Olivier

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Lettre du Villard – avril 2020

LETTRE DU VILLARD

Le Villard, le 15 avril 2020

Cher ami,

Quelle n’a pas été notre joie de voir déboucher du grand virage que surplombe Le Villard la fourgonnette jaune du facteur et de découvrir celui-ci quelques instants plus tard en train de glisser une liasse de courrier dans notre boîte à lettres ! Il y avait tellement longtemps que nous l’attendions ! Je me suis avancé pour lui dire toute ma satisfaction de le revoir, mais, malgré son masque et ses gants de protection, il s’est réfugié derrière son véhicule en m’enjoignant de ne pas approcher. Ne tenant pas à hypothéquer les relations que j’espère continuer d’avoir avec lui si la maladie ne m’emporte pas entre-temps, j’ai invité notre hermès encagoulé à venir prendre le verre qu’il méritait à mes yeux pour accomplir chaque jour les kilomètres que l’Administration lui impose pour délivrer notre courrier. Il s’est réfugié dans son véhicule et est reparti en trombe.

Cela m’a permis de découvrir plus tôt (car habituellement le facteur, vous le savez, est assez bavard, surtout si notre hameau est la dernière escale de son périple journalier) la surprise que vous nous aviez réservée en nous envoyant cette lettre affectueuse. Nous avons eu ainsi la confirmation que votre petite famille passait du mieux possible l’enfermement qui nous est imposé. Vous soulignez à juste titre que vous avez la chance de pouvoir vivre ce temps sans trop d’ennui en raison du métier que vous exercez et de l’équipement confortable de votre foyer. J’ajouterai, pour un peu vous connaître, que votre curiosité doit vous inciter à vous aventurer sur les domaines encore en friche de votre culture. On prête à un personnage de Terence1 cette belle déclaration : « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » et je crois que vous l’avez faite vôtre, ce qui vous préserve au moins de l’ennui. Je suis d’ailleurs surpris qu’en cette période où nous avons perdu le droit d’aller et de venir à notre guise, et selon notre humeur, la correspondance n’ait pas retrouvé ses lettres de noblesse ni une pratique plus soutenue. On aurait pu croire que nos assignations à résidence auraient fait renaître le goût d’écrire que nous eûmes en des temps maintenant assez anciens. Oh ! Bien sûr, personne ne dira que nous ne communiquons pas et la moindre circonstance de notre existence de reclus engendre un usage du téléphone que nous imaginions propre aux riches oisives. Je suis d’ailleurs très heureux que le téléphone me permette de continuer de partager la vie de ma famille, de maintenir des contacts cordiaux avec mes amis et des échanges réguliers avec mes relations. Nous communiquons donc, mais je constate que nous en restons souvent au simple échange d’informations ; notre champ d’intérêt paraît limité au factuel. Le téléphone ne se prête peut-être pas à des exposés argumentés, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas rare que la conversation ne soit pas concomitante à d’autres activités, l’un des interlocuteurs appelant en regardant une émission de télévision, tandis que l’autre, surpris en cuisine, achève sa préparation tout en bavardant. Le téléphone ne se prête pas toujours au développement d’une pensée qui a parfois besoin de se polir, de s’affiner, ce qui ne va pas sans tâtonnements, dans la recherche du mot juste, de l’expression qui rendra le mieux la pensée. J’en veux pour preuve ces lettres retrouvées les jours derniers, lorsque la fantaisie nous a pris d’essayer de mettre un peu d’ordre dans nos affaires, puisque nous ne pouvions invoquer la prééminence d’autres activités pour nous en dispenser. Nous avons ainsi relu ce que des amis nous écrivaient, il y a trente ou quarante ans, et retrouvé les sujets qui constituaient le fond de cette correspondance, les arguments que nous échangions, les précautions qui étaient prises pour avancer une idée qui pouvait déranger l’autre. Nous avions peut-être l’âge de refaire le monde, mais la seule actualité n’épuisait pas le domaine de nos échanges. En retrouvant ces lettres, la pauvreté de nos entretiens téléphoniques nous a interpellés ; à moins que ce soit le champ de nos curiosités qui se soit rétréci ou que nous n’ayons plus trop goût à la controverse. En vieillissant, il n’y a pas que les artères qui durcissent.

Toujours est-il que nous ne prenons plus beaucoup la plume, ni même le clavier ; nous échangeons peu de lettres ou de cartes de vœux en début d’année, et nous recevons peu de cartes postales des voyages de nos amis. Bienheureux sommes-nous, à juste titre, si nous parviennent, de Lavoûte-Chilhac ou des chutes du Zambèze, une photo accompagnée d’un mail ou d’un SMS nous montrant que le dépaysement – sans doute plus marqué dans un cas que dans l’autre – ne nous a pas définitivement effacés de la mémoire de l’auteur du message. Les « Bons baisers » et « Amicales (ou affectueuses) pensées » qui constituaient l’essentiel de cette correspondance, ne volaient pas plus haut que les « T’es où ? » de nos dialogues téléphonés ; n’enjolivons pourtant pas le passé ; sommes-nous certains que ces petits cailloux laissés sur le chemin de nos relations reflétaient des sentiments autres que ceux que nous exprimons en suivant la mode de notre temps ?

On n’écrit plus beaucoup, et j’ai découvert l’étiage actuel de l’intérêt pour la lecture. Un ami me disait l’autre jour – par téléphone, rassurez-vous – que, par les temps qui courent, il n’avait pas trop envie de lire, car cela lui demandait un peu de concentration et de présence d’esprit pour relier les phrases les unes aux autres. Il avouait hésiter devant cet effort d’attention et préférait laisser filer devant ses yeux les images de télévision qui parfois le distrayaient. Est-ce l’effet de l’enfermement que nous imposent les pouvoirs publics, en espérant que cela servira à quelque chose pour limiter la propagation de ce virus exotique ? J’ai l’impression que nous baignons dans l’atmosphère onirique du tableau « Jour de lenteur »2. Nous sommes dans un univers où le moindre effort nous coûte et où nous avons l’impression que le temps ne compte plus. Comme disait un personnage de l’Almanach Vermot de la grande époque, adaptant un mot de Pierre Reverdy3, « Je passe tellement de temps à ne rien faire que je n’ai plus le temps de faire autre chose ». Le moindre effort paraît peser ; nous avançons comme des scaphandriers aux semelles de plomb ; tout est englué ; les problèmes sont enkystés. On sait pourtant qu’il va falloir atterrir, et pas forcément sur un bon terrain. Cela me fait penser à ce pilote, personnage de Saint-Exupéry, qui est perdu au-dessus des nuages et qui hésite à descendre pour voir ce qu’il y a au dessous4.

Aujourd’hui, ce qu’il y a dessous est ce qu’il y aura après. Toutes les hypothèses sont évoquées, analysées, débattues, controversées. La seule certitude est qu’aucune n’est certaine. Et cela vaut autant pour les causes de ce fléau que pour les conséquences.

Vous établissez dans votre lettre un parallèle entre cette situation que nous subissons et le mystère de la condition humaine, ne sachant avec certitude comment la bien vivre et où elle nous conduit. Notre monde est confronté à un fléau qu’il n’avait jamais connu. Sa nature et la facilité de sa dispersion dans un univers humain mondialisé tiennent en échec les réflexes de survie, les connaissances, et les habitudes. Les politiques, qui ne sont pas plus armés que nous et sont de ce fait assez excusables, naviguent à vue entre ce qu’ils pensent que les peuples peuvent supporter et les arguments de conseillers scientifiques qui reconnaissent qu’ils ne savent pas grand-chose. L’exacte mesure du risque n’a pas été prise, mais le pouvait-on ? La confiance que nous avons dans le degré de nos connaissances a certainement fait que nous ne pensions pas pouvoir être pris au dépourvu et qu’en tout état de cause, nous pourrions trouver la parade. La prise de conscience retardée de notre incapacité à faire face immédiatement a créé des attentes ; celles-ci sont d’autant plus fortes que le handicap à compenser s’en est trouvé élevé. L’angoisse rogne maintenant les acquis culturels et rend les consciences les plus fragiles sensibles aux croyances irrationnelles.

Vous concluez heureusement votre lettre en affirmant, comme Calderon5 que le pire n’est jamais certain. C’est effectivement le seul constat rationnel. Surtout lorsqu’on a la volonté de s’en sortir.

Nous vous redisons toute notre amitié et notre espoir de vous voir bientôt. Le printemps a rarement été aussi doux dans notre belle vallée !

P. Deladret

  1. Publius Terentius Afer, Poète latin (-190 ; -159), dans l’Héautontimorouménos (!).
  2. Jour de lenteur, 1937 d’Yves Tanguy, peintre surréaliste français.
  3. Pierre Reverdy 1889-1960, poète surréaliste français.
  4. Fabien, dans Vol de nuit, 1931.
  5. La vie est un songe, Pedro Calderon de la Barca 1635..
2020-12-18T08:50:55+01:00

L’Évangile du mois de mai 2020

Dimanche 17 mai, nous célébrerons le 5e dimanche du temps pascal. Où intervient encore Thomas.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Que votre cœur ne se trouble pas : croyez en Dieu et croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. Sinon, je ne vous aurais pas dit que je m’en vais pour vous préparer une place. Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai près de moi, de sorte que vous soyez aussi là où je suis. Et vous savez le chemin pour aller où je vais. »

Thomas lui dit alors : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment pouvons-nous en savoir le chemin ? »

Jésus lui dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sans passer par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. D’ailleurs, dès maintenant vous le connaissez et vous l’avez vu. »

Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. »

Jésus lui dit : « Philippe, j’ai été si longtemps avec vous et tu ne me connais pas encore ? Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? Tout l’enseignement que je vous ai donné ne vient pas de moi, mais le Père demeure en moi pour accomplir ses propres œuvres. Je suis dans le Père et le Père est en moi ; faites-moi confiance en cela, ou sinon, croyez-le à cause de ces œuvres.En vérité, en vérité, je vous le dis : si quelqu’un croit en moi, il fera lui aussi les œuvres que je fais, et comme je retourne vers le Père, il en fera de plus grandes encore. »

Le contexte

La première phrase résume bien tout ce discours. « Ne soyez pas bouleversés, vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Il est bien évident que si Jésus leur dit cela, c’est que les disciples ne cachaient pas leur angoisse et ils ont de bonnes raisons de l’être. Ils se sentent cernés par la méfiance voire l’hostilité générale, ils réalisent progressivement que le compte à rebours est commencé.

Un Messie tel qu’on ne l’attendait pas…

Non seulement, ils sont dans l’angoisse mais certains témoignent d’une grande déception, ils espéraient que Jésus délivrerait Israël de l’occupation romaine. On comprend donc que Jésus déplace leur espérance sur un autre terrain. La libération qu’il apporte se situe ailleurs, s’il ne comble pas l’attente terrestre de son peuple, il est pourtant celui qu’Israël attend depuis si longtemps.

Croire

Faisant appel à leur foi, Jésus revient à plusieurs reprises sur le verbe « croire ». Seulement, une chose est de croire en Dieu, une autre est de croire en Jésus, au moment précisément où il semble avoir définitivement perdu la partie. De plus, pour accorder à Jésus la même foi qu’à Dieu, il faut, pour ses contemporains, faire un saut considérable : saisir l’unité profonde entre le Père et lui. On comprend mieux la question de Philippe qui n’arrive pas à comprendre que le visage du Père n’est autre que celui de Jésus.

Je suis le Chemin…

Sous-entendu le chemin vers le Père. Autrement dit, pour aller vers le Père, nous sommes invités à emprunter la même route que celle de Jésus. Laquelle ? Vivre le commandement de l’amour. Aimer de tout notre cœur sans avoir peur du mépris, des difficultés et même de la mort. Ce chemin pascal de mort et de résurrection est celui de Jésus auquel nous sommes conviés dès aujourd’hui.

Je suis la vérité et la vie

Ces paroles de Jésus qui commencent par « je suis » dont Jean raffole dans son Évangile ne sont pas sans rappeler la révélation de Dieu à Moïse lors de l’épisode du buisson ardent : « Je suis qui je suis ». Elles disent inséparablement l’identité de Dieu et de son Fils.

Le faire et le croire

Dans le dernier verset, Jésus dit clairement que c’est la foi en lui qui produit les œuvres. Mais de quoi s’agit-il ? Les œuvres de Dieu renvoient pour ses auditeurs à cette grande œuvre de libération de son peuple au temps de Moïse. Cela veut donc dire que désormais les disciples sont associés à l’œuvre entreprise par Dieu pour libérer l’humanité de tout esclavage au sens large. Cette promesse du Christ qui clôt l’Évangile de ce dimanche devrait nous convaincre que cette libération est possible.

Didier Rocca
Monsieur de l’Œuvre

Le mot du jour : Thomas

Il est l’un des douze et intervient à trois reprises selon les Évangiles. En plus de celui de ce mois-ci, il y a l’épisode bien connu ayant lieu une semaine après la Résurrection qui donne lieu à cette béatitude prononcée par Jésus et qui nous est adressée : « Heureux qui croit sans avoir vu ! » Mais Thomas n’est pas qu’une figure de l’incrédulité. Au moment de la mort de Lazare, Thomas s’écrie : « Allons-y, nous aussi, nous allons mourir avec lui ! » Reconnaissons-lui aussi de la fougue et un zèle missionnaire qui le mènera à aller annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’en Inde.

2020-04-30T20:41:47+02:00

Semaine Sainte 2020

Lectures disponibles sur le site AELF (https://www.aelf.org/

LA SEMAINE SAINTE :
SEMAINE DE CONTEMPLATION

1. La Semaine Sainte commence le dimanche des Rameaux.
Jésus entre à Jérusalem, acclamé par une foule de disciples et d’amis comme le Messie : Celui qui vient au nom du Seigneur. Ils étendaient des branches de rameaux sous ses pas en son honneur C’est après coup que les disciples ont compris : Jésus n’a pas l’habitude de se faire acclamer, mais ce jour-là il l’a fait exprès, et dans un comportement inattendu : le Messie monté sur un ânon – le contraire des rois puissants avec chars et chevaux ; il mettait en scène la prophétie de Zacharie : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse ». L’entrée des Rameaux, c’est l’entrée dans notre histoire de « Jésus, doux et humble de cœur », qui substitue la douceur à la violence pour instituer la paix.
Nous écoutons ensuite le récit de la Passion, en saint Matthieu cette année. Comme le récit de Marc, il laisse voir en Jésus le modèle des justes, innocents, exposés, moqués, violentés, dont Dieu est le seul recours, comme dans la prière de s Psaumes qui est sur ses lèvres – et le modèle des prophètes rejetés avant d’être reconnus : ils le seront seulement après leur mort ; dans le récit de Matthieu, au moment où Jésus meurt, « les tombeaux s’ouvrent et de nombreux corps des trépassés ressuscitent » ; manière symbolique de dire le salut final inauguré par la mort de Jésus.

2. Le Jeudi saint célèbre l’engagement personnel de Jésus dans sa Pâque
Ce qui sera vécu à l’extérieur, en public, est d’abord anticipé dans l’intimité du cercle des disciples. C’est cet engagement personnel qui donne sens à la Passion. Avant d’être livré, c’est lui qui se livre. Le Jeudi saint, c’est la Passion dans le secret par les gestes de Jésus à portée hautement symbolique (ce qui ne veut pas dire irréels) : l’eucharistie et le lavement des pieds. À la manière des prophètes Jésus accomplit des actions symboliques, actions dans lesquelles il s’engage.
• Dans le pain partagé et la coupe, il se donne personnellement, il donne part à sa vie donnée par amour. Son geste accomplit le sens du rite de l’agneau pascal (1re lecture) : inaugurer la délivrance et le passage vers la liberté en entraînant dans sa Pâque ceux qui se laissent marquer par le don de sa vie.
• Le lavement des pieds, avant d’être un exemple et pour être un exemple, est d’abord un symbole du service par lequel Jésus sur la croix va purifier l’humanité : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi ».
Après la Cène du jeudi soir, la communauté se rend au reposoir pour accompagner Jésus dans sa prière de Gethsemani. Prière de détresse mais aussi d’abandon confiant au dessein du Père.

3. Le Vendredi saint célèbre la croix
Cette liturgie est d’abord une grande liturgie de la Parole, suivie de la prière universelle, qui se veut la plus universelle possible en accord avec l’ouverture sans limite des bras étendus du Crucifié.
La première lecture évoque la quatrième Chant du Serviteur dans le livre d’Isaïe (Is 52, 13 – 53, 12). Est-ce Israël ? Est-ce un prophète singulier ? En tout cas, il est ce « serviteur de Dieu » dont les gens n’ont pas saisi, sur le moment, pourquoi il était à ce point affligé, humilié, meurtri, méprisé de la naissance à la mort. Après coup ils se rendent compte que son destin n’était pas une punition divine, mais un acte de solidarité spirituelle avec eux, pécheurs, qui leur valait le pardon en provoquant leur conversion. Celui qui n’avait plus d’apparence humaine était devenu l’homme-pour-tous. En sa passion Jésus « remplit » cette figure.
La deuxième lecture est empruntée à l’épître aux Hébreux avec cette phrase magnifique : « tout Fils qu’il était, il apprit par ce qu’il souffrit ce que c’est que d’obéir ». Dans les passages qui précèdent, l’auteur explique la raison d’être de cette souffrance : le Fils de Dieu voulait être le frère des hommes.
Puis le récit de la Passion selon saint Jean met en relief la liberté souveraine de Jésus ; c’est lui qui se livre quand on vient l’arrêter (« Je-Suis ») ; devant Pilate on ne sait plus qui est interrogé et qui interroge ; il porte lui-même sa croix ; il confie l’un à l’autre sa mère et le disciple bien-aimé pour constituer le noyau de la communauté des croyants avec le groupe des femmes qui sont là ; il meurt avec la conscience d’avoir tout accompli ; il ne rend pas le souffle, il livre l’Esprit.

4. Le saint Samedi : que se passe-t-il aujourd’hui ? Grand silence sur la terre !
Pas de célébration liturgique, mais la contemplation du Christ Jésus qui descend victorieux aux enfers. « C’est le premier homme qu’il va chercher comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui sont confinés dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort. Oui c’est vers Adam captif, en même temps que vers Eve captive, elle aussi, que Dieu se dirige… Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine dans sa stupeur, s’écria vers tous les autres : Monseigneur avec nous tous ! Et le Christ répondit à Adam : et avec ton esprit ».
Dialogue stupéfiant qui inverse notre salutation liturgique, parce qu’il inverse les positions habituelles de Dieu et de ses créatures. Le confinement actuel est une invitation à vivre cette année le samedi saint comme un temps de silence, d’étonnement et d’accueil devant ce Dieu qui descend au plus bas de notre condition humaine pour nous rendre notre dignité.

5. La nuit pascale
Nuit pour célébrer la résurrection, celle de Jésus, mais aussi la nôtre par la célébration des baptêmes. « Si le grain de blé tombe en terre et meurt il porte beaucoup de fruits ». La veillée pascale, appelée à se prolonger jusqu’à l’aurore, relit toute l’histoire du salut depuis la première création jusqu’à la nouvelle création, parce que c’est le livre de notre vie. En cette nuit nous pourrons nous arrêter personnellement davantage à telle ou telle de ces lectures parce qu’elle dit davantage un moment de notre histoire : appel à la vie ; passage de la mer pour la liberté ; épreuve où comme Abraham j’ai été amené à tout donner et où j’ai tout reçu ; expérience de l’exil, de l’éloignement de Dieu, qui a été, par grâce, lieu de pauvreté pour accueillir l’Esprit de la résurrection. À vivre dans une immense action de grâces.

Paul Bony
2 avril 2020

2020-04-02T21:22:14+02:00

L’Œuvre confinée

Voici comment les Messieurs et les animateurs vivent le confinement

La vie de la communauté

Depuis une semaine, comme vous autres, nous voilà confinés.
Les Messieurs de St-Sa vivent comme des moines.
Voici notre « journée type » :

  • 7h45 : prière des Laudes suivies de l’oraison
  • Frère Olivier s’occupe des courses
  • Frère Didier s’occupe du linge
  • Frère Robert s’occupe de la préparation des repas
  • 12h05 : prière du milieu du jour
  • 12h15 : repas puis café offert préparé par Paul et servi dans son bureau, c’est notre récréation !
  • Le vendredi, chemin de croix. Le samedi, chapelet.
  • Après-midi : travaux divers. Didier fait travailler ses élèves à distance et prend des cours sur internet, Olivier range, nettoie, bricole, et gère le plannig de présence des familles sur la cours de l’Œuvre, Robert cuisine, les anciens se dégourdissents les jambes (dans le confinement de l’Œuvre)
  • 19h15 : prière du soir suivi de la messe (sauf samedi dimanche et fête : messe à 11h30)
  • 20h : Repas
  • 20h45 : prière des complies et chacun retourne dans sa cellule. Les plus jeunes travaillent sur leur ordinateur.

Nous sommes ravi que la cours puisse être mise à disposition des familles pour des créneaux toutes les heures au long de la journée.
Le planning est vite rempli. Cela fait un peu de vie dans la cour.
L’Œuvre garde sa raison d’être même en cette période troublée.

Nous vivons au jour le jour dans la joie et la simplicité.
Nous ne connaissons pas plus que vous l’avenir. Combien de temps ? Jusqu’à quand ?
Nous vous renouvelons nos prières pour vous et vos familles.

La vie des animateurs

  • Baptiste, Adrien et Alex font les DJ aux fenêtres ! Retrouvez-les sur Instagram DJ.Corona.2020
  • Eva : j’occupe mon temps à regarder des séries, à faire un peu de sport et surtout à réviser mon concours en attendant les résultats 🙏 et puis à 20h je sors applaudi avec Maya et les voisins et après on écoute nos DJ préfères #DJ.corona 😂😂
  • Jeanne C. : moi c’est tout rattrapage de cours avec pauses au soleil (vive le jardin alléluia) et je mange tout le temps et beaucoup 😂
  • Clémentine : dormir, manger, dormir…
  • Stanislas : j’ai jamais autant travaillé de ma vie !
  • Jeanne de V. : j’ai jamais autant mangé. Ma nouvelle création, des pancakes aux pépites de chocolats ! Bon les pépites ont fondu dans la préparation du coup on dirait des steaks hachés de camps mais c’est une tuerie !
  • Maxime : moi j’ai fais des cookie aujourd’hui et je suis quasi sur qu’ils sont meilleurs que ceux de Monique…
    (nous ne sommes pas convaincus !)
  • Lucie : je joue avec moi frère tous les jours, je vais lire dans le jardin et profiter du soleil (quand il y en a), je bosse, je lis, je dors, je mange et je bosse, puis je bosse encore… au moins je serais prête pour les exams ! 🙂
  • Louis : je me lève à 8 h 50, j’ai cours en visioconférence à 9h jusqu’a 16 h ensuite je joue aux échecs avec mon père et je finis la journée en regardant une petite série
  • Eva Garcia : les profs nous enterrent de devoirs, je me lève à 10h je fais mes devoirs de temps en temps j’ai des vidéos conférences, je joue quand j’ai le temps avec mon père, je cuisine je range, et à 18h30 je fais mon sport.
  • Carole Zeytoune : je me réveille, et ma journée jongle entre les séries, les devoirs, et les jeux et parfois je vais courir, j’ai l’impression que les journées se ressemblent mais pas trop, j’attend impatiemment le confinement se termine et que la vie reprend cours.
  • Sandra Zeytoune : 9h30 – je me réveille 10h 12h – j’ai cours 12h30 – je mange 13h15 15h15 – j’ai cours 15h15 16h30 – je m’occupe en regardant une série, face Time avec des amis,…17h – je fais mes devoirs 19h – je m’occupe 20h – c’est le live de dj.corona.2020 sur Instagram 20h30 – je dîne 21h30 – je fais du sport à la maison ou alors je vais courir 22h15 – je me douche 22h30 – je finis si un devoir n’est pas terminé 23h – je le pose devant un film, série, face Time,…
  • Romane (infirmière) : j’attends gentillement qu’on m’envoie mon planning pour aller dans le service covid…
  • Jeanne V. : durant ce confinement j’ai appris à faire pleins de cuisines différentes, des pancakes, cookies, crumble, sushi, tortilla et pleins de choses encore! J’ai du lire une vingtaine de magazines et passes beaucoup de temps au téléphone à prendre des nouvelles des personnes que je n’ai pas l’habitude d’appelés.Je travaille de temps en temps mais j’ai du mal à me concentrer, surtout que je suis vraiment nul en ordinateur. Parfois il m’arrive de prendre mon petit déjeuner en même temps que de prendre mon cours de sociologie 😄. Je m’occupe de ma petite sœur pour faire un tas de chose comme du vernis des coiffures ou encore espionner nos frères 😂. Je m’occupe comme je peux et essaye de me persuader que ça va passer vite et que je savourerais encore plus mes futures moments de liberté !
  • Baptiste Maurel : le matin je vais courir, ensuite j’essaye de bosser le matin sans grand succès, l’après midi c’est play, ukulele, sport, wii, après c’est séance DJ 💻🕺🏻. Après sinon c’est beaucoup de je m’ennuie, l’imagination est donc mise à rude épreuve !
  • Stanislas : si on m’avait dit qu’un jour on se serait confiné pendant plusieurs semaines, je n’aurais jamais mangé de pangolin
    Je n’aurai pas non plus éternué sur mon voisin. Depuis il a un peu de fièvre et du mal à respirer mais c’est rien de grave, je crois…
    Moi aussi d’ailleurs depuis mon retour d’Italie, je n’arrête pas de tousser et de me moucher… J’ai sûrement attrapé une rhume. Mon voyage en Chine a été annulé du coup je reste chez moi. C’est difficile de s’occuper toute une journée mais ça passe. J’alterne entre séance de sport, révision et préparation de fiche pour mon concours. Je joue à la play et je fais un peu de guitare. Je joue aussi à la belote avec mes parents. C’est sympa quand même ! J’apprends plein de nouveaux truc sur YouTube comme par exemple « l’existence de la sapologie » ou encore « comment fonctionne les fonds verts » et « comment se cloner en vidéo ». En effet je prends le temps de faire des trucs que je fais pas souvent en général (comme réviser ou jouer à la belote avec mes parent). Finalement ça pas si mauvais goût que ça le pangolin
  • Alexis Fracalvieri : je cours de temps en temps, je suis les cours en ligne, je fais du piano, j’essaie de comprendre comment mon logiciel de m.a.o fonctionne, je remplis parcoursup, je regarde des films, youtube, je fais des pompes, je dors +de 10heures par jours, tranquille quoi.
2020-03-25T15:18:48+01:00

Édito avril 2020 > Pâques en confinement

L’épidémie de Coronavirus et le confinement qui nous est imposé m’obligent à revoir ma copie. Je pensais poursuivre le parcours des grands thèmes de la mission et de la pédagogie de l’Œuvre en cette année du bicentenaire de son installation à la rue St-Savournin. Mais on ne maîtrise pas tout, et ce qui se passe en France et dans le monde bouleverse plus que nos petits projets locaux, familiaux, associatifs, professionnels ou personnels.

Manquer pour s’émerveiller
Avec le confinement, nous vivons, sans l’avoir voulu, une des dimensions du Carême qu’on appelle le jeûne, ce qui représente la privation, le manque. Il ne s’agit pas de se priver pour se faire du mal mais de retrouver le véritable goût des choses alors que souvent nous sommes gavés de superflu et que nous ne prenons pas conscience de la chance que nous avons. En ce temps de confinement, nous jeûnons de beaucoup de choses : de liberté, de relations, de proximité, de travail, de sport, de loisirs à l’extérieur, de contact avec la nature, d’engagement solidaire, et ce faisant nous retrouvons le goût de l’essentiel. Combien de témoignages de personnes et de familles qui trouvent du positif dans ce recentrement et ces privations que personne n’aurait accepté de s’imposer. Dans quelques semaines, quand l’épidémie sera passée, nous allons retrouver nos proches avec une autre attitude, quand nous retournerons au travail ou à nos études nous ne serons plus les mêmes, notre relation au monde et à la nature sera transformée, nos voisins et toutes les personnes que nous croiserons dans la rue auront un visage et non plus un masque. Nous qui sommes souvent dans des relations virtuelles ou à distance via les réseaux sociaux nous serons heureux de voir de véritables personnes et de retrouver physiquement nos amis sans écran interposé. Je ne sais pas le temps que ces effets dureront, mais nous aurons changé de regard sur la vie, et cette expérience sera enracinée dans notre mémoire. Nous aurons appris à nous émerveiller de ce qui nous semble acquis et normal. Nous saurons rendre grâce !

L’essentiel est invisible
Avec ce virus, invisible et minuscule, nous comprenons aussi que l’essentiel n’est pas toujours à portée de vue : des choses qui nous dépassent et que nous ne percevons pas agissent de manière très efficace. L’air de rien, ce microbe a bouleversé l’ordre du monde plus sûrement que toutes les décisions politiques, les armes lourdes ou les grands de ce monde : les guerres se sont interrompues, la productivité a été stoppée, nous avons accepté de rester isolée dans notre cellule familiale, nos responsables politique ont fait des choix radicaux pour le soutien au monde hospitalier et aux entreprises en péril, des élections ont été reportées, la solidarité s’est réorganisée, nous avons découvert qu’une vie sans surconsommation n’était pas synonyme de malheur, la pollution a diminuée… Tout a été remis à plat. Ce qui concerne cette maladie qui se répand sournoisement concerne aussi les forces positives qui, de manière mystérieuse peuvent porter beaucoup de fruits et déplacer des montagnes. C’est ce que nous appelons la grâce de la charité qui se diffuse et change le monde discrètement mais sûrement. C’est l’espérance que nous sommes invités à porter.

Vivre Pâques
Les fêtes pascales, précédées par la semaine sainte qui s’ouvre avec le dimanche des Rameaux, sont habituellement un temps de retrouvailles et de fête en communauté et en famille. Cette année nous allons les vivre dans l’intimité, sans pouvoir participer à des célébrations religieuses dans les églises ni à des repas de famille. Si nous ne pouvons pas vivre ces temps dans les églises, nous pouvons tout de même les vivre en Église, car l’Église est avant tout un peuple, une communauté, une famille qui existe même dans la distance. Cela est vrai aussi pour ces moments de fête qui nous donnent habituellement l’occasion de retrouvailles familiales et qui seront vécus de manière symbolique mais bien réelle. Nos liens affectifs et spirituels sont plus forts que nos séparations physiques, et nous avons des ressources en nous qui nous soudent et nous relient d’une manière mystérieuse et invisible mais bien réelle !

Olivier

2020-03-25T10:40:30+01:00

Lettre du Villard – mars 2020

LETTRE DU VILLARD

Le Villard, le 15 mars 2020

Cher ami,

À peine ai-je utilisé cette formule que j’en ressens la sottise, ces deux mots étant redondants. Si vous êtes mon ami, n’est-ce pas parce que vous m’êtes cher ? Des amis qui ne seraient pas chers seraient-ils de vrais amis ? Certes, les exemples ne manquent pas d’amitiés qui ne le sont que de nom. Il n’est que de voir les propositions d’amitié qu’on reçoit sur Facebook. En d’autres temps, on distinguait les amis, des camarades, des collègues, des connaissances, des relations, des proches, etc, mais dans notre société qui ne s’embarrasse pas .des nuances, tout a été mis dans le sac de l’amitié. Ceci signifie non pas que l’amitié n’existe plus mais que l’usage du terme est galvaudé. Alors, comment vous saluer ? « Ami ! », fait un peu cavalier, pour ne pas dire ostentatoire, dans le genre « Eh ! Mon brave ! ». « Mon ami » est également dans la redondance, puisqu’on ne peut imaginer que celui qui vous écrit s’adresse à une autre personne qu’à vous. Alors ? « Mon cher » ? On peut, là encore, objecter que faire précéder « cher » du possessif « mon » ne se justifie pas puisque, lorsqu’on est cher à quelqu’un, on est déjà dans une relation d’appartenance. Je n’imagine pas, non plus, vous bailler du simple « Cher ! » qui ferait un peu précieux sinon tendancieux. J’attends vos remarques et vos propositions sur ce sujet qui doit occuper dans les préoccupations de nos contemporains la surface d’une tête d’épingle.
Nous sommes heureux que les chûtes de neige du mois de février aient pu permettre à toute votre famille d’éprouver les joies qu’elle attendait de son séjour hivernal dans notre bout du monde ; je me remémore avec plaisir les promenades en raquettes que nous avons faites et les conversations que nous avons eues tant entre nous qu’avec les amis du Villard. À ce sujet, je reviendrai sur une des remarques que vous avez faites, alors que nous grimpions vers les Trois cabanes. Vous m’avez rappelé une opinion que j’avais émise dans ma précédente lettre, à savoir que l’idée de morale est désormais exclue du débat public. Vous considériez, au contraire, que notre société est devenue moralisatrice, à la façon de ce qu’on voit outre atlantique, où, à ce qu’on dit, le message des Pères fondateurs puritains reste toujours révéré, du moins dans la forme. La rudesse de la montée m’a alors privé du souffle qui m’aurait permis quelques objections puis nous avons dérivé vers d’autres sujets. Je voudrais cependant y revenir, pour constater en premier lieu notre accord sur le fait qu’en certains domaines, mais en certains domaines seulement, on ne compte plus le nombre de groupes de pression qui nous font la morale. Ma remarque avait cependant un objet légèrement différent : elle faisait référence aux situations où, notamment devant le tribunal de l’opinion publique et, en certains cas, devant les tribunaux judiciaires, il n’est pas politiquement correct, ni recevable, de relever les infractions à la morale dès lors qu’elles ne sont pas pénalement répréhensibles. On vient certes de loin, et pendant des siècles, le droit a en grande partie découlé de la morale, elle-même façonnée à partir de la religion dominante. À partir du moment où la religion est exclue de l’organisation sociale, une morale sociale privée de bases hésite à émerger. Cela fait bien l’affaire de ceux qui veulent vivre à leur guise. L’exemple récent de l’abandon par un candidat de la course à la Mairie de Paris montre cependant à mon sens qu’un fond de consensus moral reste partagé par le plus grand nombre. Si cette personne n’avait pas eu conscience que ce qu’elle avait fait serait considéré dans l’opinion publique comme « quelque chose qui n’était pas bien », elle n’aurait pas abandonné. Cela me rassure un peu de voir que les notions de bien et de mal, qu’écarte le discours public, n’ont pas disparu chez l’individu.
« Jusqu’à quand ? » s’interrogeait l’ami Beraud avec qui nous en parlions. Eh bien, sur ce point-là, je ne suis pas trop pessimiste. Je ne doute certes pas que ceux qui ne veulent pas des valeurs que notre société occidentale a mises en exergue, sans toujours les respecter, ne se sentent pas encouragés par le laxisme ambiant pour essayer de faire triompher leur nihilisme. Il me semble cependant qu’au cœur de l’homme « du peuple » subsiste la conscience du bien et du mal. « Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste loi ! »1 a justement lancé Rousseau qui par ailleurs souvent m’agace. Cet instinct « divin (…) parle la langue de la nature que tout nous fait oublier » souligne Jean-Jacques. Je crois qu’il restera toujours en nous un fonds incompressible d’humanité, qui nous fait distinguer, sans nécessairement que cela procède d’une réflexion de notre part, à la fois le Bien du Mal et le caractère artificiel des propositions de ce que Gastinel nomme Satan. Le problème, reprend notre ami, est que le contexte n’est pas neutre et que, s’il faut reconnaître une qualité à Satan, c’est bien celle de la persévérance. « Perseverare diabolicum »2, ajoute sentencieusement Gastinel.
Cette persévérance est illustrée par ce qu’on a appelé l’affaire Matzneff, masquée depuis par l’affaire Polanski. Il faut alors avoir à l’esprit que dans les années 1970-1980 des personnes comme Louis Aragon, Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault et les groupes dans la mouvance de l’idéologie de mai 68, ne voyaient pas les agissements d’individus de ce type d’un trop mauvais œil. Le fait pour des adultes d’avoir avec des enfants des relations que la morale et la société condamnaient était alors considéré par eux comme une étape dans la libération de l’individu. Agir ainsi devenait acte de rébellion contre la société, épisode dans la déconstruction d’une société basée, selon eux, sur l’ignorance, les préjugés et les traditions. Sous l’égide de Marx, qui n’est pas en cause dans cette affaire, mais qui était attaché à combattre les logiques de domination, celle « des patrons sur leurs ouvriers, des professeurs sur les élèves, des médecins sur les malades, des parents sur les enfants »3, et avec la bienveillance des précités se présentaient comme des libérateurs, le mineur émancipé du joug de ses parents, accédant à son plein épanouissement et à sa liberté.
« On en est revenu » nota Me Beraud – « J’en doute, reprit Gastinel, lorsqu’on voit toutes les tentatives de déconstruction de notre monde, toujours selon les mêmes arguments. On a l’impression que tout est oppression pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans une société d’expérience, élaborée par des siècles d’histoire, de culture et d’usages. Alors tout est bon pour grignoter le socle culturel, pour nous faire perdre nos repères ». Beraud, toujours moins catastrophiste que Gastinel, développait son idée selon laquelle les seules idéologies qui durent sont celles qui correspondent vraiment à ce qu’est l’homme ; il avançait que tout ce qui nie la meilleure part de l’homme finit un jour ou l’autre par disparaître… « Comme le coronavirus, peut-être, gronda le colonel. Vous étiez certain il y a quelques semaines que l’épidémie serait sans effet majeur ! Et maintenant, j’ose à peine vous serrer la main, les écoles sont fermées, les gens âgés confinés, les entreprises mettent leur personnel au chômage et cela va coûter une fortune aux misérables contribuables que nous sommes, tant en indemnisations qu’en perte de recettes fiscales ». Me Beraud convint que les informations dont il disposait alors l’avaient conduit à sous estimer le phénomène, mais qu’il restait confiant dans les possibilités des pays de limiter le nombre de victimes ainsi que les conséquences économiques. « Ah ! Ne recommencez pas, lui lança Gastinel ; n’oubliez pas, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, que perseverare (est) diabolicum ! Je me demande ce qui me retient de vous envoyer au bûcher avec les suppôts de Satan ! »
J’espère que ce petit mot vous trouvera en bonne santé, ainsi que toute votre famille… et que, lorsque nous recevrons votre réponse, nous serons dans le même état !
Prenez soin de vous, car, à ce qu’on dit, ce n’est pas vain.
Mon épouse se joint à moi pour vous redire notre amitié.

P. Deladret

  1. L’Emile ou De l’éducation, 1762.
  2. Persévérer (dans l’erreur) est diabolique.
  3. Enquête du Monde du 29 février, sous la plume d’Anne Chemin.
2020-12-18T08:50:33+01:00

L’Évangile du mois d’avril 2020

L’Évangile du mois sera lu le soir du 11 avril pour la veillée pascale.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Après le sabbat, à l’aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala était allée visiter la tombe avec l’autre Marie.Mais voici que la terre tremble. L’ange du Seigneur descend du ciel et s’approche, il fait rouler la pierre, puis il s’assied dessus. Son apparence est celle de l’éclair et son vêtement est blanc comme neige. Il provoque une telle frayeur parmi ceux qui montent la garde, qu’ils restent sous le choc et sont comme morts.
Mais l’ange s’adresse aux femmes et leur dit : « Vous, ne craignez pas ! Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Mais il n’est pas ici, il est ressuscité comme il l’avait dit. Approchez et voyez l’endroit où on l’avait déposé, et puis, vite, allez dire à ses disciples qu’il s’est relevé d’entre les morts. Déjà il vous précède en Galilée, et là vous le verrez. C’est là tout mon message. »
Vite elles partirent de la tombe, partagées entre la joie immense et la frayeur, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Jésus lui-même vint à leur rencontre et leur dit : « Jour de joie !” » Elles s’approchèrent pour embrasser ses pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez pas. Allez dire à mes frères qu’ils partent en Galilée, là, ils me verront. ».

Le contexte

Jésus est mort puis est déposé dans un tombeau, le vendredi soir avant que commence le sabbat. Matthieu nous raconte la résurrection de Jésus.

Le premier jour de la semaine
Matthieu nous fait comprendre par ce détail temporel que nous sommes au début d’une nouvelle création. Quelque chose qui semblait impossible va être inauguré dans cette scène. La mort n’a plus le dernier mot. C’est la vie qui va gagner !

Un ange
L’ange n’est pas n’importe quel messager, il agit avec la puissance de Dieu comme le souligne le symbole du séisme. La pierre, signe de la mort implacable est comme balayée et l’ange s’assoit sur la mort. En principe, les femmes devraient être effrayées par cette présence angélique. Or, ce sont les gardes qui ont peur. Pourquoi ? Ce sont ceux qui gardaient un mort qui deviennent comme morts et n’entendront rien au message de la résurrection.

Ne craignez pas
Les femmes sont dehors et ne font rien. Elles cherchent un mort mais l’ange leur indique qu’il s’agit de rechercher un vivant qui n’est pas dans le tombeau, vide à présent mais en Galilée. Cela confirme les paroles de Jésus qu’il avait prononcées avant d’arriver à Jérusalem.

Le tombeau vide
Il ne représente pas une preuve de la résurrection. Elle est une réalité qui; d’ailleurs, ne peut pas être représentée. Objet central de la foi des croyants révélé par Dieu, nous pouvons être déçus par ce que Matthieu nous en raconte. Pour évoquer la présence du Ressuscité, un ange parle d’un tombeau vide. C’est un peu décevant pour assouvir notre curiosité mais l’essentiel n’est pas là. Il s’agit de comprendre que Jésus nous comble de sa présence dans notre vie ordinaire, notre Galilée.

Il vous précède en Galilée
En demandant à ses disciples de venir le rejoindre sur les lieux où débuta leur aventure commune, le Ressuscité nous invite à lire les Évangiles à la lumière de Pâques. Jésus n’est pas qu’un faiseur de miracles ou une personne impressionnante par son éloquence ou sa charité, il est le Ressuscité. Sur lui, la mort n’a aucun pouvoir.

Jésus comme signe
Après l’ange, c’est Jésus lui-même qui invite les disciples à aller en Galilée. Pourquoi cette répétition a priori inutile ? C’est que les deux paroles ne sont pas tout à fait les mêmes. Jésus parle de ses disciples comme de ses frères. C’est la première fois ! Comme si la résurrection venait sceller une relation nouvelle avec les croyants, un lien qui s’appuie sur leur amitié qui va au-delà et que Jésus appelle la fraternité les autres, les situations et aussi soi-même avec un regard juste. Le baptême renvoie au geste du Christ qui redonne la vue à l’aveugle de naissance.

Didier Rocca
Monsieur de l’Œuvre

Le mot du jour : Galilée

C’est la région nord de la Terre Sainte, très verte par rapport à la désertique Judée. C’est aussi le lieu de l’enfance et de la plus grande partie de la vie publique de Jésus. En cadeau, un court extrait d’un texte du pape François qui nous parle de la Galilée : « Revenir en Galilée veut dire tout relire à partir de la croix et de la victoire. Tout relire (la prédication, les miracles, la nouvelle communauté, les enthousiasmes et les défections, jusqu’à la trahison), tout relire à partir de la fin, qui est un nouveau commencement, à partir de ce suprême acte d’amour. Pour chacun de nous aussi, il y a une “Galilée” à l’origine de la marche avec Jésus. “Aller en Galilée” signifie quelque chose de beau, signifie pour nous redécouvrir notre baptême comme source vive, puiser une énergie nouvelle à la racine de notre foi et de notre expérience chrétienne. Revenir en Galilée signifie revenir là, à ce point où la grâce de Dieu m’a touché au début du chemin. ».

2020-03-23T15:36:12+01:00

Lettre du Villard – février 2020

LETTRE DU VILLARD

Le Villard, le 15 février 2020

Cher ami,

Nous comptons les jours qui nous séparent de celui où nous aurons la joie de vous revoir avec votre famille dans votre maison du Villard. Ne tardez pas trop car, si un temps plus frais a heureusement succédé au redoux, nous ne sommes pas à l’abri d’un réchauffement qui serait particulièrement mal venu. Dans notre hameau du bout du monde, nous avons bénéficié jusqu’à présent du bel enneigement qui a malheureusement assez tôt déserté la vallée et nous serions ravis que vous en bénéficiez. Nous espérons que vous nous arriverez plein d’énergie, d’idées et de réflexions pour nous aider à ne pas nous laisser aller au ronron des certitudes et de l’indifférence au temps qui passe. Nous essayons, avec l’ami Béraud et avec le colonel Gastinel, quand ce n’est pas avec Mimiquet, de nous « frotter et limer (la) cervelle contre celle d’aultruy », comme l’a écrit Montaigne (1) non pour acquérir l’expérience que donnent les voyages (à notre âge !) mais pour rester éveillés et je ne jurerai pas qu’à la lecture de mes lettres vous ne restiez pas dubitatif quant aux résultats de nos efforts.
L’expérience montre cependant, du moins m’amène à considérer, que ce qu’ont pu penser les moralistes n’a malheureusement jamais modifié le cours des choses. On pourrait croire qu’à la lecture de Montaigne, de Molière, de Vauvenargues ou de La Rochefoucauld, pour ne citer que des auteurs français, leurs lecteurs aient pris conscience des travers de leur caractère et se soient attachés à s’en corriger. Force est de constater qu’il n’en est rien ; Tartuffe n’a pas fait disparaître les tartuffes ; le moraliste met le défaut de caractère en évidence comme le fait le biologiste pour un virus, mais il ne guérit pas, précisément parce que le virus qui affecte celui qu’analyse le moraliste lui interdit de se rendre compte qu’il en est infecté. Le talent du moraliste réside finalement moins dans ses effets que dans l’art de son expression ; on se dit « Comme c’est bien dit ! Comme c’est vrai ! » et puis on passe à autre chose.
Pour en revenir à tout ce qui devrait nous aider à ne pas nous endormir, il suffit de survoler ce qui a constitué l’actualité du mois écoulé. Nous étions montés l’autre jour en raquettes à l’Aupillon avec Me Beraud et le colonel Gastinel ; s’offrant une petite halte pour reprendre souffle, l’ami Béraud nous a demandé de but en blanc quel ordre d’importance nous pensions que nous accorderions dans un an ou deux, à ce dont on parle actuellement, à la situation créée par la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, aux affrontements que provoque la réforme du régime des retraites ou à l’épidémie de coronavirus… La prophétie étant un art difficile, « surtout lorsqu’elle concerne l’avenir », comme l’a dit Mark Twain (2) nous nous sommes bien gardés de vaticiner ; tout au plus Gastinel a-t-il remarqué que parmi les raisons de la difficulté qu’il y avait à réformer les régimes de retraite figurait la durée réduite du mandat présidentiel ; le quinquennat ne se prête effectivement pas à des entreprises de longue haleine qui demandent une préparation en profondeur et un accompagnement permettant de juger des effets. Notre tabellion n’a pu s’empêcher de pronostiquer que l’épidémie resterait sans doute sans effet majeur (sauf pour ceux qui en seront morts, lui fit remarquer Gastinel…), que la réforme des retraites, malgré les 19 000 amendements déposés par les députés qui, sous l’égide de Jean-Luc Mélanchon, entendent paralyser le débat, aboutirait, cahin-caha, à une situation dont personne ne se satisferait sans qu’elle soit pour autant insupportable, mais que le Brexit était potentiellement l’évènement le plus dangereux. Il lui paraît inquiétant moins par les négociations difficiles qui vont s’engager pour régler les conséquences financières du divorce que parce que cette sortie peut donner à certains partis ou États qui verraient bien leur pays hors de l’Union européenne la conviction qu’on peut en sortir, alors que jusqu’à maintenant, les europhiles ont soutenu que ce serait trop difficile. « Le Brexit, conclut-il, c’est une maille du tissu européen qui lâche. Il va falloir, dare-dare, la faire stopper ! » (3) « Mais, mon pauvre ami, le métier de stoppeuse a disparu ! » lui lança Gastinel.
Le lendemain, par acquit de conscience, j’en ai dit un mot à Mimiquet dont la femme sait encore faire quelques travaux d’aiguilles. Il m’a rasséréné en m’apprenant qu’une échoppe de retouches venait de s’installer dans la vallée. J’en ai touché un mot à Me Béraud qui a relevé que cela s’inscrivait sans doute dans un mouvement plus large et que, notamment, le développement de l’apprentissage figurait parmi les bonnes nouvelles du mois, au même titre que la baisse de 4 % du chômage en 2019. Gastinel a eu beau jeu de dire qu’on faisait dire aux chiffres ce qu’on voulait mais Béraud lui a rétorqué que l’important en la matière était la tendance. Sur ce, nous avons repris notre marche dans une neige qui, en cette fin d’après midi, commençait à coller un peu trop aux raquettes.
« Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent » comme aurait dit la marquise (4), Mimiquet se présente aux élections municipales du 15 mars, sur la liste d’intérêt local. Il m’a communiqué le modeste, dans la forme et dans le fond, programme de sa tête de liste qui n’entend pas interdire les expériences atomiques sur sa commune et qui s’engage à maintenir la qualité et le prix de l’eau potable. Cela nous change heureusement des programmes des candidats à d’autres élections qui se croient tenus de promettre ce qu’ils ne pourront tenir et, surtout, omettent d’évoquer le cadre préexistant dans lequel devra s’inscrire leur action. Connaissant votre intérêt pour la démocratie américaine et sensibilisé, comme tout un chacun, aux élections primaires qui viennent d’y commencer, j’ai essayé de savoir quel était le nombre de votants au fameux « caucus » (5) de l’Iowa, dont le vainqueur acquiert bien souvent un avantage déterminant pour être ultérieurement désigné pour représenter son parti à l’élection présidentielle. Autant il est facile de connaître les pourcentages de suffrages qu’ont recueillis les différents candidats, autant le nombre de votants l’est moins ; j’ai trouvé un chiffre, celui de 2004, mais la population n’a pas beaucoup évolué. Il y avait eu alors 124 000 électeurs. Lorsqu’on sait que les élections des délégués des autres états sont largement influencées par celles de l’Iowa, on ne peut que s’inquiéter de cet alignement, en quelque sorte moutonnier, qui fait qu’un aussi petit nombre de personnes peut influencer une aussi grande démocratie.
« Est ce vraiment important ? » me dit Gastinel « Regardez la Belgique, il n’y a pas de gouvernement, donc d’action politique, depuis 18 mois et les Belges ne s’en portent pas plus mal ; les fonctions régaliennes sont assurées et la machine administrative tourne ; nos candidats seraient bien avisés de s’interroger sur leur utilité réelle ». J’en ai convenu tout en lui faisant remarquer que les pratiques des États n’étaient pas toujours transposables car l’histoire des nations, leurs cultures, leurs mentalités sont différentes.
Et l’actualité est là pour nous montrer qu’en un même pays les mentalités évoluent fortement dans le temps ; regardez le cas de Gide ; il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1947 alors qu’on connaissait la vie sulfureuse qu’il menait et qui aujourd’hui lui vaudrait la prison. Et il est vraisemblable que les « réseaux sociaux » le cloueraient au pilori pour avoir osé amuser son monde avec l’acte gratuit (6) lorsque le rapprochement serait fait avec le cas de cet individu qui a assassiné une personne de rencontre parce qu’« il voulait voir ce que ça fait de tuer. ».
Nous allons avoir besoin, en matière de mœurs, de retrouver un équilibre, mais l’idée même de morale ayant été exclue du débat public, sur quel point d’appui reposera le fléau de la balance ? Voilà qui nous vaudra de savoureux débats, n’est-ce pas ?
N’oubliez pas de nous rappeler votre heure d’arrivée pour que nous mettions votre maison en température…
Nous vous assurons, si nécessaire, de notre amitié.

P. Deladret

  1. Montaigne, Michel Eyquem, seigneur de Montaigne 1533-1592, moraliste et homme politique, auteur des Essais.
  2. Mark Twain, écrivain américain (1835-1910). Auteur, entre autres, des Aventures de Tom Sawyer.
  3. Stoppage : opération de tissage sophistiquée consistant à reconstituer la trame et la chaîne des brins manquant du tissu, fil à fil, en respectant l’armure.
  4. La Marquise de Sévigné, dans sa lettre du 15 décembre 1670 à M. de Coulanges, lui annonçant le mariage de la Grande Mademoiselle.
  5. Caucus : réunion de militants de base d’un parti politique.
  6. Qui fait que le personnage de Lafcadio précipite sans raison un vieillard dans le vide, dans Les caves du Vatican, 1914.
2020-12-18T08:50:16+01:00

Camp d’hiver 2020 > les ‍Benjamins ‍à ‍Larche

Le camp de ski a offert aux Benjamins une nouvelle vision car, pour la plupart, ce fut une découverte. Certains enfants n’avaient jamais skié, voire même vus la neige ! Pour les autres, ce furent six jours d’amusement. Les journées étaient bien rythmées et les enfants n’ont pas eu le temps de s’ennuyer. Ils ont fait une balade en chiens de traineaux, ce qui a enlevé la peur des chiens pour certains. Puis un conteur est venu nous raconter de merveilleuses histoires.
Même s’il y avait peu de neige, ça ne nous a pas empêché de nous amuser. On a fait des jeux, de la luge et d’autres choses encore. Nous avons passé deux jours à Sainte-Anne, durant lesquels les débutants, moyens et confirmés ont bien progressé et se sont entraidés.
Nos 5/7 (temps libre entre 17 h et 19 h) et nos veillées étaient animées par des célébrités, des pronostiqueurs et d’autres personnes farfelues qui avaient besoin de notre aide. Et pour le thème de l’année, des Aztèques sont venus nous demander de les aider à chercher un moyen qui leur permettrait de rentrer chez eux !
Après ce merveilleux camp amusant et bénéfique pour les Benjamins et les animateurs, on espère les revoir au camp de Pâques.

‍Carole

2020-08-27T22:35:31+02:00