Spiritualité

Édito novembre 2026 > Les bienfaits de la révolte

La jeunesse se révolte, exprime son malaise et demande des changements profonds. Nous n’avions pas vu venir ce mouvement et nous pouvons en être surpris, mais comment ne pas comprendre l’inquiétude et la colère de jeunes qui grandissent dans un monde violent, où les sujets de préoccupation sont nombreux : sociaux, politiques, climatiques, éducatifs ? Dans ce contexte anxiogène, ils nous rappellent les véritables enjeux, et leur cri entre en résonance, me semble-t-il, avec ce que nous avons entendu dans la bouche du pape Léon lors de sa visite en France à la fin du mois de septembre : la solidarité, l’éducation, le bien commun, la sauvegarde du vivant, la santé, le souci des pauvres et des petits.

Les bienfaits de la révolte
Par « révolte », je n’entends ni la haine ni la violence, mais le refus de se résigner devant l’injustice : une indignation qui cherche à construire plutôt qu’à détruire. Entendue ainsi, elle n’a rien d’une menace. Elle peut être, pour la société comme pour l’Église, un véritable bienfait. Il faut savoir s’insurger, dénoncer les injustices, exprimer ce qui ne nous convient pas et vouloir changer les choses. C’est bon signe que les gens, et les jeunes en particulier, revendiquent et s’engagent pour changer le monde. On pourrait même dire que le véritable drame, c’est lorsque l’on ne peut pas se révolter, à cause de contraintes extérieures, en particulier sous des régimes totalitaires, ou par fatalisme ou défaitisme. Les chrétiens devraient se souvenir que le message religieux qui nous fait vivre se fonde sur une parole de révolte : Jésus était un homme libre qui a eu le courage d’exprimer des choses qui dérangeaient les pouvoirs politiques et religieux de son temps et qu’il en a payé le prix fort. Il nous a montré ce que c’était que la véritable liberté, il a su ruer dans les brancards et poser des paroles et des gestes révolutionnaires constructifs. Il nous ouvre le chemin et nous invite à être nous aussi libres et capables de nous engager.

Les sujets de révolte
Les sujets d’indignation ne manquent pas et ne doivent pas être conditionnés à des idéologies, à des a priori partisans, ou à la peur de déplaire. On peut s’étonner qu’il n’y ait pas plus de réactions face aux conditions indignes dans lesquelles les jeunes étudient, et qu’il faille que les jeunes descendent dans la rue, et se privent de leur temps d’études, pour trouver des solutions alors que les difficultés ne sont pas nouvelles et sont connues. On peut s’étonner que les jeunes ne réagissent pas clairement contre la présence de casseurs dans leurs cortèges ou leurs blocus et qu’ils n’expriment pas radicalement leur désapprobation de cette violence qui décrédibilise leur mouvement. On peut s’étonner que les pouvoirs publics et les responsables de l’État semblent accepter ou justifier les témoignages de violences policières à l’encontre de la jeunesse de France alors qu’ils doivent être garants de l’ordre et donc exemplaires sur cette question de la violence. On peut s’étonner que la jeunesse soit malmenée et négligée alors que les jeunes sont les adultes de demain et que ce sont eux qui vont écrire notre histoire future. On peut s’étonner que des manifestants pacifistes soient gazés ou violentés injustement par ceux-là mêmes qui sont là pour les protéger, ce dont témoignent beaucoup de jeunes et d’adultes qui les ont accompagnés ces dernières semaines. On peut s’étonner de constater que dans notre beau pays, modèle de démocratie, il n’y a pas une véritable culture du dialogue et de la négociation pacifique.

Savoir se révolter
Au lieu de réfréner la révolte, je nous invite à la faire grandir. Révoltons-nous contre ceux qui n’entendent pas le cri de la jeunesse et son mal-être : la santé mentale des jeunes est un enjeu majeur qui grandit depuis des années, il nous faut nous poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses. Révoltons-nous contre les systèmes qui ne cherchent que le profit, sans prendre en compte les personnes et les conséquences de choix égoïstes, aberrants et mortifères. Révoltons-nous contre ceux qui instrumentalisent les peurs et les inquiétudes légitimes avec des intentions électoralistes et un cynisme égoïste. Révoltons-nous contre ceux qui nous font croire que la violence est une solution et les clivages inévitables ; ils ne cherchent pas notre bien mais le chaos. Révoltons-nous contre les prophètes de malheur qui nous font croire que tout est fichu et que c’est la fin du monde ; ils nous poussent à devenir résignés et aigris, ils nous empêchent de nous engager pour que les choses changent. Révoltons-nous contre ceux qui nous disent que la paix, la liberté, la solidarité, la fraternité, l’égalité, ne sont que des idéologies enfantines et irréalistes.

Savoir s’engager
Se révolter, ce n’est pas seulement s’exprimer, c’est aussi s’engager. Une indignation qui ne se traduit pas en actes finit par s’épuiser, et l’amertume prend la place de l’espérance. Nous ne sommes pas tous appelés à de grandes responsabilités, mais chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, à sa mesure : prendre le temps d’écouter un jeune qui va mal et l’aider à trouver du soutien, rejoindre une association, une paroisse ou un mouvement qui sert les plus fragiles, refuser autour de soi la violence des mots comme celle des gestes, interpeller ceux qui ont le pouvoir d’améliorer les conditions de vie des jeunes. Ces gestes paraissent modestes, mais ils sont la manière la plus sûre de rendre la révolte féconde. Pour nous chrétiens, ils s’enracinent dans une espérance : celle du Christ, qui n’a jamais accepté l’injustice ni répondu à la haine par la haine, et qui nous ouvre un chemin de vie. Un monde plus juste et plus fraternel n’est pas une illusion enfantine, mais une promesse à laquelle nous sommes invités à travailler. Ne nous laissons donc ni happer par le défaitisme, ni enfermer dans le repli sur nous-mêmes : inventons ensemble notre manière de nous engager et de rendre ce monde plus juste et fraternel.

Olivier

2026-10-13T14:20:36+02:00

L’Évangile du mois de novembre 2026

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit : « Car il en est comme d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens. À l’un il donna cinq talents, à un autre deux, à un autre un, à chacun selon sa capacité, et il partit en voyage. Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla les faire valoir, et il en gagna cinq autres. De la même manière, celui qui en avait reçu deux, en gagna lui aussi deux autres. Mais celui qui en avait reçu un s’en alla faire un trou en terre, et il y cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revient et leur fait rendre compte. S’avançant, celui qui avait reçu les cinq talents en présenta cinq autres, en disant : « Maître, vous m’aviez remis cinq talents ; voici cinq autres talents que j’ai gagnés. »
Son maître lui dit : « Bien, serviteur bon et fidèle ; en peu tu as été fidèle, je te préposerai à beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » S’avançant aussi, celui qui en avait reçu deux dit : « Maître, vous m’aviez remis deux talents ; voici deux autres talents que j’ai gagnés. « Son maître lui dit : « Bien, serviteur bon et fidèle, en peu tu as été fidèle, je te préposerai à beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » S’avançant aussi, celui qui avait reçu un talent dit : « Maître, j’ai connu que vous êtes un homme dur, qui moissonnez où vous n’avez pas semé, et recueillez où vous n’avez pas répandu. J’ai eu peur, et je suis allé cacher votre talent dans la terre ; le voici, vous avec ce qui est à vous. » Son maître lui répondit : « Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je recueille où je n’ai pas répandu ; il te fallait donc porter mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais repris ce qui est mien avec un intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, quel qu’il soit, et il y aura (pour lui) surabondance ; mais à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a. Et ce serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres extérieures : là il y aura les pleurs et le grincement de dents. »

Le contexte
Le passage précédent, le discours sur le jugement à la fin des temps, avait déjà orienté les regards des croyants non vers une attente de signes catastrophiques extérieurs, mais vers la foi persévérante des communautés chrétiennes. La parabole précédente illustrait cet avènement par une rencontre déterminante entre l’époux et les jeunes filles, pouvant survenir chaque jour et chaque nuit. La parabole invitait à veiller, à entretenir la flamme pour ces noces de l’Alliance. La parabole des talents va encore plus loin. Elle met en scène des serviteurs attendant le retour de leur maître, nous rappelant un verset précédant louant la fidélité du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison. Durant son absence, chacun sera invité, non à entretenir, garder, préserver, mais à faire croître, à multiplier, à faire grandir.

Quelques éléments qui pourront t’aider
Impossible de considérer cette parabole sans commencer par la fin. Pauvre homme qui non seulement n’a pas reçu beaucoup de talents, un seul, de la part de Dieu et qui en plus se le voit enlever. Sans parler de la colère divine qui lui tombe dessus. Cette première lecture n’est évidemment pas suffisante.
Tout d’abord, prenons garde de ne pas comparer le nombre de talents reçus. Dieu donne à chacun « selon ses capacités ». Tout le monde ne reçoit pas de la même manière. Cela est de nature à nous rassurer, l’enjeu n’est pas de se culpabiliser de nos insuffisances mais d’entrer dans le projet de Dieu qui se résume ainsi : Entrer dans sa joie ou partager sa Vie.

Deux attitudes, à toi de choisir…
Soit reconnaitre les dons que Dieu nous fait et tout faire pour mériter la confiance de Dieu sans oublier que les dons, les talents, l’amour de Dieu précèdent toujours nos efforts, notre désir de l’aimer. Soit ne voir que le don en oubliant cette confiance inouïe du donateur et s’attacher à le sauvegarder sans risque, sans joie, dans la crainte qui paralyse toute initiative.

Reste la phrase terrible de la fin… 
« Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a »
Elle signifie que celui qui ne veut pas participer à cette dynamique de don et de confiance entre, parce qu’il le veut et non à cause de Dieu, dans une autre dynamique ou spirale, celle de la peur et de la méfiance. Refusant la joie, refusant celui de qui vient les talents, c’est comme s’il les avait perdus.
Dans la vie courante, on connait bien des personnes qui savent se réjouir de ce qu’elles possèdent matériellement et humainement et qui partagent des dons. D’autres au contraire trop souvent dans la plainte et la peur, se renferment sur elle-même et en viennent à oublier les dons reçus…

Didier Rocca

2026-10-13T14:22:57+02:00

Édito octobre 2026 > Dieu et la question du mal

Si Dieu est amour et tout puissant, comment se fait-il qu’il y ait autant de mal dans le monde ? Combien d’innocents souffrent alors que des personnes qui commettent le mal se portent bien ? Pourquoi tant d’injustices et de catastrophes naturelles qui touchent des personnes qui n’ont pas mérité tous ces malheurs ? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ? Dieu veut-il que nous souffrions ? Ces questions sont fréquentes lorsque l’on aborde la question de Dieu.

Dieu est amour
On dit que Dieu est amour. Mais en quoi l’amour est-il efficace ? Peut-il agir sur les événements ? Est-ce que l’amour immense que les parents portent à leurs enfants va empêcher ces derniers de vivre des épreuves, de faire des erreurs ou d’être malades ? Par contre l’amour des parents peut accompagner un enfant qui souffre, qui a peur ou fait fausse route : il rassure, il encourage. Mais il ne remplace pas les soins et les médicaments. L’amour agit dans les cœurs, il donne de l’énergie, il est puissant, mais sans avoir une efficacité matérielle directe. Il en va de même pour Dieu. Son amour peut être sans limite mais il n’est pas magique et il n’agit pas directement sur les évènements. Par contre l’amour nous aide à vivre les événements et à tenir dans les épreuves, il nous accompagne dans les étapes de notre vie pour que nous restions ouverts aux autres et confiants dans l’avenir.

Dieu et la liberté
L’action de Dieu dans nos cœurs ne peut aller à l’encontre de notre liberté. Malgré tout ce que nous pouvons entendre du désir d’amour de Dieu pour l’humanité, notre libre arbitre est lui aussi tout-puissant. Dieu ne peut pas contraindre les hommes à être bons et justes, il ne peut empêcher les conflits et les mauvais choix. Nous ne sommes pas des marionnettes dans les mains de Dieu. Nous avons beau savoir ce qui est juste, bon et vrai, parfois nous n’arrivons pas à faire le bien que nous savons devoir faire, que ce soit par facilité, par aveuglement, par dépit. L’action de Dieu n’est pas toute-puissante puisqu’elle se heurte à notre propre liberté. La mission des croyants, c’est de travailler à ce que le message religieux rencontre la conscience de l’humanité et que les femmes et les homme adhèrent librement à cette proposition d’amour et de fraternité. Nous devons nous laisser nous-même travailler par cette Bonne Nouvelle afin qu’elle grandisse en nous et que nous soyons des témoins de cette action de Dieu dans nos cœurs ; ainsi nous serons capables, avec nos faiblesses et nos limites, d’annoncer le projet de Dieu et d’accompagner la marche de Dieu à la rencontre de tous.

Dieu tout-puissant
La puissance de Dieu, si elle est puissance d’amour, a une efficacité qui n’est pas de l’ordre de la magie, mais qui agit intérieurement dans le cœur des femmes et des hommes. La puissance de cet amour ne réside pas dans une efficacité directe sur ce qui nous entoure. L’amour de Dieu est tout-puissant parce que rien ne peut l’empêcher de nous aimer et de nous considérer comme ses enfants. Rien ne peut l’empêcher d’être présent dans nos cœurs et de nous nourrir de l’intérieur, avec une limite cependant : notre liberté qui peut le refuser. Si l’amour de Dieu est tout-puissant, cela veut dire que le mal ne peut pas gagner contre lui. Dieu continue de nous aimer même si nous ne sommes pas aimables, sinon cela voudrait dire que son amour serait relatif à nos actions, bonnes ou mauvaises ; nous serions dans une logique de mérite et de rétribution, et Dieu ne serait pas tout-puissant en amour puisque notre mal pourrait l’empêcher de nous aimer. Dire que Dieu est tout-puissant, cela veut dire qu’il aime de manière inconditionnelle. Il ne cautionne pas le mal ni nos mauvaises actions, mais sa manière de combattre la mal, c’est de continuer à aimer, toujours plus, surtout lorsque le mal est grand. La vie et les attitudes du Christ illustrent cela de manière magistrale.

Parler de Dieu…
Si les gens sont critiques par rapport à la religion et à l’action de Dieu, c’est peut-être à cause de notre manière de parler de Dieu. Notre façon d’exprimer notre foi est parfois maladroite et peut laisser croire que nous parlons d’une puissance matérielle et magique lorsque nous parlons de l’amour de Dieu tout-puissant ou de l’efficacité de la prière. On comprend que les gens puissent être déçus si on leur a « vendu » un Dieu magique et que ça n’a « marché » pas comme promis. Les miracles bibliques ne doivent pas être interprétés comme des actes magiques qui seraient une preuve irréfutable de la puissance de Dieu, mais comme des signes de l’amour de Dieu qui est sensible aux détresses des hommes et qui vient combattre le mal. Ils ont une portée symbolique plus qu’historique ou journalistique. Le message d’amour et de puissance d’action contre le mal est vrai, même si la manière de l’exprimer est parabolique et ne doit pas être prise au pied de la lettre.

Olivier

2026-09-22T15:28:12+02:00

L’Évangile du mois d’octobre 2026

L’Évangile du mois d’octobre qui sera lu le dimanche 11 octobre..

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus, prenant la parole, leur parla de nouveau en paraboles, et il dit : « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui avaient été invités aux noces, et ils ne voulurent pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, disant : “Dites aux invités : Voilà que j’ai préparé mon festin ; on a tué mes bœufs et mes animaux gras ; tout est prêt : venez aux noces.” Mais ils n’en tinrent pas compte, et ils s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son négoce ; et les autres se saisirent des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent. Le roi entra en colère, envoya ses armées, extermina ces meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : “La noce est prête, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux carrefours des chemins, et tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces.” Ces serviteurs sortirent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons ; et la salle des noces fut remplie de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table et il aperçut là un homme qui n’était point revêtu d’un habit de noce ; et il lui dit : “Ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noce ?” Et lui resta muet. Alors le roi dit aux servants : “Liez-lui pieds et mains, et jetez-le dans les ténèbres extérieures : là il y aura les pleurs et le grincement de dents. Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.” »

Le contexte de cet Évangile
Ce passage de Matthieu ouvre la cinquième et dernière partie de son Évangile. Il ressaisit des discours de Jésus dans lesquelles le Christ évoque et précise la finalité de l’existence humaine, à savoir le Royaume, la vie éternelle. Tu remarqueras que la tonalité de ce passage est assez sombre, n’oublions pas que Jésus s’avance vers sa Passion.

Deux paraboles en une…
La première est celle de l’invitation au repas de noce. Cette noce ne représente pas un mariage humain mais l’alliance entre Dieu et l’humanité. C’est Israël qui est invité en premier et qui ne vient pas, usant de différents prétextes. Pire, certains tuent les serviteurs. Mais ce premier refus ne fera pas obstacle à la noce et va d’une certaine manière permettre l’entrée de tous les peuples dans la salle de noce et donc dans l’amitié avec Dieu. Cette parabole est une anticipation de ce qui se passe lorsque Paul annonce l’Évangile, il s’adresse à ses frères juifs puis, après avoir essuyé un refus, s’adresse aux non-juifs c’est à dire aux païens. Mais attention à ne prêter au peuple juif un rôle uniquement négatif, une parabole ne dit pas la totalité du message du Christ.

Les bons comme les mauvais
Tous sont invités, les mauvais comme les bons. Cette expression englobe ceux qui observent bien la Loi comme ceux qui la rejettent tels des mauvais païens, ceux qui manifestent de bonnes dispositions morales comme ceux qui font le mal. Tous sont invités. Le critère de jugement étant encore la réponse positive à cet appel à participer aux noces de l’époux. Et la salle est remplie de ces inconnus d’hier, la noce semble même plus réussie au regard du nombre des invités. Bonne Nouvelle, nous serons appelés mais saurons-nous répondre à cet appel ?

La deuxième…
Elle semble très dure. Mettre un homme dehors à cause de son habit, n’est-ce pas agir comme les pharisiens ? En fait, la pointe de cette parabole est dans la compréhension de la symbolique de la robe de noces, c’est la tenue de tous les baptisés. Le Christ attend de nous que nous la revêtions. Autrement dit, c’est faire un avec lui. C’est parler et surtout agir comme lui. Quand le roi lui demande : « Comment es-tu rentré ici sans avoir le vêtement de noce ? », il aurait dû répondre : « Je compte sur toi pour me le remettre. » La conclusion de cette parabole révèle notre difficulté à nous conformer au Christ. Elle ne dit pas que le Royaume de Dieu est l’aboutissement d’un parcours semé d’obstacles au cours duquel beaucoup chutent.

Didier Rocca

Le mot du mois : Les noces

Les noces est une des images choisies par Jésus pour expliquer ce qu’est le Royaume. Cette symbolique est souvent reprise dans la Bible. Par exemple dans le cantique des cantiques, l’amour de Dieu pour l’humanité est développé en termes d’amour conjugal.

2026-09-22T15:30:13+02:00

Édito septembre 2026 > Animer

Comme à chaque rentrée de l’Œuvre, nous sommes heureux et émerveillés de voir des jeunes de 16 ans s’engager au services des autres en faisant le choix de devenir les animateurs des enfants de l’Œuvre. C’est un beau mot « animer », et cela me donne l’occasion de donner aux filles et aux garçons qui assument cette belle responsabilité quelques conseils et repères, qui peuvent aussi servir à toutes celles et ceux qui sont, d’une manière ou d’une autre, éducateurs.

Se savoir aimé
Animer, c’est rendre vivant, c’est donner une âme. Et peut-être qu’il est bon de garder en tête que c’est d’abord à l’animateur lui-même qu’il est demandé d’en avoir une. Ainsi notre première mission d’animateur, c’est de veiller à discerner ce qui nous motive, nous fait vivre, nous nourrit, donne du sens à notre existence. Dans un monde où souvent on veut nous faire croire que le bonheur réside dans l’apparence ou la consommation, nous découvrons que le partage et le don procurent un bonheur qui dépasse les plaisirs artificiels que l’on nous vend. C’est bien pour cela que les animateurs s’investissent bénévolement et souvent dans la durée : quand on a goûté à cette joie profonde, on est marqué à vie et cela change notre compréhension de l’existence et du bonheur. Dans le cadre de l’Œuvre, ce qui fonde cette découverte, c’est le message évangélique. Jésus vient nous révéler le message de Dieu d’une manière limpide et concrète : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’est-à-dire gratuitement, sans jugement, sans arrière-pensée. Et les animateurs de l’Œuvre savent bien de quoi je parle : ils ont fait l’expérience d’être aimés, accueillis, respectés, mis en confiance, et c’est ce qu’ils désirent vivre à leur tour avec les jeunes dont ils ont la charge. Donc être animateur, c’est veiller à son âme. Une manière d’entretenir cette vie intérieure, c’est de nourrir notre relation à Dieu, par la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation aux sacrement et l’engagement – car le chemin le plus court pour rencontrer Dieu passe par le service des plus petits.

Éduquer à la liberté
Animer, c’est veiller à ce que les jeunes découvrent le trésor qui est déjà présent au cœur de leur vie mais qu’ils ne savent peut-être pas encore reconnaître ou nommer. Pour cela il faut les connaître, les prendre au sérieux, s’intéresser à ce qu’ils vivent, les écouter… Dans cette part d’accompagnement, nous sommes authentiquement animateurs, nous les aidons à prendre conscience de la richesse de leur vie et des talents dont ils sont porteurs. Accompagner, c’est aussi parfois ouvrir la route, orienter, conseiller, tout en ayant le souci de faire grandir dans la liberté. Car être libre, ce n’est pas faire toujours tout ce que l’on veut, au risque de rester un enfant capricieux incapable de supporter la frustration ou le partage. Ainsi, animer c’est éduquer à la véritable liberté, vis-à-vis de ce que nous entoure et des influences extérieures, mais aussi par rapport à ce qui résiste en nous et qui nous aliène : les pulsions égoïstes, les traumas de notre histoire, la jalousie… Cela peut paraître paradoxal et il faut beaucoup de délicatesse pour éduquer à la liberté, c’est-à-dire guider sans diriger, éclairer sans éblouir, nourrir sans étouffer, faire la vérité sans condamner… Un bon garde-fou pour l’animateur, c’est de se rappeler qu’il est lui-même en marche, en recherche, et que s’il a une mission et une responsabilité, il n’est pas au-dessus de la mêlée, ni arrivé au bout du chemin. Là encore, nous pouvons nous mettre à l’école du Christ qui est le modèle de l’animateur idéal. C’est bien le symbole du don de la bible aux nouveaux animateurs lors de la remise des clefs de l’Œuvre pendant la messe de la rentrée.

S’ouvrir aux autres
Une autre dimension de la mission de l’animateur, c’est d’ouvrir les jeunes à la rencontre des autres, de tous, dans un esprit d’ouverture, de partage, de solidarité, de respect. Nous ne sommes pas là pour mettre les gens dans des cases ou pour faire des sélections, ni pour nous occuper d’une catégorie particulière de jeunes. Le moyen privilégié dans la pédagogie de l’Œuvre, c’est la vie de groupe et les activités communes, en particulier le jeu. Dans ces moments de vie commune, nous nous éduquons mutuellement à recevoir l’autre comme un cadeau, souvent mystérieux et dérangeant, mais source de découverte et d’humilité. Nous découvrons aussi que nous ne pouvons vivre seul, et qu’avec les autres nous réalisons des choses bien plus belles que si nous étions restés isolés en nous appuyant sur nos seules forces personnelles. Ce n’est pas toujours facile de vivre avec les autres, mais c’est notre vocation. Saint Charles de Foucauld parle de la vocation à la fraternité universelle, qui est une belle manière de nous indiquer la mission de l’animateur. Par le jeu, les activités communes, les camps de vacances, nous découvrons que nous sommes engagés dans une même histoire, liés par un destin commun. Former un groupe, c’est découvrir que chacun a sa part à prendre pour contribuer au bonheur des personnes, à la réalisation de projets collectifs et au bien commun. En tant qu’animateurs, nous sommes invités ainsi à être cohérents par rapport à ce que nous annonçons, et donc à bien veiller à vivre cette fraternité avec ceux avec qui nous partageons la mission et avec qui nous faisons équipe, car nous savons d’expérience que ce qui porte du fruit c’est d’être accompagné par des témoins plutôt que par des donneurs de leçon ou des juges.
s.

Olivier

2026-08-23T09:40:30+02:00

L’Évangile du mois de septembre 2026

L’Évangile du mois de septembre que nous lirons dimanche 13 septembre.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Alors Pierre s’approchant lui dit : « Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois? » Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. C’est pourquoi le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulu régler ses comptes avec ses serviteurs. Quand il se mit à régler les comptes, on lui amena un débiteur de dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’on le vendît, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait pour que paiement fût fait. Alors le serviteur, tombé à ses pieds, demeurait prosterné, disant : « Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. » Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. Ce serviteur, à peine sorti, rencontra un de ses compagnons de service, qui lui devait cent deniers. L’ayant saisi à la gorge, il l’étouffait, disant : « Paie ce que tu dois. » Son compagnon de service, tombé à ses pieds, le suppliait, disant : « Aie patience envers moi, et je te paierai. » Mais lui ne voulait pas, et il s’en alla le faire mettre en prison jusqu’à ce qu’il eût payé sa dette. Ce que voyant, ses compagnons de service furent grandement contristés, et ils vinrent raconter à leur maître ce qui s’était passé. Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Serviteur méchant, je t’ai remis toute cette dette, parce que tu m’as supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon de service, comme moi-même j’ai eu pitié de toi ? Et son maître irrité le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé toute sa dette. Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. »

Le contexte de cet Évangile
En Orient, chacun sait que le marchandage est très ancré dans la culture. Pierre fait partie de cette culture-là et il verrait bien Dieu fixer une limite à son pardon. Mais à quel seuil ? Rien de mieux qu’une parabole pour faire comprendre à Pierre l’absurdité de sa question. Une fois de plus, c’est à partir la remarque d’un disciple que Jésus nous enseigne.

Quelques éléments qui pourront t’aider
Tout d’abord, rendons à Pierre ce qui est à Pierre. Proposer de pardonner sept fois n’est déjà pas si mal. Il suffit de transposer cela dans nos vies. Sauf que Jésus va au-delà et propose de pardonner davantage.

Une histoire en trois actes
Le roi a pitié de cet homme qui a une dette considérable et qui nécessiterait plusieurs années pour être remboursée. Or, cet homme ne fait pas preuve de la même pitié vis-à-vis de son compagnon lorsqu’une situation analogue se présente à lui. Pourtant les sommes en jeu sont infiniment plus modestes. Enfin, le roi lui fait remarquer sa grande dureté de cœur.

Tout cela pour nous dire quoi ?
Le Dieu auquel nous croyons a pitié des hommes. Étymologiquement, c’est une émotion qui prend aux entrailles. Rien à voir avec de la condescendance. Dieu nous appelle à faire preuve de cette même pitié envers les autres non pas dans une logique de calcul mesquine mais dans une logique de surabondance.
Si la loi du Talion (« Œil pour œil, dent pour dent ») est déjà une grande avancée dans l’histoire de l’humanité en tant qu’elle limite la spirale de la violence, il nous faut passer peu à peu de cette vengeance mortifère au pardon.

Une fin bien peu évangélique ?
La fin peut choquer mais elle est d’un grand réalisme. Lorsqu’on s’habitue à vivre les uns avec les autres dans une logique d’affrontement où le pardon n’existe pas, comment imaginer que Dieu puisse pardonner lui aussi ? Ainsi, sans s’en rendre compte, notre cœur devient dur, imperméable et ne peut recevoir ce pardon. En définitive, ce n’est pas Dieu qui cesse de pardonner mais nous-mêmes qui sommes devenus incapables de le recevoir.

Pardon oui mais…
Attention, cette question du pardon est beaucoup plus délicate qu’il n’y parait. Le pardon divin ne vient nullement excuser ou minorer l’offense et la faute. Dieu n’offre son pardon, sa remise de dette, qu’en raison du repentir du débiteur : je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Cependant, cette sincérité est doublement refusée. Ce triste personnage est avant tout un coupable, et non une victime. Il est bien celui qui, ayant été offenseur, continue à offenser, incapable de donner comme de recevoir le pardon.
Le pardon de Dieu n’a pas ouvert ce « serviteur » à une réelle conversion : il a continué à se servir. On ne réussit pas à tous les coups. Dieu se soumet à notre volonté. Quel grand mystère !

Didier Rocca

2026-08-19T12:59:21+02:00

Édito juin 2026 > Dieu comme un soleil

Pour comprendre ce qu’est l’Esprit Saint – le Verbe de Dieu, sa puissance d’amour, cette manière de l’appréhender comme présence au cœur de notre vie – je vous propose une comparaison avec le Soleil. Elle est sans doute un peu simpliste et limitée, mais elle peut nous aider à appréhender ce à quoi les chrétiens croient. Le Soleil, force d’énergie considérable, est à la source de la vie et de toute l’énergie de notre planète, comme de celle des autres éléments de notre système solaire. Ce qui permet d’avoir de l’énergie et de la vie sur Terre provient de différents cycles de transformation : la photosynthèse et d’autres processus qui produisent l’oxygène , le pétrole, le gaz, le charbon, les déplacements des plaques tectoniques, les mouvements de l’eau et des masses d’air, qui ont tous leur origine dans les apports énergétiques du Soleil… Les êtres humains sont le résultat d’une évolution longue et magnifique qui n’aurait pas pu avoir lieu sans l’énergie première qui vient du Soleil. Que nous respirions, que nous nous nourrissions ou que nous utilisions un appareil électrique ou thermique, nous puisons dans cette énergie. Cela peut nous aider à comprendre comment les croyants appréhendent l’action de Dieu : Il est source de vie, d’amour, de force. Il ne décide pas de tout ce qui se passe, mais il ne cesse de fournir son énergie, tout en nous laissant libre de l’utiliser et d’en faire le meilleur usage possible. Cette énergie, nous pouvons la nommer avec des mots religieux : l’amour de Dieu, la puissance de Dieu, le Verbe de Dieu, l’Esprit Saint.

Amour sans frontière
Cette manière de voir les choses peut aussi nous permettre de comprendre que l’amour de Dieu n’a pas de frontières. Partout où nous voyons les fruits de l’énergie, nous pouvons revenir à la source première qu’est le Soleil. Il en va de même pour l’Esprit Saint : partout où nous sommes témoins de fraternité, de justice, de solidarité, d’amour, nous pouvons discerner l’action de l’amour de Dieu. Nous ne pouvons imposer cette vision à ceux qui ne partagent pas nos références religieuses, mais nous sommes en droit, avec le regard de la foi, de reconnaître cette présence au cœur de tous, qu’ils soient croyants ou non, qu’ils s’inscrivent dans une religion ou dans une autre… Nous croyons que c’est à la même source que nous puisons nos capacités d’aimer et nos forces de vie. Certains expriment cela par des mots religieux, d’autres par ce qu’ils appellent les valeurs ou les principes, qu’ils soient humanistes ou philosophiques.

Les religions seraient-elles nocives ?
On peut alors se demander pourquoi on se casse la tête à mettre des mots religieux sur cette réalité, pourquoi on organise des structures humaines pour expliciter cette énergie, pourquoi on propose des rites et un culte au nom de cet amour de Dieu ? Quand on regarde l’histoire de l’humanité, on voit que souvent les religions ont été instrumentalisées au service d’idéologies qui n’avaient de religieuses que le nom et qui ne cherchaient pas le bonheur et l’épanouissement des femmes et des hommes qui y croyaient. Combien de manipulations, de génocides et d’atrocités ont été commises au nom de Dieu et des religions… Les religions sont gérées par des hommes, qui sont par nature faillibles et fragiles. Si elles ont été source de malheurs pour certains, ce n’est pas la nature de la religion ou de la divinité qui en est la cause, mais c’est la capacité de l’être humain à dévoyer les plus belles choses pour assouvir des désirs de conquêtes, de pouvoir, de vengeance, de violence. Les hommes ont instrumentalisé les religions parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient profiter de la vulnérabilité de ceux qui étaient dans une démarche de foi et de confiance, mais ils auraient trouvé d’autres leviers que la religion pour arriver à leurs fins.

Les religions, moyen d’incarner l’amour…
Si des rites et des structures existent encore pour accompagner la vie des croyants, c’est parce qu’en tant qu’humains, nous avons besoin de concrétiser ce que nous vivons intérieurement. Si la foi ne s’incarne pas, elle risque de s’éteindre. On ne peut se contenter d’aimer quelqu’un de manière uniquement sentimentale ; si l’amour ne passe pas par des mots, des gestes, des contacts, alors il s’étiole. Pour vivre notre foi, c’est pareil : nous avons besoin de nous retrouver pour célébrer et comprendre physiquement cette présence d’amour qui vient de Dieu. Cela nous aide à prolonger notre pratique spirituelle par un passage à l’acte : une foi sans action n’est rien, une pratique rituelle sans pratique fraternelle et solidaire n’est que du vent. Comme l’énergie n’est palpable que dans ce qu’elle produit, l’amour se révèle par ce qu’il produit dans le cœur des hommes et dans ce qu’il fait poser comme gestes. On ne peut pas distinguer l’amour en tant que tel, mais on en voit le résultat dans la vie des gens, dans les interactions humaines, dans les capacités de don, de gratuité, de sacrifice qu’il engendre.

Olivier

2026-05-25T08:47:46+02:00

L’Évangile du mois de juin 2026

Nous lirons ce passage le 28 juin, le dernier dimanche d’ouverture de l’Œuvre.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aussi à ses Apôtres : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Le contexte
Cet extrait de l’Évangile selon saint Matthieu s’inscrit dans un discours de Jésus auprès de ses disciples et même ici auprès du cercle restreint des Douze.
Des disciples

face à l’adversité
La venue de Jésus de façon tout à fait paradoxale devient un lieu de contestation et d’opposition. C’est tout de même étonnant alors qu’il prêche l’amour du prochain et même des ennemis.
Les adversaires aux disciples du Christ seront nombreux, jusqu’au sein de son cercle le plus proche et même dans sa famille. Ils viennent de toute part, les partisans d’Hérode, les pharisiens, les zélotes… L’adhésion au Christ provoquera et provoque encore des persécutions. C’est ainsi que le disciple sera parfois confronté à un choix difficile, un conflit de loyauté : le Christ ou sa famille. Entre la pauvreté évangélique et le patrimoine, entre le chemin sinueux et sa propre maison, entre la vérité de la croix et un semblant de paix. C’est ce que développent les versets suivants.
Ce n’est pas bien sûr que Jésus veuille la guerre mais se positionner pour ou contre lui, pour ou contre son discours, sépare ceux qui adhérent à sa personne avec les autres.

À cause de moi
En apportant ce glaive « malgré lui » ou « à cause de son nom », Jésus ne prêche pas la pertinence de la guerre sainte ou juste, de la nécessité des conflits. Il n’entre pas dans une logique de haine. Jésus suggère qu’il faut encore aimer et non haïr ces proches qui ont rejeté celui ou celle qui a préféré le Christ : ce fils ou cette fille, ce père ou cette mère. Il ne s’agit pas d’opposer l’amour du Christ à la haine des parents, mais de continuer à aimer. Cependant, le salut et le bonheur du disciple ne sont plus au sein du cercle familial, mais dans le Christ. Pour la mission des Apôtres, il y a un choix radical à faire : perdre son lieu de vie habituel, à cause du Christ, pour y gagner le salut.

Prophète et juste
Le fait de quitter sa famille, son village n’est pas un choix pour la solitude. Le Christ s’identifie à ce disciple qui l’a préféré : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Ce faisant, le discours exige des autres disciples à devenir une maison, une nouvelle famille pour celui qui a tout perdu aux yeux des hommes : son nom et son patrimoine. Ce dernier reçoit le qualificatif de prophète et de juste. Deux termes qui riment avec « persécuté » et font écho au risque missionnaire et à la fidélité en Christ. Cette insistance à accueillir le rejeté à cause de sa foi, et à subir par voie de conséquences la colère d’une famille, évoque probablement, au temps de Matthieu, les réticences de certains apôtres et disciples à faire preuve d’une telle charité envers l’un des ces petits qui ont tout perdu.

« Il ne perdra pas sa récompense »
Nous sommes parfois gênés lorsque Jésus parle de récompense. Il y aurait dans ces propos une forme d’infantilisation malsaine. Une forme de retour à une théologie du mérite : Si tu es gentil, tu auras une récompense. À chacun de comprendre que la récompense, c’est la joie de recevoir Jésus, son salut, son amour.

Didier Rocca

2026-05-25T09:06:23+02:00

Édito mai 2026 > Dieu très bas

Nous célébrons bientôt, dans la dynamique du temps de Pâques, la fête de l’Ascension du Seigneur. Solennité étonnante, car tout au long de son existence sur terre, Jésus a fait le choix de se faire humble, proche des plus petits, des plus méprisés, des blessés de la vie, des rejetés de la société et de la religion. Il nous a ainsi révélé un visage de Dieu bien différent des représentations traditionnelles, qui insistent sur la gloire, la puissance et l’honneur. D’ailleurs on se figure souvent cette fête comme une glorification.

Retour au Père
Le symbole de l’Ascension est plutôt celui du retour au père, dont la présence est traditionnellement située dans les cieux. C’est par son humilité, son abaissement et sa proximité avec les plus petits de la terre que Jésus s’est montré le plus proche de l’authentique visage de Dieu. Lorsque Jésus partage la vie des plus bas dans l’échelle sociale des hommes, c’est alors qu’il est le plus divin et qu’il se révèle vraiment Dieu incarné. Cela donne tout son sens à cette fête de l’Ascension qui vient couronner la passion et la mort ignominieuse sur la croix : c’est quand il est au plus bas que Jésus est en fait le plus fidèle au projet de Dieu et qu’il incarne le mieux la Bonne Nouvelle chrétienne. L’Ascension n’est pas une récompense mais la continuité de l’incarnation de Jésus qui s’est fait petit, de sa naissance à sa passion sur la croix, et qui se révèle ainsi vraiment Dieu. On pourrait dire que la gloire de Jésus, c’est précisément son humilité, son abaissement, son enfouissement. Il est au plus haut de sa mission et de l’incarnation de Dieu quand il se fait le plus petit et le serviteur de tous.

Révolution
Si nous devions chercher un critère d’authenticité du message chrétien pour justifier le choix de cette voie religieuse parmi d’autres, ce serait, me semble-t-il, dans ce paradoxe apparent que nous le trouverions : le très-haut se révèle dans le plus petit. Les hommes ne sauraient inventer cela. Si nous devions imaginer un personnage qui incarnerait la divinité, nous ferions sans doute ce que font les hommes depuis la nuit des temps : ce serait un être fort et puissant, qui utiliserait les armes du pouvoir pour rétablir la justice et imposer aux hommes de bien agir. Ce serait un super-héros, un roi, un empereur, un président puissant, un justicier. Mais que la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer sans condition, à pardonner, à prendre soin des ceux qui sont aux yeux des hommes les moins « aimables », c’est révolutionnaire, et je me dis que ça ne peut venir que de Dieu lui-même qui s’autocommunique et se révèle dans sa singularité.

Conversion
Il est tout à fait compréhensible que l’immense majorité des juifs du temps de Jésus n’aient pas pu reconnaître dans cet homme humble et modeste le Messie annoncé et attendu. Ils espéraient un libérateur, un roi, mais pas un Messie pauvre, pacifiste, humble et vulnérable. Nous avons aussi parfois du mal à saisir cet aspect vraiment original du message chrétien, et nous résistons à faire notre cette manière de vivre. Il n’est qu’à regarder comment le président des États-Unis réagit aux discours du pape Léon sur la paix. Donald Trump et ses collaborateurs n’ont de cesse de dénigrer et de discréditer le pape lorsque ce qu’il dit ne va pas dans le sens de leur manière de voir les interaction humaines fondées, selon eux, sur la force, la manipulation, la peur et la haine. Selon la logique des hommes, il faut lier la gloire et la puissance, alors que dans la pensée chrétienne, c’est la gloire et la croix qui sont liées, pour reprendre le titre d’une œuvre magistrale du théologien Hans Urs von Baltasar. C’est tout le sens de l’incarnation, de la Bonne Nouvelle chrétienne : la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer, à pardonner, à encourager, à toujours espérer, à croire en l’homme… Et Dieu nous invite à incarner à notre tour cette Bonne Nouvelle dans nos vies et dans nos relations avec les autres.

Olivier

2026-04-27T19:09:47+02:00

L’Évangile du mois de mai 2026

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Le contexte
Aussitôt après la résurrection, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée. Ils ne sont plus que onze puisque Judas s’est suicidé. C’est alors que Jésus donne un discours d’adieu bref mais particulièrement saisissant. La Tradition place cela quarante jours après Pâques.

À propos des disciples
Les disciples ne semblent pas vraiment prêts à cette rencontre. Le doute qu’ils expriment est révélateur. De fait, comment ne pas se sentir proches de ces disciples qui doutent ? Souvent, la foi s’affermit par des moments de doute que l’on surmonte. En même temps, comment Jésus peut-il confier la « promotion du message évangélique » à des personnes qui l’ont à peine assimilé ? C’est l’occasion de rappeler cette formidable confiance que Dieu fait en l’homme et en l’Église. La mission confiée aux apôtres semble bien être une folie. Mais ils ne sont pas seuls dans cette entreprise : cet engagement n’est pas d’abord le nôtre mais celui de Jésus. Parfois, tel ou tel engagement peut paraître bien lourd à porter ou à assumer, être animateur à l’œuvre par exemple ou prendre des responsabilités dans une association. En effet, mais n’oublions pas que c’est Dieu qui passe par nous. Il a voulu avoir besoin de nous, alors soyons sans inquiétude, Dieu est avec nous. C’est d’ailleurs le nom que Jésus reçoit dès avant sa naissance de Dieu « Dieu-avec-nous » ou Emmanuel. Ce nom est repris tout à la fin de ce passage : Je suis avec vous.

Au nom du Père, et du Fils 
et du Saint-Esprit
Cette expression est tellement habituelle pour les chrétiens qu’elle peut passer inaperçue dans ce passage d’Évangile. Pourtant, elle est unique dans les quatre Évangiles. « Au nom de » est une formule habituelle dans la Bible qui rappelle l’unicité de Dieu ; en même temps, les trois personnes sont bien nommées et bien distinctes. Lorsque Jésus invite ses disciples à baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, cela signifie que le baptême nous plonge dans la Trinité, cet Amour qui circule, se donne et se reçoit sans cesse. La Trinité n’est pas incompatible avec l’unité de Dieu parce que ses trois personnes sont unies comme les doigts d’une main.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps »
Cette dernière phrase de l’Évangile est particulièrement réconfortante. Nous avons là le rapprochement étonnant entre deux durées : l’une à notre mesure : tous les jours, donc chaque jour, et l’autre au-delà de notre portée, la fin des temps. Autrement dit, toute inquiétude quant à la fin des temps est sans consistance puisque la présence du Ressuscité « avec nous » est promise au cœur de notre existence quotidienne. La présence de Dieu n’est pas pour un plus tard mais pour aujourd’hui et toujours.

La boucle est bouclée
Au début de l’Évangile, Jésus arrive et nous dit la proximité de Dieu à notre égard. À la fin de ce même Évangile, Jésus s’en va mais ne nous laisse pas orphelins puisque l’Esprit Saint nous permet d’être avec Dieu par-delà les limites d’espace et de temps..

Didier Rocca

Le mot du mois : Ascension
Jésus qui monte au Ciel (son ascension) exprime son passage du visible à l’invisible. Les récits d’apparition n’ont qu’un but : montrer que Jésus est vivant, mais de telle sorte qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. Il est « ailleurs ». Matthieu lui fait dire : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » Mais ce Dieu-avec-nous n’est plus perceptible avec les yeux, seulement par la foi. Gardons-nous bien de concevoir l’Ascension de Jésus comme un déplacement spatial : Jésus ne s’évade pas dans les galaxies. Il est plutôt passé de l’autre côté du voile, ce voile que seul peut percer le regard de la foi. Épreuve pour la foi que ce nouveau corps que l’Esprit va lui donner et que nous appelons Église.
D’une certaine façon, l’Église est ce voile qui cache et révèle à la fois. Le mouvement vertical du Christ se double d’un déplacement « horizontal », celui des disciples à la surface du globe. Ascension et envoi sont toujours liés : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Partez donc, de toutes les nations faites des disciples. »

2026-04-27T19:12:27+02:00