Spiritualité

Édito Mars 2023 > La conversion

Le temps du carême qui nous prépare à célébrer les fêtes de Pâques est un moment fort de conversion personnelle, fraternelle et spirituelle. Je vous propose de réfléchir ensemble à cette notion de conversion et de découvrir à frais nouveaux comment les chrétiens sont invités à la vivre.

Un effort surhumain
Une conception très répandue est de penser que la conversion consiste à faire des efforts, parfois surhumains ou contre-nature, pour atteindre Dieu, comme s’il nous fallait gravir une immense montagne et faire de l’escalade dans des conditions extrêmes. L’objectif serait impossible à atteindre, mais il nous faudrait quand même nous donner du mal pour essayer d’aller le plus haut possible. Nous devrions mettre toutes nos forces et nos capacités à faire des efforts énormes, avec un sentiment de culpabilité immense devant nos échecs et notre impossibilité à atteindre l’objectif. Nous ne pourrions que nous sentir nuls et médiocres aux yeux de Dieu qui nous regarderait du haut de sa puissance comme des incapables. Certains parmi nous arriveraient à grimper plus haut que d’autres, ils seraient des héros, des modèles, mais ils seraient tellement exceptionnels et leurs sacrifices tellement grands, que nous ne pourrions qu’en ressentir encore plus de déception quant à notre incapacité à faire aussi bien qu’eux. Dans cette conception, le résultat est la culpabilité et le sentiment d’infériorité.

Un retournement
Une conception qui me semble mieux correspondre à ce que Jésus nous révèle du désir de Dieu serait plutôt une invitation faite à l’homme qui avance dans son existence de se retourner et de découvrir que Dieu est juste là, derrière lui, un peu en retrait, mais tout proche et qu’il ne désire qu’une chose, c’est que l’homme se retourne vers lui et oriente sa marche dans la direction qu’il lui propose. Dans cette conception, c’est Dieu qui s’engage dans une relation avec l’humanité, il fait le premier pas, il nous rejoint là nous sommes, là où nous en sommes, et il nous invite à nous engager dans cette relation. Il vient à notre rencontre, et respecte notre liberté. Si nous désirons le suivre, si nous comprenons que la direction qu’il nous invite à prendre est la meilleure pour nous et qu’elle nous permettra d’avoir une vie qui a du sens, et d’être heureux, alors nous deviendrons capables de cheminer avec lui, traçant une nouvelle route, peut-être sinueuse et difficile, mais pleine de sens. Selon cette manière de concevoir la conversion, on comprend qu’elle n’est pas d’abord un effort pour atteindre Dieu qui serait loin de nous, mais un retournement pour accueillir Dieu qui vient à notre rencontre.

Une vie de carême : se retourner…
Les quarante jours que dure le carême nous donnent l’occasion de mettre en œuvre de manière plus radicale ce que notre vie de chrétien devrait être en permanence : retournement sur notre manière de vivre, sur nos priorités et sur ce qui peut-être nous empêche d’être libres. Cela s’exprime par le terme de « jeûne » ou de « pénitence », qu’il faut comprendre comme un moyen pour se purifier de ce qui nous fait du mal et pour nous orienter vers une vie plus simple, plus unifiée et plus juste. On pourrait dire ce que c’est une invitation à se donner de la peine pour se faire du bien, comme un temps de « détox » pour utiliser un mot à la mode. Le carême est aussi un temps de retournement vers les autres, en essayant d’être plus attentifs aux situations de malheurs et d’injustices qui nous entourent, et desquelles nous pouvons parfois nous rendre complices. On appelle cela le partage, la solidarité, l’aumône. C’est la raison qui explique que le carême souvent est l’occasion d’actions d’entraide et de solidarité. Le troisième retournement proposé durant le temps du carême est plus spirituel : le retournement vers Dieu. En donnant un peu plus de temps à la prière, à la lecture de la Bible, à la célébration des sacrements, nous prenons le moyen de nous rendre compte de la présence de Dieu auprès de nous, nous entrons en relation avec lui et nous pouvons vivre la pratique religieuse comme le double mouvement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

Chemin de sainteté
Par le baptême, nous sommes tous appelés à la sainteté. Comme pour la conversion, nous avons besoin de transformer notre manière de concevoir ce que la sainteté représente pour nous. Si c’est un chemin de perfection qu’il faut emprunter en vue d’un idéal à atteindre par nos propres forces, alors là encore nous risquons de trébucher sur l’écueil de la culpabilité et du moralisme. La sainteté telle que le Christ nous la présente est plutôt l’ouverture à une alliance avec lui. Il nous aime gracieusement, il fait le premier pas, et nous invite à entrer dans cette relation d’amour avec une promesse de sa part : « Tu ne seras pas seul sur ta route, je t’aiderai à donner le meilleur de toi-même et je t’accompagnerai dans les épreuves et les difficultés pour que tu poursuives ton chemin ». Les saintes et les saints qui nous sont donnés comme exemples ne sont pas des femmes et des hommes désincarnés et héroïques, ce sont des personnes normales qui ont entendu cette promesse de Dieu et qui ont décidé d’y répondre, avec ce qu’elles étaient. Les saints nous montrent que c’est possible de dire « oui » à Dieu.

Olivier

2023-02-08T08:51:49+01:00

L’Évangile du mois de mars 2023

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

Le contexte

Matthieu propose cet épisode de la Transfiguration en plein cœur de son Évangile, juste après la confession de foi de Pierre, l’annonce de sa mort et la forte incompréhension de Pierre. Que s’y passe-t-il ? Jésus gravit une montagne, pour une rencontre avec son Père. Il n’est pas seul puisque cinq autres personnes sont avec lui : les trois disciples Pierre, Jacques et Jean qui seront à côtés à Gethsémani, mais aussi les deux grands prophètes de l’Ancien Testament, Moïse et Elie.

Six jours…
Jésus prend donc avec lui trois de ses plus proches compagnons et les invite à monter sur une montagne.
Six jours ? Cette indication de temps est suggestive. C’est le temps qui sépare, dans la liturgie juive, le Yom Kippour, appelé aussi le jour du grand pardon, de la Fête des Tentes (voir mot du mois). Ainsi, durant une semaine, la communauté vit sous des tentes, comme au désert, pour exprimer cette attente d’une nouvelle manifestation de Dieu et de la venue du Messie. Un peu comme les chrétiens durant le temps de l’Avent. Ce n’est pas un hasard. Matthieu évoque explicitement les tentes lorsqu’il fait dire à Pierre : « Je vais dresser ici trois tentes… »

Chacun sa montagne
L’indication de la montée de Jésus sur une montagne est tout aussi intéressante. Attention, n’imaginons pas le Mont-Blanc ou un haut sommet enneigé mais plutôt une colline. Remarquons que les deux figures de l’Ancien Testament, Moïse et Elie renvoient chacun à une montagne, toutes deux bien connues. Moïse est monté au Sinaï où la Loi fut donnée ; Élie est allé sur la montagne de l’Horeb où Dieu s’est manifesté non pas dans le tonnerre mais dans une brise légère ! Sur la montagne, Dieu se révèle. Que va-t-il dire ?

Une reprise du baptême
« Celui-ci est mon fils bien-aimé ». Cette parole divine, nous l’avons déjà entendue au moment du baptême de Jésus par Jean. C’était au début de l’Évangile. Une mention est rajoutée ici : « Écoutez-le ». Notre pédagogue divin insiste sur l’écoute, précisément parce que ce n’est pas le fort des disciples, et nous sommes probablement aussi dans ce cas-là. L’écoute est synonyme d’obéissance, cela ne renvoie pas à un quelconque problème d’audition. Rappelons-nous qu’écouter Jésus, c’est tout simplement faire partie de ses disciples.

La transfiguration nous parle de Pâques
Une nouvelle fois, un épisode de l’Évangile évoque Pâques. Ainsi lorsque Jésus s’approche des disciples qui sont tombés « la face contre terre », il les touche et leur dit : « (R)éveillez-vous ». Puis, à la fin, Jésus leur demande de ne « parler à personne de cette vision avant que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts ». Éveillé, ressuscité, réveillé, ces verbes en français renvoient au mystère vécu à Pâques.

En descendant
Nous pouvons imaginer le trouble, l’incompréhension ressentis par les trois disciples. Qu’ont-ils compris de ce son et lumière ? Comme souvent, il faut du temps pour analyser, décrypter les moments spirituels forts d’une existence. Il leur faudra attendre la Passion de leur maître. C’est ainsi que leur reviendra à l’esprit les événements du Thabor (montagne de la transfiguration) durant lesquels le Père leur aura donné les clés de compréhension du ministère et de l’identité de Jésus. Ainsi, après Pâques, ils comprendront que l’Amour du Père a été le plus fort que la mort et qu’ils en avaient eu une preuve par avance.

Pour actualiser
Cette page d’Évangile nous oriente vers Pâques en nous recentrant sur l’essentiel : écouter le Fils bien-aimé du Père. Ah, si nous pouvions devenir de véritables écoutants, à l’écoute de Dieu, de sa Parole et des autres afin d’y déceler les conseils de notre divin maître ! Ah, si nous pouvions à l’occasion de ce temps de carême nous rafraîchir la mémoire afin que reviennent à notre esprit ces épisodes fondateurs qui nous ont permis de dire : Oui, j’y crois. Il m’a parlé, j’ai compris quelque chose de sa grandeur, de sa bonté… Ah, si nous pouvions devenir ou redevenir de véritables pèlerins. La tentation est si grande de faire comme Pierre qui voulait rester là avec son Jésus. Que ce soit pour les autres disciples ou pour nous-mêmes, Jésus nous attend dans notre Galilée, dans notre lieu de mission où déjà il nous précède. Jésus lui-même est descendu de la montagne, alors pourquoi voudrions-nous rester là-haut ?
Didier Rocca

Didier Rocca

Le nom du mois : La fête des tentes
La fête des tentes ou en hébreu la fête de Souccot est l’une des trois fêtes de pèlerinage prescrites par la Torah, au cours de laquelle on célèbre dans la joie l’assistance divine reçue par les enfants d’Israël lors de l’Exode et la récolte qui marque la fin du cycle agricole annuel. Elle est fêtée aux mois de septembre ou octobre et dure une semaine.

2023-02-08T08:54:27+01:00

Édito Février 2023 > Jésus, le message

À l’occasion d’une discussion pendant une messe du camp des aînés à Larche fin décembre, nous avons réfléchi à l’identité du Christ. Sujet complexe et mystérieux. Est-il un prophète, un surhomme, un modèle, un messager, le Messie, le Fils de Dieu, Dieu lui-même ? Nous avons résumé le fruit de notre partage avec une formule inédite pour nous, et qui nous a parue bien parlante : Jésus n’est pas un messager, il est le message. Cette manière de dire rejoint et réactualise des formulations traditionnelles : « Le Verbe s’est fait chair » ou « Dieu s’est fait homme ».

Plus qu’un messager
Jésus, dans la foi chrétienne, n’est pas un simple prophète, fut-il le plus grand. Il ne se contente pas d’annoncer la Bonne Nouvelle et de prêcher la parole de Dieu, il l’incarne ! Il n’est pas un messager, mais il est en lui-même le message. Non seulement par ses paroles, mais aussi par ses gestes, ses attitudes, sa vie tout entière. Il nous donne à voir et à comprendre ce que Dieu veut dire à l’humanité, ce que Dieu veut vivre avec l’humanité. Lorsque nous découvrons la vie de Jésus, ses paroles et ses gestes, nous contemplons Dieu qui agit. Il y a des religions pour lesquelles Dieu se révèle par des écritures ; pour les chrétiens, c’est en Jésus qu’il se fait connaître. Il s’auto-révèle en Jésus.

Le message incarné
Jésus assume les missions de prêtre, de prophète et de roi, dans le sens où il est celui qui célèbre la relation des hommes avec Dieu par la prière, les sacrifices et les sacrements, ce qui relève du rôle du prêtre ; de même il est prophète par l’acclamation qu’il fait de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu offert à tous les hommes, par l’annonce du salut et de la résurrection pour chacun, par l’appel à la conversion du cœur de l’homme vers l’amour de Dieu ; et comme roi, il est celui qui s’engage concrètement à lutter pour la justice, contre ce qui défigure l’homme et l’empêche d’être libre. Mais il est plus que celui qui accomplit parfaitement les fonctions de célébration, de prédication et de service, il est véritablement Dieu qui s’identifie à nous, qui nous montre ce que nous sommes réellement pour lui : des filles et des fils qu’il aime et sur lesquels il s’appuie pour que son royaume d’amour se réalise.

Notre mission
Si Jésus est le message, il nous invite à découvrir qu’à notre tour nous pouvons être non seulement des prêtres, des prophètes et des rois à sa manière, mais que nous sommes aussi appelés à incarner le message, à être à notre tour le message de Dieu par notre manière de vivre et de nous engager au service du bien commun. Cette compréhension est vertigineuse et pourtant bien fidèle au désir de Dieu. Ce n’est pas de la prétention, c’est notre vocation… Cet appel n’est pas réservé à une élite mais nous concerne tous, quelles que soient nos cultures, nos origines, nos histoires, nos sensibilités… Nous sommes tous appelés à devenir message de Dieu. Pour ne pas nous décourager, nous pouvons comprendre que cet appel n’est pas seulement individuel, mais qu’il est aussi collectif. C’est en communion les uns avec les autres, en communauté, en Église, que nous pouvons former ce corps de Dieu qui agit au cœur du monde. Ce qui est remarquable dans cette histoire, c’est de découvrir que Jésus, lors de son passage sur terre comme homme historique, a mis cela en œuvre en choisissant pour l’accompagner des hommes et des femmes ordinaires, des personnes qui n’étaient pas parfaites et qui ont eu leur lot d’égarements, d’erreurs et de péchés. C’est précisément parce qu’ils se sont découverts pécheurs pardonnés, qu’ils ont pu accomplir des choses extraordinaires et assumer la mission que Jésus leur avait confiée : annoncer le pardon et l’amour de Dieu.

Notre vocation
Il nous revient de découvrir quelle sera notre manière d’incarner le message de Dieu. C’est ce que l’on appelle la vocation : le chemin propre à chacun et qui sera notre façon de vivre en harmonie avec la Bonne Nouvelle proclamée par Jésus. Il n’y a pas de vocation idéale ou supérieure aux autres, le but étant que chacun découvre la sienne et s’y engage pour faire grandir le royaume de Dieu. Chemin de liberté et de bonheur, chemin de partage et de joie, chemin exigeant et parfois difficile, mais chemin qui donne sens à la vie. Une des grandes missions de l’Œuvre est d’accompagner les jeunes dans cette découverte de leur vocation. En donnant aux jeunes le goût de l’accueil, de l’engagement, du partage, de la fraternité, de la fidélité, de l’ouverture, nous leur permettons d’expérimenter et de découvrir la joie du don de soi et du dépassement. Dans un contexte de sollicitations et d’angoisses multiples, les jeunes ont du mal à faire la part des choses et sont parfois tentés par les mensonges d’un mode de vie centré sur la consommation et les relations virtuelles. Nous croyons que le message de Dieu révélé en Jésus Christ est une réponse aux défis de notre monde et qu’il est étonnamment plein d’actualité pour trouver des repères en ces temps de grands bouleversements.

Olivier

2023-01-19T16:23:00+01:00

L’Évangile du mois de février 2023

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, 
car votre récompense est grande dans les cieux.

Le contexte

Ce texte des Béatitudes ouvre le premier discours de Jésus appelé « le discours sur la montagne ». Ce n’est pas un enregistrement exact des paroles de Jésus, mais plutôt une œuvre littéraire reprenant quelques-unes de ses paroles fortes.

Pourquoi parler des Béatitudes ?
L’adjectif « heureux » (en latin béatus) est répété neuf fois dans ce passage. C’est le mot clé du texte. 
Une béatitude évoque ici un cri de joie pour annoncer un message paradoxal puisque le bonheur est dans le manque, dans le besoin de justice, de paix, de consolation. Les béatitudes dressent le portrait du disciple, avec bien évidemment celui de Jésus en filigrane. Doux, pauvre, artisan de paix, Jésus porte en lui toutes ces qualités. 
Regardons cela de plus près…
Heureux vous les pauvres
Attention, ne nous trompons pas, ce qui rend heureux, c’est d’obtenir le royaume des Cieux, ce n’est pas d’être pauvre. Par ailleurs, ceux qui obtiennent le royaume des Cieux, ce sont justement ceux qui ont une âme de pauvre. On peut donc entendre la Béatitude de la manière suivante : « Heureux êtes-vous d’obtenir le Royaume des Cieux, vous qui avez une âme de pauvre, vous qui avez un cœur de pauvre ». Cette béatitude, comme toutes les autres d’ailleurs, se rapporte particulièrement à Jésus ; Il ne possède rien, il meurt nu sur la croix. Jésus est vraiment le pauvre tout au long de l’Évangile.
Heureux les doux
Jésus lui-même dit à ses disciples : « Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur ». La douceur, l’humilité est une vertu essentielle pour qui veut recevoir de Dieu et des autres.
Heureux êtes-vous d’être consolés vous qui pleurez.
La consolation, on la retrouve dans le choix que fait Jésus de résider à Capharnaüm lorsqu’il est en Galilée. Le nom de ce bourg signifie « village de la consolation ». Ainsi, Jésus s’installe à Capharnaüm pour être dans ce lieu carrefour où il va rencontrer beaucoup de gens, et qui aussi est le lieu de résidence de Pierre. Il s’y installe pour consoler. Il est le Consolateur par excellence.
Heureux les miséricordieux
Si on restait fidèle au texte grec, on pourrait presque dire « Heureux êtes-vous d’être miséricordiés vous qui avez fait miséricorde ». À plusieurs reprises, on voit que Jésus fait miséricorde parce qu’il a pitié, ce mouvement qui vient du plus profond des entrailles et qui n’a rien à voir avec de la condescendance.
Heureux les cœurs purs
Qu’est-ce que c’est qu’un cœur pur ? C’est un cœur unifié, c’est-à-dire un cœur qui suit son chemin et qui n’est pas, au contraire, dans l’errance, dans le papillonnage. Un cœur qui ne sait pas où il va, qui va dans tous les sens serait un cœur divisé. Le cœur pur c’est un cœur qui suit une voie, un chemin.
Heureux vous qui avez œuvré pour la paix.
Et la paix c’est aussi une des œuvres de Jésus, non seulement lorsqu’il guérit, lorsqu’il enseigne, qu’il pacifie les cœurs, mais aussi vis-à-vis de la nature, on nous raconte qu’il apaise même la mer, le vent.

La dernière béatitude reprend la notion de justice. En insistant sur le « à cause de moi », Jésus s’identifie à la justice et se signale donc comme le juste par excellence.

Didier Rocca

Le nom du mois : justice
La justice est le style de vie qui ajuste l’être humain à la volonté de Dieu. Être juste ce n’est pas faire juste mais c’est plutôt s’ajuster. C’est de cela dont Jésus parle dans l’expression « faim et soif de justice ».

2023-01-19T16:28:15+01:00

Édito Janvier 2023 > Jésus, un migrant

La sculpture reproduite ici a été installée sur la place St-Pierre à Rome à la demande du pape François, touché par ce symbole de la misère des rescapés de la migration, qui nous rappelle aussi le nombre immense de celles et ceux qui n’ont pas survécu aux dangers de ces traversées risquées. C’est une invitation à ne pas détourner le regard et à ne pas oublier toutes les personnes qui sont dans des situations de grand danger et d’extrême pauvreté, qui fuient leur pays, non par facilité mais pour survivre, acculées par un contexte insupportable… Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on quitte tout, au péril de sa vie, en acceptant des conditions d’exil inhumaines. Quelle désolation de constater comment ces personnes sont rejetées dans les pays qu’ils ont espéré devenir un refuge…

Dieu se fait pauvre
Pour les chrétiens, il est important de comprendre que Dieu ne se contente pas de prendre soin des plus petits ; avec Jésus il va encore plus loin. Non seulement il se fait proche d’eux mais il se fait l’un d’eux. Nous l’avons célébré à Noël : Dieu se fait homme dans des conditions d’extrême pauvreté et de grande précarité. Tout au long de sa vie publique, Jésus a vécu comme un vagabond, il a partagé la vie des pauvres et des petits, il a été associé à la part de la population la plus méprisée, et il a été condamné à subir le supplice réservé aux pires criminels de son temps. La victoire du Christ contre la mort, le mal suprême, est donc celle de tous les pauvres et de tous les petits. C’est aussi la nôtre, car, si nous nous regardons de manière objective, nous pouvons découvrir que nous sommes aussi des pauvres et des petits, même si nos misères sont plus cachées.

Rencontrer Dieu 
dans les pauvres
Pour les chrétiens, les plus pauvres et les plus petits ne sont pas seulement les sujets d’une attention charitable particulière, mais ils sont pour nous la figure même du Christ qui nous montre le visage de Dieu. En allant à la rencontre des plus petits, les chrétiens vont à la rencontre de Dieu. Les pauvres sont l’incarnation de Dieu. Cette compréhension devrait être pour nous une révolution, au sens fort du terme : une conversion totale de notre regard sur Dieu et sur les hommes. Cela devrait transformer toutes nos interactions humaines, nos conceptions de la société, de la justice, de la collectivité. Nos fonctionnements politiques, professionnels, judiciaires, économiques seraient totalement différents. Nous sortirions des rapports de force qui polluent nos manières de vivre ensemble. Nous arriverions naturellement à trouver des solutions aux problèmes environnementaux, écologiques et sociaux actuels qui traumatisent notre monde. Nous saurions faire les efforts nécessaires pour plus de justice, d’égalité, de sobriété et de fraternité.

Dieu est présent dans chacune de nos vies
Cette Bonne Nouvelle est à la portée de tous, mais il y a encore énormément de résistances en nous. Nous pouvons comprendre la révolution du message de l’Évangile, et pourtant nous n’arrivons pas encore à la mettre en pratique. Il y a un combat qui se joue en nous, ainsi que dans nos structures humaines et ecclésiales. Personne n’est épargné par cette difficulté à incarner l’amour de Dieu. Heureusement, pour mener ce combat, nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes. Dieu est présent dans chacune de nos vies, quelles que soient nos cultures, nos histoires, nos conditions de vie, il veut se donner à tous. C’est bien le symbole de la grande fête de l’Épiphanie si chère à notre Œuvre et dont le tableau placé au chœur de la chapelle illustre le message. Autour de Jésus et de ses parents est rassemblée l’humanité tout entière : les pauvres, les étrangers, les ennemis, les riches, les soldats… Et pour chacune et chacun d’entre nous cela veut dire que Dieu vient nous rencontrer au cœur de nos pauvretés, non pour nous condamner mais pour nous rétablir dans une juste relation d’amour avec lui.

Olivier

2022-12-12T14:29:22+01:00

L’Évangile du mois de janvier 2023

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :  « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. ».

Le contexte
Nous lisons un extrait du sermon sur la montagne qui est un peu le discours-programme de Jésus au début de l’Évangile de Matthieu. Jésus aborde ici un sujet ô combien d’actualité, celui de la réaction à avoir en cas de conflit.

Vous avez appris… 
Moi, je vous dis…
Jésus semble se situer en contradiction avec les paroles de l’Ancien Testament. Il risque une parole personnelle qui témoigne de sa pleine liberté. En fait, il ne se place pas en opposition avec sa foi juive et la Loi qu’il pratique mais ses paroles sur l’amour des ennemis visent au plein accomplissement de la Loi.
Tu veux vraiment accomplir la Loi juive, tu veux véritablement respecter ce que Dieu te demande, alors n’en reste pas à une observance scrupuleuse qui est un cadre nécessaire mais fais un pas de plus : Aime ton ennemi. Ce pas de plus, est celui que Jésus a fait durant sa vie.

Aimer son ennemi,
pourquoi cela vient-il si tard ?
Dieu est un bon pédagogue. De la même manière qu’une maman ne va pas donner à son enfant une nourriture solide dès la naissance de son petit, Dieu nous propose un enseignement progressif. D’abord, la loi du talion (voir mot du jour) puis la loi de l’amour total. Il aurait été inimaginable que Dieu exige cela de l’être humain dès le début, la société n’aurait pas été prête à accueillir cela. Dieu s’est adapté à la culture dans laquelle il s’est rendu présent pour progressivement nous amener plus loin.
Tendre la joue, aimer son ennemi, serait-ce possible ?
Jésus de façon provocatrice nous invite à casser la logique du mal. Je te fais mal, tu me fais mal, on se fait la guerre… À un moment, il faut bien qu’un processus de paix voit le jour, c’est cela tendre l’autre joue. Et en pratique, cela marche ; regardez Gandhi en Inde ou Martin Luther King aux États-Unis.
Tu m’as fait (du) mal mais je ne veux pas que cela continue. Alors, j’accepte de ne pas te le rendre pour que cette situation cesse. Même si, par conséquent, je dois vivre une forme d’humiliation. Que ce soit dans nos familles, entre des pays, la paix est à ce prix.

Les paroles de Jésus t’agaceraient-elles ?
Bien évidemment, ce type de paroles peuvent nous agacer. D’abord, parce qu’on se sent si loin de cet idéal évangélique et, en même temps, on sait bien que si tout le monde agissait de la sorte, nous vivrions dans la paix et l’amour. Nous savons ce qu’il faut faire mais nous ne le faisons pas parce que nous attendons que l’autre fasse le premier pas. En fait, c’est cela qui est agaçant. Jésus appuie là où cela fait mal. Incapables de pardonner, nous nous faisons du mal. Dommage !

Attention !
La crise des crimes, délits et abus dans l’Église nécessite que nous comprenions bien les paroles de Jésus. La justice doit être appliquée et tendre l’autre joue ne consiste pas à taire les actes ou attitudes que l’un ou l’autre a pu me faire subir. Il ne peut y avoir de véritable paix sans justice. Jésus demande dans ce discours de casser la spirale mortifère du mal, de la violence. Pour cela, porter plainte est une attitude profondément évangélique qui rend possible la fin de cette violence.

Pour actualiser
Vivre l’Évangile c’est aller à contre-courant. Aimer son ennemi, prier pour lui non pas parce que c’est mon ennemi mais parce que Jésus a versé son sang pour tous, pour moi, pour lui, c’est suivre notre divin maître. Cela ne peut se vivre que dans la prière. C’est difficile mais possible, il suffit d’essayer.

Didier Rocca

Le nom du mois : talion
La loi du talion, consiste en la réciprocité du crime et de la peine. Cette loi (« Œil pour œil, dent pour dent ») caractérise un état intermédiaire de la justice pénale entre le système de la vendetta et le recours à un juge impartial et désintéressé.

2022-12-12T09:53:32+01:00

Édito Décembre 2022 > La joie de partager

Le démarrage d’une nouvelle année avec des jeunes qui s’engagent dans l’animation aux service des plus petits est toujours un émerveillement. En particulier pour ceux qui ont la chance d’avoir connu ces nouveaux animateurs dans leurs jeunes années, puisqu’ils ont eux-mêmes été des enfants qui ont fréquenté l’Œuvre et y ont grandi. Quelle joie de voir un jeune prendre de l’envergure, devenir responsable et capable d’engagement, avec le désir de se tourner vers les autres et de rendre service. Beaucoup d’adultes désespèrent de la jeunesse et posent un regard très critique sur les comportements des adolescents de notre époque, mais ce n’est pas notre cas, car nous avons l’immense privilège de partager la vie de jeunes qui nous montrent un tout autre visage : ils sont reconnaissants pour ce qu’ils ont vécu et reçu dans le cadre de l’Œuvre, ils ont compris que le véritable sens de la vie n’était pas dans l’accaparement ou l’égoïsme, mais dans le don et le partage, ils ont découvert la joie de l’engagement et du service. Ils sont effectivement dans un monde difficile, marqué par l’incertitude quant à l’avenir de notre mode de vie, par une croissance infernale et par des enjeux qui leur interdisent l’insouciance qui est habituellement l’apanage de la jeunesse : dérèglement climatique, crises sociales, géopolitiques, sanitaires et financières, augmentation vertigineuse de la population mondiale, réduction ou épuisement des ressources naturelles, mouvements de population à cause des conflits armés et de la grande précarité. Et malgré ce contexte anxiogène qui pourrait entrainer le repli et l’égoïsme, et sur lesquels surfent des courants politiques et idéologiques irresponsables et cyniques, les jeunes restent capables de se révolter, de s’engager, de croire en l’avenir, en eux-mêmes et dans les autres.

Partage et gratuité
Pour ma part, je peux témoigner que cette expérience a été fondatrice pour ma vocation de religieux et de prêtre : j’ai compris, grâce à l’animation, que le véritable sens de la vie est dans le partage. J’ai découvert, en étant animateur à 16 ans, combien il y avait de joie à avoir une vie tournée vers les autres. Cette expérience m’a ouvert au discernement vers la vie religieuse et l’ordination comme prêtre. Jusque-là, les gens importants pour moi, et pour qui j’étais important, étaient les membres de ma famille proche, et Dieu sait qu’ils m’ont donné de l’amour et des repères par leur éducation. Avec ces racines profondes j’ai découvert le véritable visage de Dieu, sa bonne nouvelle et sa proposition d’une vie belle et épanouie habitée par la force de son amour. Mais, avec l’expérience de l’animation, j’ai eu l’impression d’ouvrir une porte et de découvrir le monde réel, non comme un monde dangereux et effrayant, mais comme un formidable lieu d’épanouissement, de découverte et de partage. Quelle explosion de sentiments positifs que de contribuer à la joie des jeunes, à leur épanouissement, à leur croissance ! Jamais ma vie n’avait eu autant de sens que dans cette expérience de l’engagement gratuit au service des jeunes de l’Œuvre. Après cela, j’ai cherché à mettre en œuvre dans mon existence cette nouvelle réalité : une vie n’a de sens que dans le don. Mais en écrivant cela je ne suis pas assez précis, car ce terme de « don » peut être compris comme unilatéral et ne rend pas témoignage à la véritable découverte : en fait celui qui donne reçoit plus que ce qu’il donne, surtout s’il est dans une démarche de don « gratuit ». La contrepartie, bien que non-financière, est largement plus grande que ce qui est donné. Il est donc plus précis de dire que la vie n’a de sens que dans le partage, en particulier quand il est sans calcul et sans arrière-pensée. C’est lorsqu’on décide de ne rien recevoir en échange que ce que l’on reçoit est le plus grand. Si tout le monde avait la chance de faire cette découverte, alors même les personnes les plus égoïstes feraient le choix d’une vie de partage, de solidarité et de fraternité, car ils y gagneraient le maximum, bien plus que dans la recherche des biens matériels, dans les plaisirs éphémères ou dans le pouvoir sur les autres.

Le véritable sens de la vie
À bien y réfléchir, l’égoïsme, le repli identitaire et la méfiance des autres sont des formes de pauvreté. Les personnes qui sont dans cette logique négative passent à côté de leur vie et de l’authentique sens de l’existence. Le Christ, Dieu fait homme, n’a eu de cesse de faire comprendre cela à l’humanité et a mis en œuvre cette réalité dans sa vie et dans toutes ses relations. Il nous dit que Dieu nous aime et désir pour nous une vie de partage et d’amour. L’Église a toujours eu à cœur de répondre aux urgences de son époque, et c’est l’origine de la création, en leur temps, des institutions de santé, d’éducation et de solidarité qui ont fait la fierté des chrétiens. Aujourd’hui la plupart des urgences humanitaires et sociales sont prises en charge par les institutions publiques, et c’est une excellente chose, mais pour la question du sens de la vie, du partage et de la fraternité, il y a une urgence à laquelle l’Église peut apporter une réponse et une contribution. C’est sur ces questions et leurs conséquences que les croyants sont attendus et doivent s’engager. Et comme par effet domino, les préoccupations de notre temps seront prises en compte, puisque par solidarité et par fraternité, l’humanité va trouver des solutions pour lutter contre les inégalités, la pauvreté, l’épuisement des ressources, la violence…

Olivier

2022-11-16T08:44:21+01:00

L’Évangile du mois de décembre 2022

Le 30 décembre, nous fêtons la Sainte Famille. 
Lisons quelques lignes de son périple en terre sainte.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Après le départ des mages, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : « D’Égypte, j’ai appelé mon fils ».
Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : 
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant ». Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël. Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazôréen.

Le contexte
Ce passage se situe au début de l’Évangile. La naissance de Jésus nous est racontée à travers la venue des mages à Bethléem. Les voilà partis et la sainte Famille (Jésus, Marie et Joseph) doit s’enfuir dans un endroit sûr après la menace du roi Hérode de tuer tous les enfants de moins de deux ans.

Des songes
Cela fait trois fois en quelques versets que Dieu parle par des rêves pour demander à Joseph de prendre Marie chez lui, pour suggérer aux mages de repartir par un autre chemin et ici pour avertir Joseph de fuir. Remarquons que Dieu ne sauve pas son messie des mains d’un tyran en envoyant des anges pour le protéger, mais par le discernement de ses parents.

L’Égypte
Joseph est parti de nuit en Égypte. Dans la pensée biblique, ce pays est à la fois une terre d’exil comme pour la Sainte Famille et une terre de servitude comme pour les Hébreux qui y ont été opprimés. Lorsque Joseph entre dans ce pays, il ne peut pas ne pas avoir pensé à son prédécesseur Joseph, vendu par ses frères et parti esclave en Égypte. Ce séjour est une fuite mais c’est aussi un préalable à un retour qui réalise la prophétie évoquée par Matthieu : « D’Égypte, j’ai appelé mon fils ». C’est une citation du prophète Osée. Ainsi est suggéré un lien entre Jésus et Moïse qui sort d’Égypte pour apporter la liberté à son peuple.

Géographie biblique
Dans le passage précédent que l’on entend le jour de l’Épiphanie, les mages venaient d’Orient, probablement de Babylone et Joseph est parti en Égypte. Or, Babylone et l’Égypte sont deux terres d’exil dans l’histoire d’Israël. Ce furent aussi deux lieux de fécondité pour le judaïsme puisque c’est à Alexandrie que fut traduite la Bible hébraïque. Cette ville accueille une grande communauté juive.

Encore des songes…
C’est par un autre rêve que Joseph et sa famille retournent en Galilée. Cette mention du songe exprime l’initiative de Dieu et l’obéissance de Joseph. C’est par un cinquième songe que Joseph conduit sa famille vers leur destination finale : Nazareth !

Un scandale
C’est un drôle de Père qui prévient Joseph et laisse massacrer tous les autres enfants. Il est choquant d’envisager que Jésus puisse avoir été préservé, à la différence des autres enfants. C’est un scandale dans notre compréhension de Dieu, de l’homme. Mais comprenons que Jésus n’est pas épargné, il est mis en réserve provisoirement jusqu’au moment opportun.
Il va assumer plus tard en toute conscience sa mission. Sur la croix, il sera le serviteur souffrant. Il subira le même massacre, d’autant plus que Jésus est l’innocent parfait. Ce sort terrible, il le subira avec le désir vif de partager le sort de ces enfants.

Didier Rocca

Le nom du mois : Nazôréen
Un habitant de Nazareth s’appelle un nazarénien et non pas un Nazôréen ! Nulle part dans la Bible, il est dit que le Messie sera Nazôréen. Deux origines probables pour en comprendre le sens :
– Nazir (comme Samson ou probablement Jean-Baptiste). Même s’il ne l’était strictement, Jésus était totalement consacré à Dieu, de sa naissance jusqu’à sa mort. 
– Nezer : Il est dit dans le livre d’Isaïe qu’un rejeton (nezer) surgira de la souche de Jessé (le père du roi David). Cette promesse s’adresse au-delà de David, à la famille de Jessé. De celle-ci apparemment morte, il fait pousser un rejeton.
On peut donc penser que dans la qualification de Jésus comme Nazôréen, Matthieu a vu une allusion à l’accomplissement de la promesse selon laquelle Dieu, de la souche morte d’Isaïe, aurait donné un nouveau rejeton sur lequel se serait posé l’Esprit de Dieu. Une nouvelle famille va arriver. Au pied de l’arbre mort sort une branche nouvelle, un germe mis en réserve sur la racine et qui va repousser pour une fécondité nouvelle.

2022-11-16T08:46:38+01:00

Édito Novembre 2022 > La catholicité

Le terme « catholique » est souvent utilisé pour distinguer les croyants, et désigne une confession particulière parmi les chrétiens, en dialogue avec les orthodoxes et les protestants. Mais cela donne à cette notion un sens qui risque de nous induire en erreur car, dans l’absolu, « catholique », qui veut dire « universel », devrait au contraire nous aider à concevoir l’appartenance religieuse comme quelque chose qui invite à l’unité et rend les croyants solidaires de toute l’humanité. Si nous comprenions bien ce que veut dire «catholique», alors nous devrions l’assumer en dépassant tout ce qui sépare les hommes les uns des autres.

La catholicité
La catholicité ne définit pas une appartenance sociale ou religieuse, mais une mission et une vocation. Vocation qui nous vient du désir de Dieu d’être source d’amour, de paix et de joie pour toute l’humanité. L’Église n’a pas pour mission de s’occuper d’elle-même, de son développement, de son fonctionnement ou de sa survie, elle a pour mission d’être un moyen de vivre l’engagement de Dieu envers toute l’humanité. Moyen merveilleux dans son idéal, fragile dans son incarnation, et en dialogue avec d’autres.

Un seul Dieu
Nous sommes tellement dépendants de nos raisonnements humains, nos réflexes d’appartenance, nos désirs d’uniformisation, nos méfiances vis-à-vis de ceux qui sont différents, que nous avons du mal à entrer dans la logique divine. Dieu nous considère comme ses enfants, et ne fait pas de différence entre nous. Comment pourrions-nous imaginer qu’il y ait plusieurs dieux comme dans un panthéon ou comme dans les récits de fiction où les super-héros se battent entre eux ? Si Dieu est bien celui que nous découvrons dans les grandes religions, alors il n’y en a pas plusieurs, il est unique et universel. Il n’y pas le dieu des juifs, le dieu des chrétiens, le dieu des musulmans, mais il y a des manières juives, chrétiennes, musulmanes, de comprendre, de prier, de communiquer le Dieu unique. Nos différences ne devraient pas être des occasions de division ou d’affrontement, mais plutôt de dialogue, de respect et d’enrichissement mutuel.

Dieu reste un mystère
Dieu est tellement plus grand que tout ce que nous pouvons imaginer ! Il est le tout-autre, il demeure un mystère que nous ne pourrons jamais saisir dans son intégralité mais qu’il nous revient de scruter et d’interpréter. Nous avons grand intérêt à savoir comment d’autres comprennent Dieu, l’appréhendent, le définissent, le célèbrent. Nous ne pourrons jamais mettre la main sur lui car il n’est pas saisissable, il est autour de nous plus que devant nous, tel un objet. Ce que nous pouvons comprendre ou dire de Dieu nous est offert par lui : il se communique, par l’histoire du peuple hébreu, par l’inspiration des prophètes, des priants et des théologiens, par le discernement éclairé de ceux qui ont des choix à faire. Si, selon la foi des croyants chrétiens, Dieu est une personne, un vis-à-vis, c’est parce que nous sommes en relation uniquement avec des individus, et non pas avec des forces ou des énergies. Nous sommes des êtres incarnés et le choix de Dieu, tel que les chrétiens le comprennent, est de se faire homme pour que nous puissions entrer véritablement en relation avec lui. Dieu, qui est amour, n’est pas une énergie désincarnée et vaporeuse, il est une personne que nous pouvons rencontrer, avec qui nous pouvons véritablement entrer en relation. Dieu se fait proche de nous, en particulier de ceux qui pourraient se croire loin de lui : les mal-vus, les mal-aimés, les méprisés, les personnes différentes ou qui ne rentrent pas dans les cases de la bienséance créées par ceux qui se permettent de juger les autres de haut.

Chercheurs de Dieu
Les croyants de toutes les religions sont des chercheurs de Dieu, qui n’auront jamais fini de chercher, qui ne pourront jamais dire « j’ai trouvé la vérité sur Dieu », mais qui sont invités à continuer leur recherche. Dans cette découverte toujours renouvelée du mystère de Dieu, la rencontre avec d’autres croyants, avec d’autres chercheurs de vérité, même en dehors des courants religieux, est toujours enrichissante et permet de mieux appréhender le mystère de Dieu. Les chercheurs de Dieu ont aussi une mission : celle de partager et d’annoncer ce qu’ils comprennent et croient du Dieu tout autre et très grand. Les chrétiens ont une compréhension exigeante de cette mission, car c’est par la qualité de leur existence, par la charité et la solidarité, par leur engagement contre l’injustice qu’ils doivent témoigner en premier lieu, plutôt que de tenir des beaux discours ou de faire la leçon aux autres.

Olivier

2022-10-20T09:33:26+02:00

L’Évangile du mois de novembre 2022

C’est parti pour une nouvelle année liturgique ! 
Lisons ce passage qui sera lu le 1er dimanche de l’Avent.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. 
Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.
Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Le contexte
L’Évangile de Matthieu est structuré par cinq séquences faites d’un discours et d’une narration sur l’activité de Jésus. Nous en sommes ici au dernier discours appelé discours apocalyptique. Ensuite commencera le récit de la Passion. Il s’agit pour Jésus de dévoiler dans un genre littéraire très courant à son époque la finalité du monde et celle de notre existence.

Les jours de Noé
Cette référence à l’histoire du déluge est double. Nous pouvons la comprendre dans le sens d’une dévastation qui arrive par surprise et qui détruit tout sur son passage. Mais nous pouvons aussi l’entendre comme la mémoire d’un juste qui a construit une arche, qui a accueilli tous les animaux de la création et qui a survécu à l’heure de la tempête. Il suffit d’un Noé, un seul pour que le monde survive.

Pris par surprise…
Ils ne se doutèrent de rien, rien de particulier ne signalait l’imminence de la fin. Le fait de manger, boire, se marier, marier ses enfants n’est pas condamné. Ces actions sont décrites pour souligner le caractère ordinaire des occupations de la « génération de Noé ». Autrement dit, il faut nous montrer vigilants et ne pas nous laisser abuser par les discours sur la fin du monde.

Se convertir est urgent. Vraiment !
Ces versets n’ont pas pour but de nous effrayer mais de nous avertir de l’urgence de la conversion. À tout moment, je dois me poser la question de la chanson de Pascal Obispo : « Si l’on devait mourir demain, on ferait quoi ? » Que faire si je savais que ce jour est le dernier de ma vie ? Comme le dit la lettre aux Romains, rejetons les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière. Et cela ne peut attendre parce que demain ne m’appartient pas.

Veillez, vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.
Vigilance, ici, ne veut pas dire méfiance ni inquiétude peureuse : ce serait contraire à la Promesse de Dieu, qui veut notre bonheur et celui de toutes les nations de la terre. Vigilance ne signifie pas non plus attentisme ou défaitisme frileux. Vigilance, ici, veut plutôt dire confiance et conversion. Car le premier à veiller, c’est Dieu. Non pas seulement parce qu’il veille sur nous et sur tous les cheveux de notre tête, mais aussi parce qu’il est à l’affût de la moindre brèche dans les armures de notre orgueil, pour faire couler en nous, par les fissures de nos faiblesses et plus encore celles de nos désirs, l’eau vivifiante de sa miséricorde et de sa grâce. Et oui, ce divin veilleur, patiemment, obstinément, ne peut nous combler que si nous acceptons de lui présenter nos failles. Réveillons-nous !

Résister à cause de l’Évangile
La vigilance ecclésiale n’est pas celle de la peur telle une forteresse assiégée. Bien au contraire, c’est une vigilance qui invite à relever la tête et, au besoin, à entrer en résistance, à cause de l’Évangile, contre tout ce qui, dans le monde, fait du mal à l’humanité et nuit à la Création. C’est résister à cause de l’Évangile, que de donner de son temps et de son énergie au service des plus pauvres, quand tout est fait pour les exclure et les enfoncer davantage dans la misère. C’est résister à la cause de l’Évangile, que de s’engager dans un dialogue vrai avec ceux qui croient ou qui pensent autrement que nous quand tout est fait pour nous diviser, nous stigmatiser et nous marginaliser. Telle est la vigilance de l’Avent : laisser Dieu nous désarmer, rester en tenue de service pour préparer la venue du Prince de la Paix, ne pas craindre de résister, à cause de l’Évangile, à tout ce qui plonge le monde dans les ténèbres.

Didier Rocca

Le nom du mois : Noé
Sous les ordres de Dieu, il bâtit une arche afin d’échapper au déluge. Lui et sa famille étant les seuls humains épargnés, Noé et sa femme sont considérés comme les ancêtres de toute l’humanité.

2022-10-20T09:36:06+02:00