Olivier

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Édito mars 2026 > Se convertir

On utilise souvent le mot conversion pour parler d’un changement de religion, alors qu’il exprime plus largement un changement de cap ou de direction. Et nous sommes invités à nous convertir au sein même de la religion, car nous n’avons jamais fini de nous tourner vers Dieu. Se convertir, ce n’est pas tourner le dos à une religion, mais s’orienter différemment.

La marche
Ce processus est à revivre régulièrement, car nous n’avons jamais fini de découvrir de nouvelles réalités au cours de notre marche. Notre vie ne ressemble pas souvent à un train qui fonce à grande vitesse sur des rails sans se poser de questions. Elle ressemble plutôt à une randonnée, avec des moments assez faciles, comme sur un chemin forestier bien tracé, mais aussi avec des moments plus compliqués, comme sur un sentier mal entretenu, qui demande à regarder de près les balises, les traces ou les cairns, et même parfois la carte et la boussole. Sur ces étapes plus ardues, il faut parfois revenir un peu en arrière lorsqu’on se rend compte qu’on a loupé une bifurcation, avec la possibilité de retrouver le bon chemin qui avait été perdu.

Le phare
Se convertir implique d’être en état de vigilance, avec la conscience que l’on peut se perdre ou se blesser. Il ne s’agit pas d’entrer dans un état d’inquiétude permanent, mais plutôt de garder en tête que nous ne sommes pas à l’abri de nous égarer ou de prendre une mauvaise direction. Parfois nos habitudes, le train-train quotidien, peuvent nous aveugler et nous entrainer à accepter ce qui n’est pas bon pour nous ou pour ceux avec qui nous vivons. Il y a un équilibre à trouver entre l’intranquillité qui épuise et l’assoupissement qui paralyse. C’est comme les phares qui accompagnent les bateaux. Ils ne les voient pas tout le temps et ils n’en ont pas toujours besoin, car il y a des moments où la navigation semble facile, mais les marins ne sont pas à l’abri de perdre le cap sans s’en rendre compte, et donc il leur faut régulièrement se fier aux phares, aux instruments de navigation et autres GPS.

La religion
Dans la vie spirituelle, la conversion ne se limite donc pas à un changement de religion, car se convertir signifie se tourner vers Dieu. Nous croyons qu’il n’y a pas plusieurs dieux, mais que toutes les religions sont au service de la relation de l’humanité avec Dieu. Elles utilisent différents mots, gestes, manières de relire l’histoire de l’humanité, mais elles cherchent à s’approcher d’une même vérité, d’un même mystère qui nous dépasse et nous englobe sans que nous puissions en faire le tour et le posséder dans sa globalité. C’est donc avec beaucoup d’humilité que les croyants doivent considérer leur religion, qui est un moyen humain, inspiré par Dieu certes, de nous faire entrer dans une réalité qui dépasse l’aspect matérialiste de nos existences. Nous ne pourrons jamais posséder toute la vérité sur Dieu. Nous n’avons jamais fini de découvrir ce que cette réalité divine apporte à nos existences humaines et implique de changement dans nos relations interpersonnelles. Cette attitude de recherche et d’humilité définit bien ce que peut être la conversion : être toujours en recherche et en marche.

Le tournesol
Nous pouvons évoquer une autre image, celle du tournesol. Tout au long de la journée, il s’oriente différemment pour suivre le soleil et bénéficier au maximum de son éclat et de son apport en énergie. Il en va de même pour les croyants. Nous sommes invités à nous convertir continuellement, c’est-à-dire à nous tourner vers Dieu, pour nous nourrir de son énergie d’amour et de sa Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons jamais considérer que nous avons fini d’avoir besoin de recevoir l’amour de Dieu, c’est un processus qui dure toute notre vie. Et lorsque nous avons négligé cette réalité en nous détournant de l’amour, il n’est jamais trop tard pour nous tourner vers Dieu. Dans nos existences, il y a des conversions « majeures », c’est-à-dire importantes, radicales, qui marquent une étape dans notre vie, parce que nous avons discerné qu’il nous fallait changer de chemin, et il y a aussi les conversions « quotidiennes », car nous avons avons toujours besoin de recevoir l’amour de Dieu pour bien le partager, même quand il nous semble que tout va bien et que nous sommes en adéquation avec la Bonne Nouvelle de Dieu.

Le carême
Le temps du carême, qui offre quarante jours aux chrétiens pour se préparer à célébrer la grande fête de Pâques, est précisément un temps de conversion. Pas seulement un temps d’efforts et de sacrifices, mais un temps qui nous est donné pour marquer une étape dans notre vie, pour faire le point et pour discerner s’il y a des choses à réorienter, que ce soit dans notre vie personnelle, dans notre vie de relation avec les autres ou dans notre vie spirituelle. C’est un cadeau.

Olivier

2026-02-11T10:19:52+01:00

Lettre du Villard – Fécvrier 2026

Le 7 février 2026

Bien chers amis,
Lorsque vous recevrez ce petit mot, vous serez donc entrés dans l’année du Cheval de Feu ! Il paraît que dans l’astrologie chinoise, le Cheval symbolise l’énergie, la liberté et le progrès. Nous ne pouvons que vous souhaiter de bénéficier de tout cela. N’oubliez pas de nous envoyer par la poste quelques photos des festivités auxquelles vous assisterez. Vous nous annoncez en effet de nouvelles vignettes qui doivent représenter des chevaux. Cela ravira Mademoiselle Reynaud qui admire les timbres de vos lettres qu’elle nous apporte. Il faut que vous sachiez qu’elle aime beaucoup ceux de 6 yuans1 qui représentent un oiseau d’un dessin particulièrement délicat. S’agit-il du rossignol de l’empereur de Chine2 ? Je ne crois pas car le camarade-président XI Jinping n’admettrait sans doute pas qu’on pût imaginer un tel rapprochement. Mais connaît-on Andersen en Chine ?
Au Villard, la neige est tombée en abondance ; elle colle aux arbres au point que votre tilleul paraît porter des bourgeons de neige. Les petits oiseaux ne savent où se poser et lorsque le ciel reste couvert nous croyons entendre les pépiements plaintifs qu’a si bien rendus Vivaldi dans l’Hiver des Quatre saisons. Nous nous sommes laissés entraîner à chausser les raquettes avec le colonel Gastinel qui ne veut pas vieillir. N’entend-il pas maintenant s’équiper de skis de randonnée électriques ? Il en est au stade de la documentation et j’espère qu’il en restera là. L’ami Béraud, incorrigible taquin, s’est cru obligé de lui citer l’Ecclésiaste3 : « Il y a un temps pour tout, etc. », ce qui a permis à Gastinel de lui répondre qu’avec des gens comme lui l’humanité n’aurait jamais progressé, qu’il fallait vouloir dépasser ses limites… « Et prendre ses désirs pour des réalités, n’est ce pas ? » a coupé Béraud, qui a repris : « Vous auriez dû faire de la politique ! Vous auriez été de ceux que je considère comme des farceurs et qui se plaisent à se qualifier de volontaristes, c’est-à-dire qu’ils ne tiennent pas compte du contexte économique et social dans lequel un pays doit évoluer. Mais –a-t-il ajouté – il faut bien reconnaître que nous avons tous, plus ou moins, des tendances volontaristes, que nous aspirons parfois à ce que nous savons ne pas pouvoir atteindre… En certain domaine, c’est peut-être le moteur de la sainteté… Allez, Gastinel, je vous remercie de m’avoir mis sur cette voie ! » « Il n’empêche, reprit celui-ci, que nous n’avons pas à dénigrer les bateleurs4 auxquels vous pensez car s’ils sont sur le devant de la scène, c’est bien parce que d’autres leur ont laissé la place.
Est-ce que nous nous sommes engagés en politique ?
Est-ce que nous nous sommes engagés en politique, avons-nous milité dans un parti dont les orientations soient proches de nos convictions, tenté d’influencer son orientation ? Non, bien sûr ! Alors, ne nous plaignons pas ! Cela m’a rappelé une conversation que nous avons eue sur ce sujet avant votre départ pour Shanghai. Vous me disiez alors que vous n’avez jamais voulu être membre d’un parti politique car il vous paraissait impossible d’être solidaire de toutes les prises de position. Pour vous, l’adhésion implique une solidarité totale. Je vous avais taquiné en vous demandant si ce n’était pas une excuse pour ne pas vous engager ; vous aviez convenu que l’objection méritait réflexion, et nous en étions restés là. « Ah ! Les convictions ! » s’était exclamé Béraud lorsque je lui avais fait part de vos scrupules. « Il est bon d’en avoir et douloureux d’en changer, surtout lorsqu’on a dû les défendre. » « Je ne pense pas que ce soit pénible pour tout le monde » avait dit Gastinel, qui avait étayé son propos de l’avis d’Edgar Faure, connaisseur en la matière : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. Peut-être – avait-il ajouté – le recours à l’intelligence artificielle aidera-t-il à clarifier les idées, à établir pour nos jugements des bases moins incertaines… » Poulenc, qui avait ralenti le pas pour nous attendre et qui n’avait entendu que nos derniers propos, s’est lancé dans une charge contre l’I.A., qui lui paraît comme une monstruosité qui va broyer nos sociétés, détruire des millions d’emplois et désaxer les opinions du plus grand nombre. Beraud lui a fait remarquer qu’il n’avait peut-être pas tort mais que l’expérience de l’humanité est là pour montrer qu’à partir du moment où une découverte procure des avantages à certains, ceux-ci n’ont de cesse d’en profiter, quelles qu’en soient les conséquences. « On l’a bien vu –ajouta-t-il – avec la bombe atomique ou avec les manipulations génétiques, pour ne citer que ces deux-là. Non, l’I.A. est là, et elle présente de tels avantages que le processus est sans doute irréversible. »
S’arrêter, c’est décider de ne pas fabriquer des machines
qui refuseraient qu’on les arrête
Les gens raisonnables disent qu’il faut savoir s’arrêter et s’arrêter, c’est décider de ne pas fabriquer des machines qui refuseraient qu’on les arrête5. Mais je crains que par esprit de lucre, par volonté de puissance ou simplement pour nuire, certains n’hésitent pas à faire mette au point des machines qu’on ne puisse arrêter. Et alors…
« Dites, dites –fit Mimiquet venu déblayer la neige devant chez vous et qui, nous ayant vus, s’était approché – ne devriez-vous pas conseiller aux hommes politiques français d’essayer de se servir de l’I.A. pour clarifier leurs idées et proposer des solutions aux problèmes dans lesquels ils pataugent ? » Gastinel lui répondit que chaque parti avait dû interroger la Pythie informatique, mais que, au vu des réponses qu’avait dû leur donner la machine, ils avaient certainement jeté la réponse au panier, de peur que leurs troupes leur reprochent ce qu’ils avaient dit et fait jusque-là !
J’espère que, comme vous, nous bénéficierons de l’énergie, de la liberté et du progrès que nous promet l’année du Cheval de feu pour aborder les défis des mois à venir. Il faut bien tout cela, n’est ce pas ?
Nous vous redisons toute notre amitié.

P. Deladret

  1. Yuan, appelé en Chine renminbi : littéralement « monnaie du peuple ».
  2. Le rossignol et l’empereur de Chine, conte de Hans Christian Andersen, 1842.
  3. Un des livres de l’Ancien Testament : « Propos de Qohélet, fils de David ».
  4. Bateleur : Artiste de rue faisant des acrobaties ou des facéties
  5. Interview de J. Bengio, dans le journal Le Monde du 24 janvier.
2026-02-11T11:58:11+01:00

L’Évangile du mois de mars 2026

En ce troisième dimanche du Carême, nous retrouvons l’Évangile de la samaritaine. En voici un extrait…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Jésus quitta la Judée et se mit en route pour la Galilée. Il lui fallait traverser la Samarie et c’est ainsi qu’il arriva à une ville de Samarie appelée Sichar… Jésus était fatigué de la marche et il s’assit auprès du puits. C’était l’heure de midi.
Arrive une femme de Samarie pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » La Samaritaine lui répondit : « Vous êtes Juif, comment pouvez-vous demander à boire à une Samaritaine comme moi ? » Jésus lui dit : « Si tu connaissais le don de Dieu et si tu savais qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé cette eau qui fait vivre, et il te l’aurait donnée. » Elle lui dit : « Seigneur, vous n’avez pas de seau et le puits est profond. Où trouvez-vous cette eau vive ? » Jésus lui dit : « Celui qui boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boit de l’eau que je lui donnerai ne connaîtra plus jamais la soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source intarissable de vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donnez-moi donc de cette eau ; je n’aurai plus soif et je n’aurai plus à venir en chercher ici. »

Le contexte
Jésus quitte la région de Jérusalem pour aller en Galilée. Pour y parvenir, il doit passer par la Samarie, région fort mal considérée par les juifs de l’époque. La femme qu’il rencontre est donc une étrangère d’une religion rivale, même si en réalité, les samaritains et les Juifs partageaient les mêmes promesses de Dieu et attendaient eux aussi le Sauveur.

Toi, un juif !
La conversation banale aurait pu tourner court. Ils n’ont rien en commun. Lui : un juif ; elle : une femme de Samarie. Lui : assis sur le rebord du puits ; elle s’avançant à cette heure chaude de la journée. Et pourtant, sur une remarque banale, tout bascule pour nous faire entrer dans un véritable dialogue, une conversation qui deviendra conversion.
L’évangéliste nous permet également de suivre la femme de Samarie dans ses déplacements spirituels. Ainsi nous passons de l’eau, quasi-stagnante, du puits, à l’eau vive. Et plus loin, de ce puits profond à la hauteur des montagnes, comme nous passerons aussi de la solitude de la Samaritaine à l’ensemble du village. Cette progression est éclairée par les titres que la femme et les samaritains donnent à Jésus. Il n’est d’abord qu’un juif, celui qu’elle appellera Seigneur, prophète, Christ avant que tous le professent Sauveur du monde.

Donne-moi à boire ?
C’est une histoire étrange, où Jésus, par son attitude, crée l’événement. Dans sa simplicité d’homme fatigué et assoiffé, Jésus vient rejoindre cette femme, non pas en la traitant de haut mais en lui demandant de l’aide pour pouvoir s’abreuver.
Même si la Samaritaine est surprise, déconcertée, la relation s’est établie avec Jésus.
Demander quelque chose à une personne, n’est-ce pas parfois une façon de la valoriser, de reconnaître qu’elle a quelque chose à donner ? La surprise de la femme et son étonnement cachent déjà sans doute une secrète joie. La glace est rompue. Le mépris a été balayé. Une nouvelle fois, Jésus remet une femme debout.

L’eau vive
Derrière la soif bien humaine, Jésus fait pressentir une soif plus profonde, cette soif de vivre qu’il est le seul à pouvoir étancher. Jésus joue un peu avec les différents sens du mot « soif ». Grâce à ce malentendu, Jésus permet à la samaritaine de faire un nouveau pas. La soif d’eau éprouvée par Jésus laisse place à la soif de Dieu, à la soif de vérité qu’elle ne soupçonnait peut-être même pas en elle. De la même manière, jeunes ou moins jeunes avons différentes soifs à assouvir. Soif de connaissance, soif de sensation forte. Mais au-delà, il peut y avoir une soif d’absolu, une soif de Dieu même si elle ne s’exprime pas clairement.

Pour actualiser…
Jésus vient nouer une relation avec chacun de nous par le biais de personnes qu’il met sur notre route. L’enjeu de cette rencontre est loin d’être anodin : accueillir en soi la vie de Dieu. C’est ce que nous pouvons vivre lors d’une messe ou d’un baptême. Dieu vient nous rencontrer afin de nous offrir sa vie ! On comprend mieux pourquoi cet Évangile est lu chaque année pour la célébration de la troisième étape de baptême des catéchumènes adultes. L’eau vive, c’est l’eau du baptême, cette eau qui donne la vie éternelle.

Didier Rocca

Le mot du mois : le puits
La référence au puits joue un rôle important. Il constitue un lieu indispensable à la vie d’une communauté, lui procurant l’eau nécessaire. Mais bien plus, le puits est un lieu de rencontre, favorable aux mariages. C’est près d’un puits que Jacob rencontrera Rachel, et Moïse, Cipporah. Un autre puits jouera le même rôle pour le mariage d’Isaac avec Rébecca. Le mot puits est donc synonyme de vie et de fécondité. Et ce puits de Sykar sera lui aussi témoin d’une vie nouvelle et d’une nouvelle alliance.

2026-02-11T10:26:57+01:00

Lettre du Villard – Janvier 2026

Lettre du Villard

Le Villard, le 10 janvier 2026

Chers Shanghaïens,

Nous avons reçu, avec la joie que vous devinez, votre adorable lettre datée du jour de Noël et nous nous empressons de vous répondre au prétexte de vous exprimer sans tarder nos souhaits les plus chaleureux pour vous et pour votre famille en ce début d’année. Je dis au prétexte, car nous sommes certains que vous n’attendez pas que nous vous confirmions nos sentiments amicaux et la profonde complicité intellectuelle dans laquelle nous nous retrouvons. Elle n’exclut pas quelques divergences sur des points que nous nous plaisons à considérer comme de détail, mais nous nous retrouvons avec plaisir sur l’essentiel. Notre amitié aurait peut-être plus de mérite si elle s’accommodait de différences, mais à partir d’un certain âge, il doit falloir être un saint pour aller au-devant de ce qui dérange. Et nous ne le sommes pas. Mais revenons à votre lettre !
Du Huangpu…
Vous êtes allés à la cathédrale de Shanghaï pour la messe de Noël et vous avez constaté que seuls les étrangers étaient admis à y assister. Que voulez-vous, Il faut bien que le régime se protège ! Le christianisme est tellement subversif ! Ce n’est peut-être pas l’avis de certains de nos politiques qui, précisément, le dénigrent, pour laisser s’épanouir divers obscurantismes dont ils espèrent qu’ils leur faciliteront l’accès au pouvoir. Vous nous apprenez qu’on fête Noël sur les rives du Huangpu, qu’on illumine la ville, qu’on décore des sapins, qu’on a adopté un certain folklore, à la façon des Français qui « fêtent » Halloween. Cela n’a pas grand sens ; c’est un prétexte pour se divertir. Et en voyant les Chinois « fêter » Noël, vous vous demandez si, finalement, chez nous, de façon plus ou moins inconsciente, nous ne vivons pas cette fête à leur façon, c’est-à-dire déconnectée de ce qui en est le principe. Ne parlons pas de notre société qui, depuis longtemps maintenant, a transformé le temps de Noël en foire commerciale dont on essaie de faire croire qu’il s’agit d’autre chose, en la saupoudrant de flocons de neige synthétique et en invoquant ce que les publicitaires appellent la « magie de Noël ». « Si ce n’était que cela ! », écrivez-vous, « mais qui osera affirmer que nous ne sommes pas contaminés ? » Ce qui vous gêne, ce n’est pas le fait qu’on se réunisse pour vivre les moments les plus chaleureux, les plus gais possibles, qu’on ait à cœur de partager le meilleur de ce dont on peut disposer, non, ce qui vous attriste est qu’on n’établisse plus la relation avec ce qu’on vit à ce moment-là et la raison pour laquelle on a toutes les raisons d’être heureux.
Je faisais part de vos remarques un peu désabusées à nos amis venus chez nous « tirer les rois ». Béraud, sans doute parce qu’il était certain de ne pas avoir la fève dans son morceau, s’est montré plus conciliant, en observant que ce que vous ressentiez comme étant la perte du sens de Noël n’était qu’une des expressions de la déconnexion entre le vécu de notre société et les principes dans lesquels elle est censée évoluer. « Nous aussi, notez bien, dans notre quotidien, nos choix politiques, dans notre façon de vivre nos croyances, nous manquons de cohérence. Même si nous attendons des autres, surtout lorsque nous ne sommes pas d’accord avec eux, que leurs actions ne soient pas décalées de leurs propos et que ceux-ci soient conformes à leurs principes. Le front ceint de la couronne, Gastinel, roi du jour, goguenarda : « N’auriez-vous pas en tête, cher sujet, telle pochade que donnent actuellement sur la scène du Théâtre Bourbon les coryphées1 des chœurs qui évoluent sur la scène de l’hémicycle ? » Béraud lui répondit que, s’il s’agissait bien d’une tragédie, le spectacle en cours faisait plutôt penser aux Grenouilles d’Aristophane2. « Je ne connais pas votre Aristophane ; observa Mimiquet, mais je vois très bien vos grenouilles-chefs de chœur sauter de pierre en pierre, sans trop se demander où ils vont trouver la rive, en essayant de traverser à gué le torrent de difficultés qui les séparent de l’élection présidentielle. »
… Au Gardon !
Poulenc, qui essayait de dissimuler le « sujet » dont il venait de sentir la présence dans son morceau, est revenu sur l’importance que nous attachions aux rites : « Je n’ai pas connaissance d’une société sans rite ; sans doute, parce que l’homme est un animal social, et parce qu’il a besoin de pratiques qui servent de ciment à une communauté. Ceci dit, la participation au rite est aussi l’expression d’une croyance partagée. Et, si vous déplorez que le rite ne renvoie plus nécessairement à la croyance, vous ne pouvez mésestimer les cas où le rite, vidé de son sens, tient lieu de croyance. » « N’auriez- vous pas en tête, intervint Gastinel, certaines religions essentiellement ritualistes ? » « Toutes comportent une part plus ou moins importante de rites, plus ou moins riches de sens, mais lorsque je constate que l’appartenance affirmée à une croyance se limite au respect des rites… je pense au Pont du Gard… Oui ; on admire les piles, les arches, mais, ce pourquoi l’ouvrage a été construit, ce qui en justifiait l’existence, l’eau, l’eau vivifiante ne passe plus. »
Sur ces paroles définitives (pour le moment !) il nous a versé les dernières gouttes de la Blanquette de Limoux qu’il avait apportée. Et nous nous sommes séparés car la nuit s’avançait…
Nos amis doivent vous envoyer leurs vœux ; recevez sans tarder les nôtres et permettez que nous ajoutions aux souhaits habituels que nous exprimons en cette circonstance, celui, tout particulier, de vous revoir bientôt.

P. Deladret

  1. Coryphée : chef de chœur dans la tragédie et la comédie grecque antique.
  2. 404 avant J.C.
2026-01-14T09:42:20+01:00

Édito février 2026 > Les bonnes actions…

Lors d’une discussion avec les animateurs, nous avons réfléchi sur la valeur des bonnes actions dans nos vies et dans notre relation à Dieu. Jouent-elles un rôle dans notre salut ? Dieu nous évalue-t-il sur nos gestes et nos actions ? Et si ce n’est pas le cas, alors pourquoi sommes-nous incités à faire le bien ?

Les bonnes actions
Dans l’éducation des enfants, les notions de mérite, de punition et de récompense sont omniprésentes de la part des adultes, consciemment ou inconsciemment. Il est difficile d’imaginer une société qui ne repose pas sur l’incitation à faire le bien plutôt que le mal. La morale est profondément ancrée dans la vie sociale. Nous sommes contraints d’adopter des comportements positifs, de nous respecter mutuellement et de veiller au bien commun, sous peine d’être jugés, condamnés et punis. Une société qui tolérerait la délinquance et la criminalité serait incohérente et invivable. La loi de la jungle n’est ni un postulat politique ni le fondement d’un projet de société, qui, au contraire, encourage les citoyens à vivre en paix, à prendre soin des plus vulnérables et à promouvoir la justice et l’équité.

Discerner ce qui est juste
Au-delà de ces considérations sociales et humaines, la spiritualité et les religions ont-elles quelque chose à nous dire sur la question des actes bons ? Une religion qui ne promeut pas le bien-être humain et le bien commun est inconcevable, sauf dans des conceptions perverses et avec des perspectives malsaines sur la vie en société et la religion. Malgré un vocabulaire parfois maladroit mais universellement compris, celui des « valeurs », il est rassurant que les valeurs des religions s’alignent sur les valeurs humanistes et sociales les plus élevées. L’originalité des religions ne réside pas dans l’incitation à la bonté, car toute société repose sur ce principe et met en place des mécanismes pour encourager une vie harmonieuse entre ses citoyens. Leur véritable singularité est d’accompagner les femmes et les hommes vers le bon, le vrai, le juste et le beau, en reconnaissant l’existence d’un critère supérieur pour discerner la vérité, un critère qui provient d’un Autre, que les religions nomment Dieu. Sans cela, l’homme risquerait de confondre ses désirs et ses délires avec la réalité, établissant ainsi ses propres critères de jugement, au point de considérer comme juste ce qui est injuste. L’idéologie nazie en est un exemple tragique, allant jusqu’à justifier l’extermination des Juifs, des handicapés, des Tziganes et des homosexuels, en niant leur humanité.

Le pardon
Les religions offrent une autre singularité remarquable : elles ouvrent un avenir à ceux qui se sont égarés. Il n’est jamais trop tard pour reprendre sa vie en main, se convertir à l’amour et marcher sur la bonne voie, celle de la fraternité et de la solidarité. C’est en cela que les religions sont liées à la morale, c’est-à-dire à la quête des actions justes. Elles nous enseignent que Dieu ne se focalise pas sur nos fautes et nos péchés, mais qu’il aspire à les combattre et à les transcender, non en nous enfermant dans nos erreurs, mais en nous offrant un avenir, une nouvelle chance et le pardon. C’est l’essence même des démarches de conversion, de pénitence, de réconciliation et de pardon, si importantes dans toutes les religions. Contrairement à de nombreuses idées reçues, les religions ne viennent pas nous annoncer une punition divine, mais nous lancent un appel à la conversion, au pardon et à l’amour. Sinon cela voudrait dire que le mal triompherait et aurait le dernier mot puisque la souffrance de la punition divine viendrait s’ajouter à celle du mal commis par le pêcheur.

La gratuité de l’amour de Dieu
Pour revenir aux bonnes actions, si l’on poursuit le raisonnement, elles sont essentielles car elles incarnent nos bonnes intentions et témoignent de notre conversion. Cependant, elles ne conditionnent pas l’amour de Dieu pour nous. Elles ne sont pas la cause de cet amour, sinon nous tomberions dans le piège du mérite. Elles sont plutôt la conséquence de l’amour gratuit que Dieu nous accorde. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes gentils et bons ; il nous aime tels que nous sommes. Parce qu’il nous veut du bien et qu’il est bon pour nous de vivre ensemble en harmonie, et que seul l’amour peut nous conduire à la joie parfaite, il nous donne son amour afin qu’il porte du fruit en nous. Ce fruit se manifeste par nos bonnes actions, nos engagements solidaires, notre vie fraternelle et notre capacité à nous révolter contre l’injustice. Cette vision concerne les croyants, mais je suis convaincu que si Dieu est tel que Jésus nous le révèle, alors son amour et son Esprit, même s’ils ne sont pas nommés ou reconnus comme tels, sont présents en chaque être humain. Peu importe, tant que l’être humain trouve en lui les ressources pour se relever après chaque chute et se tourner vers les autres.

Olivier

2026-02-06T11:16:34+01:00

L’Évangile du mois de février 2026

L’Évangile du mois est celui qui sera proclamé le dimanche 15 février.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Ne croyez pas que je suis venu défaire la Loi et les Prophètes : je ne suis pas venu pour défaire, mais pour accomplir. En vérité, je vous le dis, pas une lettre, pas une virgule de la Loi ne passera avant que ne passent le ciel et la terre : tout se réalisera. Si quelqu’un écarte un des plus petits commandements et enseigne aux autres à faire de même, il sera mis au dernier rang dans le Royaume des Cieux. Mais si quelqu’un les met en pratique et les enseigne, celui-là sera grand dans le Royaume des Cieux. Je vous le dis : si votre idéal de perfection ne dépasse pas celui des maîtres de la Loi et des Pharisiens, vous ne pouvez pas entrer dans le Royaume des Cieux. Vous venez d’entendre qu’on a dit à vos ancêtres : Tu ne tueras pas. Si quelqu’un a tué, il doit passer en jugement. Mais moi je vous dis : si quelqu’un se met en colère contre son frère, il mérite un jugement ; si quelqu’un traite son frère de fou, il mérite une sentence du Conseil suprême ; s’il lui a dit : ’Sois maudit !’ il mérite d’aller à l’enfer du feu.

Le contexte
L’Évangile de Matthieu est structuré autour de cinq grands discours. Nous lisons aujourd’hui une partie du premier, le plus connu, appelé le Discours sur la montagne. Jésus y détaille son interprétation de la Loi. Nous allons le voir, Jésus fait preuve d’une liberté impressionnante, en portant sur la Loi un regard personnel et original.

Accomplir la Loi ?
Jésus n’est donc pas venu pour supprimer quelque élément de la Loi mais pour l’accomplir, c’est-à-dire la porter à son achèvement. Par exemple, La Loi stipule qu’il ne faut pas tuer. Jésus sans nier cela nous mène plus loin en disant qu’il convient aussi, non seulement de ne pas se mettre en colère mais qu’il faut aller jusqu’au pardon. La manière de faire de Jésus est celle d’un bon pédagogue. Il nous fait aller toujours au-delà dans la logique de l’amour. Que cela nous semble difficile n’est pas étonnant, cela est bien au-dessus de nos forces mais Jésus ne nous demande jamais quelque chose sans nous donner les moyens d’y parvenir.

Amour de la Loi ?
Accomplir la Loi ne signifie donc pas la supprimer ni l’assouplir mais lui donner son vrai sens. Et sa signification véritable est à chercher dans l’amour de Dieu et du prochain. Comme le dira Saint Paul dans une de ses lettres, « l’accomplissement de la Loi, c’est l’amour ». Ainsi s’agit-il de passer de l’amour de la Loi dont les pharisiens sont les exemples les plus évidents à la loi de l’amour que Jésus nous propose.
Souvent, on imagine le Christ comme plutôt laxiste dans l’interprétation de la Loi. Or, la réalité telle que nous la présente l’Évangile est tout autre : Jésus n’a qu’un désir, faire la volonté de son Père. Il serait absolument insensé que Jésus n’ait pas voulu respecter la Loi qui vient de Dieu. Jésus a d’ailleurs pratiqué la Loi durant sa vie.

La mettre en pratique et l’enseigner
Le Christ nous rappelle que notre rapport à la Loi ne doit pas être qu’intellectuel. Il faut la connaître certainement mais il importe aussi de la mettre en pratique. La Loi est d’ailleurs essentiellement une pratique qui rappelle au croyant dans tous les moments de son existence que Dieu est au centre de sa vie.

Pour actualiser
Qu’en est-il de notre rapport à la Loi ?
Quels sous-entendus mettons-nous derrière cette réalité ? Sommes-nous convaincus que la Loi telle que Dieu nous l’a donnée est bonne, qu’elle n’enferme pas ? Sommes-nous persuadés que les excès de la Loi ne sont dus qu’aux hommes dans leur manière de l’interpréter ?

Didier Rocca

Le mot du mois : la Loi
Le mot « Loi » traduit l’hébreu « Torah », qui a le sens premier d’instruction. Il désigne aussi le Décalogue (les dix commandements ou les dix paroles), puis par extension toute la législation contenue essentiellement dans les cinq livres dits de Moïse (le Pentateuque). Il s’applique non seulement à la Loi écrite, mais aussi à ses commentaires oraux. Pour les chrétiens, la Loi n’est pas secondaire, il suffit de relire ce passage d’Évangile pour s’en convaincre, mais elle est seconde au sens où ce n’est pas la Loi qui sauve. La Loi est faite pour dénoncer le péché. Elle éclaire l’homme de façon objective sur ce qui est mal mais elle ne le libère pas de son péché. Seule la foi en Jésus-Christ peut sauver

2026-01-14T09:29:15+01:00

Conte pour Noël – Décembre 2025

Conte pour Noël
Le rabbin de Tante Léonie

Nous avions pour habitude, après la messe de Minuit, de passer, pour l’embrasser, chez Tante Léonie qui ne pouvait plus y assister et à qui nous apportions « un air de messe » , comme elle disait. C’était l’occasion, un morceau de pompe et un verre de vin cuit en main, de parler de la famille, des fêtes de Noëls du passé et, surtout, d’admirer sa crèche.
Cette année-là, nous avons été surpris d’y découvrir un nouveau personnage. Il était vêtu d’une sorte de robe de couleur violette ; il portait sur les épaules une grande écharpe et sur la tête un drôle de bonnet pointu. « Ah ! nous dit Tante Léonie, vous ne connaissiez pas mon rabbin, n’est-ce pas ? » Elle reprit : « Je cherchais à savoir s’il y avait un santon qui représente ce personnage depuis qu’en relisant la Pastorale Maurel, j’étais tombée – à la scène IV de l’acte V – sur le couplet d’un berger qui dit “Despuis long-tems dejà, lou rabin dou vilagi, nous disié…” Alors, je me suis renseignée et j’ai fini par trouver un rabbin chez un santonnier, André Fournier, à Seguret. Et, le plus fort, c’est qu’à peine installé dans ma crèche, il m’a raconté son histoire ! Vous ne me croyez pas ? Écoutez donc ce qu’il m’a dit » :
Figurez-vous que ce soir-là, j’attendais, au coin du feu, que le sommeil me gagne. Des coups tapés à la porte m’ont tiré de l’état dans lequel on se laisse volontiers glisser le soir, lorsque les prières sont dites et qu’on pense avoir accompli ses devoirs. J’allais gagner ma chambre lorsqu’on a encore frappé. On m’appelait. Un peu mécontent, je me suis approché de la porte et j’ai entendu : « C’est nous ! Ouvre-nous ! » J’ai reconnu par le judas deux bergers qui m’avaient vendu un agneau pour la Pâque. Je leur ai ouvert en leur faisant remarquer que ce n’était pas une heure pour déranger les gens. « Si tu savais ! », ont-ils crié « Si tu savais ce qui nous est arrivé et ce qui arrive à nous tous ! » Ils se sont mis alors à me raconter que pendant qu’ils étaient cette nuit-là dans la campagne à garder leurs troupeaux, des créatures ailées qui ne ressemblaient à rien de ce qu’ils connaissaient les avaient entourés en chantant d’une façon merveilleuse. Et elles leur avaient dit que le Messie, le Sauveur d’Israël, venait de naître à Bethléem. « Mais, avait remarqué un des bergers, Bethléem, c’est ici, c’est chez nous ! Alors, allons voir le rabbin ! Nous découvrirons le Messie ensemble. » L’un des bergers a même ajouté « Tu nous as toujours dit : “Mes enfants, nous sortirons de l’esclavage, le Messie viendra réparer tous nos maux, il naîtra pauvrement entre deux animaux…” Alors, puisque le Messie est né, ici, chez nous, viens Rabbi, avec nous. » Je restais silencieux ; je me demandais si lorsque je leur avais dit cela, mon espérance n’était pas plus grande que ma certitude. Je ne pouvais pas, pourtant, les décevoir. Alors, j’ai mis mon bonnet et je les ai suivis. Les étoiles scintillaient dans la nuit froide ; nous sommes tombés sur quelques personnes qui se demandaient ce qu’elles pourraient faire pour des malheureux qui se blottissaient dans une étable. Nous nous sommes approchés ; il y avait là un couple qui tentait de protéger du froid un tout petit enfant en le réchauffant entre un âne et un bœuf. « Vois ! Rabbi, ont crié les bergers ! Il est là ! C’est bien le Messie que tu nous as annoncé ! Et les deux animaux qui le protègent ! Vois ce beau sourire ! Et cette lumière qui rayonne ! C’est celle qui accompagnait les esprits qui nous ont dit qu’il venait de naître à Bethléem ! »
Je me demandais ce qu’il fallait en penser. J’ai essayé de leur faire comprendre qu’ils avaient dû rêver et que la lueur qui les avait réveillés les avait aussi égarés. Mais ils ne voulaient rien savoir. Je leur ai alors conseillé de retourner à leurs troupeaux pour éviter qu’ils ne s’égaillent et, pour les tranquilliser, je leur ai demandé de revenir le lendemain pour leur dire comment je voyais les choses.
Je suis rentré à la maison et j’ai réveillé ma femme pour lui raconter ce qui venait de se passer. « Mais tu n’as plus le sens commun ! », m’a-t-elle dit. « Le Messie, celui qui relèvera Israël, qui naîtrait dans une étable ! Il vaut mieux que tu ne dises rien à personne ; on se demanderait si tu n’as pas perdu la tête ! » Peu à peu, j’ai retrouvé mon calme et j’ai essayé de me souvenir de ce que la Loi disait de la venue du Messie. Pour ce qui est du lieu, me suis-je dit en priorité, la cause est entendue depuis Michée, qui a clairement prophétisé (5, 2) : « Et toi, Bethléem Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que naîtra celui qui doit régner sur Israël… » Bethléem était bien dans la Loi. Mais, à quelle date l’événement se produirait-il ? La question n’était pas à aborder à la légère, car que se passerait-il si on ne savait pas à quel moment accueillir le Messie ? Est-ce qu’il serait déçu ? Est-ce qu’il repartirait ? Est-ce qu’il se vengerait d’Israël son peuple ? Et même, qui pouvait dire qu’il n’était pas déjà là ? Qu’on avait peut-être laissé passer sa venue ? J’étais effondré. Au bout d’un moment, je me suis calmé. Je me suis rappelé que Jacob a annoncé que le signe messianique s’accomplirait lorsque celui auquel appartient le bâton de commandement le perdrait (49, 1-10). Et n’était ce pas le cas, puisque l’autorité était passée entre les mains des Romains depuis qu’ils avaient installé sur le trône cet infâme Hérode. En fouillant dans ma mémoire, j’ai aussi retrouvé que Daniel, qui avait vécu il y avait près de six cents ans, avait prédit (2, 39-45) à Nabuchodonosor que le Dieu du Ciel dresserait « le royaume qui ne serait jamais détruit », lorsque les quatre royaumes qui suivraient celui du Grand Roi auraient disparu. J’ai fait le compte et, effectivement, l’empire babylonien, les Mèdes, l’empire perse, et l’empire d’Alexandre avaient été détruits. Il y avait aussi la prophétie de Nehemie, qui a annoncé il y a près de cinq cents ans que Jerusalem serait reconstruite lorsque soixante-dix septénaires seraient écoulés. Soixante-dix septénaires, à mon calcul, cela fait environ quatre cent quatre-vingt-dix ans. Le temps de l’accomplissement de la prophétie était donc proche… ou arrivé ! Je ne savais plus que penser.
J’en ai reparlé à ma femme qui m’a fait remarquer que si le Messie avait voulu être reconnu, il se serait manifesté tel que l’avaient annoncé les prophètes, en roi, tenant le sceptre et qu’il n’aurait pas entrepris la reconstruction de Jérusalem en partant d’une étable. Elle m’a donc demandé de me taire pour éviter de prendre le risque qu’on me retire ma fonction de rabbin.
Je pensai que, ma foi, si c’est vraiment le Messie, il ne peut s’être contenté de se manifester seulement à nous, petites gens de Bethléem. Les scribes et les docteurs de la Loi ont sans doute été prévenus par d’autres. Ils nous le diront bien ! Alors, le lendemain, lorsque les bergers sont venus me voir, je leur ai demandé d’attendre qu’on leur dise ce qu’il fallait penser de la situation.
Je ne suis pas arrivé à leur faire admettre de ne pas parler de ce qu’ils avaient vu, de l’émotion qui les avait saisis, du bonheur qui les avait envahis, et, pour tout dire de la certitude qu’ils avaient que cet enfant était le Messie. Ils ont fait des confidences aux gens du village et ils les ont plus ou moins convaincus d’apporter un peu de nourriture à la famille. Je restais inquiet ; de temps en temps, j’allais jeter un coup d’œil. Et puis, un jour, j’ai rencontré devant l’étable de beaux personnages qui se sont présentés comme des mages, qui venaient du Levant, de très loin, qui avaient suivi une étoile qui les avait menés jusqu’à la cour du roi Hérode. Là, on leur avait conseillé d’aller voir du côté de Bethléem s’ils y trouveraient ce roi des juifs qu’ils cherchaient. Et, devant mes yeux, en voyant l’enfant, ces mages n’ont pas eu un moment d’hésitation ; ils se sont inclinés, lui ont présenté leurs hommages et quelques cadeaux. Nous avons ensuite un peu parlé de leurs croyances et il m’a semblé alors que ce qu’ils disaient de celui devant qui ils s’étaient prosternés était bien proche de ce que nous pensions que nous apporterait le Messie.
Je ne vous dis pas, reprit Tante Léonie, à quel point les Rois Mages ont troublé le rabbin ; aussi, lorsque leur caravane est repartie vers l’Orient, s’est-il empressé d’aller voir les bergers pour leur demander de convaincre la Sainte Famille de quitter Bethléem, puis de lui montrer le chemin qui la conduirait en l’Égypte.
Vous comprenez pourquoi, conclut-elle, j’aime tant mon rabbin !

J. Ducarre-Hénage
(qui remercie ici M. Régis Bertrand pour la photo de son santon de rabbin)

2025-12-23T15:32:10+01:00

Édito janvier 2026 > Où sont les prophètes ?

Lors des baptêmes, les chrétiens sont appelés à devenir prêtres, prophètes et rois. C’est une manière de dire qu’ils ont pour vocation de se laisser configurer au Christ, qui lui seul réalise pleinement cette vocation dans tout son être. La prière, l’annonce et le service, sont les fonctions des prêtres, des prophètes et des rois, et nous sommes invités à les mettre en œuvre dans nos vies.

Entendre les prophètes
Parmi nous il y a des personnes qui ont pour mission d’incarner plus particulièrement l’une ou l’autre des ces fonction de manière très radicale. C’est évident pour les prêtres ordonnés par l’Église, et qui ont leur équivalent dans toutes les religions. C’est aussi le cas pour les rois, ceux qui servent, qui gouvernent, que ce soit dans les structures civiles, professionnelles, religieuses ou associatives. Mais il me semble que notre monde manque cruellement de personnes qui incarnent la fonction prophétique. Il y a bien des lanceurs d’alerte et des personnes engagées qui essayent de faire entendre leur voix face aux rouleaux compresseurs idéologiques, commerciaux ou médiatiques, mais ils ne sont pas audibles ou entendus. Nous sommes tellement submergés d’informations et de discours de tous ordres qu’il est difficile d’avoir de véritables critères de jugement pour discerner le vrai du faux. Tout est mis sur le même plan : les paroles justes, équilibrées et prophétiques sont noyés dans le flots des idées toutes faites et des fausses informations.

Écouter les prophètes
Pourtant notre monde à grand besoin de ces voix qui nous permettent de mettre en perspective nos actions et nos choix. Nous avons trop souvent tendance à suivre la pensée unique et à nous laisser porter par des idéologies qui cachent leurs intentions mais portent des fruits de destruction et de déshumanisation. Comment se fait-il que nous soyons aussi indifférents aux injustices de notre monde et aux enjeux pour l’avenir, alors même que nous avons la prétention de faire partie d’une civilisation qui a grandi en liberté et en maturité ? Nous avons des moyens techniques et technologiques extraordinaires, nous accomplissons des merveilles scientifiques et nous sommes riches d’une pensée philosophique élaborée, mais nous sommes encore trop souvent aveugles au sujet de ce qui ne tourne par rond dans le monde. Nous sommes encore moins capables de prendre les décisions qui s’imposent et qui ne nous coûteraient pas énormément pour des résultats qui pourraient changer la face de la terre. Pourquoi sommes-nous sensibles aux invitations matérialistes et mercantiles des influenceurs de toute sorte, et cependant incapables d’entendre les cris de celles et ceux qui réclament plus de justice, de solidarité et de fraternité ?

Devenir des prophètes
De tout temps les prophètes ont été combattus et persécutés, car leur parole libre et vraie dérangeait. De nos jours, il n’est plus besoin d’attaquer les prophètes car ils ne sont tout simplement pas audibles. Comme Jean le baptiste, ils sont une voix qui crie dans le désert… Mais pour reprendre cette grande figure prophétique, nous pouvons avoir l’espérance de voir des fruits émerger de cette apparente stérilité. La mission prophétique nous concerne tous. Si les prophètes ne sont pas entendus de nos jours, peut-être qu’il faut simplement laisser émerger le prophète qui est en chacun de nous. Nous avons la capacité de discerner ce qu’il faudrait faire pour que notre vie ait plus de sens et pour que l’existence des autres soit meilleure. Pour cela il suffit de nous rendre attentif à notre intériorité – avec des mots chrétiens nous dirions à l’écoute de l’Esprit Saint qui habite en nous – et alors nous saurons prendre les bonnes décisions et trouver les bonnes attitudes pour changer le monde de l’intérieur. C’est une manière de concevoir la conversion : comprendre et croire que nous sommes véritablement habités par l’Esprit de Dieu qui nous éclaire. Ce ne sont pas nos ventres, nos peurs ou nos pulsions qui doivent nous diriger, mais cette capacité d’amour de Dieu présente en chacune de nos vies qui peut nous aider à bien discerner… Il faut bien sûr que cette capacité à prendre les bonnes décisions soit régulée par une conscience éclairée, et pour cela nous ne devons pas rester seuls pour discerner, car il y aurait un risque : nous pourrions prendre nos désirs pour la volonté de Dieu. L’insistance du pape François sur la synodalité était une sauvegarde contre ce risque : c’est en communion avec ceux qui nous entourent, en relisant l’histoire de notre monde et en prenant en compte les connaissances et les expériences des autres que nous avancerons dans la vérité. Nous sommes invités, dans la dynamique de la fête de la nativité, à incarner personnellement et collectivement la Bonne Nouvelle. Une sacrée mission…

Olivier

2025-12-16T16:14:47+01:00

L’Évangile du mois de janvier 2026

L’Évangile du mois raconte le Baptême de Jésus. Ce jour-là, à l’Œuvre, nous fêterons l’Épiphanie.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Le lendemain du baptême de Jésus, Jean le voit qui vient à lui et il dit :« Voici l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. Je parlais de lui lorsque j’ai dit : “Après moi vient un homme qui déjà me dépasse, car bien avant moi il était.” Je ne le connaissais pas, mais je suis venu avec le baptême d’eau pour qu’il puisse se manifester à Israël. »
Jean fit cette déclaration : « J’ai vu l’Esprit qui descendait du ciel sur lui comme fait la colombe, et il est resté sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé pour baptiser avec de l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras que l’Esprit descend et reste, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Cela, je l’ai vu, et je peux déclarer que c’est lui le Fils de Dieu. »

Le contexte
Jésus vient d’être baptisé la veille et Jean-Baptiste prend conscience peu à peu de l’impact de cette rencontre dans sa vie. C’est l’occasion d’une belle catéchèse sur l’identité de Jésus. Qui est-il vraiment ? Que dirions-nous de Jésus, nous qui le connaissons ? Comment parlons-nous de lui ?
Jean-Baptiste témoigne ici d’une relation intime avec Jésus et nous offre un portrait qu’il nous faut quelque peu décrypter.

L’agneau de Dieu
Un agneau est l’animal propre à être offert au Temple en holocauste. Jésus est donc celui qui, comme un agneau, va être sacrifié. En sa personne, il transforme les sacrifices sanglants d’animaux renouvelés en un sacrifice unique, définitif. La Messe est d’ailleurs le mémorial de ce sacrifice unique fait par amour. Plus de sang versé mais un amour offert.

Qui enlève le péché du monde
Le sens du sacrifice du Christ qui, au passage ne peut se résumer à la Croix mais englobe toute sa vie terrestre nous est révélé par cette expression. Jésus donne sa vie pour que le monde soit sauvé, pour révéler à l’humanité que ce n’est pas le péché, aussi grand soit-il, qui a le dernier mot. Jésus ne signifie-t-il pas « Dieu sauve ». Jésus est notre Sauveur. Il est venu nous sauver du péché, du mal sous toutes ses formes.
Bien avant moi, il était !
Nous apprenons ici de la bouche du Baptiste que le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, existe depuis toujours même s’il n’est entré dans l’histoire des hommes qu’il y a un peu plus de deux mille ans. Ce que Jean-Baptiste nous dit ici peut à juste titre nous plonger dans un abîme de perplexité. Pourtant, Jésus n’est-il pas pleinement Dieu ? Il ne l’est pas devenu, il l’est depuis toujours. Il est aussi vieux que son Père, si on peut dire, pour autant que la notion de temps ait un sens en Dieu.

La colombe
Cet oiseau est un symbole évocateur. Il rappelle la paix, l’innocence, la douceur. Plus encore, la colombe est un oiseau d’une telle discrétion qu’elle peut se déposer sur notre épaule ou sur notre tête sans même que nous nous en rendions compte. Ainsi, l’Esprit Saint « comme » une colombe s’approche de nous avec une grande délicatesse.

C’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint
Jésus est celui qui baptise dans l’Esprit Saint. Ne nous trompons pas, ce n’est pas tel prêtre ou tel diacre qui baptise, c’est le Christ qui baptise et ce baptême manifeste le don de l’Esprit Saint. Jésus transforme ce rite d’eau, rite de conversion opéré par Jean Baptiste en une « onction d’Esprit Saint » qui nous fait passer de la mort à la vie, au fond une nouvelle naissance.

Le Fils de Dieu !
Cette qualification est de grande importance. Jean-Baptiste anticipe une réalité qui ne sera saisie que progressivement à la lumière de la résurrection. Sa divinité est « révélée » lors de son baptême et à la transfiguration. L’usage du terme de Fils ne doit pas nous laisser croire que le Fils serait inférieur au Père. Il n’y a pas de hiérarchie en Dieu mais une communion entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Didier Rocca

2025-12-16T16:17:01+01:00

Camp Toussaint 2025 > les Benjamins

Les Benjamins à Carabelle

Enfin l’heure pour les Benjamins de partir à l’aventure. Pendant ces 5 jours, les BJ’s n’ont pas arrêté, toujours prêts à aider. À peine arrivées, voilà déjà que Matilde et Zoé n’arrivent plus à se différencier. Mais les BJ’s et les JKD’s ont su les aider et leur problème était réglé. Puis est venu le moment de dire au revoir aux Jeunes Cadets. Dans la soirée, deux maîtresses avaient besoin d’être aidées. Puis c’est parti pour une nouvelle journée, à peine réveillés, un bon petit déjeuner, puis c’est parti pour aider et cette fois-ci, les BJ’s ont passé un concours pour devenir chirurgiens même si ils n’avaient pas trop révisé. Dans l’après-midi, c’est par deux scientifiques en désaccord que les Benjamins ont été sollicités. Après un bon repas préparé par Véro, Marc et Arnaud, c’était la guerre à Carabelle, mais comme d’habitude, les BJ’s ont su trouver un terrain d’entente et le problème était réglé. Le lendemain, c’est par la team Scooby et les New-Yorkaises que les Benjamins se sont fait réveiller. Blaire, Serena et Georgina ont fait appel à la team Scooby et aux BJ’s car un fantôme hantait Central Park. Toute la journée, les BJ’s ont enquêté puis piégé le fantôme qui n’était autre que Serena. Après une bonne nuit de sommeil, c’est alors que Dora a sollicité les BJ’s car Chipeur n’arrêtait pas de chiper. C’est alors que dans l’après midi, Charlotte et Charline avaient perdu Charlie et les BJ’s ont assuré pour le retrouver malgré la pluie. Dernière soirée pour les Benjamins, encore une fois prêts à aider. Robin des bois et petit Jean, désespérés, ont demandé aux BJ’s de les aider à retrouver leur trésor caché. Pour les récompenser, Robin des bois et petit Jean ont donné leurs pièces aux BJ’s qui les ont savourées. Dernière journée, l’heure de nettoyer Carabelle de fond en comble est arrivée. Tout le monde est à fond. Dernièr repas puis dernier temps libre, tout le monde s’amuse ensemble une dernière fois en musique. L’heure de partir est arrivée, les BJ’s disent tous au revoir à Carabelle et puis retour à Marseille. Tout le monde rentre la tête pleine de souvenirs.

Anna & Pénélope

2025-11-18T14:57:34+01:00