Spiritualité

Édito septembre 2025 > Une Œuvre chrétienne

L’Œuvre a été fondée par un prêtre de Marseille, Jean-Joseph Allemand, qui a créé une communauté pour les jeunes qui s’étaient investis depuis les débuts de cette aventure et qui étaient devenus ses proches collaborateurs. Il leur a proposé de se mettre au service des enfants en s’engageant dans la vie religieuse. Ceux que l’on appelle les Messieurs de l’Œuvre en sont les successeurs. Ce sont des chrétiens qui ont la charge et la responsabilité de mettre en œuvre les intuitions et la mission proposées par Monsieur Allemand et fondées sur l’Évangile.
La mission de l’Œuvre
Notre fondateur a défini la mission de l’Œuvre par une formule qui n’est pas très compréhensible de nos jours : « Aider les jeunes et les membres de la communauté à se sanctifier ». On pourrait dire avec des mots plus actuels : accompagner les jeunes dans leur rencontre avec Dieu, dans leur croissance humaine, afin qu’ils trouvent le sens de leur vie, qu’ils s’épanouissent, qu’ils grandissent en liberté, qu’ils se découvrent aimés et pardonnés, et qu’ils comprennent que le bonheur est dans l’engagement, le partage et le service. Ainsi ils avancent vers l’idéal que le Christ propose comme chemin vers la vie en plénitude. Monsieur Allemand et les responsables de l’Œuvre à sa suite ont ainsi veillé à accueillir le plus grand nombre de jeunes afin qu’ils trouvent leur chemin de sanctification, et pas seulement les jeunes déjà christianisés. Dans le contexte de la fondation de l’Œuvre en 1799, au sortir de la Révolution française, le christianisme avait perdu de son influence dans la société, et certains jeunes accueillis à l’Œuvre étaient issus de famille éloignées de l’Église. D’ailleurs, dans les anciens registres d’inscription qui sont dans nos archives, on trouve devant un grand nombre de noms de jeunes la mention : « tout à faire », pour dire que les enfants n’étaient ni baptisés ni catéchisés.

Pas seulement
 pour les chrétiens
L’histoire de l’Œuvre couvre les xixe et xxe siècle, et au cours de son histoire elle a connu des périodes où les jeunes inscrits étaient presque tous chrétiens. L’Œuvre pouvait être considérée comme une Œuvre pour les chrétiens. L’époque actuelle, pour ce qui concerne l’appartenance religieuse des jeunes inscrits à St-Sa, présente des similitudes par rapport à l’époque des débuts de l’Œuvre. Certains jeunes inscrits ne sont pas baptisé ni catéchisés, issus de familles aux références religieuses mixtes ou indifférentes à la dimension religieuse. Les parents ne sont pas contre le fait que nous proposions à leurs enfants de découvrir le message chrétien et que nous les accompagnions dans une compréhension de la vie ouverte à la spiritualité, mais cette question n’est pas leur première préoccupation. Il y a aussi au sein de l’Œuvre des animatrices et des animateurs qui cheminent et ne sont pas baptisés ; ils sont cependant conscients que la dimension religieuse est au cœur de la vie de l’Œuvre, et ils sont partie prenante de l’aspect spirituel de notre proposition éducative. Ils avancent eux aussi tout en accompagnant les jeunes qui leur sont confiés. On peut donc dire que l’Œuvre est chrétienne bien que n’étant pas seulement pour les chrétiens ni pour faire des chrétiens, car nous ne pouvons pas obliger une personne à être chrétienne, le respect de la liberté de chacun étant un point fondamental de l’acte éducatif.

Une Œuvre chrétienne
La question de ce qui définit une Œuvre chrétienne est donc légitime. Si le but de l’Œuvre n’est pas de s’occuper exclusivement des jeunes chrétiens ou de convertir au catholicisme ceux qui la fréquentent, qu’est ce qui la définit comme chrétienne ? En réalité, l’Œuvre est chrétienne dans ce qui fonde son action et sa conception de la vie et de l’éducation. Nos manières d’accueillir les jeunes, de les accompagner, de les respecter, d’espérer en eux, de pardonner et d’ouvrir un avenir au-delà de l’échec ou de l’erreur, définissent la catholicité de notre action. À la suite du Christ, nous essayons de recevoir chaque jeune comme une personne unique, aimée et dépositaire de potentialités à faire émerger. À la suite des premiers chrétiens, nous essayons de recevoir chaque jeune comme étant le Christ lui-même, considérant que toute personne humaine est habitée par l’esprit d’amour de Dieu. Ainsi, ce qui fait que l’Œuvre est chrétienne, c’est sa manière d’être plus que le public auquel elle s’adresse. Est-ce un renoncement par rapport à la mission que l’Église nous propose d’assumer ? Bien au contraire ; car le but de l’Église n’est pas de s’occuper d’elle-même ni de faire nombre, mais d’être au cœur du monde le signe et le moyen de la présence et de l’action de Dieu. Cette présence de Dieu dépasse l’appartenance religieuse ou la pratique rituelle. Nous accomplissons notre mission chrétienne lorsque nous témoignons de cette foi en la présence de l’esprit d’amour de Dieu dans toute existence humaine. Dans le cadre de l’Œuvre, nous avons la chance d’exprimer en toute liberté notre foi et notre espérance en cette action de l’Esprit Saint dans le cœur des jeunes, tout en respectant la liberté et le cheminement de chacun. Cette liberté et ce respect nous prémunissent de tout pessimisme et de tout prosélytisme. Nous croyons que chaque jeune est habité par l’esprit d’amour de Dieu qui s’incarne de manière mystérieuse en nous, et qui se révèle lorsque nous arrivons à mettre la fraternité et l’amour au cœur de nos relations. Nous sommes invités, à la suite du Christ, à respecter le cheminement de chacun, à nous émerveillés des fruits de cette présence en chacun, et ce faisant nous avançons nous aussi sur notre propre chemin.

Olivier

2025-08-24T14:46:57+02:00

L’Évangile du mois de septembre 2025

Nous lirons ce passage le 1er juin, en ce dimanche « coincé » entre la fête de l’Ascension et celle de Pentecôte….

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.”
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !”
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

Le contexte
La parabole précédente invitait les disciples à être des gérants généreux en grâce et en miséricorde de Dieu. Le cadre de cet épisode est cette fois plus conflictuel car la suite des versets voit revenir des pharisiens sur le devant de la scène. Cette parabole vient dénoncer un rapport à l’argent, à la Loi et aux autres pervertis. Remarquons que si on peut être en règle dans notre comptabilité, on ne l’est jamais avec Dieu. N’oublions pas aussi le lien fort entre l’amour de Dieu et du prochain.

 

L’un riche, l’autre pauvre
Dans sa parabole, Jésus commence par présenter deux personnages que tout oppose : l’un est riche, l’autre pauvre ; l’un est vêtu de pourpre, l’autre couvert d’ulcères. La pourpre et le lin n’évoquent pas seulement que cet homme vit dans le luxe, mais cela révèle aussi son rang social élevé. Le riche mène grand train alors que le pauvre n’a accès à aucune miette, et n’a que des chiens pour compagnie. Tout oppose donc ces deux personnes. L’un semble comme béni de Dieu avec ses richesses, son statut social tandis que le pauvre semble maudit de Dieu, miséreux et même misérable.

Le riche anonyme 
et le pauvre Lazare
Méfions-nous des apparences entre ces deux hommes. Le prestige de l’homme vêtu richement le placerait du côté de la bénédiction divine à laquelle n’a pas accès celui qui est apparemment maudit aux yeux des hommes. Mais déjà la parabole introduit un point bénéfique non négligeable en faveur du pauvre : il est le seul ici dont nous connaissons le nom. Le riche est et restera anonyme. En prononçant son nom, Jésus introduit Lazare dans une bénédiction : il est un familier de Dieu. Ce riche anonyme peut, quant à lui, porter tous les noms : celui des pharisiens comme celui de l’auditeur, mais aussi le nôtre.

Un père et deux fils :
 une fraternité malade
Deux fils, Lazare et le riche. Un père, Abraham. Un fils qui se croit loin de Dieu parce qu’il a vécu dans la misère la plus totale et un autre, le riche qui se croit proche parce qu’il a vécu dans l’abondance. Cela ne te rappelle rien ? Cet épisode n’est pas sans liens avec la parabole des deux fils puisqu’il est question aussi de fraternité. À deux reprises, le riche s’adresse à Abraham en disant « Père Abraham » ou« Mon Père ». Certes, il implore son pardon mais il n’en tire pas toutes les conséquences. Le riche a une vision réduite de la fraternité. Jamais, il ne s’adresse directement à son frère. Il ne se rend pas compte que Lazare est son frère. Ses richesses l’ont empêché de communiquer et d’entrer en communion avec lui. Un abîme, un fossé, un monde sépare le riche de Lazare. À notre mort, nous serons sans richesses matérielles mais aurons-nous été fraternels grâce à elles de notre vivant ?

Pour actualiser
Jésus, par sa vie pauvre et sa mort sur la croix, nous rappelle que la bénédiction de Dieu n’est pas liée au statut social ou à la réussite mondaine. En avons-nous bien conscience ? De plus, la fraternité, véritable fil rouge de toute la révélation biblique, reste encore à consolider. À notre mesure, efforçons-nous de regarder toute personne comme un frère, une sœur !

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Didier Rocca

2025-08-24T14:44:51+02:00

Édito juin 2025 > Église sociale

Le nouveau pape a choisi comme nom Léon, et les commentateurs n’ont pas manqué de dire qu’il s’inscrivait ainsi dans la lignée de Léon XIII, pape qui a donné une impulsion plus sociale à l’Église, en particulier avec l’écriture de l’encyclique Rerum novarum en 1891. Peut-être veut-il aussi faire référence au premier pape qui a pris ce nom, Léon le Grand, qui a tenu tête à Attila, et Dieu sait que des Attila il y en a en responsabilité dans de nombreux pays en ce moment ! Mais je voudrais plutôt partir de l’adjectif « social » pour essayer de voir ce que cela peut vouloir dire pour nous aujourd’hui. Lorsque ce terme est utilisé dans le cadre des réflexions de l’Église, ce n’est pas avec les connotations politiques que nous pouvons craindre. Il ne s’agit pas de prendre partie et de dire que les chrétiens doivent être « socialistes ». L’Église s’adresse à tous et respecte les opinions des croyants. La doctrine sociale de l’Église prend en compte le fait que, si la personne et l’individu doivent être au centre des préoccupations de la mission chrétienne, il n’empêche que nous vivons en société et que nos fonctionnements collectifs ont un impact sur la vie des gens. Les interactions humaines doivent être éclairées par le message évangélique.

La doctrine sociale
Lorsque Léon XIII a donné cette impulsion sociale à l’Église, c’était pour prendre en compte les injustices entre les diverses classes sociales et pour lutter contre les souffrances de beaucoup de travailleurs et de jeunes qui étaient exploités. En cela, le pape signifiait que l’Église se devait d’être fidèle au message évangélique : la bonne nouvelle des juifs, et des chrétiens à leur suite, c’est que Dieu prend parti pour les pauvres et les opprimés. Léon XIII pensait que l’activité pastorale au sein de la société est une mission vitale de l’Église en tant que véhicule de justice sociale et de maintien des droits et de la dignité de la personne humaine. En cela, il a accompagné l’Église dans sa fidélité à la mission de Dieu révélée en Jésus Christ, car si la dimension spirituelle de la religion est essentielle, elle doit être incarnée, et donc liée au soin des personnes, de leur âme, de leur esprit, de leur cœur et de leur corps. Si les croyants se contentent de dire de belles paroles et de faire des imprécations lénifiantes ou moralisatrices sans passer à l’action et sans s’engager pour la justice, la fraternité et la solidarité, ils passent à côté de leur vocation. Notre foi doit nous pousser à l’action. C’est en cela que les responsables religieux et les croyants ont le devoir de s’exprimer et de s’investir pour faire en sorte que le monde devienne meilleur. On imagine bien que cela peut déranger les responsables politiques et économiques, car une parole libre et vraie pose des questions qui ne vont pas toujours dans le sens de leurs idéologies ou de leurs intérêts. L’histoire a été la scène de luttes qui ont parfois été violentes et douloureuses pour ceux qui ont osé se positionner librement contre les détenteurs du pouvoir et de l’argent.

À la suite du Christ
Il est important que la tradition de l’Église, au sens profond du terme, reste fidèle à l’enseignement du Christ qui incarne l’engagement de Dieu et qui fait grandir l’amour et la justice dans notre monde. On réduit trop souvent la tradition à ce que les soi-disant « traditionalistes » en ont fait : un désir de reproduire des pratiques liturgiques surannées qui remontent à quelques siècles, alors que la tradition est une fidélité à ce que le Christ donne comme signes et moyens pour que le royaume de Dieu advienne. Cette tradition implique donc une traduction et une adaptation aux époques et aux cultures. La tradition ne s’attache pas à des pratiques ou à une langue, mais à un objectif qui reste identique quelque soit la situation, à savoir : faire grandir l’amour et la fraternité. À chaque époque, il y a de nouveaux enjeux et de nouvelles priorités pour mettre en œuvre cet engagement de Dieu. L’écologie intégrale n’était pas une question prioritaire dans le passé, alors que nous savons que c’est aujourd’hui une question qui a des répercussions sur l’accès à l’eau et à l’alimentation, sur la pauvreté, les mouvements migratoires, les conflits…

Paix et synodalité
Pour souligner les enjeux sociaux qu’il considère comme prioritaires pour son pontificat, le nouveau pape a mis l’accent sur la paix et la fraternité lors de sa première prise de parole au balcon de Saint-Pierre à Rome. Contribuer à la réalisation de la Bonne Nouvelle chrétienne implique de discerner les besoins du monde et la volonté de Dieu pour celui-ci. Ce travail de discernement peut s’avérer difficile, car nous pouvons parfois confondre nos désirs personnels avec la volonté de Dieu. C’est pourquoi le pape Léon a insisté sur l’importance de maintenir la synodalité au cœur du fonctionnement de l’Église, reprenant ainsi l’impulsion donnée par le pape François. Le conclave, tel que les cardinaux l’ont vécu, est une mise en œuvre concrète de ce travail collégial de discernement. Loin des batailles de pouvoir, l’élection du pape fut pour les cardinaux une liturgie afin de discerner la volonté de Dieu pour notre monde, notre temps et l’Église. Le fait de se mettre en marche ensemble, en peuple, en communauté, constitue le meilleur garde-fou contre le totalitarisme et la manipulation.

Olivier

2025-05-23T11:41:53+02:00

L’Évangile du mois de juin 2025

Nous lirons ce passage le 1er juin, en ce dimanche « coincé » entre la fête de l’Ascension et celle de Pentecôte….

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean


En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux.

Le contexte

Cette prière de Jésus dans l’Évangile de Jean conclut les discours d’adieu à ses disciples, introduisant ainsi le récit de la Passion. Nous lirons la fin de celle-ci. Dans sa première partie, cette prière vient manifester la solidarité et la communion du Père à l’égard du Fils qui livre sa vie par amour et garantit l’unité des disciples qui devront faire face aux épreuves. Dans ces derniers versets, la prière de Jésus s’élargit au-delà du cercle des premiers disciples. Elle s’adresse à toutes les communautés. Leur unité, fondée en l’amour du Père et du Fils, dit quelque chose de leur identité et leur mission.

Une progression…
Cette prière laisse apparaître un crescendo : que tous soient un, puis qu’ils soient un en nous, qu’ils soient un comme nous, et enfin qu’ils deviennent parfaitement un. L’insistance sur ce thème de permet de comprendre combien cette unité est non seulement vitale, mais représente l’identité même de la communauté des disciples. Son existence doit sa pérennité à son attachement indéfectible au Christ, comme entre ses membres, y compris dans les épreuves et les passions subies.

Comme toi, comme nous
La communauté pleinement en communion devient alors le reflet vivant de l’unité du Père et du Fils. La qualité de cette union prend sa source dans la Révélation. Dans le contexte historique, l’unité représente surtout leur implication à la fois dans le monde et au sein de la communauté. Comme le Père et le Fils sont unis, et cela jusqu’au cœur de la Passion, ainsi les membres de la communauté sont invités à vivre parfaitement de cette communion. L’amour du Père et du Fils devient le ciment des relations communautaires. Comme le Christ est uni au Père, de même le Fils s’unit à ses disciples.

Afin que le monde sache
Cette unité fondamentale représente le témoignage missionnaire de la communauté : pour que le monde croie que tu m’as envoyé, afin que le monde sache que tu m’as envoyé. L’unité des disciples n’est donc pas un en-soi théorique et encore moins un entre-soi qui enferme. L’amour mutuel, qui prend sa source dans l’amour de Dieu, a pour destination le monde qui pourtant harcèle cette communauté ecclésiale et même qui la persécute.
L’unité fraternelle est à la fois le fruit de l’amour du Christ et la réponse à ses opposants. Car cette union parfaite et accomplie entre les disciples puise sa force dans la croix qui en révèle tout le sens.

Pour que l’amour soit en eux comme moi aussi je suis en eux
La Passion de Jésus qui s’approche est ainsi définie en terme de don : pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. Marchant résolument vers sa Passion, le Christ s’affirme comme celui qui fait vivre sa communauté, garantit son unité et sa communion au Père. La prière de Jésus donne sens à la mission ecclésiale en l’inscrivant dans son amour livré. Dès lors la croix devient don de vie et d’espérance pour des communautés déchirées, en lui ouvrant un avenir, une résurrection promise.

Réflexion tirée du site du père François Bessonnet 
« Au large biblique » avec son aimable autorisation.

Didier Rocca

 

L’expression du mois : Être disciple

Dans les Évangiles, Jésus s’adresse souvent au groupe des disciples. Ce qui les caractérise est d’être des proches de Jésus qu’il a connus durant sa vie publique. Ne les idéalisons pas, ils nous ressemblent à la fois dans leur générosité et leur enthousiasme mais aussi dans leurs incompréhensions et leurs péchés. Une partie du ministère de Jésus consiste à les former à des pratiques évangéliques comme dans ce passage. Jésus ne les trompe pas, il ne dilue le message. Il demande beaucoup. C’est cela être disciple du Christ : Suivre le Christ « quoiqu’il en coûte ».

2025-05-23T11:40:28+02:00

Édito mai 2025 > Un tombeau vide

Avec Pâques, fête fondamentale pour les chrétiens, nous célébrons la résurrection du Christ, et cela démarre par la découverte du tombeau vide. Ensuite c’est sur les dires des uns et des autres qui témoignent du retour du Christ que la résurrection devient une Bonne Nouvelle, mais ce sont des croyants qui en parlent, il n’y a pas de preuve historique de la résurrection, ni de la divinité de Jésus. C’est donc sur une absence que repose la foi des chrétiens, ce qui définit l’acte même de croire : il n’y pas de preuve tangible irréfutable et matérielle, cela implique une adhésion personnelle et libre. On ne nous demande pas de croire en l’existence du papier sur lequel est imprimé ce texte, mais pour les sentiments, comme pour la foi, il y a un mouvement intérieur qui permet d’affirmer ou non si l’on croit. Si la foi était démontrable et irréfutable, alors nous n’aurions pas le choix, nous serions obligés de croire, et l’on ne parlerait pas de croyance mais de certitude.

L’invisible
Dans le cadre d’une relation d’amitié ou d’amour, on peut donner des preuves du sérieux de cette relation, on peut poser des gestes et des actes, mais le doute subsiste, c’est ce qui fait la force et la fragilité de ces relations humaines tellement belles mais parfois douloureuses. On peut découvrir que l’on a été manipulé, ou au contraire se rendre compte que l’on a négligé une belle relation par aveuglement, par négligence ou pour un tas d’autres raisons liées à notre histoire et à nos expériences antérieures. Les sentiments ne sont pas visibles en dehors des geste qu’ils font poser.

Le doute
Pour la croyance, comme pour les sentiments, le doute fait donc partie du chemin de la foi. Il est normal que nous posions des questions sur ce qui fonde notre espérance, sur le sérieux de notre expérience spirituelle. Les miracles relatés dans les Évangiles ne sont pas des actes magiques qui obligent les spectateurs à croire, ils sont des signes de la bienveillance de Dieu qui est sensible à la détresse humaine et qui vient lutter contre le mal. D’ailleurs, à plusieurs reprises, la Bible relate que Jésus ne pouvait pas accomplir de guérison là où les gens n’avaient pas la foi. Et même lorsque les miracles paraissent extraordinaires, ils peuvent rester objets de contradiction et d’incrédulité. Cela me fait penser à une rencontre avec le responsable du sanctuaire de Lourdes lorsqu’étant jeune j’avais participé au pèlerinage diocésain avec les personnes malades et handicapées de Marseille. Il nous expliquait que les miracles reconnus officiellement par l’Église ne relevaient pas de la magie mais étaient en fait des guérisons inexpliquées et jamais contre-nature. Et qu’il fallait que le doute puisse exister entre intervention divine et action de forces qui permettaient aux personnes malades de trouver des ressources insoupçonnées et inconnues au moment de la guérison. Il nous précisait qu’avec les années et les progrès de la science, certains miracles pouvaient trouver des explications médicales et psychologiques, mais que le terme de miracle restait justifié car à l’époque où la guérison avait eu lieu, on ne pouvait pas comprendre ou provoquer ce rétablissement. Il y avait quelque chose qui nous dépassait. Que certains parlent de miracle et d’autres de force intérieure ou de « niaque » fait partie de ce doute possible. Il nous disait même que, pour lui, le véritable miracle de Lourdes, comme de beaucoup de lieux de guérisons, c’était que la plupart des malades ne revenaient pas guéris après un pèlerinage mais qu’ils avaient gardé la foi et trouvé des ressources intérieures pour traverse les épreuves.

La liberté
Il est donc naturel et même peut-être bénéfique, que nous puissions avoir des périodes de doute et de remise en cause de notre foi. Cela fait partie du processus. Entre ce que l’on a appris étant un enfant crédule et notre expérience d’adulte libre et responsable avec une certaine expérience de la vie, il est normal que nous ayons besoin de remettre en cause les choses imposées pour qu’elles prennent du sens, qu’elles soient remises en perspective et répondent à une certaine logique. Ce n’est pas un péché de douter ou de se poser des questions, au contraire. L’Église précise même aux croyants que pour prendre une décision qui soit juste et bonne, ils doivent suivre leur conscience. Ils ont le devoir d’éclairer cette conscience pour ne pas être motivés par des pulsions ou des instincts, ils ont sans doute besoin de prendre conseil et de prendre du recul – et la spiritualité et la foi chrétienne donnent des repères qui permettent de faire ce travail de discernement – mais au bout du compte, ce que l’Église nous dit, c’est qu’elle respecte la décision d’une personne même si cette décision ne rentre pas totalement dans les clous de la doctrine officielle. La liberté de l’homme est première. On pourrait même dire que le désir de Dieu pour l’humanité, si l’on peut prétendre savoir ce que Dieu veut – ce qui est révélé tout au long de la vie de Jésus dans ses rencontres et ses relations – c’est que l’homme soit libre. Libre au sens fort du terme : libéré des tous les esclavages, intérieurs, extérieurs, politiques et mêmes religieux, afin qu’il accède à sa plénitude et à son accomplissement.

Olivier

2025-04-21T16:48:13+02:00

L’Évangile du mois de mai 2025

L’Évangile du mois sera proclamé le 18 mai durant le temps pascal, ces 50 jours qui prolongent la grande fête de Pâques.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean


Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants ,c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous.  Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

Le contexte

Cet extrait se situe durant le dernier repas de Jésus entre l’annonce de la trahison de Judas et celle du reniement de Jésus. On a le sentiment que le départ de Judas apporte un soulagement qui détend l’atmosphère. Maintenant qu’il n’est plus là, Jésus peut commencer le discours des adieux à ses disciples. Tel un maitre spirituel, Jésus commence ici son testament spirituel.

Le Fils de l’Homme a été glorifié
Dans l’Évangile de Jean, la gloire évoque la vérité ultime d’une personne. Jésus a donc été glorifié dans le geste du lavement des pieds, clé de lecture du sens de sa présence parmi nous. Par conséquent, « Dieu a été glorifié en lui », Jésus lavant les pieds de ses disciples, il glorifie Dieu, Dieu se révélant ainsi dans le service du prochain.

Petits enfants
Cette mention a bien évidemment un caractère affectueux. On peut entendre aussi cela au premier degré. Au moment où Jésus va mourir, ses disciples peuvent se considérer comme des enfants orphelins puisque leur divin maitre va mourir.

Un commandement nouveau ?
Rien de nouveau sous le soleil ! S’aimer les uns les autres n’a rien d’un commandement original. En fait, dans l’Ancien Testament, l’amour du prochain se confond avec la justice, ici, Jésus donne un sens nouveau à un commandement ancien. Il s’agit d’aimer jusqu’à laver les pieds de ses proches.

Commander d’aimer ?
Si par définition l’amour est gratuit, comment peut-il se commander ? Et s’il se commande, ce n’est plus de l’amour. La seule façon de sortir de cette impasse est de ne pas considérer l’amour comme un sentiment mais comme une action. Jésus ne nous commande pas d’éprouver de l’affection pour telle ou telle personne mais de nous mettre concrètement au service de notre prochain. Ce n’est pas la même chose !

Comme je vous ai aimés
Le modèle de l’amour se trouve dans l’attitude de Jésus avec ses disciples. Pour le définir en une phrase, c’est l’action que j’entreprends pour faire grandir mon prochain dans toutes les dimensions de sa personne. C’est en étant enracinés dans l’amour de Dieu que nous pouvons aimer notre prochain. Remarquons que Jésus ne dit pas « aimez-moi comme je vous ai aimés ». L’amour n’est pas un commerce mais une circulation : « Comme je t’aime, aime ton prochain »

Être disciple ?
Ce n’est pas le raisonnement, ni la foi qui définit le disciple mais d’abord l’amour. Oui, l’amour est la marque du disciple, c’est d’ailleurs ce que nous avons pu expérimenter. Remarquant telle ou telle personne particulièrement aimante, au service, nous avons compris qu’elle était une disciple de celui au nom de qui elle servait, aimait.

Ces réflexions ont été librement inspirées à partir du livre d’Antoine Nouis
« Le Nouveau Testament » Commentaire intégral. Volume 1.

Didier Rocca

 

L’expression du mois : Être disciple

Dans les Évangiles, Jésus s’adresse souvent au groupe des disciples. Ce qui les caractérise est d’être des proches de Jésus qu’il a connus durant sa vie publique. Ne les idéalisons pas, ils nous ressemblent à la fois dans leur générosité et leur enthousiasme mais aussi dans leurs incompréhensions et leurs péchés. Une partie du ministère de Jésus consiste à les former à des pratiques évangéliques comme dans ce passage. Jésus ne les trompe pas, il ne dilue le message. Il demande beaucoup. C’est cela être disciple du Christ : Suivre le Christ « quoiqu’il en coûte ».

2025-04-21T17:12:48+02:00

Édito avril 2025 > La gloire par la croix ?

Certaines formulations chrétienne sont ambiguës et peuvent être source de malentendus. Ainsi au sujet de la Passion du Christ, on pourrait comprendre que c’est le passage par la souffrance et la croix qui donne sa gloire à Jésus, comme s’il fallait qu’il passe par ce chemin douloureux pour être véritablement divinisé : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) ou « Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut » (He 2, 10).

La gloire par l’amour
Quand on connait la vie de Jésus et le message chrétien, on ne peut qu’être troublé par cette idée d’un Dieu qui voudrait que le Christ souffrit pour qu’il atteigne son accomplissement. Comment comprendre ces expressions ? En fait ce n’est pas la souffrance qui est chemin de perfection, mais l’amour ; et l’obéissance au projet d’amour absolu de Dieu. Projet que le Christ met en œuvre de manière totale et parfaite. C’est parce que le Christ va jusqu’à l’extrême du pardon face à ses bourreaux et qu’il continue d’aimer face à la haine qu’il accomplit de manière définitive le projet de Dieu. Le récit de la transfiguration nous aide à comprendre que ce n’est pas la souffrance ni la mort qui entraînent la gloire de Jésus, mais sa relation au père, relation d’amour et de confiance. Il n’y a rien de masochiste dans l’attitude de Jésus qui, s’il assume les conséquences de l’amour donné sans condition, ne cherche pas la souffrance mais l’accepte si elle doit être sur le chemin de son engament total envers l’humanité. Et c’est bien cela qui fait sa gloire : rien ne l’empêche d’aimer et de se donner, pas même la peur de la souffrance, ni la trahison, l’injustice ou la haine. En lui se révèle la perfection de l’amour absolu et tout puissant. En cela il incarne totalement le projet d’amour de Dieu pour l’humanité, il se dévoile dans sa divinité accomplie et absolue.

Chemin de perfection
Pour nous, qui sommes associés à la divinité de Jésus par fraternité et adoption, l’accomplissement n’est pas réalisé. Cependant, nous sommes invités à prendre ce chemin de perfection d’amour. Il est clair que nous sommes loin d’atteindre l’idéal révélé en Jésus Christ, mais cet idéal est notre vocation. Nous avançons, chacun à notre rythme, de manière parfois chaotique, sur les traces du Christ qui nous ouvre le chemin, qui parfois nous pousse, parfois même nous porte, ou qui nous rassure en étant à côté de nous, en nous encourageant, en nous donnant confiance, en nous disant qu’il croit en nous. Le Christ nous fait comprendre, par ses actes et par ses gestes, relatés dans les Évangiles, que ce chemin passe par la fraternité, par l’amour du prochain, par le service, par le soin des plus petits et des plus pauvres.

Donner du sens à la souffrance
Les personnes qui traversent des épreuves douloureuses cherchent à donner du sens à ce qui est injuste et incompréhensible. Face à l’arbitraire on cherche des responsables, et si l’on ne trouve personne contre qui projeter son désarroi, Dieu peut devenir la cible de nos accusations, surtout si l’on nous a parlé d’un Dieu tout-puissant et magique qui décide et régie tout. Les discours religieux ont parfois été ambigus sur cette question : en cherchant à culpabiliser l’homme en lui faisant comprendre que ses souffrances étaient la conséquence de ses péchés, on a laissé entendre que Dieu était un père fouettard qui condamnait et punissait. Heureusement, les prophètes et Jésus nous ont aidé à comprendre que cette vision était une caricature et trahissait le message d’amour et de pardon de Dieu. Une autre manière de donner du sens à la souffrance était d’inviter les croyants qui traversaient des épreuves à s’associer à la souffrance du Christ en compensation des péchés de l’humanité. Mais cela laisse encore entendre qu’il y aurait un jeu de balancier entre le mal commis par l’humanité et la réparation qui serait au prix de la souffrance, soit du coupable soit d’autres personnes qui paieraient en compensation. Et l’on retombe dans la logique du mérite qui n’est pas fidèle à la Bonne Nouvelle de l’amour gratuit et inconditionnel de Dieu.

Donner du sens 
au-delà de la souffrance
Par contre, on peut trouver du sens face aux épreuves, non pas en les justifiant mais en les transformant en expériences de vie. Si l’on accepte qu’il n’y ait pas de responsable ni de coupable, si l’on arrive à ne pas être dans la culpabilité, alors on peut trouver une voie d’apaisement en faisant de cette épreuve une étape de son itinéraire de vie. Il ne s’agit pas d’être heureux de cette souffrance ni de la chercher ou de la provoquer, mais d’accepter de ne pouvoir y échapper et du coup de la traverser. Et c’est là que la spiritualité et le message chrétien peuvent nous accompagner. Si Dieu a quelque chose à voir avec la souffrance, ce n’est pas en l’expliquant ou de la justifiant, mais c’est en nous aidant à la combattre et à la traverser pour que la vie et l’amour soient victorieux. C’est bien ce que nous célébrons avec la fête de Pâques.

Olivier

2025-03-24T17:47:50+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2025

L’Évangile du mois sera proclamé le jour du Jeudi Saint. Un geste est mis en valeur lors de cette liturgie, celui du lavement des pieds.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. » 
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Le contexte
Cet extrait ouvre la deuxième partie de l’Évangile selon saint Jean, il est appelé le « livre de la gloire » puisque Jésus va manifester sa gloire, sa puissance d’amour et de pardon en mourant sur la croix. Il relate le dernier repas de Jésus avant sa mort sur la croix, appelé la Cène. Nous sommes dans le cadre de la grande fête de la Pâque qui rappelle le passage du peuple hébreu de l’esclavage en Égypte à la libération en Terre Promise grâce à la traversée de la Mer Rouge.

« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout »
Dans cette phrase solennelle, tout se concentre : d’abord il y a la fête de la Pâque juive qui coïncide nous dit saint Jean, avec l’heure de Jésus. Depuis le premier signe accompli à Cana au début de son Évangile, on sait que cette heure vient. On la pressent à la fois comme tragique (à un moment, Jésus lui-même demande à Dieu d’y échapper) et cependant glorieuse, parce que le Père glorifiera ainsi le Fils qui alors glorifiera son Père, cette gloire étant celle de la victoire de l’amour sur le dernier ennemi : la mort.

« Jésus les aima jusqu’au bout »
Non pas seulement jusqu’à la fin, mais jusqu’au comble de l’amour. C’est par cet amour sans condition, jusqu’à l’extrême de lui-même que Jésus ouvre aux disciples la porte de sa demeure, la porte qui conduit au Père, la porte eucharistique, où « Dieu fait grâce et où l’homme rend grâces » pour reprendre les mots de Paul Bony au jour de ses 100 ans. Et cela, plutôt que de le leur expliquer, il va le leur montrer, par ce geste surprenant et grandiose du lavement des pieds. « Ô sacrement de tendresse ! Ô signe d’unité ! Ô lien de charité ! », s’écriait saint Augustin en méditant ce mystère.

Un geste-parole : le lavement des pieds
Pierre résiste à ce geste plus éloquent que toute parole, puis commence à comprendre ce que Jésus fait pour lui. Ce geste d’accueil fait habituellement par un esclave peut être vu comme la manière qu’aura le Christ de nous accueillir à la fin des temps, non pas du haut de son trône mais en s’abaissant, en se mettant à nos pieds pour nous les laver afin que nous rentrions dans le Royaume.

Un huitième sacrement ?
Ce geste que Jésus nous demande d’accomplir peut être considéré comme le sacrement du frère et celui-ci tout le monde peut le donner et le recevoir. Dans l’humble service du frère, dans cette mise à disposition à l’égard du prochain, nous faisons mémoire de Jésus qui est descendu au plus bas pour rejoindre les plus humiliés et les relever pour les faire entrer dans le Royaume. Ce commandement du service fraternel est donné, cela correspond à une alliance : le don de l’amour. Jésus ayant aimé l’infidèle Judas vient nous rejoindre dans nos infidélités.

Didier Rocca

2025-03-24T17:50:00+01:00

Édito mars 2025 > Le L’humain et le divin

Que ce soit en matière de religion, de spiritualité, ou de rites, il y a souvent un conflit, ou pour le moins une dichotomie, entre notre vision humaine et ce que nous pouvons comprendre du projet de Dieu. Il est évident que nous ne saurons jamais ce que Dieu veut, et nous devons nous méfier lorsque nous prononçons ou entendons des paroles qui parlent au nom de Dieu. Mais pour les chrétiens, nous avons en Jésus Christ une manière d’être de Dieu qui s’exprime assez explicitement.

Les religions
Les critiques sur les religions s’appuient souvent sur des aspects très humains de structures qui sont considérées comme hypocrites ou autoritaires. Comment faire confiance à une institution qui parle d’amour, de respect et de fraternité, lorsque l’on découvre les dérives, les abus, les ségrégations ? Il n’est pas une religion ou une institution qui ne soit touchée par ces drames. Cela peut nous aider à bien saisir la différence entre la religion idéale, parfaite, qui n’existe que dans le monde divin, et les pâles représentations humaines et imparfaites que sont les religions que nous connaissons. C’est une invitation à l’humilité pour celles et ceux qui œuvrent dans ces structures : soyons conscients que nous sommes au service d’un message qui nous dépasse, qui rappelle un idéal extraordinaire dont nous sommes les premiers destinataires. Il ne nous est pas demander de juger ou de condamner, mais d’annoncer une Bonne Nouvelle qui invite à la guérison, au relèvement, à la conversion. Nous voyons bien qu’il y a un fossé entre la religion idéale – lieu de relecture de l’histoire de chacun sous le regard bienveillant et consolateur de Dieu, lieu de relation avec ce Dieu d’amour qui se fait proche de nous et qui désire nous accompagner dans la marche de notre vie – et les religions qui existent, avec leur histoire, leur fonctionnement : institutions humaines et structures faillibles, mais pourtant dépositaires d’un trésor inestimable.

L’Église
Il en va de même pour l’Église, qui a pour vocation de donner chair au Royaume de Dieu et qui cependant reste une communauté humaine marquée par les faiblesses humaines. Elle accomplit sa mission lorsqu’elle sait se mettre au service de la Parole de Dieu et qu’elle l’incarne dans le service, le partage et la fraternité, mais elle peut trahir sa mission quand elle se croit propriétaire du message et qu’elle pervertit sa vocation en tombant dans la condamnation ou le moralisme. C’est un appel à vivre autrement la vocation propre de l’Église qui se doit, avant d’appeler les autres à la conversion, d’être elle-même en conversion et un modèle de fidélité au projet de Dieu. Nous sommes bien conscients qu’elle est loin de vivre cet idéal, et nous pouvons être indulgents lorsqu’elle vit sa mission avec humilité en se reconnaissant constituée de pêcheurs pardonnés. Mais nous pouvons comprendre que nos contemporains puissent être très blessés et déçus lorsqu’au nom de l’Église nous trahissons le message en nous mettant en position de domination ou que nous avons des réflexes sectaires ou identitaires.

Les rites
On peut élargir la réflexion aux célébrations religieuses, aux liturgies et aux sacrements ; parfois les pratiquants les trouvent inadaptés, tristes, longs, répétitifs… Là encore, nos célébrations ne sont que de pâles reflets de la véritable célébration de joie qui procède du cœur de Dieu et qui devrait nous habiter. Nous sommes toujours dans ce paradoxe entre le « déjà-là » de l’accomplissement du désir de Dieu, et le « pas encore » de notre contingence humaine, de nos résistances, de notre vie marquée par les difficultés et les égarements. Sachant cela, nous pouvons cependant vivre de manière plus juste les temps liturgiques, car ils sont un signe de quelque chose qui nous dépasse et qui, par ces temps, ces lieux, ces gestes, devient toujours un peu plus réel dans nos vies. Nous avons besoin de passer par cette incarnation humaine et matérielle car nous sommes ainsi faits. Le danger et le risque seraient de penser que le tout de la relation à Dieu se joue dans ces pratiques rituelles. Nous tomberions dans une forme d’idolâtrie et nous passerions à côté de l’essentiel, à savoir la relation d’amour que Dieu veut nouer avec chacune et chacun d’entre nous.

Olivier

2025-02-27T09:09:05+01:00

L’Évangile du mois de mars 2025

En ce deuxième dimanche du Carême, nous retrouvons cet épisode appelé la Transfiguration de Jésus.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul.
Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

Le contexte
Luc propose cet épisode de la Transfiguration en plein cœur de son Évangile juste après la multiplication des pains, la confession de Pierre et l’annonce de sa Passion. Que s’y passe-t-il ? Jésus gravit une montagne, pour une rencontre avec son Père. Il n’est pas seul puisque cinq autres personnes sont avec lui : les trois disciples Pierre, Jacques et Jean qui seront à côtés à Gethsémani, mais aussi les deux grands prophètes de l’Ancien Testament, Moïse et Elie.

Six jours…
Jésus prend donc avec lui trois de ses plus proches compagnons et les invite à monter sur une montagne.
Six jours ? Cette indication de temps est suggestive. C’est le temps qui sépare, dans la liturgie juive, le Yom Kippour appelé aussi le jour du grand pardon, de la Fête des Tentes. Ainsi, durant une semaine, la communauté vit sous des tentes, comme au désert, pour exprimer cette attente d’une nouvelle manifestation de Dieu et de la venue du Messie. Un peu comme les chrétiens durant le temps de l’Avent. Ce n’est pas un hasard. Luc évoque explicitement les tentes lorsqu’il fait dire à Pierre : « Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie… »

Chacun sa montagne
L’indication de la montée de Jésus sur une montagne est tout aussi intéressante. Attention, n’imaginons pas le Mont Blanc ou un haut sommet enneigé mais plutôt une colline. Remarquons que les deux figures de l’Ancien Testament, Moïse et Elie, renvoient chacun à une montagne. Moïse est monté au Sinaï où la Loi fut donnée ; Élie est allé sur la montagne de l’Horeb où Dieu s’est manifesté non pas dans le tonnerre mais dans une brise légère ! Sur la montagne, Dieu se révèle. Que va-t-il dire ?

Une reprise du baptême
« Celui-ci est mon fils que j’ai choisi ». Cette parole divine, nous l’avons déjà entendue au moment du baptême de Jésus par Jean. C’était au début de l’Évangile. Une mention est rajoutée ici : « Écoutez-le ». Notre pédagogue divin insiste sur l’écoute, précisément parce que ce n’est pas le fort des disciples et nous sommes probablement aussi dans ce cas-là. L’écoute est synonyme d’obéissance, cela ne renvoie pas à un quelconque problème d’audition. Rappelons-nous qu’écouter Jésus, c’est tout simplement faire partie de ses disciples.

La transfiguration nous parle de Pâques
Une nouvelle fois, un épisode de l’Évangile évoque Pâques. Ainsi lorsque Jésus s’approche des disciples qui sont tombés « la face contre terre », il les touche et leur dit : « (R)éveillez-vous ». Puis à la fin, Jésus leur demande de ne « parler à personne de cette vision avant que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ». Éveillé, ressuscité, réveillé, ces verbes en français renvoient au mystère vécu à Pâques.

En descendant
Nous pouvons imaginer le trouble, l’incompréhension ressentis par les trois disciples. Qu’ont-ils compris de ce son et lumière ? Comme souvent, il faut du temps pour analyser, décrypter les moments spirituels forts d’une existence. Il leur faudra attendre la Passion de leur maître. C’est ainsi que leur reviendra à l’esprit les événements du Thabor (montagne de la transfiguration) durant lesquels le Père leur aura donné les clés de compréhension du ministère et de l’identité de Jésus. Ainsi, après Pâques, ils comprendront que l’Amour du Père a été plus fort que la mort et qu’ils en avaient eu une preuve par avance.

Pour actualiser
Cette page d’Évangile nous oriente vers Pâques en nous recentrant sur l’essentiel : écouter le Fils bien-aimé du Père. Ah, si nous pouvions devenir de véritables écoutants, à l’écoute de la Parole de Dieu et des autres afin d’y déceler les conseils de notre divin maitre ! Ah, si nous pouvions à l’occasion de ce temps de carême nous rafraîchir la mémoire afin que reviennent à notre esprit ces épisodes fondateurs qui nous ont permis de dire : Oui, j’y crois. Il m’a parlé, j’ai compris quelque chose de sa grandeur, de sa bonté… Ah, si nous pouvions devenir ou redevenir de véritables pèlerins. La tentation est si grande de faire comme Pierre qui voulait rester là avec son Jésus. Que ce soit pour les autres disciples ou pour nous-mêmes, Jésus nous attend dans notre Galilée, dans notre lieu de mission où déjà il nous précède. Jésus lui-même est descendu de la montagne, alors pourquoi voudrions-nous rester là-haut ?

Didier Rocca

2025-02-27T10:48:04+01:00