Édito septembre 2025 > Une Œuvre chrétienne
L’Œuvre a été fondée par un prêtre de Marseille, Jean-Joseph Allemand, qui a créé une communauté pour les jeunes qui s’étaient investis depuis les débuts de cette aventure et qui étaient devenus ses proches collaborateurs. Il leur a proposé de se mettre au service des enfants en s’engageant dans la vie religieuse. Ceux que l’on appelle les Messieurs de l’Œuvre en sont les successeurs. Ce sont des chrétiens qui ont la charge et la responsabilité de mettre en œuvre les intuitions et la mission proposées par Monsieur Allemand et fondées sur l’Évangile.
La mission de l’Œuvre
Notre fondateur a défini la mission de l’Œuvre par une formule qui n’est pas très compréhensible de nos jours : « Aider les jeunes et les membres de la communauté à se sanctifier ». On pourrait dire avec des mots plus actuels : accompagner les jeunes dans leur rencontre avec Dieu, dans leur croissance humaine, afin qu’ils trouvent le sens de leur vie, qu’ils s’épanouissent, qu’ils grandissent en liberté, qu’ils se découvrent aimés et pardonnés, et qu’ils comprennent que le bonheur est dans l’engagement, le partage et le service. Ainsi ils avancent vers l’idéal que le Christ propose comme chemin vers la vie en plénitude. Monsieur Allemand et les responsables de l’Œuvre à sa suite ont ainsi veillé à accueillir le plus grand nombre de jeunes afin qu’ils trouvent leur chemin de sanctification, et pas seulement les jeunes déjà christianisés. Dans le contexte de la fondation de l’Œuvre en 1799, au sortir de la Révolution française, le christianisme avait perdu de son influence dans la société, et certains jeunes accueillis à l’Œuvre étaient issus de famille éloignées de l’Église. D’ailleurs, dans les anciens registres d’inscription qui sont dans nos archives, on trouve devant un grand nombre de noms de jeunes la mention : « tout à faire », pour dire que les enfants n’étaient ni baptisés ni catéchisés.
Pas seulement
pour les chrétiens
L’histoire de l’Œuvre couvre les xixe et xxe siècle, et au cours de son histoire elle a connu des périodes où les jeunes inscrits étaient presque tous chrétiens. L’Œuvre pouvait être considérée comme une Œuvre pour les chrétiens. L’époque actuelle, pour ce qui concerne l’appartenance religieuse des jeunes inscrits à St-Sa, présente des similitudes par rapport à l’époque des débuts de l’Œuvre. Certains jeunes inscrits ne sont pas baptisé ni catéchisés, issus de familles aux références religieuses mixtes ou indifférentes à la dimension religieuse. Les parents ne sont pas contre le fait que nous proposions à leurs enfants de découvrir le message chrétien et que nous les accompagnions dans une compréhension de la vie ouverte à la spiritualité, mais cette question n’est pas leur première préoccupation. Il y a aussi au sein de l’Œuvre des animatrices et des animateurs qui cheminent et ne sont pas baptisés ; ils sont cependant conscients que la dimension religieuse est au cœur de la vie de l’Œuvre, et ils sont partie prenante de l’aspect spirituel de notre proposition éducative. Ils avancent eux aussi tout en accompagnant les jeunes qui leur sont confiés. On peut donc dire que l’Œuvre est chrétienne bien que n’étant pas seulement pour les chrétiens ni pour faire des chrétiens, car nous ne pouvons pas obliger une personne à être chrétienne, le respect de la liberté de chacun étant un point fondamental de l’acte éducatif.
Une Œuvre chrétienne
La question de ce qui définit une Œuvre chrétienne est donc légitime. Si le but de l’Œuvre n’est pas de s’occuper exclusivement des jeunes chrétiens ou de convertir au catholicisme ceux qui la fréquentent, qu’est ce qui la définit comme chrétienne ? En réalité, l’Œuvre est chrétienne dans ce qui fonde son action et sa conception de la vie et de l’éducation. Nos manières d’accueillir les jeunes, de les accompagner, de les respecter, d’espérer en eux, de pardonner et d’ouvrir un avenir au-delà de l’échec ou de l’erreur, définissent la catholicité de notre action. À la suite du Christ, nous essayons de recevoir chaque jeune comme une personne unique, aimée et dépositaire de potentialités à faire émerger. À la suite des premiers chrétiens, nous essayons de recevoir chaque jeune comme étant le Christ lui-même, considérant que toute personne humaine est habitée par l’esprit d’amour de Dieu. Ainsi, ce qui fait que l’Œuvre est chrétienne, c’est sa manière d’être plus que le public auquel elle s’adresse. Est-ce un renoncement par rapport à la mission que l’Église nous propose d’assumer ? Bien au contraire ; car le but de l’Église n’est pas de s’occuper d’elle-même ni de faire nombre, mais d’être au cœur du monde le signe et le moyen de la présence et de l’action de Dieu. Cette présence de Dieu dépasse l’appartenance religieuse ou la pratique rituelle. Nous accomplissons notre mission chrétienne lorsque nous témoignons de cette foi en la présence de l’esprit d’amour de Dieu dans toute existence humaine. Dans le cadre de l’Œuvre, nous avons la chance d’exprimer en toute liberté notre foi et notre espérance en cette action de l’Esprit Saint dans le cœur des jeunes, tout en respectant la liberté et le cheminement de chacun. Cette liberté et ce respect nous prémunissent de tout pessimisme et de tout prosélytisme. Nous croyons que chaque jeune est habité par l’esprit d’amour de Dieu qui s’incarne de manière mystérieuse en nous, et qui se révèle lorsque nous arrivons à mettre la fraternité et l’amour au cœur de nos relations. Nous sommes invités, à la suite du Christ, à respecter le cheminement de chacun, à nous émerveillés des fruits de cette présence en chacun, et ce faisant nous avançons nous aussi sur notre propre chemin.
Olivier