Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. 
»

Le contexte
Aussitôt après la résurrection, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée. Ils ne sont plus que onze puisque Judas s’est suicidé. C’est alors que Jésus donne un discours d’adieu bref mais particulièrement saisissant. La Tradition place cela quarante jours après Pâques.

À propos des disciples
Les disciples ne semblent pas vraiment prêts à cette rencontre. Le doute qu’ils expriment est révélateur. De fait, comment ne pas se sentir proches de ces disciples qui doutent ? Souvent, la foi s’affermit par des moments de doute que l’on surmonte. En même temps, comment Jésus peut-il confier la « promotion du message évangélique » à des personnes qui l’ont à peine assimilé ? C’est l’occasion de rappeler cette formidable confiance que Dieu fait en l’homme et en l’Église. La mission confiée aux apôtres semble bien être une folie. Mais ils ne sont pas seuls dans cette entreprise : cet engagement n’est pas d’abord le nôtre mais celui de Jésus. Parfois, tel ou tel engagement peut paraitre bien lourd à porter ou à assumer, être animateur à l’œuvre par exemple ou prendre des responsabilités dans une association. En effet, mais n’oublions pas que c’est Dieu qui passe par nous. Il a voulu avoir besoin de nous, alors soyons sans inquiétude, Dieu est avec nous. C’est d’ailleurs le nom que Jésus reçoit dès avant sa naissance de Dieu « Dieu-avec-nous » ou Emmanuel. Ce nom est repris tout à la fin de ce passage : Je suis avec vous.

Au nom du Père, et du Fils 
et du Saint-Esprit
Cette expression est tellement habituelle pour les chrétiens qu’elle peut passer inaperçue dans ce passage d’Évangile. Pourtant, elle est unique dans les quatre Évangiles. « Au nom de » est une formule habituelle dans la Bible qui rappelle l’unicité de Dieu ; en même temps, les trois personnes sont bien nommées et bien distinctes. Lorsque Jésus invite ses disciples à baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, cela signifie que le baptême nous plonge dans la Trinité, cet Amour qui circule, se donne et se reçoit sans cesse. La Trinité n’est pas incompatible avec l’unité de Dieu parce que ses trois personnes sont unies comme les doigts d’une main.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps »
Cette dernière phrase de l’Évangile est particulièrement réconfortante. Nous avons là le rapprochement étonnant entre deux durées : l’une à notre mesure : tous les jours, donc chaque jour, et l’autre au-delà de notre portée, la fin des temps. Autrement dit, toute inquiétude quant à la fin des temps est sans consistance puisque la présence du Ressuscité « avec nous » est promise au cœur de notre existence quotidienne. La présence de Dieu n’est pas pour un plus tard mais pour aujourd’hui et toujours.

La boucle est bouclée
Au début de l’Évangile, Jésus arrive et nous dit la proximité de Dieu à notre égard. À la fin de ce même Évangile, Jésus s’en va mais ne nous laisse pas orphelins puisque l’Esprit Saint nous permet d’être avec Dieu par-delà les limites d’espace et de temps.

Didier Rocca

Le nom du mois : Ascension
Jésus qui monte au Ciel (son ascension) exprime son passage du visible à l’invisible. Les récits d’apparition n’ont qu’un but : Montrer que Jésus est vivant, mais de telle sorte qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. Il est « ailleurs ». Matthieu lui fait dire : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » Mais ce Dieu-avec-nous n’est plus perceptible avec les yeux, seulement par la foi. Gardons-nous bien de concevoir l’Ascension de Jésus comme un déplacement spatial : Jésus ne s’évade pas dans les galaxies. Il est plutôt passé de l’autre côté du voile, ce voile que seul peut percer le regard de la foi. Épreuve pour la foi que ce nouveau corps que l’Esprit va lui donner et que nous appelons Église. D’une certaine façon, l’Église est ce voile qui cache et révèle à la fois. Le mouvement vertical du Christ se double d’un déplacement « horizontal », celui des disciples à la surface du globe. Ascension et envoi sont toujours liés : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Partez donc, de toutes les nations faites des disciples. »