoxale devient un lieu de contestation et d’opposition. C’est tout de même étonnant alors qu’il prêche l’amour du prochain et même des ennemis.
Les adversaires aux disciples du Christ seront nombreux, jusqu’au sein de son cercle le plus proche et même dans sa famille. Ils viennent de toute part, les partisans d’Hérode, les pharisiens, les zélotes… L’adhésion au Christ provoquera et provoque encore des persécutions. C’est ainsi que le disciple sera parfois confronté à un choix difficile, un conflit de loyauté : le Christ ou sa famille. Entre la pauvreté évangélique et le patrimoine, entre le chemin sinueux et sa propre maison, entre la vérité de la croix et un semblant de paix. C’est ce que développent les versets suivants.
Ce n’est pas bien sûr que Jésus veuille la guerre mais se positionner pour ou contre lui, pour ou contre son discours, sépare ceux qui adhérent à sa personne avec les autres.
À cause de moi
En apportant ce glaive « malgré lui » ou « à cause de son nom », Jésus ne prêche pas la pertinence de la guerre sainte ou juste, de la nécessité des conflits. Il n’entre pas dans une logique de haine. Jésus suggère qu’il faut encore aimer et non haïr ces proches qui ont rejeté celui ou celle qui a préféré le Christ : ce fils ou cette fille, ce père ou cette mère. Il ne s’agit pas d’opposer l’amour du Christ à la haine des parents, mais de continuer à aimer. Cependant, le salut et le bonheur du disciple ne sont plus au sein du cercle familial, mais dans le Christ. Pour la mission des Apôtres, il y a un choix radical à faire : perdre son lieu de vie habituel, à cause du Christ, pour y gagner le salut.
Prophète et juste
Le fait de quitter sa famille, son village n’est pas un choix pour la solitude. Le Christ s’identifie à ce disciple qui l’a préféré : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Ce faisant, le discours exige des autres disciples à devenir une maison, une nouvelle famille pour celui qui a tout perdu aux yeux des hommes : son nom et son patrimoine. Ce dernier reçoit le qualificatif de prophète et de juste. Deux termes qui riment avec « persécuté » et font écho au risque missionnaire et à la fidélité en Christ. Cette insistance à accueillir le rejeté à cause de sa foi, et à subir par voie de conséquences la colère d’une famille, évoque probablement, au temps de Matthieu, les réticences de certains apôtres et disciples à faire preuve d’une telle charité envers l’un des ces petits qui ont tout perdu.
« Il ne perdra pas sa récompense »
Nous sommes parfois gênés lorsque Jésus parle de récompense. Il y aurait dans ces propos une forme d’infantilisation malsaine. Une forme de retour à une théologie du mérite : Si tu es gentil, tu auras une récompense. À chacun de comprendre que la récompense, c’est la joie de recevoir Jésus, son salut, son amour.
Didier Rocca