Spiritualité

Édito avril 2026 > Le salut

Avec la grande fête de Pâques, nous célébrons la résurrection de Jésus, la victoire de la vie sur la mort, le salut de l’humanité. Mais qu’est-ce que le salut. De quoi sommes-nous sauvés ? Et comment sommes-nous sauvés ?

La vie éternelle
Le salut, pour les croyants, c’est la vie éternelle. Nous sommes donc sauvés de la mort. Ce qui implique que le projet de Dieu n’est pas de nous juger pour nous condamner mais de nous offrir la vie, la rédemption, le pardon. Dieu n’est pas un juge qui cherche à punir, mais un justicier qui vient lutter contre le mal. Il ne nous domine pas à distance pour peser nos vies à la balance et nous condamner selon nos mauvaises actions, mais il vient nous accompagner de son amour bienveillant pour que le bien l’emporte dans nos existences. Jésus, tout au long de sa vie terrestre, par ses gestes et ses paroles, n’a cessé de nous apprendre à mieux connaître Dieu : il s’est fait proche de toute personne humaine, sans considération de pureté, de classe sociale ou de perfection religieuse pour nous faire comprendre qu’il aimait de manière absolue et gracieuse tout le monde et que rien ne pouvait l’empêcher de nous considérer comme ses enfants, tout en respectant notre libre arbitre. Comme un parent avec ses enfants, il désire que nos vies soient belles, bonnes, justes, libres, tournées vers les autres. Et lorsque nous n’y arrivons pas, il ne baisse pas les bras, il continue à croire en nous, il nous relève, il nous offre son pardon et nous ouvre un avenir.

La liberté maintenant
Cette vie éternelle que Dieu désire pour nous n’est pas seulement une promesse pour l’après de notre vie terrestre, c’est un cadeau qui nous est offert dès maintenant. Ce n’est pas une récompense pour demain, mais une proposition pour maintenant : nous sommes invités à vivre dès à présent de cette vie éternelle, libérés du péché, du mal et de la mort. Cela peut paraître paradoxal, car nous restons des êtres humains vivants, faillibles, fragiles, imparfaits… Nous ne devenons pas des anges ou des êtres désincarnés, mais cependant nous sommes aussi déjà victorieux du mal et de la mort, nous sommes déjà libérés du pêché qui nous défigure et nous éloigne de l’amour de Dieu et des autres. Nous vivons de cet « au-delà », tout en restant dans le « pas encore » de notre condition humaine. C’est le symbole du vêtement blanc que portent les baptisés au jour de leur baptême : nous sommes nés à la vie éternelle, libérés de la corruption du mal et du péché, création nouvelle tout en restant nous-mêmes, fragiles et toujours capables du pire. Mais nous sommes ces pécheurs pardonnés, capable surtout du meilleur et conscients que le mal n’est pas une fatalité. Il vient nous défigurer mais il ne nous définit pas, nous pouvons le vaincre, c’est déjà fait…

L’amour sans condition
La manière de nous sauver, c’est l’amour donné sans condition. Jésus ne vient pour faire du marchandage avec nous ou pour signer un contrat qui stipulerait que nous devons nous engager dans le chemin de la perfection pour obtenir la récompense de l’amour et de la vie éternelle. Avec Dieu nous rentrons dans le registre de la gratuité. C’est sans condition que Dieu nous aime et nous offre son pardon. Il est tout puissant en amour. Rien ne peut l’empêcher de vouloir le meilleur pour nous. Sinon cela voudrait dire que son amour serait corrélé à notre conduite, et sa puissance serait relative. Ce qui résiste encore à tout cela, c’est notre liberté, car Dieu ne peux pas nous forcer à entrer dans sa logique, qui peut nous sembler tellement folle qu’elle n’est pas prise au sérieux. Mais Dieu ne peut rien faire d’autre que d’attendre patiemment que nous comprenions que cette folie apparente est l’authentique et véritable sagesse. Il est sur le seuil de sa maison et attend notre retour, notre retournement, notre conversion.

Olivier

2026-03-24T11:43:57+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2026

L’Évangile du mois sera proclamé le jour de Pâques. Christ ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient à la tombe très tôt le matin, quand il fait encore noir, et elle voit que la pierre a été retirée du tombeau. Alors elle part en courant et arrive chez Simon-Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait. Et elle leur dit : « Le Seigneur a été enlevé de la tombe et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre sort aussitôt avec l’autre disciple, et ils vont à la tombe. Ils courent tous les deux, et l’autre disciple, qui court plus vite, arrive avant Pierre à la tombe. Là il se penche et voit les linges tombés à plat, mais il n’entre pas. Pierre arrive alors derrière lui et pénètre dans la tombe ; lui aussi voit les linges posés à plat. Le suaire qui enveloppait la tête n’est pas posé avec les linges, mais à part : il est roulé à un autre endroit. Alors entre l’autre disciple, celui qui est arrivé le premier à la tombe ; il voit et il croit. C’est qu’ils n’avaient pas encore compris l’Écriture : « il fallait » qu’il ressuscite d’entre les morts !

Le contexte
Le vendredi soir, Jésus est mort et mis au tombeau. Le dimanche matin, Marie-Madeleine, une de celles qui a suivi Jésus jusqu’à sa mort en croix retourne au tombeau. Cet Évangile est la première partie du récit. La suite racontera la rencontre de Marie-Madeleine avec celui qu’elle prend pour le gardien mais qui n’est autre que Jésus lui-même.

Le premier jour de la semaine…
Cette indication temporelle rappelle le premier récit de la création, comme si un nouveau monde apparaissait. Marie-Madeleine est en marche alors que le jour n’est pas levé. La lumière ne brille pas encore en elle. C’est compréhensible puisqu’elle part à la rencontre d’un cadavre. De même que la parole divine fait la lumière au commencement du monde, de même, il faudra une parole pour que Marie-Madeleine reconnaisse le Ressuscité. Cette scène évangélique inaugure une nouvelle création.

Pas de preuve…
Pour nous parler de la résurrection de Jésus, Jean insiste sur la pierre qui a été retirée et sur l’absence du corps. Ces indices sont à priori bien minces pour prouver cette résurrection. Autant dire que les éléments matériels ne suffiront pas pour conclure quoique ce soit. Il faudra la foi…

La réaction de Marie-Madeleine…
Marie-Madeleine voit que la pierre a été enlevée, elle ne va pas plus loin dans son observation. Revient alors une question sans cesse évoquée dans les évangiles à propos de Jésus : D’où vient-il ? Où est-il ? Son absence est une énigme que le temps lèvera mais pour elle, il n’est pas question de résurrection, elle en est à un possible enlèvement.

Il vit et il crut…
La foi du disciple repose sur la constatation d’un fait mais il lui manque encore la rencontre du Seigneur pour se déployer et devenir missionnaire. Le tombeau ouvert témoigne d’une absence (pas de corps) mais aussi d’une présence (Il est ressuscité !) plus forte puisqu’elle suscite la foi. Autrement dit, le disciple voit l’absence mais il croit en la présence. Entre le voir et le croire, il y a une part d’inexplicable, d’inouï. C’est pourquoi, Pierre et Jean s’en retournent chez eux comme pour indiquer que la révélation est inachevée et qu’elle n’a pas encore sur eux les effets qu’elle produira plus tard.

Pour actualiser…
Nous qui lisons ce passage aujourd’hui, nous aimerions dire à Pierre et à l’autre disciple Jean : « Mais, vous ne comprenez donc pas, Jésus est ressuscité, allez l’annoncer au monde entier, ne perdez pas de temps. » Or, ils semblent bien lents à croire. Cela ne devrait pas tant nous étonner que cela. Ne sommes-nous comme eux ? Nous savons depuis près de deux mille ans que le Christ est ressuscité. Nous aussi, nous balbutions dans notre foi. Avouons-le, nous ne sommes pas plus malins que Pierre et Jean. Nous avons tant de mal à croire en cette résurrection. Nous avons tant de mal à nous laisser transformer au quotidien par cette si grande nouvelle… La mort est morte, elle est ce passage que Jésus a emprunté le premier !
N’ayons pas peur…
…de transmettre ce message qui est le cœur de notre foi : Aucune situation humaine est sans issue, rien n’est jamais totalement « foutu ».
Confiné dans son tombeau, Jésus s’en délivre et par la même occasion, il nous invite à sortir des nôtres, de nos nostalgies, de nos idées noires, de notre découragement.

Didier Rocca

Christ est ressuscité.
La mort est morte. 

Un avenir est toujours possible. 

Rien n’est jamais foutu.
Alléluia ! 

Christ est vivant et chacun de nous avec Lui !

2026-03-24T11:46:16+01:00

Édito mars 2026 > Se convertir

On utilise souvent le mot conversion pour parler d’un changement de religion, alors qu’il exprime plus largement un changement de cap ou de direction. Et nous sommes invités à nous convertir au sein même de la religion, car nous n’avons jamais fini de nous tourner vers Dieu. Se convertir, ce n’est pas tourner le dos à une religion, mais s’orienter différemment.

La marche
Ce processus est à revivre régulièrement, car nous n’avons jamais fini de découvrir de nouvelles réalités au cours de notre marche. Notre vie ne ressemble pas souvent à un train qui fonce à grande vitesse sur des rails sans se poser de questions. Elle ressemble plutôt à une randonnée, avec des moments assez faciles, comme sur un chemin forestier bien tracé, mais aussi avec des moments plus compliqués, comme sur un sentier mal entretenu, qui demande à regarder de près les balises, les traces ou les cairns, et même parfois la carte et la boussole. Sur ces étapes plus ardues, il faut parfois revenir un peu en arrière lorsqu’on se rend compte qu’on a loupé une bifurcation, avec la possibilité de retrouver le bon chemin qui avait été perdu.

Le phare
Se convertir implique d’être en état de vigilance, avec la conscience que l’on peut se perdre ou se blesser. Il ne s’agit pas d’entrer dans un état d’inquiétude permanent, mais plutôt de garder en tête que nous ne sommes pas à l’abri de nous égarer ou de prendre une mauvaise direction. Parfois nos habitudes, le train-train quotidien, peuvent nous aveugler et nous entrainer à accepter ce qui n’est pas bon pour nous ou pour ceux avec qui nous vivons. Il y a un équilibre à trouver entre l’intranquillité qui épuise et l’assoupissement qui paralyse. C’est comme les phares qui accompagnent les bateaux. Ils ne les voient pas tout le temps et ils n’en ont pas toujours besoin, car il y a des moments où la navigation semble facile, mais les marins ne sont pas à l’abri de perdre le cap sans s’en rendre compte, et donc il leur faut régulièrement se fier aux phares, aux instruments de navigation et autres GPS.

La religion
Dans la vie spirituelle, la conversion ne se limite donc pas à un changement de religion, car se convertir signifie se tourner vers Dieu. Nous croyons qu’il n’y a pas plusieurs dieux, mais que toutes les religions sont au service de la relation de l’humanité avec Dieu. Elles utilisent différents mots, gestes, manières de relire l’histoire de l’humanité, mais elles cherchent à s’approcher d’une même vérité, d’un même mystère qui nous dépasse et nous englobe sans que nous puissions en faire le tour et le posséder dans sa globalité. C’est donc avec beaucoup d’humilité que les croyants doivent considérer leur religion, qui est un moyen humain, inspiré par Dieu certes, de nous faire entrer dans une réalité qui dépasse l’aspect matérialiste de nos existences. Nous ne pourrons jamais posséder toute la vérité sur Dieu. Nous n’avons jamais fini de découvrir ce que cette réalité divine apporte à nos existences humaines et implique de changement dans nos relations interpersonnelles. Cette attitude de recherche et d’humilité définit bien ce que peut être la conversion : être toujours en recherche et en marche.

Le tournesol
Nous pouvons évoquer une autre image, celle du tournesol. Tout au long de la journée, il s’oriente différemment pour suivre le soleil et bénéficier au maximum de son éclat et de son apport en énergie. Il en va de même pour les croyants. Nous sommes invités à nous convertir continuellement, c’est-à-dire à nous tourner vers Dieu, pour nous nourrir de son énergie d’amour et de sa Bonne Nouvelle. Nous ne pouvons jamais considérer que nous avons fini d’avoir besoin de recevoir l’amour de Dieu, c’est un processus qui dure toute notre vie. Et lorsque nous avons négligé cette réalité en nous détournant de l’amour, il n’est jamais trop tard pour nous tourner vers Dieu. Dans nos existences, il y a des conversions « majeures », c’est-à-dire importantes, radicales, qui marquent une étape dans notre vie, parce que nous avons discerné qu’il nous fallait changer de chemin, et il y a aussi les conversions « quotidiennes », car nous avons avons toujours besoin de recevoir l’amour de Dieu pour bien le partager, même quand il nous semble que tout va bien et que nous sommes en adéquation avec la Bonne Nouvelle de Dieu.

Le carême
Le temps du carême, qui offre quarante jours aux chrétiens pour se préparer à célébrer la grande fête de Pâques, est précisément un temps de conversion. Pas seulement un temps d’efforts et de sacrifices, mais un temps qui nous est donné pour marquer une étape dans notre vie, pour faire le point et pour discerner s’il y a des choses à réorienter, que ce soit dans notre vie personnelle, dans notre vie de relation avec les autres ou dans notre vie spirituelle. C’est un cadeau.

Olivier

2026-02-11T10:19:52+01:00

L’Évangile du mois de mars 2026

En ce troisième dimanche du Carême, nous retrouvons l’Évangile de la samaritaine. En voici un extrait…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Jésus quitta la Judée et se mit en route pour la Galilée. Il lui fallait traverser la Samarie et c’est ainsi qu’il arriva à une ville de Samarie appelée Sichar… Jésus était fatigué de la marche et il s’assit auprès du puits. C’était l’heure de midi.
Arrive une femme de Samarie pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » La Samaritaine lui répondit : « Vous êtes Juif, comment pouvez-vous demander à boire à une Samaritaine comme moi ? » Jésus lui dit : « Si tu connaissais le don de Dieu et si tu savais qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé cette eau qui fait vivre, et il te l’aurait donnée. » Elle lui dit : « Seigneur, vous n’avez pas de seau et le puits est profond. Où trouvez-vous cette eau vive ? » Jésus lui dit : « Celui qui boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boit de l’eau que je lui donnerai ne connaîtra plus jamais la soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source intarissable de vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donnez-moi donc de cette eau ; je n’aurai plus soif et je n’aurai plus à venir en chercher ici. »

Le contexte
Jésus quitte la région de Jérusalem pour aller en Galilée. Pour y parvenir, il doit passer par la Samarie, région fort mal considérée par les juifs de l’époque. La femme qu’il rencontre est donc une étrangère d’une religion rivale, même si en réalité, les samaritains et les Juifs partageaient les mêmes promesses de Dieu et attendaient eux aussi le Sauveur.

Toi, un juif !
La conversation banale aurait pu tourner court. Ils n’ont rien en commun. Lui : un juif ; elle : une femme de Samarie. Lui : assis sur le rebord du puits ; elle s’avançant à cette heure chaude de la journée. Et pourtant, sur une remarque banale, tout bascule pour nous faire entrer dans un véritable dialogue, une conversation qui deviendra conversion.
L’évangéliste nous permet également de suivre la femme de Samarie dans ses déplacements spirituels. Ainsi nous passons de l’eau, quasi-stagnante, du puits, à l’eau vive. Et plus loin, de ce puits profond à la hauteur des montagnes, comme nous passerons aussi de la solitude de la Samaritaine à l’ensemble du village. Cette progression est éclairée par les titres que la femme et les samaritains donnent à Jésus. Il n’est d’abord qu’un juif, celui qu’elle appellera Seigneur, prophète, Christ avant que tous le professent Sauveur du monde.

Donne-moi à boire ?
C’est une histoire étrange, où Jésus, par son attitude, crée l’événement. Dans sa simplicité d’homme fatigué et assoiffé, Jésus vient rejoindre cette femme, non pas en la traitant de haut mais en lui demandant de l’aide pour pouvoir s’abreuver.
Même si la Samaritaine est surprise, déconcertée, la relation s’est établie avec Jésus.
Demander quelque chose à une personne, n’est-ce pas parfois une façon de la valoriser, de reconnaître qu’elle a quelque chose à donner ? La surprise de la femme et son étonnement cachent déjà sans doute une secrète joie. La glace est rompue. Le mépris a été balayé. Une nouvelle fois, Jésus remet une femme debout.

L’eau vive
Derrière la soif bien humaine, Jésus fait pressentir une soif plus profonde, cette soif de vivre qu’il est le seul à pouvoir étancher. Jésus joue un peu avec les différents sens du mot « soif ». Grâce à ce malentendu, Jésus permet à la samaritaine de faire un nouveau pas. La soif d’eau éprouvée par Jésus laisse place à la soif de Dieu, à la soif de vérité qu’elle ne soupçonnait peut-être même pas en elle. De la même manière, jeunes ou moins jeunes avons différentes soifs à assouvir. Soif de connaissance, soif de sensation forte. Mais au-delà, il peut y avoir une soif d’absolu, une soif de Dieu même si elle ne s’exprime pas clairement.

Pour actualiser…
Jésus vient nouer une relation avec chacun de nous par le biais de personnes qu’il met sur notre route. L’enjeu de cette rencontre est loin d’être anodin : accueillir en soi la vie de Dieu. C’est ce que nous pouvons vivre lors d’une messe ou d’un baptême. Dieu vient nous rencontrer afin de nous offrir sa vie ! On comprend mieux pourquoi cet Évangile est lu chaque année pour la célébration de la troisième étape de baptême des catéchumènes adultes. L’eau vive, c’est l’eau du baptême, cette eau qui donne la vie éternelle.

Didier Rocca

Le mot du mois : le puits
La référence au puits joue un rôle important. Il constitue un lieu indispensable à la vie d’une communauté, lui procurant l’eau nécessaire. Mais bien plus, le puits est un lieu de rencontre, favorable aux mariages. C’est près d’un puits que Jacob rencontrera Rachel, et Moïse, Cipporah. Un autre puits jouera le même rôle pour le mariage d’Isaac avec Rébecca. Le mot puits est donc synonyme de vie et de fécondité. Et ce puits de Sykar sera lui aussi témoin d’une vie nouvelle et d’une nouvelle alliance.

2026-02-11T10:26:57+01:00

Édito février 2026 > Les bonnes actions…

Lors d’une discussion avec les animateurs, nous avons réfléchi sur la valeur des bonnes actions dans nos vies et dans notre relation à Dieu. Jouent-elles un rôle dans notre salut ? Dieu nous évalue-t-il sur nos gestes et nos actions ? Et si ce n’est pas le cas, alors pourquoi sommes-nous incités à faire le bien ?

Les bonnes actions
Dans l’éducation des enfants, les notions de mérite, de punition et de récompense sont omniprésentes de la part des adultes, consciemment ou inconsciemment. Il est difficile d’imaginer une société qui ne repose pas sur l’incitation à faire le bien plutôt que le mal. La morale est profondément ancrée dans la vie sociale. Nous sommes contraints d’adopter des comportements positifs, de nous respecter mutuellement et de veiller au bien commun, sous peine d’être jugés, condamnés et punis. Une société qui tolérerait la délinquance et la criminalité serait incohérente et invivable. La loi de la jungle n’est ni un postulat politique ni le fondement d’un projet de société, qui, au contraire, encourage les citoyens à vivre en paix, à prendre soin des plus vulnérables et à promouvoir la justice et l’équité.

Discerner ce qui est juste
Au-delà de ces considérations sociales et humaines, la spiritualité et les religions ont-elles quelque chose à nous dire sur la question des actes bons ? Une religion qui ne promeut pas le bien-être humain et le bien commun est inconcevable, sauf dans des conceptions perverses et avec des perspectives malsaines sur la vie en société et la religion. Malgré un vocabulaire parfois maladroit mais universellement compris, celui des « valeurs », il est rassurant que les valeurs des religions s’alignent sur les valeurs humanistes et sociales les plus élevées. L’originalité des religions ne réside pas dans l’incitation à la bonté, car toute société repose sur ce principe et met en place des mécanismes pour encourager une vie harmonieuse entre ses citoyens. Leur véritable singularité est d’accompagner les femmes et les hommes vers le bon, le vrai, le juste et le beau, en reconnaissant l’existence d’un critère supérieur pour discerner la vérité, un critère qui provient d’un Autre, que les religions nomment Dieu. Sans cela, l’homme risquerait de confondre ses désirs et ses délires avec la réalité, établissant ainsi ses propres critères de jugement, au point de considérer comme juste ce qui est injuste. L’idéologie nazie en est un exemple tragique, allant jusqu’à justifier l’extermination des Juifs, des handicapés, des Tziganes et des homosexuels, en niant leur humanité.

Le pardon
Les religions offrent une autre singularité remarquable : elles ouvrent un avenir à ceux qui se sont égarés. Il n’est jamais trop tard pour reprendre sa vie en main, se convertir à l’amour et marcher sur la bonne voie, celle de la fraternité et de la solidarité. C’est en cela que les religions sont liées à la morale, c’est-à-dire à la quête des actions justes. Elles nous enseignent que Dieu ne se focalise pas sur nos fautes et nos péchés, mais qu’il aspire à les combattre et à les transcender, non en nous enfermant dans nos erreurs, mais en nous offrant un avenir, une nouvelle chance et le pardon. C’est l’essence même des démarches de conversion, de pénitence, de réconciliation et de pardon, si importantes dans toutes les religions. Contrairement à de nombreuses idées reçues, les religions ne viennent pas nous annoncer une punition divine, mais nous lancent un appel à la conversion, au pardon et à l’amour. Sinon cela voudrait dire que le mal triompherait et aurait le dernier mot puisque la souffrance de la punition divine viendrait s’ajouter à celle du mal commis par le pêcheur.

La gratuité de l’amour de Dieu
Pour revenir aux bonnes actions, si l’on poursuit le raisonnement, elles sont essentielles car elles incarnent nos bonnes intentions et témoignent de notre conversion. Cependant, elles ne conditionnent pas l’amour de Dieu pour nous. Elles ne sont pas la cause de cet amour, sinon nous tomberions dans le piège du mérite. Elles sont plutôt la conséquence de l’amour gratuit que Dieu nous accorde. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes gentils et bons ; il nous aime tels que nous sommes. Parce qu’il nous veut du bien et qu’il est bon pour nous de vivre ensemble en harmonie, et que seul l’amour peut nous conduire à la joie parfaite, il nous donne son amour afin qu’il porte du fruit en nous. Ce fruit se manifeste par nos bonnes actions, nos engagements solidaires, notre vie fraternelle et notre capacité à nous révolter contre l’injustice. Cette vision concerne les croyants, mais je suis convaincu que si Dieu est tel que Jésus nous le révèle, alors son amour et son Esprit, même s’ils ne sont pas nommés ou reconnus comme tels, sont présents en chaque être humain. Peu importe, tant que l’être humain trouve en lui les ressources pour se relever après chaque chute et se tourner vers les autres.

Olivier

2026-02-06T11:16:34+01:00

L’Évangile du mois de février 2026

L’Évangile du mois est celui qui sera proclamé le dimanche 15 février.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Ne croyez pas que je suis venu défaire la Loi et les Prophètes : je ne suis pas venu pour défaire, mais pour accomplir. En vérité, je vous le dis, pas une lettre, pas une virgule de la Loi ne passera avant que ne passent le ciel et la terre : tout se réalisera. Si quelqu’un écarte un des plus petits commandements et enseigne aux autres à faire de même, il sera mis au dernier rang dans le Royaume des Cieux. Mais si quelqu’un les met en pratique et les enseigne, celui-là sera grand dans le Royaume des Cieux. Je vous le dis : si votre idéal de perfection ne dépasse pas celui des maîtres de la Loi et des Pharisiens, vous ne pouvez pas entrer dans le Royaume des Cieux. Vous venez d’entendre qu’on a dit à vos ancêtres : Tu ne tueras pas. Si quelqu’un a tué, il doit passer en jugement. Mais moi je vous dis : si quelqu’un se met en colère contre son frère, il mérite un jugement ; si quelqu’un traite son frère de fou, il mérite une sentence du Conseil suprême ; s’il lui a dit : ’Sois maudit !’ il mérite d’aller à l’enfer du feu.

Le contexte
L’Évangile de Matthieu est structuré autour de cinq grands discours. Nous lisons aujourd’hui une partie du premier, le plus connu, appelé le Discours sur la montagne. Jésus y détaille son interprétation de la Loi. Nous allons le voir, Jésus fait preuve d’une liberté impressionnante, en portant sur la Loi un regard personnel et original.

Accomplir la Loi ?
Jésus n’est donc pas venu pour supprimer quelque élément de la Loi mais pour l’accomplir, c’est-à-dire la porter à son achèvement. Par exemple, La Loi stipule qu’il ne faut pas tuer. Jésus sans nier cela nous mène plus loin en disant qu’il convient aussi, non seulement de ne pas se mettre en colère mais qu’il faut aller jusqu’au pardon. La manière de faire de Jésus est celle d’un bon pédagogue. Il nous fait aller toujours au-delà dans la logique de l’amour. Que cela nous semble difficile n’est pas étonnant, cela est bien au-dessus de nos forces mais Jésus ne nous demande jamais quelque chose sans nous donner les moyens d’y parvenir.

Amour de la Loi ?
Accomplir la Loi ne signifie donc pas la supprimer ni l’assouplir mais lui donner son vrai sens. Et sa signification véritable est à chercher dans l’amour de Dieu et du prochain. Comme le dira Saint Paul dans une de ses lettres, « l’accomplissement de la Loi, c’est l’amour ». Ainsi s’agit-il de passer de l’amour de la Loi dont les pharisiens sont les exemples les plus évidents à la loi de l’amour que Jésus nous propose.
Souvent, on imagine le Christ comme plutôt laxiste dans l’interprétation de la Loi. Or, la réalité telle que nous la présente l’Évangile est tout autre : Jésus n’a qu’un désir, faire la volonté de son Père. Il serait absolument insensé que Jésus n’ait pas voulu respecter la Loi qui vient de Dieu. Jésus a d’ailleurs pratiqué la Loi durant sa vie.

La mettre en pratique et l’enseigner
Le Christ nous rappelle que notre rapport à la Loi ne doit pas être qu’intellectuel. Il faut la connaître certainement mais il importe aussi de la mettre en pratique. La Loi est d’ailleurs essentiellement une pratique qui rappelle au croyant dans tous les moments de son existence que Dieu est au centre de sa vie.

Pour actualiser
Qu’en est-il de notre rapport à la Loi ?
Quels sous-entendus mettons-nous derrière cette réalité ? Sommes-nous convaincus que la Loi telle que Dieu nous l’a donnée est bonne, qu’elle n’enferme pas ? Sommes-nous persuadés que les excès de la Loi ne sont dus qu’aux hommes dans leur manière de l’interpréter ?

Didier Rocca

Le mot du mois : la Loi
Le mot « Loi » traduit l’hébreu « Torah », qui a le sens premier d’instruction. Il désigne aussi le Décalogue (les dix commandements ou les dix paroles), puis par extension toute la législation contenue essentiellement dans les cinq livres dits de Moïse (le Pentateuque). Il s’applique non seulement à la Loi écrite, mais aussi à ses commentaires oraux. Pour les chrétiens, la Loi n’est pas secondaire, il suffit de relire ce passage d’Évangile pour s’en convaincre, mais elle est seconde au sens où ce n’est pas la Loi qui sauve. La Loi est faite pour dénoncer le péché. Elle éclaire l’homme de façon objective sur ce qui est mal mais elle ne le libère pas de son péché. Seule la foi en Jésus-Christ peut sauver

2026-01-14T09:29:15+01:00

Édito janvier 2026 > Où sont les prophètes ?

Lors des baptêmes, les chrétiens sont appelés à devenir prêtres, prophètes et rois. C’est une manière de dire qu’ils ont pour vocation de se laisser configurer au Christ, qui lui seul réalise pleinement cette vocation dans tout son être. La prière, l’annonce et le service, sont les fonctions des prêtres, des prophètes et des rois, et nous sommes invités à les mettre en œuvre dans nos vies.

Entendre les prophètes
Parmi nous il y a des personnes qui ont pour mission d’incarner plus particulièrement l’une ou l’autre des ces fonction de manière très radicale. C’est évident pour les prêtres ordonnés par l’Église, et qui ont leur équivalent dans toutes les religions. C’est aussi le cas pour les rois, ceux qui servent, qui gouvernent, que ce soit dans les structures civiles, professionnelles, religieuses ou associatives. Mais il me semble que notre monde manque cruellement de personnes qui incarnent la fonction prophétique. Il y a bien des lanceurs d’alerte et des personnes engagées qui essayent de faire entendre leur voix face aux rouleaux compresseurs idéologiques, commerciaux ou médiatiques, mais ils ne sont pas audibles ou entendus. Nous sommes tellement submergés d’informations et de discours de tous ordres qu’il est difficile d’avoir de véritables critères de jugement pour discerner le vrai du faux. Tout est mis sur le même plan : les paroles justes, équilibrées et prophétiques sont noyés dans le flots des idées toutes faites et des fausses informations.

Écouter les prophètes
Pourtant notre monde à grand besoin de ces voix qui nous permettent de mettre en perspective nos actions et nos choix. Nous avons trop souvent tendance à suivre la pensée unique et à nous laisser porter par des idéologies qui cachent leurs intentions mais portent des fruits de destruction et de déshumanisation. Comment se fait-il que nous soyons aussi indifférents aux injustices de notre monde et aux enjeux pour l’avenir, alors même que nous avons la prétention de faire partie d’une civilisation qui a grandi en liberté et en maturité ? Nous avons des moyens techniques et technologiques extraordinaires, nous accomplissons des merveilles scientifiques et nous sommes riches d’une pensée philosophique élaborée, mais nous sommes encore trop souvent aveugles au sujet de ce qui ne tourne par rond dans le monde. Nous sommes encore moins capables de prendre les décisions qui s’imposent et qui ne nous coûteraient pas énormément pour des résultats qui pourraient changer la face de la terre. Pourquoi sommes-nous sensibles aux invitations matérialistes et mercantiles des influenceurs de toute sorte, et cependant incapables d’entendre les cris de celles et ceux qui réclament plus de justice, de solidarité et de fraternité ?

Devenir des prophètes
De tout temps les prophètes ont été combattus et persécutés, car leur parole libre et vraie dérangeait. De nos jours, il n’est plus besoin d’attaquer les prophètes car ils ne sont tout simplement pas audibles. Comme Jean le baptiste, ils sont une voix qui crie dans le désert… Mais pour reprendre cette grande figure prophétique, nous pouvons avoir l’espérance de voir des fruits émerger de cette apparente stérilité. La mission prophétique nous concerne tous. Si les prophètes ne sont pas entendus de nos jours, peut-être qu’il faut simplement laisser émerger le prophète qui est en chacun de nous. Nous avons la capacité de discerner ce qu’il faudrait faire pour que notre vie ait plus de sens et pour que l’existence des autres soit meilleure. Pour cela il suffit de nous rendre attentif à notre intériorité – avec des mots chrétiens nous dirions à l’écoute de l’Esprit Saint qui habite en nous – et alors nous saurons prendre les bonnes décisions et trouver les bonnes attitudes pour changer le monde de l’intérieur. C’est une manière de concevoir la conversion : comprendre et croire que nous sommes véritablement habités par l’Esprit de Dieu qui nous éclaire. Ce ne sont pas nos ventres, nos peurs ou nos pulsions qui doivent nous diriger, mais cette capacité d’amour de Dieu présente en chacune de nos vies qui peut nous aider à bien discerner… Il faut bien sûr que cette capacité à prendre les bonnes décisions soit régulée par une conscience éclairée, et pour cela nous ne devons pas rester seuls pour discerner, car il y aurait un risque : nous pourrions prendre nos désirs pour la volonté de Dieu. L’insistance du pape François sur la synodalité était une sauvegarde contre ce risque : c’est en communion avec ceux qui nous entourent, en relisant l’histoire de notre monde et en prenant en compte les connaissances et les expériences des autres que nous avancerons dans la vérité. Nous sommes invités, dans la dynamique de la fête de la nativité, à incarner personnellement et collectivement la Bonne Nouvelle. Une sacrée mission…

Olivier

2025-12-16T16:14:47+01:00

L’Évangile du mois de janvier 2026

L’Évangile du mois raconte le Baptême de Jésus. Ce jour-là, à l’Œuvre, nous fêterons l’Épiphanie.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Le lendemain du baptême de Jésus, Jean le voit qui vient à lui et il dit :« Voici l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. Je parlais de lui lorsque j’ai dit : “Après moi vient un homme qui déjà me dépasse, car bien avant moi il était.” Je ne le connaissais pas, mais je suis venu avec le baptême d’eau pour qu’il puisse se manifester à Israël. »
Jean fit cette déclaration : « J’ai vu l’Esprit qui descendait du ciel sur lui comme fait la colombe, et il est resté sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé pour baptiser avec de l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras que l’Esprit descend et reste, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Cela, je l’ai vu, et je peux déclarer que c’est lui le Fils de Dieu. »

Le contexte
Jésus vient d’être baptisé la veille et Jean-Baptiste prend conscience peu à peu de l’impact de cette rencontre dans sa vie. C’est l’occasion d’une belle catéchèse sur l’identité de Jésus. Qui est-il vraiment ? Que dirions-nous de Jésus, nous qui le connaissons ? Comment parlons-nous de lui ?
Jean-Baptiste témoigne ici d’une relation intime avec Jésus et nous offre un portrait qu’il nous faut quelque peu décrypter.

L’agneau de Dieu
Un agneau est l’animal propre à être offert au Temple en holocauste. Jésus est donc celui qui, comme un agneau, va être sacrifié. En sa personne, il transforme les sacrifices sanglants d’animaux renouvelés en un sacrifice unique, définitif. La Messe est d’ailleurs le mémorial de ce sacrifice unique fait par amour. Plus de sang versé mais un amour offert.

Qui enlève le péché du monde
Le sens du sacrifice du Christ qui, au passage ne peut se résumer à la Croix mais englobe toute sa vie terrestre nous est révélé par cette expression. Jésus donne sa vie pour que le monde soit sauvé, pour révéler à l’humanité que ce n’est pas le péché, aussi grand soit-il, qui a le dernier mot. Jésus ne signifie-t-il pas « Dieu sauve ». Jésus est notre Sauveur. Il est venu nous sauver du péché, du mal sous toutes ses formes.
Bien avant moi, il était !
Nous apprenons ici de la bouche du Baptiste que le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité, existe depuis toujours même s’il n’est entré dans l’histoire des hommes qu’il y a un peu plus de deux mille ans. Ce que Jean-Baptiste nous dit ici peut à juste titre nous plonger dans un abîme de perplexité. Pourtant, Jésus n’est-il pas pleinement Dieu ? Il ne l’est pas devenu, il l’est depuis toujours. Il est aussi vieux que son Père, si on peut dire, pour autant que la notion de temps ait un sens en Dieu.

La colombe
Cet oiseau est un symbole évocateur. Il rappelle la paix, l’innocence, la douceur. Plus encore, la colombe est un oiseau d’une telle discrétion qu’elle peut se déposer sur notre épaule ou sur notre tête sans même que nous nous en rendions compte. Ainsi, l’Esprit Saint « comme » une colombe s’approche de nous avec une grande délicatesse.

C’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint
Jésus est celui qui baptise dans l’Esprit Saint. Ne nous trompons pas, ce n’est pas tel prêtre ou tel diacre qui baptise, c’est le Christ qui baptise et ce baptême manifeste le don de l’Esprit Saint. Jésus transforme ce rite d’eau, rite de conversion opéré par Jean Baptiste en une « onction d’Esprit Saint » qui nous fait passer de la mort à la vie, au fond une nouvelle naissance.

Le Fils de Dieu !
Cette qualification est de grande importance. Jean-Baptiste anticipe une réalité qui ne sera saisie que progressivement à la lumière de la résurrection. Sa divinité est « révélée » lors de son baptême et à la transfiguration. L’usage du terme de Fils ne doit pas nous laisser croire que le Fils serait inférieur au Père. Il n’y a pas de hiérarchie en Dieu mais une communion entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Didier Rocca

2025-12-16T16:17:01+01:00

Édito décembre 2025 > La présence réelle

Dans les églises, les hosties consacrées durant la messe sont conservées dans un petit meuble qui s’appelle un tabernacle, éclairé par une lumière qui indique qu’il contient ce que l’on nomme « la présence réelle ». Pour les croyants, cette présence réelle, c’est celle de Dieu incarné, car pendant la célébration de l’eucharistie le pain sans levain devient, par la consécration et la reprises des gestes et des paroles de Jésus lors de son dernier repas avec les disciples, le corps du Christ. Les croyants ont donc un grand respect pour ces hosties consacrées et gardent précieusement celles qui n’ont pas été consommées lors de la célébration de la messe. C’est devant le tabernacle que les croyants s’inclinent lorsqu’ils rentrent dans une église, et ils sont invités à prier particulièrement devant cette présence réelle : c’est ce que l’on appelle l’adoration eucharistique. Il existe un objet liturgique spécial pour exposer une hostie consacrée et permettre aux croyants de prier, c’est l’ostensoir ; les jeunes de l’Œuvre le découvrent lors du temps d’adoration proposé entre la messe et le loto lors de la grande fête de l’Épiphanie célébrée début janvier.

Dieu en nous
Cette présence réelle et sacramentelle est une invitation à comprendre que si l’hostie consacrée est consommée par les croyants, c’est pour qu’ils deviennent eux-mêmes des tabernacles, c’est-à-dire que Dieu repose en eux, présence réelle et vivifiante. À la sortie de la messe nous devrions nous prosterner les uns devant les autres comme on salue le tabernacle… La présence réelle au cœur de nos existences est encore plus importante que celle qui repose dans le tabernacle, car Dieu agit en nous afin que la Bonne Nouvelle transforme le monde de l’intérieur par l’intermédiaire de nos actes et de notre manière de vivre. C’est pour cela qu’il faut vite sortir de l’église à la fin de la messe pour aller mettre en œuvre et en pratique la présence réelle de Dieu en aimant nos sœurs et frères en humanité.

Dieu en tous
Cette présence réelle dans nos vies déborde donc la communion eucharistique : « Chaque fois que vous êtes réunis en mon nom, je suis présent au milieu de vous » dit le Christ dans l’Évangile. Si la participation à la messe nous fait vivre physiquement cette présence par la consommation de l’hostie, il est bien évident que ce n’est pas de la magie et que ce symbole très fort nous renvoie à la présence de Dieu au cœur de chacune de nos vies, même en dehors de la communion sacramentelle. Il est bien évident que Dieu n’a pas besoin de notre participation à la messe pour être présent dans nos cœurs et pour agir par nos vies. Si la communion a une utilité et une efficacité, c’est parce qu’elle nous aide à comprendre avec notre corps, dans l’expérience physique de la consommation de l’hostie, que Dieu habite en nous. Pour les croyants pratiquants, la communion et la participation aux sacrements est un rappel et un signe de ce qu’ils vivent intérieurement sans toujours s’en rendre compte : par l’amour que nous mettons en œuvre dans nos relation avec les autres, nous laissons Dieu émerger de nos vies, nous le rendons présent. C’est aussi le sens du mot communion qui évoque la relation aux autres dans une qualité intérieure qui produit l’unité. Quand nous « faisons Église », que nous sommes ensemble et que nous mettons l’amour au centre de nos relation, nous communions à cette présence réelle de Dieu.

Dieu dans les plus petits
Dans notre manière de mettre l’amour au cœur de notre vie et de toutes nos relations, nous rendons la présence de Dieu réelle dans le monde. En cherchant à incarner l’amour dans toute notre existence, nous trouvons Dieu enfoui dans la profondeur de notre être. En allant à la rencontre de l’autre, en particulier le plus petit, le plus pauvre, le plus méprisé, le plus défiguré, nous rencontrons Dieu et nous découvrons qu’il est présent dans chaque personne que nous croisons. Cette présence réelle est tellement déroutante et improbable qu’elle semble en contradiction avec une conception mondaine de Dieu et de son rapport à l’humanité, au point que bien souvent nous avons du mal à la comprendre et à l’accepter. Que Dieu soit présent dans ce qui brille et qui est grand, c’est humainement logique, car nous projetons sur Dieu nos rêves de grandeur et de réussite, mais qu’il se révèle dans ce qui est petit et fragile nous demande un déplacement énorme… C’est pourtant bien ce que Jésus nous donne à comprendre par son incarnation. À Noël, Dieu nous fait découvrir sa manière d’être au monde, et elle nous déstabilise. Nous sommes invités à nous laisser déplacer par l’originalité du message chrétien : Dieu n’est pas présent dans la force, dans la violence, dans la puissance mais dans la fragilité, dans l’amour, dans la paix et dans la fraternité.

Olivier

2025-11-18T09:37:32+01:00

L’Évangile du mois de décembre 2025

Cet Évangile est lu le jour de Noël à l’aube durant la messe de l’aurore, on l’appelle « l’Évangile des bergers ».

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux :
« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

Le contexte
Nous sommes à Bethléem, Marie vient d’accoucher en dehors du village. Seul Joseph est présent. Luc précise qu’elle dépose son enfant nouveau-né dans une mangeoire. Et aussitôt un ange dit à des bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Les bergers sont donc les premiers témoins de cette naissance. Ils représentent pour Luc les gens du dehors, dormant à la belle étoile, vivant de façon précaire et souvent pauvres. Or ce sont eux qui bénéficient de cette nouvelle inouïe : Dieu vient dresser sa tente parmi nous !En chair et en os !

Un nouveau-né couché dans une mangeoire.
Luc ne nous parle pas de la mangeoire pour assouvir notre curiosité. A quoi renvoie la mangeoire ? Ce détail nous permet de deviner ce que sera la mission de Jésus, être pain pour ses disciples et pour le monde. Jésus est déposé là où est mise la nourriture pour les animaux. Vous l’avez compris, l’Évangile des bergers nous indique ce que sera l’apport de Jésus durant sa vie, être le Pain Vivant pour l’humanité afin que nous ayons la vie éternelle.

Après avoir vu
Si Marie et Joseph étaient dans l’obligation de se rendre à Bethléem pour répondre à la demande de recensement faite par l’empereur romain, les bergers y viennent, eux, de façon libre et volontaire. Ainsi, dans le contexte de la naissance du Sauveur, la marche des bergers préfigure la délivrance à venir. Symboliquement, on peut dire que de leur nuit, les bergers se dirigent vers la lumière, vers le jour du Seigneur. Témoins d’un tel événement, les bergers voient et racontent et ce ne seront pas les seuls. Souviens-toi ? Plus tard, les femmes à la vue des anges au tombeau vide, puis les disciples d’Emmaüs après un partage et un repas deviendront témoins du Ressuscité. La contemplation et la parole des bergers anticipent l’annonce de la résurrection.

Une parole qui étonne et détonne
Ceux qui en sont les porteurs, ces pauvres bergers, n’ont pas la science des intellectuels, ils n’ont pas la pureté des religieux, ils ne sont que des petits aux yeux du monde qui deviennent alors porte-parole de Dieu. Les bergers sont déjà disciples. Ils ne sont plus seulement responsables de leur troupeau mais aussi de la parole de Dieu.

Marie et la parole des bergers
Marie retenait tous ces événements et les méditait en son cœur. De quels événements s’agit-il ? Certainement, celui de la naissance de Jésus mais aussi dans ce contexte, des paroles des bergers. Celle qui a mis au monde le divin enfant annoncé par l’ange, vient de saisir la portée de la parole des bergers et, ainsi, le réel destin de l’enfant. Le témoignage des bergers donne à la naissance du Sauveur une autre signification. Le messie tant attendu par Israël apporte donc la Paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. C’est ainsi que l’enfant apportera une délivrance et la joie au peuple, en commençant par les plus petits, assumant ainsi sa mission dès sa naissance

Didier Rocca

Les bergers dans le Nouveau Testament
Dès sa naissance Jésus se trouve placé sous le signe des bergers. On peut aussi parler des pasteurs. Comme nous venons de le dire ci-dessus, ce sont eux qui les premiers viendront reconnaître et adorer Celui qui sera amené à les conduire : « Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé. » D’ailleurs, Jésus n’aura de cesse durant sa vie d’avoir recours à l’image du pasteur dans ses paraboles. Jésus affirme dans l’une d’elles : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. » La suite de la parabole précise les qualités du bon berger, celui qui connaît ses brebis, celles-ci reconnaissant sa voix. Mais Jésus rappelle aussi que le pasteur a pour mission de réunir les brebis égarées, celles « qui ne sont pas de cet enclos. »

2025-11-18T09:31:29+01:00