Comme à chaque rentrée de l’Œuvre, nous sommes heureux et émerveillés de voir des jeunes de 16 ans s’engager au services des autres en faisant le choix de devenir les animateurs des enfants de l’Œuvre. C’est un beau mot « animer », et cela me donne l’occasion de donner aux filles et aux garçons qui assument cette belle responsabilité quelques conseils et repères, qui peuvent aussi servir à toutes celles et ceux qui sont, d’une manière ou d’une autre, éducateurs.
Se savoir aimé
Animer, c’est rendre vivant, c’est donner une âme. Et peut-être qu’il est bon de garder en tête que c’est d’abord à l’animateur lui-même qu’il est demandé d’en avoir une. Ainsi notre première mission d’animateur, c’est de veiller à discerner ce qui nous motive, nous fait vivre, nous nourrit, donne du sens à notre existence. Dans un monde où souvent on veut nous faire croire que le bonheur réside dans l’apparence ou la consommation, nous découvrons que le partage et le don procurent un bonheur qui dépasse les plaisirs artificiels que l’on nous vend. C’est bien pour cela que les animateurs s’investissent bénévolement et souvent dans la durée : quand on a goûté à cette joie profonde, on est marqué à vie et cela change notre compréhension de l’existence et du bonheur. Dans le cadre de l’Œuvre, ce qui fonde cette découverte, c’est le message évangélique. Jésus vient nous révéler le message de Dieu d’une manière limpide et concrète : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’est-à-dire gratuitement, sans jugement, sans arrière-pensée. Et les animateurs de l’Œuvre savent bien de quoi je parle : ils ont fait l’expérience d’être aimés, accueillis, respectés, mis en confiance, et c’est ce qu’ils désirent vivre à leur tour avec les jeunes dont ils ont la charge. Donc être animateur, c’est veiller à son âme. Une manière d’entretenir cette vie intérieure, c’est de nourrir notre relation à Dieu, par la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation aux sacrement et l’engagement – car le chemin le plus court pour rencontrer Dieu passe par le service des plus petits.
Éduquer à la liberté
Animer, c’est veiller à ce que les jeunes découvrent le trésor qui est déjà présent au cœur de leur vie mais qu’ils ne savent pas encore reconnaître ou nommer. Pour cela il faut les connaître, les prendre au sérieux, s’intéresser à ce qu’ils vivent, les écouter… Dans cette part d’accompagnement, nous sommes authentiquement animateurs, nous les aidons à prendre conscience de la richesse de leur vie et des talents dont ils sont porteurs. Accompagner, c’est aussi parfois ouvrir la route, orienter, conseiller, tout en ayant le souci de faire grandir dans la liberté. Car être libre, ce n’est pas faire toujours tout ce que l’on veut, au risque de rester un enfant capricieux incapable de supporter la frustration ou le partage. Ainsi, animer c’est éduquer à la véritable liberté, vis-à-vis de ce que nous entoure et des influences extérieures, mais aussi par rapport à ce qui résiste en nous et qui nous aliène : les pulsions égoïstes, les traumas de notre histoire, la jalousie… Cela peut paraître paradoxal et il faut beaucoup de délicatesse pour éduquer à la liberté, c’est-à-dire guider sans diriger, éclairer sans éblouir, nourrir sans étouffer, faire la vérité sans condamner… Un bon garde-fou pour l’animateur, c’est de se rappeler qu’il est lui-même en marche, en recherche, et que s’il a une mission et une responsabilité, il n’est pas au-dessus de la mêlée, ni arrivé au bout du chemin. Là encore, nous pouvons nous mettre à l’école du Christ qui est le modèle de l’animateur idéal. C’est bien le symbole du don de la bible aux nouveaux animateurs lors de la remise des clefs de l’Œuvre pendant la messe de la rentrée.
S’ouvrir aux autres
Une autre dimension de la mission de l’animateur, c’est d’ouvrir les jeunes à la rencontre des autres, de tous, dans un esprit d’ouverture, de partage, de solidarité, de respect. Nous ne sommes pas là pour mettre les gens dans des cases ou pour faire des sélections, ni pour nous occuper d’une catégorie particulière de jeunes. Le moyen privilégié dans la pédagogie de l’Œuvre, c’est la vie de groupe et les activités communes, en particulier le jeu. Dans ces moments de vie commune, nous nous éduquons mutuellement à recevoir l’autre comme un cadeau, souvent mystérieux et dérangeant, mais source de découverte et d’humilité. Nous découvrons aussi que nous ne pouvons vivre seul, et qu’avec les autres nous pouvons réaliser des choses bien plus belles que si nous étions restés isolés en nous appuyant sur nos seules forces personnelles. Ce n’est pas toujours facile de vivre avec les autres, mais c’est notre vocation. Saint Charles de Foucauld évoque la vocation à la fraternité universelle, qui est une belle manière de nous indiquer la mission de l’animateur. Par le jeu, les activités communes, les camps de vacances, nous découvrons que nous sommes engagés dans une même histoire, liés par un destin commun. Former un groupe, c’est découvrir que chacun a sa part à prendre pour contribuer au bonheur des personnes, à la réalisation de projets collectifs et au bien commun. En tant qu’animateurs, nous sommes invités ainsi à être cohérents par rapport à ce que nous annonçons, et donc à bien veiller à vivre cette fraternité avec ceux avec qui nous partageons la mission et avec qui nous faisons équipe, car nous savons d’expérience que ce qui porte du fruit c’est d’être accompagné par des témoins plutôt que par des donneurs de leçon ou des juges.
Olivier