Spiritualité

Édito Mai 2022 > La synodalité

Depuis plus d’un an, l’Église catholique, à l’initiative du pape François, est engagée dans un grand processus de réflexion. Le sujet de ce travail est la synodalité, un mot compliqué pour exprimer l’importance d’avoir un fonctionnement qui ne soit pas pyramidal et hiérarchique, mais selon lequel tout le monde est responsable et a une égale dignité, où tout le monde marche ensemble, en communion. L’objectif affiché par le pape est de faire en sorte que la lutte contre ce que l’on appelle le cléricalisme soit le combat de tous et non pas une décision qui viendrait d’en haut, ce qui alimenterait ce qu’il désire contrecarrer. Tous les chrétiens sont donc invités à prier, à réfléchir en groupe, à poser un regard objectif, critique et bienveillant sur la manière de vivre en Église, à faire des propositions afin que l’Église assume sa mission avec plus de fidélité à l’Évangile et au Christ.

Fidélité à l’Évangile
J’ai eu la chance d’être témoin et participant de plusieurs partages autour de ces questions, et j’ai compris que cette initiative du pape était bienvenue, en particulier en France après les diverses critiques faites à l’encontre de membres de l’Église qui se sont montrés capables des pires abominations envers des enfants, des femmes ou des personnes vulnérables, qui ont été manipulés, sous emprise, blessés dans leur âme, leur esprit ou leur chair. Cette Église qui parfois se permet de rejeter et de condamner les individus en outrepassant sa mission, qui ne consiste pas à juger mais à accompagner, relever, aimer et transmettre le pardon de Dieu. Il est juste de rappeler que l’Église est constituée d’être humains faillibles et fragiles, mais nos contemporains ont raison de vouloir que l’Église soit plus fidèle à ce qu’elle a pour charge d’annoncer et de vivre, surtout s’ils ont l’impression d’être parfois regardés de haut et méprisés par une élite. Il est aussi essentiel que tous les chrétiens puissent véritablement se sentir partie prenante de l’Église qui n’est pas une hiérarchie ni une structure autosuffisante, mais un peuple, une communauté, une famille. Je crois que le rêve du pape est que personne ne puisse se sentir étranger à l’Église qui a pour vocation de rassembler toute l’humanité et qui symbolise le projet de Dieu : nous faire vivre la fraternité universelle.

La fraternité
Dans les diverses rencontres que j’ai vécues autour de cette question, la conclusion fréquente est une invitation à revenir à l’essentiel de l’attitude de Jésus Christ qui nous montre le chemin : vivre avec les autres en fraternité et avoir le souci des plus petits et des plus pauvres. Si l’Église à une mission à remplir, c’est avant tout d’être le signe de ce qu’elle propose : montrer ce qu’est le monde selon le désir de Dieu. Il s’agit d’un monde où nous sommes tous frères, capables de nous réjouir de nos différences en les considérant comme des richesses et non comme des occasions de jalousie ou de concurrence. Un monde dans lequel il n’y aurait pas d’indifférence ni de mépris, un monde dans lequel les injustices seraient révoltantes et la solidarité la norme. Dire cela peut sembler utopique et naïf, mais si l’Église n’est pas le lieu où l’on cherche à vivre cet idéal, alors elle sera une institution comme les autres, qui sera centrée sur son fonctionnement et sa survie.

L’option préférentielle 
pour les pauvres
L’autre boussole que nous sommes invités à garder comme priorité absolue, c’est ce que la tradition de l’Église appelle « l’option préférentielle pour les pauvres », qui en fait n’est pas une option mais une obligation : le Christ a fait ce choix premier de partager la vie des pauvres et de se faire proche des blessés de la vie. Comme incarnation de Dieu, il nous indique que l’Église est authentiquement fidèle à la tradition lorsqu’elle prend le même chemin. Le regard de Dieu se pose en priorité sur ceux qui ont le plus besoin d’être aimés et encouragés : on le découvre dans l’histoire de sa relation avec l’humanité, incarnée par l’élection du peuple juif et l’alliance du Seigneur qui reste fidèle à accompagner ce peuple vers plus de liberté et de paix. Pourtant l’histoire nous montre que cela n’a souvent pas été la réalité et que l’institution catholique a tourné le dos à sa mission en se compromettant avec le pouvoir et la richesse, ou, plus récemment, en ne prenant pas en compte les blessures infligées aux plus petits par des prêtres ou des religieux. Si l’Église veut rester vivante et dynamique, il lui faut être fidèle au Christ et décider de manière absolue que la priorité doit aller au souci des plus petits et des plus pauvres. Pour cela il nous faut découvrir ceux qui sont les petits et les pauvres de notre temps, ceux qui sont mal vus, rejetés, laissés pour compte, méprisés : ils ne sont les mêmes aujourd’hui que ceux du temps de Jésus. Nous pouvons rêver d’une Église qui se donnerait pour critère de discernement la priorité pour les plus petits et les plus pauvres, cela pourrait éclairer tous ses choix et ses actions.

L’Œuvre, lieu d’Église
Il me semble que l’Œuvre, lieu de vie englobant la dimension spirituelle, le vivre ensemble et l’accueil des diverses composantes du quartier, est un lieu d’expérimentation de la fraternité, fragile certes, qui a connu des échecs et qui en connaitra encore… Tout cela se travaille au quotidien, par le dialogue, le respect et la bienveillance et en relisant ce qui est vécu sous le regard de l’Évangile afin de garder la bonne inspiration et le bon cap, pour que chacun puisse se réajuster à lui-même, à Dieu, aux autres.

Olivier

2022-04-26T08:32:27+02:00

L’Évangile du mois de mai 2022

Évangile du 3e dimanche du temps pascal..

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Après cela Jésus se manifesta encore à ses disciples à la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta.
Simon-Pierre, Thomas surnommé le Jumeau, Nathanaël de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée étaient là ensemble avec deux autres disciples de Jésus. Simon-Pierre leur dit : “Je vais pêcher” ; et eux lui disent : “Nous y allons aussi avec toi.”Ils sortirent et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien. Lorsque déjà le jour se levait, Jésus se tint là sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus. Jésus les appelle : “Dites donc, les enfants, avez-vous quelque chose à manger ?” Ils lui répondent : “Rien.” Alors il leur dit : “Jetez le filet sur la droite de la barque, vous allez trouver.” Donc, ils le jettent, mais ils n’arrivent pas à le ramener tellement il est plein de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : “C’est le Seigneur.” Quand Simon-Pierre l’entend dire que c’est le Seigneur, il remet son vêtement, car il est sans rien, et il se jette à l’eau. Les autres disciples arrivent avec la barque ; de fait, ils ne sont pas loin du bord, une centaine de mètres, et ils traînent le filet avec les poissons. Quand ils sont descendus à terre, ils voient un feu de braises préparé avec du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit : “Donnez-nous donc des poissons que vous avez pris.” Simon-Pierre monte dans la barque et amène le filet sur le rivage. Il était plein de gros poissons, 153 en tout, mais avec tout ce nombre le filet ne s’était pas déchiré. Alors Jésus leur dit : “Venez donc déjeuner.” Aucun des disciples n’osait lui demander : “Qui es-tu ?” Car ils savaient bien que c’était le Seigneur. Jésus s’avança, il prit le pain et le leur donna, et de même pour les poissons..

Le contexte
Cet épisode se situe quelques jours après la résurrection du Christ. Nous ne sommes plus à Jérusalem mais au bord de la mer de Galilée, région de naissance de la plupart des douze apôtres.

Une thématique
Certains mots de cet Évangile sont très évocateurs : barque, pêche, poissons, disciples, Pierre… On pressent qu’il s’agira d’un texte qui évoque l’Église et sa mission.

À propos des disciples
Sept des douze apôtres sont ici présents, le groupe est donc incomplet. De plus, il fait nuit. L’ambiance est morose. Ces disciples sont des pêcheurs professionnels et ne ramènent aucun poisson ! Ne reconnaissons-nous pas notre Église aujourd’hui ? Pourtant, au cœur de cette nuit, au cœur de l’échec, Jésus vient les aider et permettra aux disciples de trouver du poisson en abondance. Ainsi dans la mission, Jésus nous précède toujours. Nous sommes appelés à collaborer à ce qu’il fait avec confiance et à ne pas désespérer de nous-mêmes même si parfois les fruits paraissent à priori décourageants.

Le personnage de Pierre
C’est Pierre lui-même qui décide d’aller à la pêche. Lorsque Jean s’écrie que Jésus est là, Pierre se jette à l’eau même s’il n’est pas le premier à le reconnaitre. Ensuite, Jésus retrouve Pierre près d’un « feu de braise » quelques jours après avoir été trahi pour son ami près d’un autre feu de braise. Au fond, l’évangéliste veut nous faire comprendre que le lieu de la trahison est ici, aussi le lieu de la miséricorde. Quelques versets après, Jésus confie à Pierre la mission d’être pasteur du troupeau. Que cela est beau ! Personne n’est trop loin pour Dieu. Bienheureuse trahison qui permit à Pierre de bénéficier de la miséricorde de Dieu et d’être envoyé en mission. Pierre aurait pu avoir honte de retrouver Jésus, or, il a plongé ! Un exemple à suivre.

À propos du successeur de Pierre
François est le successeur de Pierre. Il n’est rien sans les autres évêques, sans les autres chrétiens. De la même manière, que Pierre n’était rien sans Jean et les saintes femmes qui ont rencontré et reconnu le Ressuscité, lorsque Pierre est parti à la pêche, il n’est pas parti tout seul ! Tous, nous avons tous à collaborer à la mission de l’Église qui n’est pas la mission du pape mais celle du Christ. Il n’y a rien de plus beau que de se jeter à l’eau. Telle est notre mission commune.

La pêche
Elle consiste à redonner à l’autre de l’espérance, de l’aider dans sa recherche spirituelle, de lui faire connaître le Christ. La pêche consiste aussi à humaniser notre quartier, à le rendre le monde plus humain et donc plus divin. La pêche consiste à ne pas avoir peur de se prendre pour le pape dans son désir d’être proche des plus petits, des plus pauvres. Soyons un peuple de pêcheurs. Les disciples n’ont pêché que 153 poissons, il en reste encore beaucoup.

Didier Rocca

Le nombre du mois : 153

Un dessin vaut mieux qu’un long discours…
La 1re et 2e ligne en rouge forment un petit triangle de trois cailloux figurant le sommet et la pierre angulaire de l’ensemble. Les trois lignes suivantes en jaune (3 + 4 + 5 = 12) désignent les douze apôtres dépendant de la pierre angulaire et appuyés sur elle. Les 12 lignes suivantes en bleu (de 6 à 17) figurent l’Église appuyée sur les 12 apôtres, lesquels se fondent sur la pierre angulaire. Au total, 153 cailloux, lesquels sont 153 « gros poissons ».

2022-04-25T14:53:50+02:00

Édito Avril 2022 > Plus fort que la haine

La période que nous traversons est marquée par un climat international et social très violent. La guerre est à nos portes et nous fait prendre conscience que les divers conflits qui ont marqué ces dernières années, s’ils étaient géographiquement plus éloignés et que nous nous identifiions moins à ces populations qu’à celle d’Ukraine, sont le signe que l’ère de paix et de justice que nous pensions atteinte reste fragile. La violence sociale est aussi un marqueur inquiétant : il suffit d’un prétexte pour que les gens laissent exploser une brutalité qui semble disproportionnée, on l’a vu à la marge des manifestations des gilets jaunes ou lors des mouvements contre les mesures sanitaires, on le voit en Corse en ce moment. La violence reste prégnante et trop souvent une solution instinctive de gestion des conflits.

L’attitude de Jésus
La fête de Pâques que nous allons célébrer nous donne à voir une autre manière de résoudre les conflits, solution apparemment infructueuse mais qui pourtant s’attaque à la racine du mal et refuse d’utiliser les mêmes armes que celles qui sont au service de la violence. Le Christ, en souffrance sur la croix, torturé et condamné à mort alors qu’il est innocent, invoque l’amour et le pardon. Il ne prend pas les armes, n’oppose aucune haine face à ceux qui le font souffrir ou qui le trahissent. Solution qui semble inefficace à première vue, et cependant porte un fruit plus durable que la violence, qui, elle, stoppe le conflit par sidération de l’ennemi sans éteindre le feu de la violence qui couve et qui peut reprendre son inexorable office dès qu’on arrête de l’étouffer.

La force de l’amour
Les personnes qui travaillent dans les milieux violents savent bien que le meilleur moyen de lutter contre le mal à long terme, c’est de le combattre à sa source et de refuser d’utiliser toute manœuvre violente pour le maitriser. Les sociétés qui sont les plus répressives ne sont pas à l’abri de la récidive et de l’escalade de la violence, au contraire. Le régime de la peur et du punitif porte des fruits à court terme, mais en instituant l’usage de la force et de la violence dans les structures de l’État on banalise le mal et on lui donne une légitimité qui engendre son escalade. Ce que le Christ a mis en œuvre n’est pas seulement une attitude de non-violence spirituelle et idéaliste réservée aux personnes qui aspirent à la sainteté : son attitude trouve un écho dans une réflexion humaine sur la gestion des conflits et des relations humaines. En cela la foi et la raison se rencontrent et aboutissent à la même conclusion : pour combattre la haine, la seule solution, c’est l’amour. Cela semble utopique et naïf, mais ce n’est pas une raison pour ne pas y réfléchir à deux fois avant de réagir trop vite face à la violence.

L’autre doit rester 
un prochain
Nous savons d’expérience que la réaction naturelle et instinctive face à la violence est la fuite ou l’affrontement, qui l’une et l’autre entérinent la rupture de la relation. Le Christ nous invite à mettre en œuvre une troisième voie, qu’il illustre avec un exemple choquant qui nous pousse à réfléchir : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre ». En fait, il propose de continuer à faire face à l’adversaire, c’est-à-dire de ne pas fuir, mais sans entrer dans le cycle infernal de l’escalade de la violence. Il nous dit qu’il y a plus de courage et de force à ne pas répondre à la violence par la violence tout en maintenant la relation. L’autre doit rester un prochain.

Suivre le Christ
Jésus Christ a parfaitement mis en œuvre cette attitude, et nous sommes invités à mettre nos pas dans les siens. Nous sommes conscients que l’idéal qu’il a su si bien vivre est hors de notre portée, du moins si nous ne nous appuyons que sur nos propres forces. La foi nous invite à accepter humblement de recevoir de Dieu la force qui nous permettra de dépasser nos résistances, non pas pour devenir des humains supérieurs, mais pour accomplir notre humanité. Chercher à avancer sur le chemin de la sainteté, ce n’est pas autre chose que de devenir de plus en plus humain. Pour les chrétiens, l’humanité atteint sa parfaite consécration en Jésus Christ. Nous savons que nous ne serons jamais parfaits en ce monde, mais nous sommes invités à tendre vers cet accomplissement, avec l’espérance que, pas à pas, notre marche prend sens et que nous cheminons vers la mise en œuvre de notre humanité, en fidélité au projet de Dieu.

Olivier

2022-03-26T08:58:18+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2022

Lisons ensemble un extrait de l’Évangile de la Passion que nous entendrons le dimanche des Rameaux.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

C’était déjà environ la sixième heure ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira. À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste. » Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder.
Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.

Le contexte

Nous sommes à la fin du récit de la Passion. Le bon larron vient de demander à Jésus de se souvenir de lui quand il sera dans son Royaume. Jésus l’accueille et le bon larron sera au fond le premier sauvé.

Les signes qui accompagnent la mort de Jésus
Le signe des ténèbres rappelle ce que Jésus avait dit : c’est l’heure des Ténèbres en plein midi. De plus, le rideau du temple est déchiré. La séparation entre l’humain et le divin est à jamais abolie.

La mort de Jésus
Dans la bouche de Jésus un grand cri mais c’est un cri de confiance : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » Remarquons que deux paroles de Jésus encadrent le récit de son exécution : une parole de pardon au moment du crucifiement et une parole de remise de soi entre les mains du Père au moment de la mort. Père ? Jésus l’avait appelé ainsi lorsqu’à douze ans, il était venu au Temple et avait dialogué avec les docteurs de la Loi. La boucle est bouclée…

La réaction du centurion
Le centurion romain dit de Jésus que c’est un homme juste, et cela correspond exactement à l’un des traits majeurs du Christ de Luc dans le récit de la Passion, ce qui, en plus, le rapproche des croyants qui ont à vivre ce même itinéraire.

La conversion du peuple
Dans un premier temps, Luc mentionne « le peuple » qui s’était joint aux membres du tribunal religieux pour réclamer la mort de Jésus devant Pilate. Ensuite, il fait remarquer que le « peuple » observait durant la crucifixion mais sans se moquer comme les chefs. À la fin, Luc parle des « foules » qui repartent en se frappant la poitrine. Ainsi, par petites touches est soulignée les premiers fruits de la crucifixion de Jésus au profit du peuple présent lors de sa Passion.

Joseph d’Arimathie
Le récit de la mise au tombeau permet à Luc de caractériser Joseph d’Arimathie comme un homme droit et juste. Son courage le compromet en demandant à Pilate de descendre le corps de Jésus pour l’ensevelir. Après les ténèbres de midi, brillent déjà les lumières du sabbat. « Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis ». L’histoire est finie ou plutôt elle ne fait que commencer. Ces lumières nous préparent à recevoir la nouvelle incroyable de la Résurrection.

Récit d’un juste persécuté
En parlant de Juste persécuté, Luc veut faire de Jésus un exemple et un modèle à suivre. C’est ainsi que Jésus le Juste exhorte à la conversion ou que le bon larron nous apprend à prier à l’heure de notre mort. Simon de Cyrène est le type du disciple qui apprend à « porter la croix derrière Jésus ». Le récit de l’Agonie propre à Luc s’ouvre et se clôt par l’exhortation à prier…
Tout dans le récit de Luc indique que la Passion de Jésus n’est pas seulement un événement du passé. Comme lecteurs ou auditeurs, nous sommes invités à suivre et vivre ce « chemin de croix ».

Didier Rocca

Le mot du jour : Heure

Attention à l’époque, les montres, les minutes et encore moins les secondes n’avaient pas été définies. Il faudra attendre pour cela le xvie siècle. À l’époque de Jésus, la journée était divisée en douze heures de jour. La durée de ces heures variait selon les saisons et la latitude. Ainsi, l’été, les heures en journée étaient plus longues. Autour de la fête de Pâques, la 6e heure correspond à peu près à midi et la 9e heure un peu avant 15 h.

2022-03-26T09:01:05+01:00

Édito Mars 2022 > Le péché

Le temps du carême est souvent associé à la conversion et à la notion de péché. Il ne peut se réduire à cela car il est aussi un temps de joie et de retour sur soi pour que nous ne passions pas à côté de l’essentiel dans notre vie. Mais je voudrais en profiter pour insister sur l’attitude que les chrétiens peuvent avoir vis-à-vis du péché.

Pardon

Trop souvent, on parle de culpabilité judéo-chrétienne au sujet de cette notion, alors que réduire le message chrétien à du moralisme revient à le dévoyer. Il est évident que les croyants sont invités à avoir une vie bonne, et donc à lutter contre les compromis avec le mal, mais ce n’est pas l’apanage des religions que de prôner la morale et le bien-vivre ensemble. Tout système de vie collective, toute institution invite à la vie bonne, à la justice et à l’honnêteté. Donc si les religions parlent du mal, c’est avec une particularité : la notion du pardon et du relèvement après la chute. Nous découvrons cela tout au long de l’itinéraire du peuple juif accompagné par Dieu qui n’a de cesse de le remettre sur le droit chemin malgré ses égarements, ses erreurs et ses trahisons. Dans la Bible on découvre comment Dieu ne rompt jamais l’alliance alors que le peuple hébreu lui tourne le dos régulièrement et s’obstine à ne pas lui obéir. Le désir de Dieu n’est pas de punir mais de redresser, de remettre sur le droit chemin, et il passe par les prophètes pour mettre en œuvre cette relation avec le peuple élu. Le Christ aussi s’est fait proche des personnes qui étaient loin du droit chemin de la morale juive. Il a partagé leur vie, il a vécu à leur hauteur, il leur a montré que Dieu les aimait de manière inconditionnée et qu’il ne les rejetait pas. Si Jésus parle aux pécheurs et aborde souvent la question du mal, c’est pour mieux combattre le péché et libérer l’homme afin qu’il reprenne sa vie en main.

Liberté

Il peut sembler parfois que nous sommes obsédés par le mal, alors que si nous en parlons, c’est pour le combattre et parce que nous voulons que le bien, le bon et le beau l’emportent dans notre vie. Et pour cela nous devons regarder notre vie en vérité car le péché est ce qui nous défigure, ce qui empêche notre authentique visage d’apparaître au grand jour, et surtout à nos propres yeux. C’est l’écran qui nous sépare de ce que nous sommes appelés à devenir, chaque jour. Nous pouvons faire la comparaison avec le médecin qui s’intéresse aux maladies non par amour des virus, des microbes, des cancers ou des traumatismes, mais pour les combattre et parce que son objectif est de préserver ou faire recouvrer la santé. Ou encore la personne chargée du nettoyage d’un lieu : elle n’est pas passionnée par la saleté mais doit la prendre en compte pour s’en débarrasser. Il en est de même pour le péché. Si nous l’évoquons, si nous en parlons, ce n’est parce qu’il nous intéresse ou que nous en faisons une obsession, mais c’est pour le combattre et nous en libérer.

Accompagner

Sans doute devrions-nous être plus attentifs à notre manière d’évoquer ces questions sensibles. Les personnes que nous rencontrons sont parfois porteuses de fardeaux de culpabilité qui les empêchent d’avancer. Lorsque nous ajoutons du poids sur leurs épaules, nous ne les aidons pas et nous ne sommes pas fidèles au Christ. Si l’Église a un rôle à jouer pour accompagner les personnes qui traversent des périodes douloureuses, ce n’est pas en ajoutant de la culpabilité, mais en soulageant. Nous avons tous des exemples de personnes qui pensent qu’elles sont rejetées par Dieu parce qu’elle n’ont pas suivi la « bonne morale chrétienne ». Elles se sentent jugées et condamnées, alors que personne ne peut s’arroger le droit de condamner un autre individu. On peut juger des actes et des faits, mais la personne ne se réduit pas à ses actes ni à ses gestes. Jésus a critiqué des attitudes, mais il n’a jamais rejeté ou condamné quelqu’un. Si le Christ, Dieu incarné, ne l’a pas fait, comment l’Église, constituée d’hommes pécheurs, pourrait-elle se le permettre ? Elle commettrait un blasphème !

Humilité

C’est avec une immense humilité que nous devrions poser un regard sur l’existence des autres, car nous ne sommes pas meilleurs et surtout parce que nous ne sommes pas à leur place. Que savons-nous de l’itinéraire d’une personne, de son histoire, de l’enchaînement des événements qui l’ont amenée à prendre telle ou telle décision ? Dans la même situation, aurions-nous fait d’autres choix, aurions-nous évité de commettre les mêmes erreurs ? Nous ne pouvons pas le savoir, nous ne sommes pas à leur place. Et si nous regardons notre vie avec objectivité, pouvons-nous dire que nous sommes meilleurs ? Que nous avons plus de mérite que les autres ? Notre mission n’est pas de nous mettre à la place de Dieu, mais de nous mettre au service de son projet : accueillir toute personne comme une sœur ou un frère, fille et fils de Dieu comme nous, aimée de manière inconditionnée, rendue capable du meilleur parce que consciente de cet amour absolu et gracieux qui ne veut que notre bien. Puissions-nous, au long de ce carême, nous convertir à cette manière de vivre selon le désir de Dieu.

Olivier

2022-02-22T08:42:37+01:00

L’Évangile du mois de mars 2022

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole :
Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ? » Mais le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas. »

Le contexte

Luc présente son Évangile comme une longue montée de Jésus vers Jérusalem jalonnée de rencontres, de gestes qui nous permettent, à nous lecteurs, de saisir peu à peu qui il est. Au début du chapitre 13, Jésus est en dialogue au sujet de l’actualité locale du moment…

L’affaire des Galiléens

Au-delà de sa violence, ce fait divers est marquant parce que cette répression a eu lieu dans l’enceinte du Temple et le sang des victimes a été mélangé avec celui des animaux. Or, dans la tradition du judaïsme, ce qui  touche au sang est sacré et ce mélange est une profanation.

La faute à qui ?

Dans ces moments si douloureux, des questions surgissent : « Ceux à qui il arrive malheur, sont-ils plus coupables que les autres ? » ou « cette épreuve est-elle une punition ? ». La question du mal est une question cruciale pour les croyants et Jésus s’empare de ce sujet avec clarté. La faute et la souffrance ne sont pas deux notions qui sont systématiquement reliées. Un bébé qui agonise, un innocent qui meurt nous empêchent de penser ce lien absurde.

Jésus refuse d’entrer avec ses interlocuteurs dans un débat sur Dieu et le mal. En revanche, il les renvoie à l’urgence de leur propre foi. Ils n’ont qu’une vie et s’ils ne lui donnent pas du sens, elle disparaitra.

La tour de Siloé

Par la mention de cet accident, Jésus radicalise son propos. Si les Galiléens pouvaient être soupçonnés d’être de mauvais croyants, ici ce n’est pas le cas. Si Pilate est responsable du massacre dans le temple, qui est responsable de l’effondrement de la tour, sinon Dieu ?

Jésus apporte la même réponse : Si vous ne sortez pas de cette compréhension d’un Dieu qui punit les victimes du mal, vous deviendrez les victimes de votre façon de penser !

Comment actualiser ? Demande-toi, si tu savais que la vie s’arrêtait aujourd’hui, que ferais-tu ? Ce que tu ferais alors, fais-le maintenant. N’attends pas !

La parabole du figuier stérile

La stérilité du figuier renvoie au manque de conversion, au fait de rester passif devant le mal. La réaction du propriétaire n’est pas étonnante. Devant la stérilité du figuier, l’attitude la plus raisonnable est de le couper. Il se passe alors quelque chose d’inattendu. Le vigneron intercède auprès du maitre en faveur du figuier. Si le propriétaire est Dieu, le vigneron est le Christ. Il n’a pas été envoyé pour détruire mais pour soigner.Le sens de cette parabole est clair. Si nous ne portons pas de fruit, nous occupons la terre inutilement. De quels fruits s’agit-il ? L’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur et la maitrise de soi. Ce sont les fruits de l’Esprit Saint. La parabole reste inachevée car c’est au lecteur d’écrire la conclusion par sa propre vie. Il est toujours temps de se convertir, de changer radicalement de chemin pour s’ouvrir à la joie d’aimer et de partager. Dieu est patient, certainement. Pour autant, comme le dit saint Augustin :

Certes si tu te convertis demain,
Dieu t’a promis sa grâce.
Mais qui t’a promis demain ?

Didier Rocca

Le mot du jour : Figuier et vigne

Si la vigne symbolise Israël, le figuier est un arbre méditerranéen qui donne des fruits, procure de l’ombre et représente la Torah, la Loi de Dieu. Ainsi les interlocuteurs de Jésus peuvent s’identifier soit à l’un, soit à l’autre.

2022-02-22T08:44:31+01:00

Édito Février 2022 > Dieu se donne

Avant la multiplication des pains, Jésus répond à ses disciples inquiets de savoir comment nourrir la foule de plus de 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants, par la phrase : « Donnez-leur vous-même à manger ». Si on l’interprète par « débrouillez-vous », on comprend que les amis de Jésus soient démunis. D’ailleurs Jésus prend la situation en main et accomplit le miracle que l’on sait. Mais on peut aussi interpréter la formule de Jésus d’une autre manière. Peut-être veut-il dire : « Donner-leur à manger ce que vous êtes, vos personnes »… Cela peut sembler tiré par les cheveux, sauf si l’on connaît la fin des Évangiles et comment le Christ institue le repas de l’Eucharistie en disant à ses apôtres de considérer le pain et le vin du dernier repas pascal comme son corps et son sang. Jésus se donne lui-même comme nourriture. Et d’ailleurs on peut être frappé par le fait qu’à sa naissance l’enfant Jésus est déposé dans une mangeoire, préfiguration de ce repas eucharistique que nous célébrons à chaque messe : « prenez et mangez, ceci est mon corps et mon sang donnés pour vous »… Et le nom du village où Marie donne naissance à Jésus est très suggestif : Bethléem signifie « Maison du pain »…

Sacrifice / Action de grâces
Dieu désire se donner à nous, et en Jésus il nous fait comprendre qu’il n’est pas dans le registre du mérite, mais du don gratuit. Son amour est premier et n’est pas relatif à nos efforts ou à nos bonnes actions, même s’il encourage une réponse de notre part. Les chrétiens sont appelés à se convertir à cette vision révolutionnaire et loin de nos conceptions humaines du marchandage et du mérite. Car Dieu est le tout-autre, il ne fonctionne pas comme nous, il est le seul parfait, le seul saint, celui qui aime totalement, sans limite, le tout puissant en amour. Une vie d’homme ne suffit pas pour comprendre cette relation de Dieu avec l’humanité, et tant que nous n’entrons pas dans cette logique, nous faisons fausse route et nous nous trompons dans nos relations interpersonnelles et dans notre vision de Dieu. Les saints sont des femmes et des hommes qui ont entraperçu cette merveille de la gratuité de l’amour et qui ont su y répondre par une vie de partage et non pas de marchandage. En Jésus, Dieu nous fait comprendre que la notion de sacrifice est totalement inversée : ce n’est pas l’homme qui peut faire des choses pour Dieu en échange d’une récompense ou pour éviter une punition, c’est Dieu qui nous donne tout, qui se donne lui-même. La mort et la résurrection du Christ signent la fin de l’ère des sacrifices et nous ouvre à celle de l’action de grâces. Face à Dieu, l’humanité n’a rien à offrir, elle n’a qu’à recevoir et à faire fructifier l’amour reçu.

Pratique religieuse
La démarche religieuse est transformée par cette compréhension. Nos pratiques, nos prières, nos liturgies, nos actions, n’ont pas pour but de nous attirer les bonnes grâces de Dieu, comme des sacrifices offerts à la divinité. Ce sont des réponses à la bonté de Dieu qui se donne à nous, qui se communique à l’humanité en se faisant homme, qui nous nourrit de son amour. Nos pratiques religieuse sont des célébrations de l’amour reçu et accepté. La fine pointe de la pratique religieuse, le résultat ultime de l’action de l’Esprit Saint en nous, c’est de nous aider à vivre ensemble et d’être unis, c’est que nous devenions capables à notre tour de donner sans compter. Ce qui est merveilleux, c’est que ce fruit de l’amour qui transforme nos relations peut être obtenu par d’autres voies que par la voie proprement chrétienne : nous connaissons tous des personnes qui vivent avec d’autres références religieuses, parfois même sans référence religieuse, mais avec une idéologie humaniste, sociale, philosophique ou politique, et qui mettent en pratique dans leur vie interpersonnelle l’amour, l’ouverture, la fraternité, la solidarité… Signe, pour les croyants, de l’action de l’Esprit qui travaille le monde de l’intérieur et porte du fruit partout, même dans les personnes qui ne connaissent pas les messages religieux tels que nous les concevons.

Jésus Christ
En Jésus, Dieu se donne et nous donne à voir comment nous pouvons être authentiquement humains dans la réception de ce don : nous sommes filles et fils de Dieu, aimés sans condition, appelés à nous aimer les uns les autres comme des sœurs et des frères. C’est toute la complexité du mystère de Jésus : il est à la fois Dieu qui se fait connaître et nous communique sa Bonne Nouvelle, et il est tout autant l’homme accompli qui nous ouvre le chemin du véritable sens de notre existence, à savoir la fraternité. Il est normal que nous ayons du mal à comprendre la nature du Christ : il a fallu plus de sept siècle de débats au début de l’histoire de l’Église pour que les chrétiens arrivent à exprimer de manière juste et équilibrée la double nature humaine et divine en Jésus, totalement homme et totalement Dieu, consubstantiel à Dieu et consubstantiel à l’humanité pour le dire avec les « gros mots » théologiques. Et ce qui reste le plus énorme et difficile à concevoir pour nous, c’est que nous sommes nous aussi de cette double nature, humaine et divine… Lorsque nous aurons véritablement intégré les conséquences de cette réalité, alors nous atteindrons notre accomplissement, nous réaliserons ce que nous sommes : filles et fils de Dieu.

Olivier

2022-01-25T19:43:56+01:00

L’Évangile du mois de février 2022

Luc nous relate ici des paroles très connues de Jésus appelées les Béatitudes.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

Le contexte

À la différence de Matthieu, Luc nous présente le discours des béatitudes au pied de la montagne. Jésus développe ici le programme qu’il avait évoqué dans la synagogue de Nazareth au tout début de sa vie publique : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ».

Heureux les pauvres
Jésus ne dit pas qu’y a plus de bonheur dans la pauvreté que dans l’aisance, il déclare ses disciples heureux au creux de leur pauvreté, de leurs privations, de leur faim et de leurs larmes.
Les pauvres sont déclarés heureux non pas parce qu’ils seraient meilleurs que les autres mais parce que Dieu veut faire de son règne une manifestation de sa justice et de son amour pour ceux qui sont dans la détresse. Le privilège des pauvres a son fondement en Dieu et non dans leurs supposées vertus.

Heureux ceux qui ont faim ! Heureux ceux qui pleurent !
On mesure le caractère paradoxal de cette déclaration. Ici, Jésus ne fait pas l’apologie du malheur, il annonce un royaume dans lequel les derniers seront les premiers. Heureux ceux qui ont faim de relations vraies, consistantes.
Dans l’Évangile, les larmes sont proches de l’amour. Elles sont comme un baume adoucissant nos cœurs endurcis. Ces deux dernières béatitudes nous obligent. Si nous voulons être témoins du royaume, commençons par rassasier ceux qui ont faim et consoler ceux qui pleurent.

Heureux quand on vous hait…
La mention importante est « à cause du Fils de l’Homme ». Cette béatitude ne s’applique pas lorsque nous sommes méprisés à cause de notre mauvais comportement mais pour les actions qui nous ont causé du tort à cause de Jésus.
Comment être heureux lorsqu’on est détesté, exclu ou insulté ? Il n’y a pas d’explication. Si cela arrive, c’est une grâce, celle des béatitudes. On peut penser à tous ceux qui vivent le rejet à cause de leur foi.

Quel malheur…
Attention, en regard, des quatre béatitudes, il y a quatre avertissements prononcés par Jésus. Ce ne sont pas des malédictions. Jésus ne veut pas notre malheur. Il nous dit simplement qu’un certain nombre de comportements peuvent nous éloigner du bonheur qu’il veut pour nous. Ainsi, ne rien attendre des autres, être complimenté en permanence, vivre en totale indépendance conduit au malheur.

Paradoxes
Jésus manie souvent dans l’Évangile le paradoxe. Il faut mourir pour vivre… Heureux ceux qui pleurent… Cette manière de parler est bien en cohérence avec sa vie. Il meurt sur la croix par amour pour l’humanité. Il donne sa vie à ceux qui voulaient la lui retirer. C’est le langage de la croix.

Didier Rocca

Le mot du jour : Béatitudes

Les Béatitudes (du latin qui signifie, « le bonheur ») sont le nom donné à une partie du sermon sur la montagne rapporté dans l’Évangile selon Matthieu et à une partie du sermon dans la plaine de l’Évangile selon Luc (l’évangile du moins au chapitre 6, versets 20 à 23). Elles sont au nombre de huit dans l’Évangile selon Matthieu et de quatre dans l’Évangile selon Luc où elles sont suivies par quatre « malédictions ». Il existe d’autres béatitudes dans les Évangiles (Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu) ou dans des sources juives antérieures aux évangiles.

2022-01-25T19:46:23+01:00

Édito Janvier 2022 > Jésus enfant

Grâce au travail de fourmi de nos amis anciens de St-Sa qui se passionnent pour le patrimoine de l’Œuvre, nous avons retrouvé un texte qui explique que Monsieur Allemand, le fondateur de l’OJJA, a choisi de fixer la fête patronale de l’Œuvre autour de Noël, car il voulait que l’enfance du Christ soit une référence pour les jeunes. La date exacte de la célébration a évolué pour s’adapter au rythme des festivités familiales et s’est fixée sur celle de l’Épiphanie, qui permettait au plus grand nombre d’être présents pour l’occasion.

Une vie ordinaire
Les Évangiles ne s’étendent pas beaucoup sur l’enfance de Jésus. Il passe de l’état de nourrisson à celui d’adulte en quelques lignes, et hormis l’épisode de la disparition de trois jours à Jérusalem lors d’un pèlerinage avec ses parents vers sa douzième année, la jeunesse de Jésus n’est pas évoquée. L’évangéliste Luc indique simplement que Jésus « était soumis » à ses parents et qu’il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes ». On imagine que pendant les trente années de sa vie familiale et discrète à Nazareth, Jésus a reçu une éducation qui l’a marqué et qui a façonné sa personnalité. Mais Marie et Joseph restent dans une ombre très pudique. Jean-Joseph Allemand était sensible à cette dimension de la vie ordinaire : ce n’est pas en premier lieu dans les grands événements et les choses exceptionnelles que se fonde la vie spirituelle, mais sur notre capacité à vivre d’une manière extraordinaire le quotidien souvent banal de nos existences. Si le Christ a vécu quelques années d’une vie publique intense et marquante, relatée dans les Évangiles, les trente premières et discrètes années de sa vie n’en sont pas moins fondamentales. On sait bien que notre manière d’être adulte est enracinée dans ce que nous avons vécu avec nos parents et nos éducateurs, même si nous n’en sommes pas conscients. Nous en retenons le meilleur, nous essayons de ne pas reproduire ce qui n’a pas été positif, parfois nous prenons le contre-pied, ou au contraire nous mettons nos pas dans ceux de nos modèles… Mais que nous le voulions ou pas, nous sommes influencés par ce que nous avons vécu dans notre enfance et notre jeunesse.

Humilité
La manière d’être de Jésus a donc été marquée par ce qu’il a reçu de ses parents et son message a été nourri de cette expérience fondatrice, tout autant que par l’inspiration divine en lui. Pour le dire de manière plus précise, c’est parce que Marie et Joseph ont acquiescé au projet de Dieu pour leur enfant qu’ils ont été capables d’être ses messagers et d’accompagner la croissance de Jésus de la manière que Dieu voulait… Leur propre humilité et leur discrétion ont sans doute beaucoup influencé la manière d’être de Jésus qui n’a pas cherché la gloriole ni les reconnaissances. L’humilité est un des principes fondamentaux sur lequel Jean-Joseph Allemand insistait beaucoup : non pas la fausse modestie mais la capacité à trouver sa juste place, à ne pas être dans le registre de la concurrence avec les autres, à préférer la profondeur du service gratuit et discret à la renommée et à ses artifices, à savoir reconnaître ses talents et les faire fructifier sans comparatisme.

Fragilité et dépendance
L’autre leçon que nous pouvons retenir de ce choix de Dieu de s’incarner et de se faire petit enfant, c’est qu’il se révèle dans la dépendance et la fragilité. Nous sommes loin des images d’un Dieu puissant, fort, redoutable… Le visage que Dieu nous montre en Jésus, c’est celui de la confiance de l’enfant qui a besoin de ses parents pour être en sécurité, pour survivre, pour grandir, pour s’épanouir. La seule chose que le petit enfant peut donner à ses parents, c’est son amour fragile et confiant. C’est dans cette gratuité que réside sa capacité à rendre ses parents capables de prendre cette vertigineuse responsabilité d’avoir donné naissance à un être nouveau et de le faire grandir.

Joie et sincérité
Une autre caractéristique de l’enfance, c’est la capacité à savoir s’émerveiller et à être dans la joie. L’enfant se contente de choses simples et sait se suffire de peu pour être heureux. Sa joie est communicative et profonde. Il n’a pas besoin des chimères et des plaisirs artificiels, mais il sait goûter au véritable sens de la vie et s’extasier devant les belles choses et les mystères de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Nous sommes invités à retrouver une âme d’enfant. Il ne s’agit pas d’être irresponsable, de ne pas assumer nos actes ou de ne pas être capable de nous engager, mais il s’agit de revenir à l’essentiel pour profiter pleinement de la vie. Enfin l’enfant ne fait pas semblant et n’est pas dans la dissimulation. Ce qu’il ressent, il l’exprime : la tristesse ou la joie, la peur ou la colère, la tendresse ou le dégoût. Quand nous devenons adultes nous perdons cette capacité à exprimer nos sentiments avec confiance, alors qu’il y aurait parfois quelque chose de cette transparence à retrouver dans nos comportements d’adultes, si loin, souvent, de ce que nous sommes vraiment. Face à Dieu, nous ne pouvons pas nous cacher derrière un masque ou un personnage, nous sommes tels que nous sommes… Dieu s’est fait enfant pour que comprenions que nous sommes ses fils et ses filles.

Olivier

2022-01-15T11:22:37+01:00

L’Évangile du mois de janvier 2022

C’est l’Épiphanie la fête de l’Œuvre !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode ; alors, des pays de l’Orient, des mages arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus pour lui rendre hommage »
Quand le roi Hérode l’apprit, il en eut un choc, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et ceux qui enseignaient la religion au peuple, car il voulait leur faire préciser où devait naître le Christ. Ils lui firent cette réponse : « C’est à Bethléem de Juda. Car il est écrit dans le livre du prophète : Toi, Bethléem en Juda, tu n’es pas le dernier des chefs-lieux de Juda, car c’est de toi que sortira le chef, le pasteur de mon peuple Israël ». Alors Hérode convoqua les mages en secret et leur fit préciser le moment où l’étoile leur était apparue. Il les mit sur le chemin de Bethléem et leur dit : « Allez là-bas et tâchez de bien vous informer sur cet enfant. Si vous le trouvez, vous me le direz, et moi aussi j’irai lui rendre hommage ».
Après cette entrevue avec le roi ils se mirent en route, et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les conduisait. Finalement elle s’arrêta au dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Revoir l’étoile fut pour eux une grande joie ; ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère et ils se prosternèrent pour l’adorer. Ils ouvrirent alors leurs coffres et lui firent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ils reçurent alors un avertissement au moyen d’un rêve : ils ne devaient pas revoir Hérode. Ils repartirent donc vers leur pays par un autre chemin.

Le contexte

Jésus vient de naître. Après la joie de la naissance dans le village de Bethléem et l’accueil de ce petit enfant par des bergers, c’est au tour des mages, ces savants venus d’Orient de venir se recueillir devant lui. Matthieu, dans ce passage au-delà de l’histoire déjà très belle des mages suivant une étoile pour arriver à Bethléem, veut répondre à deux questions au sujet de Jésus : Qui est-il ? Pour qui vient-il ?

Qui est-il ?

Que nous dit-on de Jésus dans ce récit ? C’est le roi des juifs, expression qui sera inscrite sur la croix. On nous parle de chef, de pasteur. Mais c’est l’attitude des mages qui est significative, ils sont venus l’adorer. Il ne s’agit pas d’un futur chef de guerre ou d’un sage comme l’Orient les aime. Il s’agit de Dieu lui-même. Les cadeaux offerts nous aident à mieux comprendre : L’or parce qu’il sera Roi au sens de serviteur, l’encens parce que de nature divine et la myrrhe pour annoncer qu’il sera le Sauveur en donnant sa vie pour l’humanité.

Pour qui vient-il ? 

Avec sous-entendue cette conviction qu’il est bien normal que chaque peuple ait son Dieu, et donc que Jésus vienne pour les juifs seulement puisqu’il est l’un d’eux. Pourtant, cette logique est contrariée là encore par la présence des mages qui représentent l’ensemble des nations païennes. Le Christ est venu pour tous, il ne sera pas le leader, le gourou d’un peuple particulier. Matthieu l’annonce : Jésus est Dieu fait homme pour le monde entier. 

La joie

Le thème de la joie est aussi très marquant. Il ne s’agit pas simplement d’être content lorsqu’on reçoit un compliment ou que l’on est félicité. La joie éprouvée par les mages (qui n’étaient ni trois, ni rois) les a bouleversés comme dans ces rencontres inoubliables qui nous marquent pour toute la vie. La joie est un critère simple pour réaliser la présence de Dieu en soi, en l’autre, dans le dialogue entre les deux.

Choisis ton roi

Enfin, Hérode représente l’anti-Jésus. Menteur, manipulateur, Hérode n’est pas le roi que le monde attend. Lui passera mais il laissera la place à Jésus qui lui règne encore aujourd’hui. Les mages l’ont bien compris et repartent chez eux par « un autre chemin » sans le prévenir.

Pour actualiser

Cet Évangile dessine l’itinéraire de tout croyant à la recherche de Dieu : La curiosité d’abord (on scrute le Ciel pour y trouver une étoile), la mise en route, la ténacité (on ne change pas d’étoile en route), le passage par les Écritures (on se soumet à une Tradition, une Histoire), la rencontre avec Dieu dans un acte d’adoration puis le retour dans sa vie ordinaire par un autre chemin.

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Didier Rocca

Le mot du jour : myrrhe

La myrrhe était un ingrédient de l’huile d’onction sacrée. On s’en servait pour parfumer les vêtements ou les lits, et elle entrait dans la fabrication d’huiles de massage ou de lotions pour la peau. On utilisait aussi la myrrhe pour préparer les corps avant leur enterrement.

2021-12-17T14:43:33+01:00