La jeunesse se révolte, exprime son malaise et demande des changements profonds. Nous n’avions pas vu venir ce mouvement et nous pouvons en être surpris, mais comment ne pas comprendre l’inquiétude et la colère de jeunes qui grandissent dans un monde violent, où les sujets de préoccupation sont nombreux : sociaux, politiques, climatiques, éducatifs ? Dans ce contexte anxiogène, ils nous rappellent les véritables enjeux, et leur cri entre en résonance, me semble-t-il, avec ce que nous avons entendu dans la bouche du pape Léon lors de sa visite en France à la fin du mois de septembre : la solidarité, l’éducation, le bien commun, la sauvegarde du vivant, la santé, le souci des pauvres et des petits.

Les bienfaits de la révolte
Par « révolte », je n’entends ni la haine ni la violence, mais le refus de se résigner devant l’injustice : une indignation qui cherche à construire plutôt qu’à détruire. Entendue ainsi, elle n’a rien d’une menace. Elle peut être, pour la société comme pour l’Église, un véritable bienfait. Il faut savoir s’insurger, dénoncer les injustices, exprimer ce qui ne nous convient pas et vouloir changer les choses. C’est bon signe que les gens, et les jeunes en particulier, revendiquent et s’engagent pour changer le monde. On pourrait même dire que le véritable drame, c’est lorsque l’on ne peut pas se révolter, à cause de contraintes extérieures, en particulier sous des régimes totalitaires, ou par fatalisme ou défaitisme. Les chrétiens devraient se souvenir que le message religieux qui nous fait vivre se fonde sur une parole de révolte : Jésus était un homme libre qui a eu le courage d’exprimer des choses qui dérangeaient les pouvoirs politiques et religieux de son temps et qu’il en a payé le prix fort. Il nous a montré ce que c’était que la véritable liberté, il a su ruer dans les brancards et poser des paroles et des gestes révolutionnaires constructifs. Il nous ouvre le chemin et nous invite à être nous aussi libres et capables de nous engager.

Les sujets de révolte
Les sujets d’indignation ne manquent pas et ne doivent pas être conditionnés à des idéologies, à des a priori partisans, ou à la peur de déplaire. On peut s’étonner qu’il n’y ait pas plus de réactions face aux conditions indignes dans lesquelles les jeunes étudient, et qu’il faille que les jeunes descendent dans la rue, et se privent de leur temps d’études, pour trouver des solutions alors que les difficultés ne sont pas nouvelles et sont connues. On peut s’étonner que les jeunes ne réagissent pas clairement contre la présence de casseurs dans leurs cortèges ou leurs blocus et qu’ils n’expriment pas radicalement leur désapprobation de cette violence qui décrédibilise leur mouvement. On peut s’étonner que les pouvoirs publics et les responsables de l’État semblent accepter ou justifier les témoignages de violences policières à l’encontre de la jeunesse de France alors qu’ils doivent être garants de l’ordre et donc exemplaires sur cette question de la violence. On peut s’étonner que la jeunesse soit malmenée et négligée alors que les jeunes sont les adultes de demain et que ce sont eux qui vont écrire notre histoire future. On peut s’étonner que des manifestants pacifistes soient gazés ou violentés injustement par ceux-là mêmes qui sont là pour les protéger, ce dont témoignent beaucoup de jeunes et d’adultes qui les ont accompagnés ces dernières semaines. On peut s’étonner de constater que dans notre beau pays, modèle de démocratie, il n’y a pas une véritable culture du dialogue et de la négociation pacifique.

Savoir se révolter
Au lieu de réfréner la révolte, je nous invite à la faire grandir. Révoltons-nous contre ceux qui n’entendent pas le cri de la jeunesse et son mal-être : la santé mentale des jeunes est un enjeu majeur qui grandit depuis des années, il nous faut nous poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses. Révoltons-nous contre les systèmes qui ne cherchent que le profit, sans prendre en compte les personnes et les conséquences de choix égoïstes, aberrants et mortifères. Révoltons-nous contre ceux qui instrumentalisent les peurs et les inquiétudes légitimes avec des intentions électoralistes et un cynisme égoïste. Révoltons-nous contre ceux qui nous font croire que la violence est une solution et les clivages inévitables ; ils ne cherchent pas notre bien mais le chaos. Révoltons-nous contre les prophètes de malheur qui nous font croire que tout est fichu et que c’est la fin du monde ; ils nous poussent à devenir résignés et aigris, ils nous empêchent de nous engager pour que les choses changent. Révoltons-nous contre ceux qui nous disent que la paix, la liberté, la solidarité, la fraternité, l’égalité, ne sont que des idéologies enfantines et irréalistes.

Savoir s’engager
Se révolter, ce n’est pas seulement s’exprimer, c’est aussi s’engager. Une indignation qui ne se traduit pas en actes finit par s’épuiser, et l’amertume prend la place de l’espérance. Nous ne sommes pas tous appelés à de grandes responsabilités, mais chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, à sa mesure : prendre le temps d’écouter un jeune qui va mal et l’aider à trouver du soutien, rejoindre une association, une paroisse ou un mouvement qui sert les plus fragiles, refuser autour de soi la violence des mots comme celle des gestes, interpeller ceux qui ont le pouvoir d’améliorer les conditions de vie des jeunes. Ces gestes paraissent modestes, mais ils sont la manière la plus sûre de rendre la révolte féconde. Pour nous chrétiens, ils s’enracinent dans une espérance : celle du Christ, qui n’a jamais accepté l’injustice ni répondu à la haine par la haine, et qui nous ouvre un chemin de vie. Un monde plus juste et plus fraternel n’est pas une illusion enfantine, mais une promesse à laquelle nous sommes invités à travailler. Ne nous laissons donc ni happer par le défaitisme, ni enfermer dans le repli sur nous-mêmes : inventons ensemble notre manière de nous engager et de rendre ce monde plus juste et fraternel.

Olivier