Spiritualité

Édito octobre 2023 > Pécheurs pardonnés

L’originalité de la foi chrétienne réside dans la compréhension que ce qui sauve le monde et l’humanité, c’est le pardon offert de manière absolue par Dieu. Il n’est pas besoin d’être chrétien, ni même croyant d’une autre religion, pour comprendre que la vie est plus belle lorsque l’on bon, juste, et vertueux. Même sans référence religieuse, l’idéal humain tend vers une vie bonne. Les sociétés sont fondées sur des principes de justice et de solidarité. Elles combattent le vol, le meurtre, le viol. Il est heureux que les religions prônent ces principes moraux indispensables et qu’elles invitent les croyants à les mettre en pratique dans une cohérence de vie en conformité avec le message de Dieu. En fait ces « valeurs » humanistes sont le socle commun de toute vie en collectivité et rassemblent les êtes humains. Pour le dire autrement, heureusement que les religions poussent les être humains à être des femmes et des hommes dignes de ce nom, les meilleurs possibles, bons et justes ! Mais ce n’est pas dans cette exigence qu’elles révèlent leur originalité.

La force de l’amour
L’apport des religions n’est pas, comme cela a trop souvent été le cas, de forcer les gens à mettre en pratique ces principes par peur d’une condamnation ou pour obtenir une récompense, avec les notions d’enfer et de paradis qui entrainent les croyants dans la dérive du mérite. Ce qui est original dans la dans la foi chrétienne notamment, c’est la notion de pardon et de conversion. Il n’est jamais trop tard pour bien faire et nous sommes tous appelés à mettre l’idéal en pratique, même si nous nous en sommes éloignés et que nous avons tourné le dos aux principes moraux des religions et des sociétés. C’est en cela que réside la puissance de Dieu. Ce n’est pas une puissance de force et de violence qui nous obligerait à faire des choses, qui déciderait des événements de notre vie sans respect de notre liberté ; c’est la puissance de l’amour qui n’a de cesse de donner confiance à celui qui se relève après être tombé, d’accueillir celui qui a fait fausse route mais qui revient dans le droit chemin. Dieu est tout puissant dans sa manière de ne jamais cesser de nous aimer et de nous ouvrir ses bras pour nous accueillir et nous rassembler. Bien des paroles, gestes et paraboles du Christ nous le font comprendre. C’est la Bonne Nouvelle chrétienne.

La mission de l’Église
L’Église, comme peuple de Dieu, a pour mission d’incarner cette Bonne Nouvelle ; par son ouverture, par son rappel des gestes et paroles du Christ, par sa manière de lutter contre les inégalités et les violences faites aux plus petits, par son souci de la justice sociale et écologique… Elle n’a pas pour mission de condamner ou de compliquer l’existence des gens par de pesants fardeaux rigoristes ou cultuels. Elle accompagne la marche des hommes vers l’idéal d’amour et de fraternité. Elle a aussi pour mission d’accompagner la marche de Dieu vers cette humanité qu’il aime de manière absolue et qu’il désire rassembler comme une grande famille. Ce qui doit permettre à l’Église de rester au service de cette Bonne Nouvelle, c’est qu’elle se rappelle qu’elle est constituée de femmes et d’hommes qui sont tous de la même pâte humaine, imparfaits, pêcheurs pardonnés. C’est lorsque les missionnaires et évangélisateurs savent se reconnaître bénéficiaires et sujets du pardon de Dieu qu’ils peuvent en parler le mieux et l’offrir à tous. Les apôtres ont vécu cette expérience, en particulier les deux piliers de l’Église que sont saint Pierre et saint Paul. Les grands saints n’ont pas eu une vie linéaire et parfaite. Tous ont expérimenté l’amour et le pardon de Dieu, et ils ont eu le désir de la partager et de lui faire porter du fruit.

La gratuité de l’amour
Si l’on devait réduire la religion à sa plus simple expression, il faudrait que ce soit autour de la notion d’amour et de pardon, ce pardon qui est la fine pointe de l’amour absolu offert par-delà le mal. Avec le pardon nous sommes dans la gratuité extrême, car il est toujours facile d’aimer ceux qui sont aimables, de soutenir ceux qui se comportent bien, d’accueillir ceux qui sont méritants. Mais aimer sans condition, de manière unilatérale, c’est au-delà des forces humaines, et c’est en cela que c’est le propre de Dieu et qu’il a voulu partager cette puissance d’amour avec nous pour que nous dépassions notre condition humaine pour sortir du cycle infernal de la condamnation, de la violence et de la vengeance. La foi chrétienne nous invite à recevoir de Dieu sa puissance d’amour et de pardon pour changer le visage du monde. Cela reste un combat, car nous sommes très rarement capables de mettre en œuvre cet amour de manière aussi radicale que Jésus-Christ qui invoque le pardon sur ceux qui le torturent et le tuent. Mais c’est un chemin qu’il nous est demandé d’emprunter. Chemin difficile et terriblement exigeant, mais qu’il ne faudrait pas abandonner par fatalisme et découragement. En cela nous pouvons comprendre que parler d’amour en évoquant Dieu n’a rien de niais ou de ridicule, car cela demande un courage et une force que nous ne pouvons que recevoir d’un autre, du tout Autre.

Olivier

2023-09-30T09:24:01+02:00

L’Évangile du mois d’octobre 2023

Cet Évangile sera proclamé le 1er octobre, 
ce sera le 26e dimanche du temps ordinaire.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit :
‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. »
Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole.»

Le contexte
Nous sommes au chapitre 21 de l’Évangile selon saint Matthieu. Cette parabole suit l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. L’épisode que nous lisons le jour des Rameaux se déroule à la fin de sa vie publique. Deux catégories de personnes sont alors présentées : les soupçonneux qui récriminent contre les paroles, les gestes de Jésus, et les aveugles, les boiteux, le petit peuple d’Israël qui s’émerveille

Une question rhétorique
Jésus pose à ses interlocuteurs une question évidente non pas pour les piéger mais pour leur permettre d’entrer pleinement dans la logique de la parabole. Au fond, Jésus veut leur signifier que cette histoire fictive s’accomplit dans leur vie et qu’ils auraient grand intérêt à le comprendre.

Deux fils…
Ils représentent d’un côté les chefs des prêtres et les anciens, et de l’autre les publicains et les prostituées. 
On comprend que le premier fils n’ait pas envie de changer et d’accueillir du nouveau. Il fait partie du paysage religieux de son temps. Pourtant, Jésus a annoncé sans cesse la nécessité de se convertir, de changer de regard, de se déplacer intérieurement. Lui comme nous sommes en route vers un ailleurs et un autrement. La vie n’est pas derrière soi mais devant. Bien sûr, le deuxième fils qui représente ceux qui sont en état de manque et insatisfaits d’eux-mêmes sont mieux placés pour le comprendre, même s’ils sont visités par la tentation de se justifier et de s’absoudre pour se rassurer.

Se déplacer…
Allons-nous sortir de nos routines et nous mettre en route vers ce qui vient nous déranger, nous déplacer ? Jean le Baptiste est toujours là, figure d’une justice que nous n’avions pas soupçonnée. Tout entier tourné vers le Christ qui n’en finit pas de venir à nous, il nous ouvre à cette humanité nouvelle qui ne cesse de nous surprendre. 
Nous croyons connaître le Christ ? Il ne se dévoile à nous que dans la mesure où nous assumons le vide qui, s’il n’est pas là, nous habite. Toujours nouveau, sans cesse il nous déplace, nous renouvelle.

Se mettre en route…
Tel est le chemin du Royaume. Les publicains et les prostituées y entrent en priorité non en raison de ce qu’ils font mais parce qu’ils se mettent en route, sortant d’eux-mêmes, en croyant à cette parole qui leur vient d’ailleurs. Les derniers deviennent les premiers. Notons qu’il n’est pas dit que les chefs des prêtres et les anciens n’entreront pas dans le Royaume, mais ils prennent du retard. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils ne croient pas à la parole de Jean, s’estimant déjà impeccables (étymologiquement sans péché). Ensuite parce qu’ils ne se sont pas mobilisés en constatant la foi des collecteurs d’impôts et des prostituées. 
Par contre, voyant la justice de Jean et entendant ses paroles, les publicains et les prostituées ont bougé mais les chefs des prêtres et les anciens, pourtant professionnels de l’accueil de la Parole, ne sont pas allés « travailler à la vigne ». Ainsi, ne nous installons pas dans le déjà-là, mais soyons prêts à partir pour cet ailleurs que figurait déjà la terre promise et que nous appelons le « Royaume », toujours à venir.

Pour actualiser…
La plupart du temps nous vivons enfermés dans nos routines comme dans nos emplois du temps, nos certitudes ou plus généralement nos servitudes. Sans condamner toutes les habitudes que nous avons prises qui pour la plupart sont bonnes et nous permettent d’être « à la hauteur », efforçons-nous de nous mettre à la bonne hauteur, celle de Jésus et des « petits » de l’Évangile. Sans cesse Dieu vient nous visiter, et toutes ces rencontres nous invitent à bouger, à aller au-delà, ailleurs, autrement.
À notre tour, acceptons d’entendre le « lève-toi et marche » qui nous est adressé par le Christ. Il ne s’agit pas d’une mobilisation pour un travail pénible mais plutôt d’une libération. Alors, on y va ?

Didier Rocca

Article écrit à partir d’un article de « Croire aujourd’hui » du Père Michel Souchon en septembre-octobre 2008.

2023-09-20T11:37:15+02:00

Édito septembre 2023 > Le pape à Marseille

C’est un honneur pour les Marseillais de recevoir le pape le 23 septembre. Certains animateurs et jeunes-aînés de l’Œuvre étaient à Lisbonne cet été pour les Journées mondiales de jeunesse, et nous avons bien constaté le grand intérêt que les foules portent au pape François, cet attrait tournant parfois même à l’idolâtrie. Pourtant François reste un homme simple, nous l’avons compris dans sa manière directe de s’adresser aux jeunes, sans tralala et avec humilité. Il nous a bien rappelé l’essentiel de la Bonne nouvelle de Jésus : Dieu nous aime gratuitement, sans aucune condition. Il nous invite à mettre l’amour dans notre vie, à nous engager, à nous mettre aux service des plus petits, à rester libres, en particulier par rapport aux divers artifices de notre temps, et surtout à ne pas avoir peur. Message limpide et encourageant en ces temps d’incertitude et d’anxiété.

La Méditerranée symbole 
des enjeux pour le monde
Le pape vient à Marseille parce que c’est une ville méditerranéenne, un pont entre l’occident et l’orient, entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, et que cette mare nostrum qu’est la Méditerranée concentre bon nombre de problématiques majeures de notre temps : rencontre des cultures et des religions, crise écologique, mouvements migratoires liés aux conflits et au dérèglement climatique, inégalités entre les pays, injustices sociales et économiques… Dans ce contexte, François joue son rôle de pape : il ne vient pas pour juger ni donner des ordre ou des solutions toutes faites, mais pour accompagner et rassembler. Et pour cela il veut écouter. À Marseille il va rencontrer des jeunes et des évêques du pourtour méditerranéen et d’Europe, pour entendre leurs inquiétudes, leurs questions, leurs espérances et leurs propositions. Comme pape, son rôle est d’aider les catholiques, les chrétiens, les croyants, les femmes et les hommes de bonne volonté à s’unir et à comprendre que nous faisons partie d’un tout, d’une même grande communauté, et que c’est seulement en vivant une réelle communion dans la compréhension des enjeux de notre temps et dans la recherche de solutions communes que nous pourrons assurer un meilleur avenir aux plus petits et aux générations à venir.

Le rôle du pape
C’est pour nous l’occasion de bien comprendre le rôle du pape, et donc de toute personne ayant une autorité et une responsabilité dans l’Église : il ne s’agit pas de diriger ou d’être « patron », mais d’accompagner et d’être au service de la communion entre les personnes, en gardant le cap du message évangélique de fraternité et de charité. Le pape nous rappelle que nous sommes tous associés à la mission de Dieu qui est d’aimer le monde, tout le monde, et de faire grandir cet amour dans le cœur de tous. Même s’il est le pape des catholiques et qu’il est élu par des représentants de l’Église, sa mission ne concerne pas seulement les catholiques ; elle est universelle car l’Église est universelle, parce que l’amour de Dieu dont l’Église se veut être le sacrement ne connaît pas de frontière et se moque de nos divisions. Nous sommes tous appelé à être rassemblés et unis, c’est le sens du mot « catholique » : la destinée commune et fraternelle de l’humanité unie dans la richesse de sa diversité. Nous sommes encore loin de cet accomplissement, mais il est en maturation et, comme dans les douleurs de l’enfantement la femme ressent beaucoup de souffrance, de même pour notre humanité qui a du mal à discerner son avenir de manière positive et paisible lorsque son présent est préoccupant et dramatique.

La mission de l’Église
La mission, telle que le Pape nous la présente en fidélité avec la grande tradition de l’Église – et bien que trop souvent oubliée, trahie ou réduite à de la propagande ou à du prosélytisme – consiste à déployer le message d’amour de Dieu pour le monde et à incarner cette Bonne Nouvelle. L’Église n’a pas pour vocation de s’occuper d’elle-même en tant qu’institution ou groupe particulier, elle a pour mission de signifier, par ce qu’elle est, le projet de Dieu pour toute l’humanité ; à savoir être un peuple, une communion, comme une famille unie et constituée de personnes différentes mais conscientes d’un destin commun et d’une vocation universelle. L’Église a pour vocation d’être aussi le moyen de ce projet de Dieu, en accompagnant toutes les femmes et tous les hommes sur leur chemin de vie et dans la recherche de leur vocation particulière, en travaillant à promouvoir la justice, la solidarité et la fraternité, en œuvrant à mettre la charité au cœur du monde. C’est ce que le pape François n’a de cesse d’annoncer dans toutes ces interventions, avec courage, car il dit souvent des choses qui dérangent. Il ose exprimer les exigences de justice et de fraternité de l’Évangile devant des personnes qui ont des responsabilités et des pouvoirs politiques immenses et qui ne sont pas sur la même longueur d’onde évangélique, loin s’en faut ! Il nous indique que le chrétien ne peut pas rester dans son canapé à se désoler sur le monde mais qu’il doit s’impliquer, qu’il doit se révolter, qu’il doit transmettre par ses actes et ses paroles la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu qui s’engage au cœur du monde. Il nous dit ce que le Christ exprime par toute son existence : le bonheur est dans le partage et le service, la joie est dans l’engagement et la fraternité. C’est un beau programme pour cette année qui s’ouvre devant nous !

Olivier

2023-08-22T09:01:18+02:00

L’Évangile du mois de septembre 2023

Nous entendrons dimanche 24 septembre la parabole des ouvriers de la 11e heure.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus disait cette parabole à ses disciples : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste”. Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés”. Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi”. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers”. Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !” Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Une attitude proprement divine
Dieu est de sortie, est en recherche ! Dieu est un père qui nous appelle et ce n’est pas une question d’heure puisqu’il nous cherche en permanence. Dieu est en sortie permanente et son souci est que tous, nous soyons appelés. Il donne l’occasion à chacun de dire « oui, je viens ».

Pour un même salaire
Ce salaire identique pour tous est le salut. Cela parait évident mais la parabole souligne l’incompréhension de certains vis-à-vis de ce qu’ils considèrent être une injustice. Le paradoxe est grand. Dieu le seul Juste est considéré comme Injuste !

Appelés chacun à son heure
Nous le savons d’expérience, nous n’avons pas tous été appelés en même temps, il y a les ouvriers de la première heure, on peut penser au peuple de la première alliance ! Ensuite, les ouvriers de la troisième heure… et ceux de la onzième heure. Ces derniers ne sont pas des fainéants mais personne ne les a embauchés. À eux, il ne leur promet rien. Ils sont dans la foi aveugle. Nous n’avons pas été appelés en même temps, les raisons sont multiples et au fond sans importance. Ce qui compte, c’est de saisir la main que Dieu nous tend. Se désoler de ne pas avoir travaillé assez tôt à la vigne du Seigneur est vain. Ce qui compte est de travailler de tout son cœur quand nous y sommes. Ces ouvriers existent dans la vraie vie. Pensons à tous ces journaliers qui attendent du travail devant les magasins de bricolage et qui doivent endurer le soleil ou le froid, le risque d’avoir à présenter des papiers dont ils ne disposent pas. Cette parabole n’est pas si imaginaire qu’elle n’y parait. Et nous comprenons facilement que travailler ou attendre le travail sont des activités qui ne sont pas économiquement comparables mais qui relève du même principe : Se préparer à recevoir un salaire.

La bonté de Dieu
On aurait envie de dire à Dieu : « Mais, cesse d’être si bon », mais ce comportement ne révèle-t-il pas notre péché, notre jalousie. Or, Dieu ni ne pense, ni n’agit comme nous.

Se réjouir du bonheur que Dieu procure chez les autres
L’intendant veut qu’Israël, les ouvriers de la première heure, voient qu’il fait grâce. Dieu se manifeste comme un Dieu de grâce. Pas de bonus pour les méritants ! Ainsi, il dévoile le péché des premiers. Oui, Dieu se montre trop bon et cela doit nous rassurer et non nous désoler. Cette pièce reçue du maitre n’est pas un dû, mais un don. Ainsi, sans cesse, sans se décourager, comme le Père de la parabole du prodigue, Dieu nous cherche. Quand nous répondons, il nous reçoit dans son Royaume et nous offre le seul vrai salaire qui compte : le salut !

Didier Rocca

2023-08-22T09:25:05+02:00

Édito juin 2023 > la foi au cœur du drame

Il y a plus d’un mois, au cœur de la nuit de Pâques, alors que nous étions à la fête après la veillée pascale qui célébrait la victoire de l’amour de Dieu face à la mort, nous avons été rattrapés par le drame de l’explosion, de la déflagration et de l’effondrement d’immeubles dans la rue de Tivoli, à 100 m à vol d’oiseau de l’Œuvre. La violence du choc, physique et émotionnelle, a laissé place à la sidération dans le quartier qui va rester longtemps marqué par ce traumatisme.

Vie & mort
Ce choc des symboles, vie/mort, joie/drame, espérance/désespoir a donné suite à d’autres chocs symboliques avec des réactions très contrastées, de peur et de solidarité, de colère et de fraternité, de résignation et de recherche de responsables… Réactions naturelles, qu’il nous faut accepter sans jugement, et qui nous renvoient à nos propres réactions face à la question du mal, de la souffrance, de la mort. Pour notre part, comme voisins proches de l’épicentre du drame, nous avons été témoins de la grande solidarité et du besoin de soutien. Dès l’effondrement de l’immeuble du 17 rue de Tivoli, un certain nombre des amis du quartier ont trouvé refuge chez des amis ou des voisins qui n’ont pas hésité à accueillir les personnes délogées. Nous avons aussi été témoins du soin pris à la recherche des victimes, à la mise en sécurité des habitants des immeubles fragilisés, à la prise en charge des résidents ne pouvant rentrer chez eux. Contrairement à ce que l’on voit souvent dans les scénarios de films et de séries catastrophe, la réaction la plus répandue a été l’entraide, et c’est plutôt rassurant. C’est aussi ce que nous avons ressenti lors de la veillée de prière organisée dans l’église paroissiale St-Michel le lundi soir. Nous étions nombreux, ressentant le besoin de nous retrouver pour partager la peine, l’effroi, mais aussi l’espérance et la solidarité. Nous ne pouvions pas faire grand-chose au niveau matériel, mais cette fraternité et ce temps de prière ont été importants pour les habitants du quartier qui savent qu’il faudra des années pour que la rue Tivoli et ses environs fassent le deuil de ce drame.

Prière & action
La force de la prière et de la foi n’est pas du même ordre que l’action physique, mais elle est tout aussi importante. Tout comme les soins physiques et médicaux sont indispensables à la guérison d’une maladie ou après un accident, la proximité de ceux que l’on aime et qui nous apportent un soutien fraternel et affectif est essentielle à la guérison et au rétablissement. La foi est de cet ordre-là, et il ne faut pas la négliger ou la mettre en opposition avec l’action matérielle indispensable. Elles sont complémentaires. Elles sont les deux battements d’une même respiration, et notre vie trouve son équilibre dans ce double mouvement d’action et de méditation, de prière et de gestes physiques. Nous retrouvons cette symbolique dans l’incarnation de Dieu en Jésus : le plus spirituel, le divin, se fait homme, prend chair, devient totalement physique. Et nos propres vies, au premier abord strictement charnelles et physiques, se révèlent temples spirituels et ouverture au transcendant.

Ombre & lumière
C’est bien au cœur de la nuit de Pâques que nous avons vécu le drame de la rue Tivoli. Au milieu de l’obscurité de la mort et du désespoir, surgit la victoire de la vie et de l’amour. Ce n’est pas se bercer d’illusions ou vivre au pays des bisounours que de s’engager dans la lutte contre le mal en prenant le contre-pied de la violence et de la vengeance. Le Christ a véritablement vécu et traversé la souffrance, l’abandon, la violence et la mort ; ils n’ont pas été édulcorés par sa condition divine, mais il les a vaincus. Et nous aussi, qui sommes marqués par les difficultés de la condition humaine, nous sommes associés à la victoire du Christ, lui qui s’est fait homme, et nous sommes invités à combattre le mal par notre présence, notre fraternité, notre compassion, notre amour. Face à la souffrance et à la mort, nous ne pouvons donner d’explications, qui deviendraient des justifications du mal, mais notre constance et notre proximité sont notre manière de le combattre à la racine.

Compassion universelle
Une autre dimension que nous pouvons vivre après cet accident, c’est la compassion avec les drames qui touchent notre monde et qui cependant nous impactent moins parce qu’ils sont éloignés. Quand nous voyons ce que représente la perte brutale d’êtres chers ou de nos voisins, quand on est sidéré par la violence des explosions, des déflagrations et des effondrements, quand on est face au désarroi de celles et ceux qui perdent tout, on prend conscience de ce que vivent les personnes en zone de guerre ou au cœur des catastrophes naturelles. On imagine la force de vie et d’espérance qui doit se déployer dans le cœur des victimes et des personnes qui les aident pour lutter contre la fatalité et l’abandon.

Olivier

2023-05-17T09:11:02+02:00

L’Évangile du mois de juin 2023

Nous lirons ce passage le dimanche 18 juin, le 11e dimanche du temps ordinaire.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. Voici les noms des douze Apôtres : le premier, Simon, nommé Pierre ; André son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra.
Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. 
»

Le contexte
Jésus a montré son autorité par des gestes de puissance (guérisons, exorcismes) et il procède à un bilan. Plus que de la pitié, c’est de la tendresse qu’il éprouve pour les foules. Non seulement, elles sont fatiguées et abattues, mais en plus, elles sont comme « des brebis sans berger ». Normal puisque ceux dont c’est le métier, les scribes et les pharisiens, se ferment à la nouveauté du Royaume. Jésus constate ici l’ampleur de la moisson et la pauvreté des moyens. Cela ne vous rappelle-t-il pas notre situation actuelle ?

L’image de la moisson
Elle exprime une échéance décisive et signifie le rassemblement définitif d’Israël. La moisson évoque bien sûr le jugement dernier. Dans sa mission, Jésus perçoit que les choses sont mûres pour faire d’Israël la belle récolte que Dieu attend. Remarquons que la moisson est à la fois terrestre et céleste : 
– terrestre car Jésus œuvre au sein de l’histoire humaine et pour cette tâche, il s’associe des collaborateurs. 
– céleste dans la mesure où Dieu reste le maitre de la moisson. Les ouvriers ne sont pas les propriétaires, ils garderont un esprit de totale disponibilité et prieront pour que Dieu ne cesse de gonfler leurs rangs en vue d’un travail plus fructueux.

Semer ou moissonner ?
Notre éducation nous a souvent conduits à d’abord semer sans chercher de résultats. C’est une belle manière de vivre où la générosité de ses actes est mise en avant.
On peut voir qu’ici les rôles sont inversés. Jésus invite ses disciples à prier pour que Dieu envoie des ouvriers non pas pour semer mais pour moissonner. À nous de comprendre que nous pouvons et même devons être aussi des moissonneurs. Nous sommes clairement invités ici à moissonner ce que Dieu a suscité dans le cœur de telle ou telle personne. Lorsqu’on accompagne des personnes qui se préparent au baptême, c’est très clair.
La moisson n’est pas réservée à quelques-uns, tout le peuple chrétien est appelé à moissonner ce que d’autres ont semé. À chacun de se mettre en position de moissonneur, ainsi on ne voit plus la mission chrétienne comme un effort mais plutôt comme un cadeau. De la même manière que nous sommes les gardiens les uns des autres, nous sommes aussi les moissonneurs les uns des autres, car le fruit que nous voyons chez l’autre, il ne peut pas le cueillir lui-même !

Exorciste et guérisseur
Animé par la tendresse de Dieu et pressé par l’urgence de la mission, Jésus confie à ses douze disciples son pouvoir d’exorciste et de guérisseur. Matthieu nous donne leurs noms avec Pierre en premier. Ici, ils sont appelés « apôtres » ce qui signifie « envoyés ». La mission de l’Église, celle des apôtres, est d’abord la prolongation de la mission de Jésus, chacun la vivant avec ce qu’il est, avec ce dont il a hérité, avec ses talents et ses limites. La mission auprès de la maison d’Israël s’élargira progressivement.

Didier Rocca

2023-05-17T09:31:43+02:00

Édito mai 2023 > L’homme divinisé

Lorsque que l’on parle de religion, les chrétiens sont souvent dans une situation inconfortable car ils ne se reconnaissent pas dans les définitions habituellement établies. Ils n’ont pas le sentiment d’appartenir à un groupe spécifique mais ils sont invités à se comprendre en communion avec toute l’humanité. Les chrétiens ne sont pas séparés ni au-dessus des autres, mais ils partagent la condition de toute personne humaine, avec ses grandeurs et ses médiocrités. S’ils ont une mission particulière, ce n’est pas comme une élite, un lobby ou un groupe d’influence, mais comme un signe de ce à quoi est destinée toute l’humanité, sans restriction. Ce signe, c’est que toute personne est appelée à se découvrir divinisée. Pour les chrétiens, l’Église préfigure le chemin et l’avenir de tout le genre humain ; elle est universelle, elle ne se limite pas à l’institution officielle, ni aux seuls chrétiens baptisés, elle est le peuple de Dieu, elle englobe tout le monde.

Consentir à Dieu
C’est le message de l’existence terrestre du Christ : Dieu incarné, verbe divin fait chair, il vient à la rencontre de toute personne, en particulier des plus petits, des plus pauvres et des plus méprisés, pour leur dire qu’il est leur frère et qu’ils sont eux aussi fils de Dieu, aimés et ayant du prix aux yeux du créateur. Ils n’ont pas à mériter cette adoption, mais seulement à y consentir. Pour Dieu, il n’y a pas de différence entre les personnes, il dépasse largement les séparations que nous savons trop bien faire entre nous, différences de culture, d’aspect physique, de psychologie, de capacité intellectuelles ou physiques, de goûts ou de sensibilité. Tout cela est transcendé par l’amour universel de Dieu qui nous invite à nous comprendre comme des frères et des sœurs, capables de vivre dans l’unité en acceptant nos différences comme des richesses.

Répondre à Dieu
La divinisation de l’homme n’est pas le fruit d’un travail d’accomplissement individuel ni le résultat d’efforts surhumains, c’est une découverte : nous sommes aimés de Dieu et nous sommes déjà ses enfants. Mais il nous revient de dire « oui » à cette filiation, à cette divinisation. Nos actions et les efforts qu’il nous revient d’accomplir sont en réponse à cette compréhension. Adhérer à la proposition d’amour de Dieu nous engage à accepter que notre vie soit transformée, transcendée, et cette adhésion reste un combat intérieur, car des forces contraires agissent aussi en nous : égoïsme, culpabilité, jalousie, logique du mérite… Notre condition humaine est dans cet entre-deux, écartelée parfois entre le « déjà-là » de la divinisation et le « pas-encore » de nos résistances humaines. La foi des croyants leur permet de ne jamais désespérer, ni des autres, ni d’eux-mêmes, car ils savent que Dieu les accompagne quoi qu’il arrive et qu’ils ne sont pas tout seuls.

Espérer grâce à Dieu
Cependant, il nous arrive d’expérimenter les sentiments d’abandon et de désespoir. Face à une trop grande épreuve, comme cela vient d’être le cas pour notre quartier après les effondrements des immeubles rue Tivoli, après une grande déception, une blessure, un échec ou un acte regrettable, il peut nous arriver d’avoir la tentation de baisser les bras et de croire que le mal ou la souffrance auront le dernier mot. Les chrétiens, même si leur message est une bonne nouvelle de paix et d’amour, ne sont pas naïfs ni hors-sol, ils partagent la condition humaine dans toute ses dimensions et ils savent bien que les bons sentiments et les paroles rassurantes ne sont pas toujours audibles lorsque l’on est accablé de tristesse et de douleur. Cependant ils savent aussi que c’est l’espérance qui peut nous aider à traverser les tempêtes, et que ce n’est pas se bercer d’illusion que de garder confiance et de se rappeler que le Christ a vaincu le mal et la mort, une fois pour toutes. Nous avons tous expérimenté dans nos existences la force de cette espérance et nous pouvons faire mémoire des relèvements dans l’épreuve, des victoires sur la détresse. Notre vie est marquée par ce mouvement de mort et de résurrection, elle n’est pas un long fleuve tranquille, mais notre foi nous rappelle que malgré les bouleversements et les remous, nous sommes associés à la victoire du ressuscité et que nous sommes dès maintenant vivants de la vie éternelle.

Annoncer le projet de Dieu
Les chrétiens sont des femmes et des hommes qui mettent des mots sur cette expérience de la rencontre de l’amour de Dieu en la personne de Jésus, et qui désirent en témoigner, en être des signes et des moyens, pour que toute l’humanité vive de cette magnifique réalité : nous sommes tous appelés à nous reconnaître filles et fils de Dieu, comblés de son amour et capables de partager cet amour avec tout le monde. Si nous regardons Jésus, nous pouvons voir notre image, celle qui se dessine au fond de notre être, notre véritable nature : enfants de Dieu, sœurs et frères universels appelés à transformer le monde pour qu’il devienne vraiment royaume de paix, de justice et d’amour.

Olivier

2023-04-13T09:05:24+02:00

L’Évangile du mois de mai 2023

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. 
»

Le contexte
Aussitôt après la résurrection, Jésus donne rendez-vous à ses disciples en Galilée. Ils ne sont plus que onze puisque Judas s’est suicidé. C’est alors que Jésus donne un discours d’adieu bref mais particulièrement saisissant. La Tradition place cela quarante jours après Pâques.

À propos des disciples
Les disciples ne semblent pas vraiment prêts à cette rencontre. Le doute qu’ils expriment est révélateur. De fait, comment ne pas se sentir proches de ces disciples qui doutent ? Souvent, la foi s’affermit par des moments de doute que l’on surmonte. En même temps, comment Jésus peut-il confier la « promotion du message évangélique » à des personnes qui l’ont à peine assimilé ? C’est l’occasion de rappeler cette formidable confiance que Dieu fait en l’homme et en l’Église. La mission confiée aux apôtres semble bien être une folie. Mais ils ne sont pas seuls dans cette entreprise : cet engagement n’est pas d’abord le nôtre mais celui de Jésus. Parfois, tel ou tel engagement peut paraitre bien lourd à porter ou à assumer, être animateur à l’œuvre par exemple ou prendre des responsabilités dans une association. En effet, mais n’oublions pas que c’est Dieu qui passe par nous. Il a voulu avoir besoin de nous, alors soyons sans inquiétude, Dieu est avec nous. C’est d’ailleurs le nom que Jésus reçoit dès avant sa naissance de Dieu « Dieu-avec-nous » ou Emmanuel. Ce nom est repris tout à la fin de ce passage : Je suis avec vous.

Au nom du Père, et du Fils 
et du Saint-Esprit
Cette expression est tellement habituelle pour les chrétiens qu’elle peut passer inaperçue dans ce passage d’Évangile. Pourtant, elle est unique dans les quatre Évangiles. « Au nom de » est une formule habituelle dans la Bible qui rappelle l’unicité de Dieu ; en même temps, les trois personnes sont bien nommées et bien distinctes. Lorsque Jésus invite ses disciples à baptiser au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, cela signifie que le baptême nous plonge dans la Trinité, cet Amour qui circule, se donne et se reçoit sans cesse. La Trinité n’est pas incompatible avec l’unité de Dieu parce que ses trois personnes sont unies comme les doigts d’une main.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps »
Cette dernière phrase de l’Évangile est particulièrement réconfortante. Nous avons là le rapprochement étonnant entre deux durées : l’une à notre mesure : tous les jours, donc chaque jour, et l’autre au-delà de notre portée, la fin des temps. Autrement dit, toute inquiétude quant à la fin des temps est sans consistance puisque la présence du Ressuscité « avec nous » est promise au cœur de notre existence quotidienne. La présence de Dieu n’est pas pour un plus tard mais pour aujourd’hui et toujours.

La boucle est bouclée
Au début de l’Évangile, Jésus arrive et nous dit la proximité de Dieu à notre égard. À la fin de ce même Évangile, Jésus s’en va mais ne nous laisse pas orphelins puisque l’Esprit Saint nous permet d’être avec Dieu par-delà les limites d’espace et de temps.

Didier Rocca

Le nom du mois : Ascension
Jésus qui monte au Ciel (son ascension) exprime son passage du visible à l’invisible. Les récits d’apparition n’ont qu’un but : Montrer que Jésus est vivant, mais de telle sorte qu’on ne le reconnaît pas au premier abord. Il est « ailleurs ». Matthieu lui fait dire : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles. » Mais ce Dieu-avec-nous n’est plus perceptible avec les yeux, seulement par la foi. Gardons-nous bien de concevoir l’Ascension de Jésus comme un déplacement spatial : Jésus ne s’évade pas dans les galaxies. Il est plutôt passé de l’autre côté du voile, ce voile que seul peut percer le regard de la foi. Épreuve pour la foi que ce nouveau corps que l’Esprit va lui donner et que nous appelons Église. D’une certaine façon, l’Église est ce voile qui cache et révèle à la fois. Le mouvement vertical du Christ se double d’un déplacement « horizontal », celui des disciples à la surface du globe. Ascension et envoi sont toujours liés : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Partez donc, de toutes les nations faites des disciples. »

2023-05-17T09:32:58+02:00

Édito avril 2023 > La liberté

On n’associe pas toujours de manière évidente la religion à la liberté. Pour beaucoup de personnes la religion est synonyme de contraintes, de moralisme, de carcan. Pourtant il me semble que la fête que nous nous apprêtons à célébrer au début du mois d’avril peut nous donner à comprendre que la liberté est au centre de ce que les religions nous proposent pour nous aider dans notre vie.

Dieu nous libère
La fête de Pâque est célébrée dans la religion juive et dans la religion chrétienne. Pour les juifs, elle commémore le passage du peuple hébreu à travers la mer Rouge, symbole de libération de l’esclavage imposé par les Égyptiens. Pour les chrétiens, elle célèbre la résurrection du Christ, la victoire de l’amour contre la haine, la libération de l’esclavage de la mort. Ces deux fêtes sont fondatrices et structurent la vie des croyants. La plupart des psaumes de la liturgie juive ainsi que de nombreux écrits de la Torah, et donc du Premier testament dans la Bible chrétienne, font référence à cette libération opérée par Dieu qui se montre sensible aux souffrances du peuple hébreu. Pour les chrétiens qui célèbrent tous les dimanche la résurrection du Christ, il s’agit de faire mémoire de cette victoire de la vie et de découvrir que cette Bonne Nouvelle se réalise dans leur existence actuelle. Cependant, nous avons souvent la fâcheuse habitude de retomber dans une pratique étriquée et moraliste de la religion.

Liberté et les autres
La liberté à laquelle nous sommes invités ne signifie pas que nous devons faire tout ce que nous voulons, car la liberté ne doit pas se vivre au détriment des autres. Nous avons un critère simple de jugement sur les limites de notre liberté : « Est-ce que j’accepterais que quelqu’un me fasse ce que je m’apprête à faire ? » Donc être libre ne veut pas dire faire n’importe quoi sans tenir compte de ce qui nous entoure. Cette limite est importante, car nous sommes des êtres sociaux et nous vivons continuellement en relation et en interaction les uns avec les autres. Il s’agit de vivre avec de la morale, ce qui ne veut pas dire tomber dans un moralisme culpabilisant et mortifère. Les grands tabous et interdits (le meurtre, l’inceste, le viol, le vol…) n’ont pas pour objet de nous contraindre et de nous faire du mal, au contraire, ils sont des limites qui nous sont proposées pour mettre en œuvre notre liberté avec des repères et des guides qui nous aident à vivre avec les autres.

Liberté et désirs
Une autre limite à la liberté absolue découle de la compréhension de ce que nous appelons les désirs. La liberté à laquelle Dieu nous invite est une liberté éclairée, qui a besoin de discernement pour faire la part des choses entre les pulsions et les authentiques désirs et aspirations au bonheur. Nous pouvons facilement être esclaves de nos caprices et de nos pulsions. Il arrive même bien souvent que nous nous fassions du mal et que nous mettions notre existence en péril sous prétexte de recherche de plaisir. Les cas extrêmes sont les diverses addictions et conduites à risques, mais si nous prenons du recul, nous pouvons relire notre vie, nos actions, nos choix et découvrir que nous sommes parfois passés à côté du bonheur par aveuglement et que nous avons été esclaves de nos pulsions.

Liberté et renoncement
La liberté est parfois comprise comme la possibilité de pouvoir toujours tout faire, alors qu’en réalité faire des choses implique de faire des choix, et donc de renoncer à des possibilités incompatibles entre elles. Être libre ne veut pas dire rester à la croisée des chemins et n’en choisir aucun au nom de la liberté et du refus de renoncer. S’engager est source de bonheur et demande une grande liberté, mais cela implique aussi de renoncer et donc d’accepter de ne plus être libre de tout faire. Être libre ce n’est pas faire tout ce qu’on veut, mais c’est vouloir tout ce qu’on fait.

Liberté et bonheur
La liberté envisagée comme fruit du désir de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous devrait nous donner des ailes. Cela devrait nous aider à comprendre que Dieu ne cherche pas à nous enfermer dans des projets tout ficelés et déterminés, mais qu’il n’a qu’un désir pour nous, c’est que nous soyons heureux et que nous fassions le bonheur autour de nous. La toute-puissance que nous attribuons à Dieu n’est pas une puissance de contrainte, comme celle d’un marionnettiste qui nous obligerait à faire des choses contre notre propre volonté ; c’est une puissance d’amour qui ne cesse de vouloir notre bonheur et qui nous ouvre toujours un avenir en nous disant qu’il n’est jamais trop tard pour faire les bons choix et pour devenir plus libres.

Liberté et sainteté
Les enfants de Dieu que nous sommes devraient donc être des modèles de liberté vis-à-vis des pensées dominantes et des idées reçues ; des prototypes de personnes capables de s’engager authentiquement dans des relations sans craindre de perdre quoi que ce soit ; des exemples d’individus qui se reconnaissent pêcheurs pardonnés et qui ont le désir de partager la joie de ce pardon avec tout le monde ; des gens qui sont habités par la confiance de ceux qui se savent aimés quoi qu’il arrive et sans condition, et qui n’ont donc rien à prouver ou à gagner mais tout à recevoir et à partager. Nous sommes bien loin de cet idéal, mais nous y sommes tous appelés, et le drame n’est pas d’en être loin mais de renoncer à tendre vers l’idéal. C’est une autre manière de dire que nous sommes tous appelés à la sainteté, c’est-à-dire à la liberté des enfants de Dieu !

Olivier

2023-03-15T22:03:41+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2023

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Au soir de ce premier jour de la semaine, les portes étaient fermées par peur des Juifs là où les disciples étaient réunis. Jésus vint et se tint au milieu d’eux. Il leur dit : « Soyez en paix ! » Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté, et ce fut la joie pour les disciples qui voyaient le Seigneur. Et puis il leur dit de nouveau : « Soyez en paix ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Ayant dit cela, Jésus souffla vers eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous enlèverez les péchés, ils leur seront enlevés ; quand vous les maintiendrez, ils seront maintenus ».
L’un des Douze était Thomas, surnommé le Jumeau ; il n’était pas avec eux pour cette venue de Jésus. Comme les autres lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur », il leur répondit : « Tant que je ne vois pas ses mains avec la marque des clous et que je ne mets pas le doigt dans la marque des clous ; tant que je ne mets pas la main dans son côté, je ne crois pas ».
Et voilà que de nouveau, huit jours plus tard, les disciples étaient à l’intérieur et Thomas avec eux. Alors que les portes étaient fermées, Jésus vint et se tint au milieu. Il dit : « Soyez en paix ». Ensuite il dit à Thomas : « Mets ici ton doigt, regarde mes mains. Avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de nier, et crois ! » Pour toute réponse Thomas lui dit : « Tu es mon Seigneur et mon Dieu ! » Et Jésus lui dit : « Tu m’as vu et tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. »

Le contexte
On est au soir de Pâques. Pour la première fois, Jésus ressuscité vient rencontrer ses disciples réunis au Cénacle. Ils sont tous présents sauf Judas bien sûr et… Thomas.

Six verbes importants
Jésus vient, il se tient là, il parle, il montre, il envoie, il insuffle. Avec ces verbes, il y a tout un résumé de la façon dont le Christ ressuscité vit avec ses disciples, depuis ce soir-là et jusqu’à aujourd’hui.

Venir
Tout d’abord, Jésus vient. C’est ce que fait le Fils de Dieu depuis le début, depuis que le Verbe est venu chez les siens et que les siens ne l’ont pas reçu. C’est aussi ce qu’a fait Jésus au bord du Jourdain auprès de Jean-Baptiste, quand celui-ci l’a vu venir à lui et a témoigné : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».
Venir d’auprès du Père pour manifester au monde de quel amour Dieu l’aime, tel est, depuis le début, le mouvement du Verbe fait chair. Et là, en ce soir où, dans l’Évangile, tout se concentre, voici que Jésus vient.
Comme il vient encore chaque jour, lorsque deux ou trois sont réunis en son nom. Comme il vient encore à nous, même si nos portes sont fermées, même si nos cœurs sont endurcis et nos yeux empêchés de le reconnaître, il vient.

Se tenir là
Jésus vient et se tient là, au milieu d’eux. Il se tient là comme Marie sa mère, quelques femmes et le disciple se tenaient là tout près de la croix, quand tous les autres l’avaient abandonné ou comme, le matin même, Marie de Magdala se tenait dehors, près du sépulcre, en pleurant.
Il se tient là proche et disponible aux recherches, aux espoirs et aux douleurs de son peuple comme auprès des malades de nos hôpitaux ou de nos cliniques.

Parler
Que dit-il ? « Paix à vous ». Ce ne sont pas seulement des paroles en l’air, c’est un acte, le premier que le Vivant accomplit sur ses disciples réunis, apeurés et découragés. Pour Jésus, parler, c’est agir et en prononçant ces mots, Jésus donne effectivement ce que ces mots désignent. « C’est la paix, la mienne, que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne ».

Montrer
Jésus vient, il se tient là, il parle et il montre. Mais quoi ? Jésus montre ses mains et son côté. D’abord aux disciples et ensuite à Thomas, qui nous représente tous. Jean ne parle pas des pieds, mais des mains et du côté. Vous vous souvenez que, dans le récit de la Passion de Jésus, Jean est le seul à parler du soldat qui, après la mort de Jésus, lui perça le côté : « Aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau ». Dès le début de l’Église, les premiers penseurs chrétiens ont senti dans ce texte les fondements d’une contemplation des plaies du Christ, qui se développera plus tard en dévotion en son Sacré-Cœur dont notre fondateur Jean-Joseph Allemand était adepte.

Envoyer et insuffler
Jésus vient, il se tient là, il parle, il montre, puis il envoie et il insuffle. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Pas simplement « de la même manière que », mais plus profondément « dans le prolongement de ». La mission que le Fils donne aux disciples procède de la mission que le Père a donnée au Fils. Et le lien entre ces deux missions, c’est l’Esprit Saint. « Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » ». Jésus souffla sur eux comme Dieu, au commencement du monde, avait insufflé dans le premier homme son haleine de vie. Décidément, ce soir de Pâques est une nouvelle genèse, une nouvelle naissance, une nouvelle création. L’œuvre de la Pâque se réalise.

Didier Rocca

(Je me suis largement inspiré pour ces réflexions d’une homélie de notre archevêque Jean-Marc Aveline prononcée en 2021.)

Le nom du mois : Paix
Au temps de Jésus, il existait la Pax Romana mise en place par l’empereur Auguste. Il s’agissait d’une paix imposée à tous par la peur de représailles terribles. La paix annoncée par Jésus est tout autre. Il s’agit comme souvent d’une grâce qui se manifeste à la fois en nous et vis-à-vis des autres. La paix intérieure est un des fruits de l’Esprit Saint. Elle est un bon critère de discernement qui nous permet de vérifier que nos choix, petits et grands, sont les bons.

2023-03-15T22:06:18+01:00