Spiritualité

Édito septembre 2026 > Animer

Comme à chaque rentrée de l’Œuvre, nous sommes heureux et émerveillés de voir des jeunes de 16 ans s’engager au services des autres en faisant le choix de devenir les animateurs des enfants de l’Œuvre. C’est un beau mot « animer », et cela me donne l’occasion de donner aux filles et aux garçons qui assument cette belle responsabilité quelques conseils et repères, qui peuvent aussi servir à toutes celles et ceux qui sont, d’une manière ou d’une autre, éducateurs.

Se savoir aimé
Animer, c’est rendre vivant, c’est donner une âme. Et peut-être qu’il est bon de garder en tête que c’est d’abord à l’animateur lui-même qu’il est demandé d’en avoir une. Ainsi notre première mission d’animateur, c’est de veiller à discerner ce qui nous motive, nous fait vivre, nous nourrit, donne du sens à notre existence. Dans un monde où souvent on veut nous faire croire que le bonheur réside dans l’apparence ou la consommation, nous découvrons que le partage et le don procurent un bonheur qui dépasse les plaisirs artificiels que l’on nous vend. C’est bien pour cela que les animateurs s’investissent bénévolement et souvent dans la durée : quand on a goûté à cette joie profonde, on est marqué à vie et cela change notre compréhension de l’existence et du bonheur. Dans le cadre de l’Œuvre, ce qui fonde cette découverte, c’est le message évangélique. Jésus vient nous révéler le message de Dieu d’une manière limpide et concrète : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », c’est-à-dire gratuitement, sans jugement, sans arrière-pensée. Et les animateurs de l’Œuvre savent bien de quoi je parle : ils ont fait l’expérience d’être aimés, accueillis, respectés, mis en confiance, et c’est ce qu’ils désirent vivre à leur tour avec les jeunes dont ils ont la charge. Donc être animateur, c’est veiller à son âme. Une manière d’entretenir cette vie intérieure, c’est de nourrir notre relation à Dieu, par la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation aux sacrement et l’engagement – car le chemin le plus court pour rencontrer Dieu passe par le service des plus petits.

Éduquer à la liberté
Animer, c’est veiller à ce que les jeunes découvrent le trésor qui est déjà présent au cœur de leur vie mais qu’ils ne savent peut-être pas encore reconnaître ou nommer. Pour cela il faut les connaître, les prendre au sérieux, s’intéresser à ce qu’ils vivent, les écouter… Dans cette part d’accompagnement, nous sommes authentiquement animateurs, nous les aidons à prendre conscience de la richesse de leur vie et des talents dont ils sont porteurs. Accompagner, c’est aussi parfois ouvrir la route, orienter, conseiller, tout en ayant le souci de faire grandir dans la liberté. Car être libre, ce n’est pas faire toujours tout ce que l’on veut, au risque de rester un enfant capricieux incapable de supporter la frustration ou le partage. Ainsi, animer c’est éduquer à la véritable liberté, vis-à-vis de ce que nous entoure et des influences extérieures, mais aussi par rapport à ce qui résiste en nous et qui nous aliène : les pulsions égoïstes, les traumas de notre histoire, la jalousie… Cela peut paraître paradoxal et il faut beaucoup de délicatesse pour éduquer à la liberté, c’est-à-dire guider sans diriger, éclairer sans éblouir, nourrir sans étouffer, faire la vérité sans condamner… Un bon garde-fou pour l’animateur, c’est de se rappeler qu’il est lui-même en marche, en recherche, et que s’il a une mission et une responsabilité, il n’est pas au-dessus de la mêlée, ni arrivé au bout du chemin. Là encore, nous pouvons nous mettre à l’école du Christ qui est le modèle de l’animateur idéal. C’est bien le symbole du don de la bible aux nouveaux animateurs lors de la remise des clefs de l’Œuvre pendant la messe de la rentrée.

S’ouvrir aux autres
Une autre dimension de la mission de l’animateur, c’est d’ouvrir les jeunes à la rencontre des autres, de tous, dans un esprit d’ouverture, de partage, de solidarité, de respect. Nous ne sommes pas là pour mettre les gens dans des cases ou pour faire des sélections, ni pour nous occuper d’une catégorie particulière de jeunes. Le moyen privilégié dans la pédagogie de l’Œuvre, c’est la vie de groupe et les activités communes, en particulier le jeu. Dans ces moments de vie commune, nous nous éduquons mutuellement à recevoir l’autre comme un cadeau, souvent mystérieux et dérangeant, mais source de découverte et d’humilité. Nous découvrons aussi que nous ne pouvons vivre seul, et qu’avec les autres nous réalisons des choses bien plus belles que si nous étions restés isolés en nous appuyant sur nos seules forces personnelles. Ce n’est pas toujours facile de vivre avec les autres, mais c’est notre vocation. Saint Charles de Foucauld parle de la vocation à la fraternité universelle, qui est une belle manière de nous indiquer la mission de l’animateur. Par le jeu, les activités communes, les camps de vacances, nous découvrons que nous sommes engagés dans une même histoire, liés par un destin commun. Former un groupe, c’est découvrir que chacun a sa part à prendre pour contribuer au bonheur des personnes, à la réalisation de projets collectifs et au bien commun. En tant qu’animateurs, nous sommes invités ainsi à être cohérents par rapport à ce que nous annonçons, et donc à bien veiller à vivre cette fraternité avec ceux avec qui nous partageons la mission et avec qui nous faisons équipe, car nous savons d’expérience que ce qui porte du fruit c’est d’être accompagné par des témoins plutôt que par des donneurs de leçon ou des juges.
s.

Olivier

2026-08-23T09:40:30+02:00

L’Évangile du mois de septembre 2026

L’Évangile du mois de septembre que nous lirons dimanche 13 septembre.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Alors Pierre s’approchant lui dit : « Seigneur, si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois? » Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. C’est pourquoi le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulu régler ses comptes avec ses serviteurs. Quand il se mit à régler les comptes, on lui amena un débiteur de dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’on le vendît, lui, sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait pour que paiement fût fait. Alors le serviteur, tombé à ses pieds, demeurait prosterné, disant : « Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. » Touché de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette. Ce serviteur, à peine sorti, rencontra un de ses compagnons de service, qui lui devait cent deniers. L’ayant saisi à la gorge, il l’étouffait, disant : « Paie ce que tu dois. » Son compagnon de service, tombé à ses pieds, le suppliait, disant : « Aie patience envers moi, et je te paierai. » Mais lui ne voulait pas, et il s’en alla le faire mettre en prison jusqu’à ce qu’il eût payé sa dette. Ce que voyant, ses compagnons de service furent grandement contristés, et ils vinrent raconter à leur maître ce qui s’était passé. Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Serviteur méchant, je t’ai remis toute cette dette, parce que tu m’as supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon de service, comme moi-même j’ai eu pitié de toi ? Et son maître irrité le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé toute sa dette. Ainsi vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. »

Le contexte de cet Évangile
En Orient, chacun sait que le marchandage est très ancré dans la culture. Pierre fait partie de cette culture-là et il verrait bien Dieu fixer une limite à son pardon. Mais à quel seuil ? Rien de mieux qu’une parabole pour faire comprendre à Pierre l’absurdité de sa question. Une fois de plus, c’est à partir la remarque d’un disciple que Jésus nous enseigne.

Quelques éléments qui pourront t’aider
Tout d’abord, rendons à Pierre ce qui est à Pierre. Proposer de pardonner sept fois n’est déjà pas si mal. Il suffit de transposer cela dans nos vies. Sauf que Jésus va au-delà et propose de pardonner davantage.

Une histoire en trois actes
Le roi a pitié de cet homme qui a une dette considérable et qui nécessiterait plusieurs années pour être remboursée. Or, cet homme ne fait pas preuve de la même pitié vis-à-vis de son compagnon lorsqu’une situation analogue se présente à lui. Pourtant les sommes en jeu sont infiniment plus modestes. Enfin, le roi lui fait remarquer sa grande dureté de cœur.

Tout cela pour nous dire quoi ?
Le Dieu auquel nous croyons a pitié des hommes. Étymologiquement, c’est une émotion qui prend aux entrailles. Rien à voir avec de la condescendance. Dieu nous appelle à faire preuve de cette même pitié envers les autres non pas dans une logique de calcul mesquine mais dans une logique de surabondance.
Si la loi du Talion (« Œil pour œil, dent pour dent ») est déjà une grande avancée dans l’histoire de l’humanité en tant qu’elle limite la spirale de la violence, il nous faut passer peu à peu de cette vengeance mortifère au pardon.

Une fin bien peu évangélique ?
La fin peut choquer mais elle est d’un grand réalisme. Lorsqu’on s’habitue à vivre les uns avec les autres dans une logique d’affrontement où le pardon n’existe pas, comment imaginer que Dieu puisse pardonner lui aussi ? Ainsi, sans s’en rendre compte, notre cœur devient dur, imperméable et ne peut recevoir ce pardon. En définitive, ce n’est pas Dieu qui cesse de pardonner mais nous-mêmes qui sommes devenus incapables de le recevoir.

Pardon oui mais…
Attention, cette question du pardon est beaucoup plus délicate qu’il n’y parait. Le pardon divin ne vient nullement excuser ou minorer l’offense et la faute. Dieu n’offre son pardon, sa remise de dette, qu’en raison du repentir du débiteur : je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Cependant, cette sincérité est doublement refusée. Ce triste personnage est avant tout un coupable, et non une victime. Il est bien celui qui, ayant été offenseur, continue à offenser, incapable de donner comme de recevoir le pardon.
Le pardon de Dieu n’a pas ouvert ce « serviteur » à une réelle conversion : il a continué à se servir. On ne réussit pas à tous les coups. Dieu se soumet à notre volonté. Quel grand mystère !

Didier Rocca

2026-08-19T12:59:21+02:00

Édito juin 2026 > Dieu comme un soleil

Pour comprendre ce qu’est l’Esprit Saint – le Verbe de Dieu, sa puissance d’amour, cette manière de l’appréhender comme présence au cœur de notre vie – je vous propose une comparaison avec le Soleil. Elle est sans doute un peu simpliste et limitée, mais elle peut nous aider à appréhender ce à quoi les chrétiens croient. Le Soleil, force d’énergie considérable, est à la source de la vie et de toute l’énergie de notre planète, comme de celle des autres éléments de notre système solaire. Ce qui permet d’avoir de l’énergie et de la vie sur Terre provient de différents cycles de transformation : la photosynthèse et d’autres processus qui produisent l’oxygène , le pétrole, le gaz, le charbon, les déplacements des plaques tectoniques, les mouvements de l’eau et des masses d’air, qui ont tous leur origine dans les apports énergétiques du Soleil… Les êtres humains sont le résultat d’une évolution longue et magnifique qui n’aurait pas pu avoir lieu sans l’énergie première qui vient du Soleil. Que nous respirions, que nous nous nourrissions ou que nous utilisions un appareil électrique ou thermique, nous puisons dans cette énergie. Cela peut nous aider à comprendre comment les croyants appréhendent l’action de Dieu : Il est source de vie, d’amour, de force. Il ne décide pas de tout ce qui se passe, mais il ne cesse de fournir son énergie, tout en nous laissant libre de l’utiliser et d’en faire le meilleur usage possible. Cette énergie, nous pouvons la nommer avec des mots religieux : l’amour de Dieu, la puissance de Dieu, le Verbe de Dieu, l’Esprit Saint.

Amour sans frontière
Cette manière de voir les choses peut aussi nous permettre de comprendre que l’amour de Dieu n’a pas de frontières. Partout où nous voyons les fruits de l’énergie, nous pouvons revenir à la source première qu’est le Soleil. Il en va de même pour l’Esprit Saint : partout où nous sommes témoins de fraternité, de justice, de solidarité, d’amour, nous pouvons discerner l’action de l’amour de Dieu. Nous ne pouvons imposer cette vision à ceux qui ne partagent pas nos références religieuses, mais nous sommes en droit, avec le regard de la foi, de reconnaître cette présence au cœur de tous, qu’ils soient croyants ou non, qu’ils s’inscrivent dans une religion ou dans une autre… Nous croyons que c’est à la même source que nous puisons nos capacités d’aimer et nos forces de vie. Certains expriment cela par des mots religieux, d’autres par ce qu’ils appellent les valeurs ou les principes, qu’ils soient humanistes ou philosophiques.

Les religions seraient-elles nocives ?
On peut alors se demander pourquoi on se casse la tête à mettre des mots religieux sur cette réalité, pourquoi on organise des structures humaines pour expliciter cette énergie, pourquoi on propose des rites et un culte au nom de cet amour de Dieu ? Quand on regarde l’histoire de l’humanité, on voit que souvent les religions ont été instrumentalisées au service d’idéologies qui n’avaient de religieuses que le nom et qui ne cherchaient pas le bonheur et l’épanouissement des femmes et des hommes qui y croyaient. Combien de manipulations, de génocides et d’atrocités ont été commises au nom de Dieu et des religions… Les religions sont gérées par des hommes, qui sont par nature faillibles et fragiles. Si elles ont été source de malheurs pour certains, ce n’est pas la nature de la religion ou de la divinité qui en est la cause, mais c’est la capacité de l’être humain à dévoyer les plus belles choses pour assouvir des désirs de conquêtes, de pouvoir, de vengeance, de violence. Les hommes ont instrumentalisé les religions parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient profiter de la vulnérabilité de ceux qui étaient dans une démarche de foi et de confiance, mais ils auraient trouvé d’autres leviers que la religion pour arriver à leurs fins.

Les religions, moyen d’incarner l’amour…
Si des rites et des structures existent encore pour accompagner la vie des croyants, c’est parce qu’en tant qu’humains, nous avons besoin de concrétiser ce que nous vivons intérieurement. Si la foi ne s’incarne pas, elle risque de s’éteindre. On ne peut se contenter d’aimer quelqu’un de manière uniquement sentimentale ; si l’amour ne passe pas par des mots, des gestes, des contacts, alors il s’étiole. Pour vivre notre foi, c’est pareil : nous avons besoin de nous retrouver pour célébrer et comprendre physiquement cette présence d’amour qui vient de Dieu. Cela nous aide à prolonger notre pratique spirituelle par un passage à l’acte : une foi sans action n’est rien, une pratique rituelle sans pratique fraternelle et solidaire n’est que du vent. Comme l’énergie n’est palpable que dans ce qu’elle produit, l’amour se révèle par ce qu’il produit dans le cœur des hommes et dans ce qu’il fait poser comme gestes. On ne peut pas distinguer l’amour en tant que tel, mais on en voit le résultat dans la vie des gens, dans les interactions humaines, dans les capacités de don, de gratuité, de sacrifice qu’il engendre.

Olivier

2026-05-25T08:47:46+02:00

L’Évangile du mois de juin 2026

Nous lirons ce passage le 28 juin, le dernier dimanche d’ouverture de l’Œuvre.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aussi à ses Apôtres : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Le contexte
Cet extrait de l’Évangile selon saint Matthieu s’inscrit dans un discours de Jésus auprès de ses disciples et même ici auprès du cercle restreint des Douze.
Des disciples

face à l’adversité
La venue de Jésus de façon tout à fait paradoxale devient un lieu de contestation et d’opposition. C’est tout de même étonnant alors qu’il prêche l’amour du prochain et même des ennemis.
Les adversaires aux disciples du Christ seront nombreux, jusqu’au sein de son cercle le plus proche et même dans sa famille. Ils viennent de toute part, les partisans d’Hérode, les pharisiens, les zélotes… L’adhésion au Christ provoquera et provoque encore des persécutions. C’est ainsi que le disciple sera parfois confronté à un choix difficile, un conflit de loyauté : le Christ ou sa famille. Entre la pauvreté évangélique et le patrimoine, entre le chemin sinueux et sa propre maison, entre la vérité de la croix et un semblant de paix. C’est ce que développent les versets suivants.
Ce n’est pas bien sûr que Jésus veuille la guerre mais se positionner pour ou contre lui, pour ou contre son discours, sépare ceux qui adhérent à sa personne avec les autres.

À cause de moi
En apportant ce glaive « malgré lui » ou « à cause de son nom », Jésus ne prêche pas la pertinence de la guerre sainte ou juste, de la nécessité des conflits. Il n’entre pas dans une logique de haine. Jésus suggère qu’il faut encore aimer et non haïr ces proches qui ont rejeté celui ou celle qui a préféré le Christ : ce fils ou cette fille, ce père ou cette mère. Il ne s’agit pas d’opposer l’amour du Christ à la haine des parents, mais de continuer à aimer. Cependant, le salut et le bonheur du disciple ne sont plus au sein du cercle familial, mais dans le Christ. Pour la mission des Apôtres, il y a un choix radical à faire : perdre son lieu de vie habituel, à cause du Christ, pour y gagner le salut.

Prophète et juste
Le fait de quitter sa famille, son village n’est pas un choix pour la solitude. Le Christ s’identifie à ce disciple qui l’a préféré : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Ce faisant, le discours exige des autres disciples à devenir une maison, une nouvelle famille pour celui qui a tout perdu aux yeux des hommes : son nom et son patrimoine. Ce dernier reçoit le qualificatif de prophète et de juste. Deux termes qui riment avec « persécuté » et font écho au risque missionnaire et à la fidélité en Christ. Cette insistance à accueillir le rejeté à cause de sa foi, et à subir par voie de conséquences la colère d’une famille, évoque probablement, au temps de Matthieu, les réticences de certains apôtres et disciples à faire preuve d’une telle charité envers l’un des ces petits qui ont tout perdu.

« Il ne perdra pas sa récompense »
Nous sommes parfois gênés lorsque Jésus parle de récompense. Il y aurait dans ces propos une forme d’infantilisation malsaine. Une forme de retour à une théologie du mérite : Si tu es gentil, tu auras une récompense. À chacun de comprendre que la récompense, c’est la joie de recevoir Jésus, son salut, son amour.

Didier Rocca

2026-05-25T09:06:23+02:00

Édito mai 2026 > Dieu très bas

Nous célébrons bientôt, dans la dynamique du temps de Pâques, la fête de l’Ascension du Seigneur. Solennité étonnante, car tout au long de son existence sur terre, Jésus a fait le choix de se faire humble, proche des plus petits, des plus méprisés, des blessés de la vie, des rejetés de la société et de la religion. Il nous a ainsi révélé un visage de Dieu bien différent des représentations traditionnelles, qui insistent sur la gloire, la puissance et l’honneur. D’ailleurs on se figure souvent cette fête comme une glorification.

Retour au Père
Le symbole de l’Ascension est plutôt celui du retour au père, dont la présence est traditionnellement située dans les cieux. C’est par son humilité, son abaissement et sa proximité avec les plus petits de la terre que Jésus s’est montré le plus proche de l’authentique visage de Dieu. Lorsque Jésus partage la vie des plus bas dans l’échelle sociale des hommes, c’est alors qu’il est le plus divin et qu’il se révèle vraiment Dieu incarné. Cela donne tout son sens à cette fête de l’Ascension qui vient couronner la passion et la mort ignominieuse sur la croix : c’est quand il est au plus bas que Jésus est en fait le plus fidèle au projet de Dieu et qu’il incarne le mieux la Bonne Nouvelle chrétienne. L’Ascension n’est pas une récompense mais la continuité de l’incarnation de Jésus qui s’est fait petit, de sa naissance à sa passion sur la croix, et qui se révèle ainsi vraiment Dieu. On pourrait dire que la gloire de Jésus, c’est précisément son humilité, son abaissement, son enfouissement. Il est au plus haut de sa mission et de l’incarnation de Dieu quand il se fait le plus petit et le serviteur de tous.

Révolution
Si nous devions chercher un critère d’authenticité du message chrétien pour justifier le choix de cette voie religieuse parmi d’autres, ce serait, me semble-t-il, dans ce paradoxe apparent que nous le trouverions : le très-haut se révèle dans le plus petit. Les hommes ne sauraient inventer cela. Si nous devions imaginer un personnage qui incarnerait la divinité, nous ferions sans doute ce que font les hommes depuis la nuit des temps : ce serait un être fort et puissant, qui utiliserait les armes du pouvoir pour rétablir la justice et imposer aux hommes de bien agir. Ce serait un super-héros, un roi, un empereur, un président puissant, un justicier. Mais que la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer sans condition, à pardonner, à prendre soin des ceux qui sont aux yeux des hommes les moins « aimables », c’est révolutionnaire, et je me dis que ça ne peut venir que de Dieu lui-même qui s’autocommunique et se révèle dans sa singularité.

Conversion
Il est tout à fait compréhensible que l’immense majorité des juifs du temps de Jésus n’aient pas pu reconnaître dans cet homme humble et modeste le Messie annoncé et attendu. Ils espéraient un libérateur, un roi, mais pas un Messie pauvre, pacifiste, humble et vulnérable. Nous avons aussi parfois du mal à saisir cet aspect vraiment original du message chrétien, et nous résistons à faire notre cette manière de vivre. Il n’est qu’à regarder comment le président des États-Unis réagit aux discours du pape Léon sur la paix. Donald Trump et ses collaborateurs n’ont de cesse de dénigrer et de discréditer le pape lorsque ce qu’il dit ne va pas dans le sens de leur manière de voir les interaction humaines fondées, selon eux, sur la force, la manipulation, la peur et la haine. Selon la logique des hommes, il faut lier la gloire et la puissance, alors que dans la pensée chrétienne, c’est la gloire et la croix qui sont liées, pour reprendre le titre d’une œuvre magistrale du théologien Hans Urs von Baltasar. C’est tout le sens de l’incarnation, de la Bonne Nouvelle chrétienne : la puissance de Dieu se révèle dans sa capacité à aimer, à pardonner, à encourager, à toujours espérer, à croire en l’homme… Et Dieu nous invite à incarner à notre tour cette Bonne Nouvelle dans nos vies et dans nos relations avec les autres.

Olivier

2026-04-27T19:09:47+02:00

L’Évangile du mois de mai 2026

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Le contexte
Aussitôt après la résurrection, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée. Ils ne sont plus que onze puisque Judas s’est suicidé. C’est alors que Jésus donne un discours d’adieu bref mais particulièrement saisissant. La Tradition place cela quarante jours après Pâques.

À propos des disciples
Les disciples ne semblent pas vraiment prêts à cette rencontre. Le doute qu’ils expriment est révélateur. De fait, comment ne pas se sentir proches de ces disciples qui doutent ? Souvent, la foi s’affermit par des moments de doute que l’on surmonte. En même temps, comment Jésus peut-il confier la « promotion du message évangélique » à des personnes qui l’ont à peine assimilé ? C’est l’occasion de rappeler cette formidable confiance que Dieu fait en l’homme et en l’Église. La mission confiée aux apôtres semble bien être une folie. Mais ils ne sont pas seuls dans cette entreprise : cet engagement n’est pas d’abord le nôtre mais celui de Jésus. Parfois, tel ou tel engagement peut paraître bien lourd à porter ou à assumer, être animateur à l’œuvre par exemple ou prendre des responsabilités dans une association. En effet, mais n’oublions pas que c’est Dieu qui passe par nous. Il a voulu avoir besoin de nous, alors soyons sans inquiétude, Dieu est avec nous. C’est d’ailleurs le nom que Jésus reçoit dès avant sa naissance de Dieu « Dieu-avec-nous » ou Emmanuel. Ce nom est repris tout à la fin de ce passage : Je suis avec vous.

Au nom du Père, et du Fils 
et du Saint-Esprit
Cette expression est tellement habituelle pour les chrétiens qu’elle peut passer inaperçue dans ce passage d’Évangile. Pourtant, elle est unique dans les quatre Évangiles. « Au nom de » est une formule habituelle dans la Bible qui rappelle l’unicité de Dieu ; en même temps, les trois personnes sont bien nommées et bien distinctes. Lorsque Jésus invite ses disciples à baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, cela signifie que le baptême nous plonge dans la Trinité, cet Amour qui circule, se donne et se reçoit sans cesse. La Trinité n’est pas incompatible avec l’unité de Dieu parce que ses trois personnes sont unies comme les doigts d’une main.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps »
Cette dernière phrase de l’Évangile est particulièrement réconfortante. Nous avons là le rapprochement étonnant entre deux durées : l’une à notre mesure : tous les jours, donc chaque jour, et l’autre au-delà de notre portée, la fin des temps. Autrement dit, toute inquiétude quant à la fin des temps est sans consistance puisque la présence du Ressuscité « avec nous » est promise au cœur de notre existence quotidienne. La présence de Dieu n’est pas pour un plus tard mais pour aujourd’hui et toujours.

La boucle est bouclée
Au début de l’Évangile, Jésus arrive et nous dit la proximité de Dieu à notre égard. À la fin de ce même Évangile, Jésus s’en va mais ne nous laisse pas orphelins puisque l’Esprit Saint nous permet d’être avec Dieu par-delà les limites d’espace et de temps..

Didier Rocca

Le mot du mois : Ascension
Jésus qui monte au Ciel (son ascension) exprime son passage du visible à l’invisible. Les récits d’apparition n’ont qu’un but : montrer que Jésus est vivant, mais de telle sorte qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. Il est « ailleurs ». Matthieu lui fait dire : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » Mais ce Dieu-avec-nous n’est plus perceptible avec les yeux, seulement par la foi. Gardons-nous bien de concevoir l’Ascension de Jésus comme un déplacement spatial : Jésus ne s’évade pas dans les galaxies. Il est plutôt passé de l’autre côté du voile, ce voile que seul peut percer le regard de la foi. Épreuve pour la foi que ce nouveau corps que l’Esprit va lui donner et que nous appelons Église.
D’une certaine façon, l’Église est ce voile qui cache et révèle à la fois. Le mouvement vertical du Christ se double d’un déplacement « horizontal », celui des disciples à la surface du globe. Ascension et envoi sont toujours liés : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Partez donc, de toutes les nations faites des disciples. »

2026-04-27T19:12:27+02:00

Édito avril 2026 > Le salut

Avec la grande fête de Pâques, nous célébrons la résurrection de Jésus, la victoire de la vie sur la mort, le salut de l’humanité. Mais qu’est-ce que le salut. De quoi sommes-nous sauvés ? Et comment sommes-nous sauvés ?

La vie éternelle
Le salut, pour les croyants, c’est la vie éternelle. Nous sommes donc sauvés de la mort. Ce qui implique que le projet de Dieu n’est pas de nous juger pour nous condamner mais de nous offrir la vie, la rédemption, le pardon. Dieu n’est pas un juge qui cherche à punir, mais un justicier qui vient lutter contre le mal. Il ne nous domine pas à distance pour peser nos vies à la balance et nous condamner selon nos mauvaises actions, mais il vient nous accompagner de son amour bienveillant pour que le bien l’emporte dans nos existences. Jésus, tout au long de sa vie terrestre, par ses gestes et ses paroles, n’a cessé de nous apprendre à mieux connaître Dieu : il s’est fait proche de toute personne humaine, sans considération de pureté, de classe sociale ou de perfection religieuse pour nous faire comprendre qu’il aimait de manière absolue et gracieuse tout le monde et que rien ne pouvait l’empêcher de nous considérer comme ses enfants, tout en respectant notre libre arbitre. Comme un parent avec ses enfants, il désire que nos vies soient belles, bonnes, justes, libres, tournées vers les autres. Et lorsque nous n’y arrivons pas, il ne baisse pas les bras, il continue à croire en nous, il nous relève, il nous offre son pardon et nous ouvre un avenir.

La liberté maintenant
Cette vie éternelle que Dieu désire pour nous n’est pas seulement une promesse pour l’après de notre vie terrestre, c’est un cadeau qui nous est offert dès maintenant. Ce n’est pas une récompense pour demain, mais une proposition pour maintenant : nous sommes invités à vivre dès à présent de cette vie éternelle, libérés du péché, du mal et de la mort. Cela peut paraître paradoxal, car nous restons des êtres humains vivants, faillibles, fragiles, imparfaits… Nous ne devenons pas des anges ou des êtres désincarnés, mais cependant nous sommes aussi déjà victorieux du mal et de la mort, nous sommes déjà libérés du pêché qui nous défigure et nous éloigne de l’amour de Dieu et des autres. Nous vivons de cet « au-delà », tout en restant dans le « pas encore » de notre condition humaine. C’est le symbole du vêtement blanc que portent les baptisés au jour de leur baptême : nous sommes nés à la vie éternelle, libérés de la corruption du mal et du péché, création nouvelle tout en restant nous-mêmes, fragiles et toujours capables du pire. Mais nous sommes ces pécheurs pardonnés, capable surtout du meilleur et conscients que le mal n’est pas une fatalité. Il vient nous défigurer mais il ne nous définit pas, nous pouvons le vaincre, c’est déjà fait…

L’amour sans condition
La manière de nous sauver, c’est l’amour donné sans condition. Jésus ne vient pour faire du marchandage avec nous ou pour signer un contrat qui stipulerait que nous devons nous engager dans le chemin de la perfection pour obtenir la récompense de l’amour et de la vie éternelle. Avec Dieu nous rentrons dans le registre de la gratuité. C’est sans condition que Dieu nous aime et nous offre son pardon. Il est tout puissant en amour. Rien ne peut l’empêcher de vouloir le meilleur pour nous. Sinon cela voudrait dire que son amour serait corrélé à notre conduite, et sa puissance serait relative. Ce qui résiste encore à tout cela, c’est notre liberté, car Dieu ne peux pas nous forcer à entrer dans sa logique, qui peut nous sembler tellement folle qu’elle n’est pas prise au sérieux. Mais Dieu ne peut rien faire d’autre que d’attendre patiemment que nous comprenions que cette folie apparente est l’authentique et véritable sagesse. Il est sur le seuil de sa maison et attend notre retour, notre retournement, notre conversion.

Olivier

2026-03-24T11:43:57+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2026

L’Évangile du mois sera proclamé le jour de Pâques. Christ ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient à la tombe très tôt le matin, quand il fait encore noir, et elle voit que la pierre a été retirée du tombeau. Alors elle part en courant et arrive chez Simon-Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait. Et elle leur dit : « Le Seigneur a été enlevé de la tombe et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre sort aussitôt avec l’autre disciple, et ils vont à la tombe. Ils courent tous les deux, et l’autre disciple, qui court plus vite, arrive avant Pierre à la tombe. Là il se penche et voit les linges tombés à plat, mais il n’entre pas. Pierre arrive alors derrière lui et pénètre dans la tombe ; lui aussi voit les linges posés à plat. Le suaire qui enveloppait la tête n’est pas posé avec les linges, mais à part : il est roulé à un autre endroit. Alors entre l’autre disciple, celui qui est arrivé le premier à la tombe ; il voit et il croit. C’est qu’ils n’avaient pas encore compris l’Écriture : « il fallait » qu’il ressuscite d’entre les morts !

Le contexte
Le vendredi soir, Jésus est mort et mis au tombeau. Le dimanche matin, Marie-Madeleine, une de celles qui a suivi Jésus jusqu’à sa mort en croix retourne au tombeau. Cet Évangile est la première partie du récit. La suite racontera la rencontre de Marie-Madeleine avec celui qu’elle prend pour le gardien mais qui n’est autre que Jésus lui-même.

Le premier jour de la semaine…
Cette indication temporelle rappelle le premier récit de la création, comme si un nouveau monde apparaissait. Marie-Madeleine est en marche alors que le jour n’est pas levé. La lumière ne brille pas encore en elle. C’est compréhensible puisqu’elle part à la rencontre d’un cadavre. De même que la parole divine fait la lumière au commencement du monde, de même, il faudra une parole pour que Marie-Madeleine reconnaisse le Ressuscité. Cette scène évangélique inaugure une nouvelle création.

Pas de preuve…
Pour nous parler de la résurrection de Jésus, Jean insiste sur la pierre qui a été retirée et sur l’absence du corps. Ces indices sont à priori bien minces pour prouver cette résurrection. Autant dire que les éléments matériels ne suffiront pas pour conclure quoique ce soit. Il faudra la foi…

La réaction de Marie-Madeleine…
Marie-Madeleine voit que la pierre a été enlevée, elle ne va pas plus loin dans son observation. Revient alors une question sans cesse évoquée dans les évangiles à propos de Jésus : D’où vient-il ? Où est-il ? Son absence est une énigme que le temps lèvera mais pour elle, il n’est pas question de résurrection, elle en est à un possible enlèvement.

Il vit et il crut…
La foi du disciple repose sur la constatation d’un fait mais il lui manque encore la rencontre du Seigneur pour se déployer et devenir missionnaire. Le tombeau ouvert témoigne d’une absence (pas de corps) mais aussi d’une présence (Il est ressuscité !) plus forte puisqu’elle suscite la foi. Autrement dit, le disciple voit l’absence mais il croit en la présence. Entre le voir et le croire, il y a une part d’inexplicable, d’inouï. C’est pourquoi, Pierre et Jean s’en retournent chez eux comme pour indiquer que la révélation est inachevée et qu’elle n’a pas encore sur eux les effets qu’elle produira plus tard.

Pour actualiser…
Nous qui lisons ce passage aujourd’hui, nous aimerions dire à Pierre et à l’autre disciple Jean : « Mais, vous ne comprenez donc pas, Jésus est ressuscité, allez l’annoncer au monde entier, ne perdez pas de temps. » Or, ils semblent bien lents à croire. Cela ne devrait pas tant nous étonner que cela. Ne sommes-nous comme eux ? Nous savons depuis près de deux mille ans que le Christ est ressuscité. Nous aussi, nous balbutions dans notre foi. Avouons-le, nous ne sommes pas plus malins que Pierre et Jean. Nous avons tant de mal à croire en cette résurrection. Nous avons tant de mal à nous laisser transformer au quotidien par cette si grande nouvelle… La mort est morte, elle est ce passage que Jésus a emprunté le premier !
N’ayons pas peur…
…de transmettre ce message qui est le cœur de notre foi : Aucune situation humaine est sans issue, rien n’est jamais totalement « foutu ».
Confiné dans son tombeau, Jésus s’en délivre et par la même occasion, il nous invite à sortir des nôtres, de nos nostalgies, de nos idées noires, de notre découragement.

Didier Rocca

Christ est ressuscité.
La mort est morte. 

Un avenir est toujours possible. 

Rien n’est jamais foutu.
Alléluia ! 

Christ est vivant et chacun de nous avec Lui !

2026-03-24T11:46:16+01:00

Édito mars 2026 > Se convertir

On utilise souvent le mot conversion pour parler d’un changement de religion, alors qu’il exprime plus largement un changement de cap ou de direction. Et nous sommes invités à nous convertir au sein même de la religion, car nous n’avons jamais fini de nous tourner vers Dieu. Se convertir, ce n’est pas tourner le dos à une religion, mais s’orienter différemment.

La marche
Ce processus est à revivre régulièrement, car nous n’avons jamais fini de découvrir de nouvelles réalités au cours de notre marche. Notre vie ne ressemble pas souvent à un train qui fonce à grande vitesse sur des rails sans se poser de questions. Elle ressemble plutôt à une randonnée, avec des moments assez faciles, comme sur un chemin forestier bien tracé, mais aussi avec des moments plus compliqués, comme sur un sentier mal entretenu, qui demande à regarder de près les balises, les traces ou les cairns, et même parfois la carte et la boussole. Sur ces étapes plus ardues, il faut parfois revenir un peu en arrière lorsqu’on se rend compte qu’on a loupé une bifurcation, avec la possibilité de retrouver le bon chemin qui avait été perdu.

Le phare
Se convertir implique d’être en état de vigilance, avec la conscience que l’on peut se perdre ou se blesser. Il ne s’agit pas d’entrer dans un état d’inquiétude permanent, mais plutôt de garder en tête que nous ne sommes pas à l’abri de nous égarer ou de prendre une mauvaise direction. Parfois nos habitudes, le train-train quotidien, peuvent nous aveugler et nous entrainer à accepter ce qui n’est pas bon pour nous ou pour ceux avec qui nous vivons. Il y a un équilibre à trouver entre l’intranquillité qui épuise et l’assoupissement qui paralyse. C’est comme les phares qui accompagnent les bateaux. Ils ne les voient pas tout le temps et ils n’en ont pas toujours besoin, car il y a des moments où la navigation semble facile, mais les marins ne sont pas à l’abri de perdre le cap sans s’en rendre compte, et donc il leur faut régulièrement se fier aux phares, aux instruments de navigation et autres GPS.

La religion
Dans la vie spirituelle, la conversion ne se limite donc pas à un changement de religion, car se convertir signifie se tourner vers Dieu. Nous croyons qu’il n’y a pas plusieurs dieux, mais que toutes les religions sont au service de la relation de l’humanité avec Dieu. Elles utilisent différents mots, gestes, manières de relire l’histoire de l’humanité, mais elles cherchent à s’approcher d’une même vérité, d’un même mystère qui nous dépasse et nous englobe sans que nous puissions en faire le tour et le posséder dans sa globalité. C’est donc avec beaucoup d’humilité que les croyants doivent considérer leur religion, qui est un moyen humain, inspiré par Dieu certes, de nous faire entrer dans une réalité qui dépasse l’aspect matérialiste de nos existences. Nous ne pourrons jamais posséder toute la vérité sur Dieu. Nous n’avons jamais fini de découvrir ce que cette réalité divine apporte à nos existences humaines et implique de changement dans nos relations interpersonnelles. Cette attitude de recherche et d’humilité définit bien ce que peut être la conversion : être toujours en recherche et en marche.

Le tournesol
Nous pouvons évoquer une autre image, celle du tournesol. Tout au long de la journée, il s’oriente différemment pour suivre le soleil et bénéficier au maximum de son éclat et de son apport en énergie. Il en va de même pour les croyants. Nous sommes invités à nous convertir continuellement, c’est-à-dire à nous tourner vers Dieu, pour nous nourrir de son énergie d’amour et de sa Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons jamais considérer que nous avons fini d’avoir besoin de recevoir l’amour de Dieu, c’est un processus qui dure toute notre vie. Et lorsque nous avons négligé cette réalité en nous détournant de l’amour, il n’est jamais trop tard pour nous tourner vers Dieu. Dans nos existences, il y a des conversions « majeures », c’est-à-dire importantes, radicales, qui marquent une étape dans notre vie, parce que nous avons discerné qu’il nous fallait changer de chemin, et il y a aussi les conversions « quotidiennes », car nous avons avons toujours besoin de recevoir l’amour de Dieu pour bien le partager, même quand il nous semble que tout va bien et que nous sommes en adéquation avec la Bonne Nouvelle de Dieu.

Le carême
Le temps du carême, qui offre quarante jours aux chrétiens pour se préparer à célébrer la grande fête de Pâques, est précisément un temps de conversion. Pas seulement un temps d’efforts et de sacrifices, mais un temps qui nous est donné pour marquer une étape dans notre vie, pour faire le point et pour discerner s’il y a des choses à réorienter, que ce soit dans notre vie personnelle, dans notre vie de relation avec les autres ou dans notre vie spirituelle. C’est un cadeau.

Olivier

2026-02-11T10:19:52+01:00

L’Évangile du mois de mars 2026

En ce troisième dimanche du Carême, nous retrouvons l’Évangile de la samaritaine. En voici un extrait…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Jésus quitta la Judée et se mit en route pour la Galilée. Il lui fallait traverser la Samarie et c’est ainsi qu’il arriva à une ville de Samarie appelée Sichar… Jésus était fatigué de la marche et il s’assit auprès du puits. C’était l’heure de midi.
Arrive une femme de Samarie pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » La Samaritaine lui répondit : « Vous êtes Juif, comment pouvez-vous demander à boire à une Samaritaine comme moi ? » Jésus lui dit : « Si tu connaissais le don de Dieu et si tu savais qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé cette eau qui fait vivre, et il te l’aurait donnée. » Elle lui dit : « Seigneur, vous n’avez pas de seau et le puits est profond. Où trouvez-vous cette eau vive ? » Jésus lui dit : « Celui qui boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boit de l’eau que je lui donnerai ne connaîtra plus jamais la soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source intarissable de vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donnez-moi donc de cette eau ; je n’aurai plus soif et je n’aurai plus à venir en chercher ici. »

Le contexte
Jésus quitte la région de Jérusalem pour aller en Galilée. Pour y parvenir, il doit passer par la Samarie, région fort mal considérée par les juifs de l’époque. La femme qu’il rencontre est donc une étrangère d’une religion rivale, même si en réalité, les samaritains et les Juifs partageaient les mêmes promesses de Dieu et attendaient eux aussi le Sauveur.

Toi, un juif !
La conversation banale aurait pu tourner court. Ils n’ont rien en commun. Lui : un juif ; elle : une femme de Samarie. Lui : assis sur le rebord du puits ; elle s’avançant à cette heure chaude de la journée. Et pourtant, sur une remarque banale, tout bascule pour nous faire entrer dans un véritable dialogue, une conversation qui deviendra conversion.
L’évangéliste nous permet également de suivre la femme de Samarie dans ses déplacements spirituels. Ainsi nous passons de l’eau, quasi-stagnante, du puits, à l’eau vive. Et plus loin, de ce puits profond à la hauteur des montagnes, comme nous passerons aussi de la solitude de la Samaritaine à l’ensemble du village. Cette progression est éclairée par les titres que la femme et les samaritains donnent à Jésus. Il n’est d’abord qu’un juif, celui qu’elle appellera Seigneur, prophète, Christ avant que tous le professent Sauveur du monde.

Donne-moi à boire ?
C’est une histoire étrange, où Jésus, par son attitude, crée l’événement. Dans sa simplicité d’homme fatigué et assoiffé, Jésus vient rejoindre cette femme, non pas en la traitant de haut mais en lui demandant de l’aide pour pouvoir s’abreuver.
Même si la Samaritaine est surprise, déconcertée, la relation s’est établie avec Jésus.
Demander quelque chose à une personne, n’est-ce pas parfois une façon de la valoriser, de reconnaître qu’elle a quelque chose à donner ? La surprise de la femme et son étonnement cachent déjà sans doute une secrète joie. La glace est rompue. Le mépris a été balayé. Une nouvelle fois, Jésus remet une femme debout.

L’eau vive
Derrière la soif bien humaine, Jésus fait pressentir une soif plus profonde, cette soif de vivre qu’il est le seul à pouvoir étancher. Jésus joue un peu avec les différents sens du mot « soif ». Grâce à ce malentendu, Jésus permet à la samaritaine de faire un nouveau pas. La soif d’eau éprouvée par Jésus laisse place à la soif de Dieu, à la soif de vérité qu’elle ne soupçonnait peut-être même pas en elle. De la même manière, jeunes ou moins jeunes avons différentes soifs à assouvir. Soif de connaissance, soif de sensation forte. Mais au-delà, il peut y avoir une soif d’absolu, une soif de Dieu même si elle ne s’exprime pas clairement.

Pour actualiser…
Jésus vient nouer une relation avec chacun de nous par le biais de personnes qu’il met sur notre route. L’enjeu de cette rencontre est loin d’être anodin : accueillir en soi la vie de Dieu. C’est ce que nous pouvons vivre lors d’une messe ou d’un baptême. Dieu vient nous rencontrer afin de nous offrir sa vie ! On comprend mieux pourquoi cet Évangile est lu chaque année pour la célébration de la troisième étape de baptême des catéchumènes adultes. L’eau vive, c’est l’eau du baptême, cette eau qui donne la vie éternelle.

Didier Rocca

Le mot du mois : le puits
La référence au puits joue un rôle important. Il constitue un lieu indispensable à la vie d’une communauté, lui procurant l’eau nécessaire. Mais bien plus, le puits est un lieu de rencontre, favorable aux mariages. C’est près d’un puits que Jacob rencontrera Rachel, et Moïse, Cipporah. Un autre puits jouera le même rôle pour le mariage d’Isaac avec Rébecca. Le mot puits est donc synonyme de vie et de fécondité. Et ce puits de Sykar sera lui aussi témoin d’une vie nouvelle et d’une nouvelle alliance.

2026-02-11T10:26:57+01:00