Olivier

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Camp d’été 2020 > les Jeunes Cadets

Les Jeunes Cadets

Voilà que se termine le grand camp des jeunes cadets, qui a été plutôt riche en émotions grâce aux diverses personnalités qui se complètent. Nous avons Charlotte à la toison d’or, une grande guerrière qui n’a pas peur de se perdre. Elisa, qui est une petite demoiselle à lunettes et à la voix aiguë, mais méfiez-vous de l’âme de combattante qui s’y cache car elle ne se laissera pas faire. Chloé, contrairement à Élisa, une grande petite demoiselle, discrète mais réfléchie lorsqu’on apprend à la découvrir. Alix, notre futur influenceuse tik tok, très dynamique elle a une énergie comparable à 100 enfants ! Mia, notre artiste, toujours déjantée quand il s’agit d’imaginer, mais finalement on l’adore son petit monde parallèle. Titouan, ou Rose, on ne sait plus depuis que tu adores mettre des jupes, coiffer Maurice avec Bob… Mais on sait que tu deviendras un grand bonhomme ! Samuel, notre grand Sam, c’est fou ce que tu grandis vite, ta petite fossette, elle, ne bouge pas. Valentine la petite commère du groupe ! Toujours le nez fourré dans les histoires, jamais dans les siennes d’ailleurs, mais elle a toujours le sourire et la joie de vivre. Niels, notre petit bébé qui adore pleurnicher à cause de Samuel. Il va falloir manger de la soupe pour rattraper ton frère ! Mais je sais que tu y arriveras parce que tu ne lâches jamais rien. Dalva, si vous pensez que Dalva est blasée, non non elle est heureuse, c’est sa petite carapace: avec ses yeux grossis par ses lunettes et son petit carré, elle donne l’apparence d’une personne simple alors qu’elle est extraordinaire et adorable. Alicia, notre petite voix au grand cœur, et il vaut mieux ça que l’inverse ! Une petite merveille pleine de gentillesse, qui saura développer ses cordes vocales pour se faire entendre j’en suis sûre. Josephine, petite tortue au nez tout mou, toujours aussi agréable et gentille, un très bon public qui ne se lasse pas de rire. Rose, grande boudeuse et joueuse de contrée, qui fait encore quelques erreurs mais je sais que tu réussiras à corriger ça, garde cette joie de vivre. Cléa, notre petite boule de joie et d’histoires incroyables, notre simulatrice de blessure préféré. Gaël, insupportable râleur, adorable casse-pied, il excelle parmi ceux de sa génération, grand gagnant des Hunger games d’ailleurs, mais c’est pour ça qu’on l’aime. Lucien, une petite tête de génie, calculateur et manipulateur alors que c’est tout simplement un génie du ping-pong et manipulateur de carte Magic. Aurélien, notre petit diable, à la force incroyable, tu nous en fais voir de toutes les couleurs, mais au fond on le sait que tu as bon fond. Hector, péteur pro depuis bientôt 4 ans, meilleur joueur de blind test 2020, et aussi, c’est très important, il aime le veau mais pas les brossages de dents. Amandine, un très bon public, une machine à sourire et à rougir aussi… Notre petit soleil aux yeux bleus qui illumine nos journées. César, un amateur de grande lecture, de discrétion et de bonne stratégie quand on doit faire une guerre des bases ! Sacha, au début on pensait que tu faisais semblant de faire l’imbécile pour faire rire tes amis mais au final tu ne fais pas exprès ! Mais de drôlement bête, tu pourrais devenir drôle tout court, il faut juste que tu apprennes quand il faut s’arrêter… Adrien, danseur fou, véritable dico des gros mots, notre petite racaille mais aussi notre petit mec à la réflexion développée quand il se concentre ! Matis, petit kéké aux mèches blondes, amateur de foot, enfin en tant que spectateur, tu feras gaffe tu commences à changer de voix… Abel, puriste discret du Grand J, d’une gentillesse et douceur inégalable malgré sa grande discrétion, sauf quand il s’agit de parler avec Sacha ! Manu, notre allergique, je m’excuse pour toutes les fois où je t’ai proposé un gâteau que tu ne pouvais manger, l’adorable frère de Yann, j’admire ton recul, ta maturité par rapport à tout ça. Félix D, mi prof de tennis, mi footballeur ce Zlatan de Wilbendum saura vous surprendre avec toutes ses qualités qui ne se comptent même plus. Félix G, un mangeur fou, adepte de la carotte au foot et des petits coup en scred, courageux mais pas téméraire, mais sois plus gentil avec ta sœur quand même ! Yann, une ressemblance frappante avec de Bruyne, ce petit homme vous fera tirer vos cheveux, mais vous apportera tellement de rire et de bonheur. Swan, Swan est passionné par 2 choses, son frère, Magic et sûrement d’autres choses mais il en parle très peu, il vous fascinera lorsqu’il vous contera ses histoires. Auguste, footballeur infatigable, toujours propre sur lui et au service des autres, ce petit ange sera toujours là pour vous. Louis, la grande tête en l’air, que dis-je tout entier sur la lune ! Mais ça fait son charme au petit Louis. Luca, petit bagnard au sourire ravageur, grand sportif casse-cou, ne craint rien à part un clou planté dans le sol. Nathanael, notre petit curieux, tout plein de question dont il connaît sûrement les réponses, c’est un bon vivant, toujours heureux de la situation quelle qu’elle soit. Sören, notre petit duc, cultivé et instruit, il étonnera toujours tout le monde par ses belles phrases et son esprit malin. Sandro, notre grand gaillard, toujours positif et plein de culture. Maxime, ma charnière centrale, mon bugle de défense au cœur gros comme ça, on peut voir qu’il fatigue à la rougeur de ses joues, mais c’est ce qui le rend unique.

Évidemment n’oublions pas les animateurs si différents mais si complémentaires. Louis, un animateur mais avant tout un ami, un adorable petit ronchon, il sera là quand vous aurez besoin de lui, soyez-en certain. Eva, la princesse au petit pois, quel sourire, une resplendissante casse-pied qui saura vous ouvrir son cœur. Emma, toute en grâce et en douceur, discrète mais présente, agit dans l’ombre pour vous sauver quand vous en avez besoin. Sandra, notre petite Sandrouille, la définition parfaite de l’attachiante, une demoiselle au cœur grand comme le monde qui même avec le sang chaud, vous épaulera quand vous en aurez besoin. Arnaud, notre vaillant casse-coup, lui il se souviendra bien de ce grand camp, une dent en moins et un poignet cassé en moins de 3 jours c’est un record ! Mais grâce à tout l’amour des Jeunes Cadets il a su garder le sourire et montrer les talents qu’il adore cacher. Et le meilleur pour la fin : Baptiste notre grand et puissant référent, avec une force de titan et malin comme un singe. même s’il nous fait la misère on l’aime quand même.

Merci à tous pour ce camp, merci d’être tout simplement vous.

Les Jeunes Cadets

2020-08-27T22:34:26+02:00

Camp d’été 2020 > les Cadets

Les Cadets

Cette année, pas de camping pour les KD’s mais plein de nouvelles expériences au rendez-vous !

Attaquer le camp avec 16 heures de marche ne fut pas la meilleure nouvelle pour les KD’s, et le réveil à 4 heures du matin non plus : certains croyaient même à une mauvaise blague des animateurs ! Mais il s’est avéré que nous avions embarqué une petite équipe de 22 marcheurs en herbe, finalement ravis de toucher la neige en plein mois de juillet… C’est là que nous avons vu se former un vrai petit groupe de KD’s : soudés bien comme il faut, toujours partants pour de nouvelles expériences, un brin taquins et, il faut l’avouer, râleurs par principe.

Mais que serait un grand camp sans activités diverses et variées ? Le paint-ball aura eu raison des quatre téméraires voulant affronter les animateurs – bien que Stan ait finalement reçu quelques balles – et le lac à 5 degrés et des poussières se souviendra de ces courageux baigneurs qui faillirent bien manquer la dernière descente du télésiège…

Et puis Orcières avec son fameux city, le hamac dans la salle à manger, le couloir propice au lancer de claquettes et la base nautique un peu pluvieuse…

En somme, les KD’s auront passé quinze jours plein de rebondissements avec le confort de la maison et le joyeux désordre d’une sacrée cohabitation.

Jeanne C.

2020-08-27T22:43:43+02:00

Camp d’été 2020 > les ‍Grands Cadets

Les Grands Cadets

(Sur l’air de Hallelujah de Léonard Cohen)

– GKD il est l’heure de vous remercier. Vous avez changé mes 8 dernières années. Je sais qu’on s’reverra mais vous allez me manquer.

– Vous avez grandi tellement vite. Que j’ai pas vu le temps partir. Vous êtes devenu si grands mes petit BJ.

Refrain : 

Merci à vous, à tous vos sourires

Vous m’avez donné, les plus beaux, merveilleux, souvenirs

– Fabio un garçon qui veut faire le dur. Mais je sais que tu as un cœur pur. Même si Angèle ne l’as pas vu avec ton Katcha.

– Jeanne toi tu es ma petite timide. Assume ce que tu es parce que moi je le sais. Que tu nous apportes toujours que des bienfaits.

– George t’es arrivé en GKD. À chaque camp tu as su nous faire rigoler. Avec tes blessures qui n’ont pas cessé de s’arrêter.

– Matteo des fois tu me casses les pieds. Mais je sais que tu essayes d’évoluer. En essayant de devenir plus mature.

– Zacharie ou Zach t’facon c’est le même gars. Un artiste dans l’âme je t’attends montre-moi. Tu restes toujours zen quelles que soient les galères.

– Maud toi tu as toujours un truc à dire. La pipelette du groupe même quand y’a le silence. Tu es attachiante mais je t’aime quand même.

Refrain

– Elora ton rire est encore dans ma tête. Il commence mais j’sais pas comment tu l’arrêtes. Continue à nous partager toute cette joie. 

– Julien askip c’est un handballeur. Mais j’l’ai pas vu dans son rôle d’acteur. Sauf quand tu doit te déguiser tu me fais rêver.

– Mayumi et Gloria les inséparables. Vous êtes venues tard mais vous avez votre place. Dans le groupe vous vous êtes fondues dans la masse.

– Violette tu seras toujours ma banane. Je sais qu’tu déteste smais j’aime te faire des vannes. Tu es grande en taille mais aussi en bordel aïe.

– Diego tu as toujours ton p’tit commentaire. Qui fait rire la galerie entière. En bonus la voix de canard et tes manières.

– Nayef un conseil fais plus d’trompoline. Malgré une jambe en moins tu gardes le sourire. Tu aimes toujours mettre l’ambiance en toute circonstances.

Refrain

– Siméon tu adores poser des questions. Et même porter des maillots bien moulants. Je sais maintenant que tu n’as pas peur d’être extravagant.

– Victor tu es notre petite mascotte. On t’aime comme tu est surtout garde la côte. Avec nous plus peur d’être dans les hauteurs.

– Antoni tu nous as un peu lâché. Cette année à l’Œuvre tu nous as bien manqué. Tu restes mon p’tit frère dont je serais toujours fière.

– Noah tu aimes envoyer des cris. Qui font sursauter mais font aussi partie. De ton personnage de manga qui vit en toi.

– Clea et Elisa je vous connais pas assez. Mais je sais que vous vous êtes bien intégrées. Même si ça a pris du temps vous êtes maintenant des GKD.

– Zoe tu aimes trop faire la tête. Même quand tu sais pas ce qui t’embête. Mais je sais aussi et surtout que tu es parfaite.

– Eliott, le chat, Toto ou Dory. Tu as été pendant 4 ans mon appui. Où on a passé des moments de folie. 

– Maya tu sais même si t’es pas là. Tu fais parti du trio crois-moi. Tu es absente physiquement mais pas moralement.

Eva

2020-08-27T22:44:07+02:00

Lettre du Villard – aout 2020

LETTRE DU VILLARD

Le Villard, le 16 août 2020

Bien cher ami,

Et voilà… Voilà que vous venez de partir et que nous devrons attendre longtemps encore le plaisir de partager avec vous un repas ou une promenade, de parler de tout et de rien, du temps qu’il fait ou qu’il fera, de la fraîcheur du soir ou de l’odeur des foins coupés. Longtemps… J’exagère, puisque vous avez promis de tout faire, malgré les risques de re-confinement, pour venir au Villard pour les vacances de Toussaint, mais, vous le constatez, comme beaucoup de gens âgés, nous attachons beaucoup d’importance au manque que nous éprouvons… Alors, la moindre absence prend la dimension de l’abandon ; je plaisante, bien sûr, mais à peine… Et puis… Est-ce vraiment le propre des seuls gens âgés d’être impatients ou envieux ?
En cette fin de vacances, me remontent en mémoire les dernières pages d’Un singe en hiver d’Antoine Blondin, qu’Henri Verneuil a porté à l’écran, comme on disait autrefois, avec Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo1. Je me demande si j’ai bien saisi le propos de Blondin, mais je ressens souvent avec un certain désarroi les moments de l’existence où se referme la perspective d’une vie entraperçue différente de celle qui est la nôtre. Quand j’étais enfant, la fin de l’été et de la liberté, dont les vacances étaient pour moi synonyme, me désespérait ; j’occultais tout autant ce que pouvaient avoir de banal ces derniers jours de vacances, que la joie de retrouver les amis et les jeux que nous allions partager. Cette vieille mule de docteur Esmenjaud, à qui j’ai récemment eu la faiblesse confier ces souvenirs, n’a rien trouvé de mieux à me dire que c’était là un signe avant-coureur incontestable du conservatisme qu’il s’autorise à voir en moi en toutes circonstances, la moindre perspective de changement, en quelque domaine que ce soit, me tétanisant, s’il faut l’en croire. Je lui ai laissé la responsabilité de son analyse, en lui faisant simplement remarquer que les vrais conservateurs ne sont pas nécessairement ceux qu’on croit en ce sens que les motivations de ceux qui poussent des appels frénétiques au changement ne sont peut-être pas très différentes de celles, cyniques, du personnage de Tancrède qui dans Le Guépard2 dit au prince Salina « si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ».
En évoquant cette aspiration au changement, ambiguë chez certains, me revient à l’esprit une conversation que nous avons eue, en revenant de notre cueillette au génépi, au sujet du dernier acte des dernières élections municipales et notamment du taux invraisemblable d’abstention. Nous nous demandions si la faiblesse de la mobilisation des électeurs n’était pas une réaction de protestation aux promesses électorales souvent non-tenues. Vous aviez alors émis l’hypothèse que ce ne sont pas les promesses non-tenues qui provoquent la désaffection des électeurs, mais leur prise de conscience des pesanteurs qui font que, désormais, rien ne peut plus évoluer de façon vraiment significative ; « alors, disiez-vous, on laisse aller ; le fatalisme a gagné les esprits ; on a bien vu que la Gauche, qui s’est convertie au néolibéralisme, n’a pu faire l’économie de politiques d’austérité et que la Droite ignore tout autant ses idées conservatrices que les aspirations à l’ordre de ses partisans. À quoi bon se déranger pour voter puisqu’au bout du compte, on nous sert le même brouet ? ». Le colonel Gastinel vous a fait remarquer que vous y alliez un peu fort car les inflexions même marginales des politiques ne devaient pas laisser indifférents les vrais pauvres et les vrais riches. Vous en aviez convenu, en insistant cependant sur le fait que le contexte international, les pesanteurs économiques, les préjugés, les mentalités, l’obsession du principe de précaution, les opinions qui saturent les « réseaux sociaux » et maintenant la terreur de la « cancel-culture »3 qui monte en puissance conduisent progressivement à paralyser la mise en œuvre de politiques volontaristes. Le colonel, peu convaincu, en était resté à l’idée que l’abstention est le marqueur de l’indifférence, l’électeur se comportant comme si le vote qui lui est demandé ne servait à rien, sans prendre en considération le contexte que vous aviez rappelé ; « sans doute, avait-il dit, si un jour apparaissait ce qui serait ressenti par le plus grand nombre comme une menace majeure, se mobiliserait-on ». J’avais alors noté qu’il était à craindre que cela soit alors trop tard, tant l’indifférence et l’asthénie auront eu le temps de nous calcifier.
J’ai rapporté quelques jours plus tard cette conversation à Me Beraud venu ce soir-là en voisin disputer une partie de boules au grand dam de sa femme (qui se désole que le seul golf de la vallée ne comporte que neuf trous, « et à quarante kilomètres du Villard ! », se plaint-elle). Sa réaction peut vous intéresser en ce sens qu’il s’est demandé si cette indifférence en matière de politique n’avait pas pour même ressort que l’indifférence en matière de religion. « Après tout, regardez, les gens ne vont pas plus à l’église qu’au bureau de vote » – « Mais encore ? » demanda Mimiquet qui faisait équipe ce jour-là avec le colonel. « Je veux dire, reprit Beraud, que nos contemporains ne paraissent pas plus attendre grand-chose du politique que de la religion, déçus qu’ils ont été dans leurs attentes. Notre société ronronne ; on acceptait d’aliéner une part de son indépendance contre un espoir de vie meilleure, mais, pour beaucoup, elle n’est pas venue. Et qui peut nous certifier que la désaffection n’est pas la même en matière de religion ? Je sais bien que la foi n’est pas réductible à la pratique religieuse, mais vous admettrez qu’une partie des gens qui se pressaient autrefois dans les églises attendaient de leurs dévotions une certaine efficacité, qu’il pleuve sur la terre asséchée, que la guerre cesse, que l’enfant guérisse, et derrière cela, que Dieu ne cède pas un pouce de terrain au Mal. Mais aujourd’hui, le peuple demande des comptes, de l’efficacité en quelque sorte, et il n’a pas encore compris que Dieu ne pouvait pas tout. » Mimiquet, conciliant, a remarqué que l’important n’était peut-être pas qu’on prenne des distances par rapport aux dévotions, mais de savoir pourquoi on n’éprouve plus le besoin d’être en relation avec Dieu, pourquoi on cesse d’être habité par la foi.
Me Beraud a poursuivi : « Les athées patentés triomphent ; à leurs yeux, le bon peuple qui allait à la messe et qui s’en détourne est libéré de l’aliénation. Il n’a plus besoin de Dieu ni de la religion pour expliquer ou justifier ceci ou cela. En ignorant ou en niant que Dieu puisse être différent de l’idée qu’il s’en faisait, ou qu’on a pu lui donner, il ne voit plus de raison de participer à la vie de l’Église. Il ne faut pas se voiler la face : souvenez-vous, dimanche dernier, à la messe célébrée par des prêtres en vacances, il n’y avait pas un habitant du hameau ! »
Le colonel qui reste optimiste, pensait qu’avec des hauts et des bas, l’Église est portée depuis des siècles par la relation d’amour et de confiance qu’elle vit avec Dieu, mais Me Beraud ne démordait pas de son idée qu’on ne peut se voiler la face devant les signes de désaffection qui traduisent l’indifférence, antichambre de l’incroyance, c’est-à-dire du désespoir. Nous avons terminé la partie un peu tristes. Je ne suis pas sûr que tout soit aussi tranché ; peut-être avez-vous, vous qui vivez dans de plus vastes communautés, une vision plus large.
J’ai profité de la présence de Mimiquet pour obtenir son accord pour ranger les trois stères de chêne et de charme que Charpenel vient de livrer ; il doit vous envoyer directement la facture. J’espère, sans trop y croire, que lorsque vous viendrez au Villard, nous ne serons plus obligés de nous affubler de ce groin auquel je ne peux pas m’habituer et qu’il faudra bien un jour abandonner, sauf à admettre de chambouler toutes les relations humaines.
Je souhaite que la rentrée de vos enfants et votre reprise professionnelle ne rencontrent pas de trop grandes difficultés et je vous assure de nos fidèles et amicales pensées.

P. Deladret

  1. Un singe en hiver, roman d’Antoine Blondin, 1959 , La Table ronde, 274 pages.
  2. Le Guépard, roman de Giuseppe Tomaso di Lampedusa , 1959, Le Seuil, 256 pages, qui a inspiré le film de Lucchino Visconti en 1963
  3. Cancel culture : procédé de dénonciation publique (ex MeToo), visant à l’élimination d’une personne, analysé parfois comme une forme d’auto-justice sans débat contradictoire, avec le risque d’intolérance d’opinions divergentes.
2020-12-18T08:51:33+01:00

Édito septembre 2020 > La fraternité

Depuis le début de cette année de célébration du bicentenaire de l’installation de l’Œuvre à la rue St-Savournin, je vous propose d’approfondir la mission et le rôle de notre institution. Dans les précédentes livraisons de Notre Écho de 2020 nous avons insisté sur les rôles éducatif et spirituel de l’Œuvre en tant que lieu de vie qui aide les jeunes à comprendre le sens de leur vie, à discerner leur vocation, à grandir dans la liberté pour savoir prendre des responsabilités. Dans ce numéro de septembre, nous abordons un thème central, celui de la fraternité.

Vivre ensemble

Tous ceux qui ont fréquenté l’Œuvre témoignent que c’est un lieu de partage et de vie fraternelle qui les a marqués. Les amitiés nouées à St-Sa durent souvent longtemps et parfois même toute une vie. Il n’est qu’à voir la joie des anciens ravis de se retrouver lors des grandes fêtes de la maison, et qui disent combien la fraternité découverte lors des années passées à l’Œuvre et pendant les camps les accompagne encore dans leur vie d’adulte. Avant les leçons de vie apprises à l’Œuvre, avant les catéchèses ou les homélies, ce qui marque son empreinte dans la vie des jeunes c’est ce qu’ils vivent concrètement avec les autres. C’est lorsque l’expérience est forte et enrichissante que les mots peuvent venir  expliquer ce qui a été vécu et pour structurer une pensée qui aide à comprendre le véritable sens de la vie. Les grands discours ne servent à rien s’ils ne sont pas en cohérence avec la mise en pratique de la fraternité. C’est l’exigence qui anime tous ceux qui s’engagent au service des jeunes.

Frères universels

La vie fraternelle se fonde sur une conception de l’existence humaine particulière et qu’il nous faut expliciter. Si nous parlons de fraternité, c’est parce que nous nous considérons comme des sœurs et des frères, membres d’une même famille. Pour nous qui sommes chrétiens et qui accompagnons les jeunes dans le chemin d’une existence qui se fonde sur le Christ, la fraternité est la conséquence de l’incarnation de Dieu en Jésus. Le divin se fait tellement proche de l’humain qu’il se fait l’un de nous. Dieu devient notre frère en Jésus, et il partage toute notre vie. Il vient rencontrer tout le monde, sans aucune limite ni restriction. Personne n’est exclu de la rencontre, pas même les mal-vus, les miséreux, les méprisés, les petits. Il vient au plus bas, il se fait très petit, très humble, pour que personne ne puisse se sentir rejeté ou indigne de la rencontre. Il se fait frère universel et nous invite à devenir à notre tour des frères universels.

Double mouvement

La vie à l’Œuvre, comme dans tout lieu d’Église, est comparable à une respiration, avec deux mouvements indissociables, inspiration / expiration : relation à Dieu, relation aux autres. Les deux s’alimentent, s’éclairent, se conjuguent. « Ici on joue, ici on prie ». Plus nous comprenons qui est Dieu et ce qu’il vient vivre avec l’humanité, plus nous arrivons à nous aimer les uns les autres. Plus nous célébrons et prions Dieu, plus nous arrivons à mettre en pratique joyeusement les exigences d’une vie authentiquement chrétienne. Plus nous rencontrons les autres avec liberté et confiance, plus nous comprenons et expérimentons dans notre chair le projet de Dieu. Plus nous vivons la fraternité, plus nous nous approchons de Dieu. Plus nous nous nourrissons de l’énergie qui vient de Dieu, plus nous arrivons à mettre l’amour dans notre vie. Il n’y a pas d’ordre pour vivre ce double mouvement vital. Pour certains la porte d’entrée se trouve dans la prière ou l’étude des écritures, pour d’autres c’est la solidarité, le soin des plus pauvres ou l’expérience de la vie en collectivité, pour certain c’est un événement, un choix déterminant à poser, pour d’autres un déclic intellectuel. Dans chacune de nos vies il y a des étapes et des dispositions diverses selon ce que nous vivons. À un moment de notre vie ce qui primera sera l’expérience, à un autre moment ce sera la réflexion, à un autre la spiritualité… Qu’importe, il n’y a pas de chemin tout tracé ou de passage obligé.

Signe et moyen

La vie fraternelle est donc à la fois le moyen et le signe de notre vie chrétienne. Le moyen lorsque c’est l’expérience de l’amour partagé qui nous donne de comprendre ce qui fonde une vie authentiquement humaine et chrétienne. Le signe lorsque c’est pour nous la conséquence et la mise en pratique d’une compréhension renouvelée de la Bonne nouvelle révélée par Dieu en Jésus Christ. En tout état de cause, un critère de discernement pour savoir si nous sommes sur la bonne voie dans notre réflexion au sujet du sens de la vie réside dans le lien indissoluble entre vie spirituelle et vie fraternelle. Pour le dire autrement, le chrétien est celui qui se sait aimé et qui sait aimer.

Olivier

2020-08-27T19:03:18+02:00

L’Évangile du mois de septembre 2020

Proclamé le 6 septembre, l’Évangile de ce mois sera le 23e dimanche du temps ordinaire. Nous célébrerons à cette occasion les baptêmes des jeunes de l’œuvre et des adultes qui devaient avoir lieu lors de la nuit de Pâques et qui ont été reportés à cause de la crise sanitaire.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Si ton frère a péché, va le reprendre toi seul avec lui. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes de façon que toute l’affaire se règle en présence de deux ou trois témoins. S’il ne les écoute pas, dis-le à l’Église, et s’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit désormais pour toi comme un païen ou un publicain.
En vérité je vous le dis : tout ce que vous liez ici sur terre sera lié dans le ciel, et ce que vous déliez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis également que si deux d’entre vous se mettent d’accord ici, sur terre, pour demander quoi que ce soit, mon Père dans les cieux fera qu’ils l’obtiennent. Car dès que deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux.

Le contexte
Cet extrait nous propose une partie du quatrième discours de Jésus qui aborde la question du pardon. La communauté devra s’organiser après le départ de Jésus lorsque des tensions inévitables apparaitront. Il leur donne quelques indications valables aussi pour nous.

Progressivité
Jésus enseigne que si un frère commet une faute contre moi, s’il m’offense, je dois user de charité envers lui et, avant tout, lui parler personnellement, en lui expliquant que ce qu’il a dit ou fait n’est pas bon. Et s’il ne m’écoute pas ? Jésus suggère une intervention progressive : d’abord, retourner lui parler avec deux ou trois personnes, afin qu’il soit plus conscient de l’erreur qu’il a faite ; s’il persiste, le dire à la communauté ; et à la fin, il faut lui faire percevoir la fracture et la séparation qu’il a provoquées, en diminuant la communion avec ses frères dans la foi.
Les étapes de cet itinéraire indiquent l’effort que le Seigneur demande à la communauté pour accompagner celui qui se trompe, afin qu’il ne se perde pas. Il faut d’abord éviter le bruit des faits divers et le potin de la communauté – c’est la première chose, éviter cela. Cette attitude est faite de délicatesse, de prudence, d’humilité, d’attention à l’égard de celui qui a commis une faute, en évitant que les paroles blessent et tuent le frère. Car, on le sait d’expérience, les paroles aussi peuvent faire très mal ! Quand je médis, quand je fais une critique injuste, je blesse très profondément mon frère.

Discrétion
Lui parler seul à seul permet de ne pas impressionner inutilement le pécheur. C’est à la lumière de cette exigence que se comprend aussi la suite qui prévoit l’implication de quelques témoins, puis de la communauté. Le but est d’aider la personne à se rendre compte de ce qu’elle a fait, et que par sa faute elle a offensé non seulement une personne, mais tous. Le but est aussi de nous aider à nous libérer de la colère ou du ressentiment, qui ne font que du mal.

Tous pécheurs
En réalité, devant Dieu nous sommes tous pécheurs et nous avons besoin du pardon. Tous. Jésus en effet nous a dit de ne pas juger. La correction fraternelle est un aspect de l’amour et de la communion qui doit régner dans toute communauté chrétienne, c’est un service réciproque que nous pouvons et devons nous rendre les uns aux autres. Corriger le frère est un service, qui n’est possible et efficace que si chacun se reconnaît pécheur et reconnaît qu’il a besoin du pardon du Seigneur. La même conscience qui me fait reconnaître la faute de l’autre, me rappelle d’abord que j’ai moi-même fait des fautes et que je fais si souvent des fautes.
Au début de la Messe, nous sommes invités à reconnaître devant le Seigneur que nous sommes pécheurs, en exprimant par les paroles et par les gestes le repentir sincère du cœur. Et nous disons : « Aie pitié de moi, Seigneur. Je suis pécheur ! » Nous ne disons pas : « Seigneur, aie pitié de celui-là qui est à côté de moi qui est pécheur ». Tous nous avons besoin du pardon du Seigneur. C’est l’Esprit-Saint qui parle à notre esprit et nous fait reconnaître nos fautes à la lumière de la parole de Jésus. Nous devons toujours nous rappeler cela.

Je suis là au milieu de vous
Jésus est présent lorsque se renouent les liens entre deux personnes. Lorsque ensemble, nous prenons la décision d’aller l’un vers l’autre pour le bien de la communauté, Jésus est là et nous soutient. La démarche quoique délicate nous relie au Christ.

Didier Rocca

Le mot du jour : Deux ou trois

Dans cet extrait d’Évangile ou dans d’autres, l’auteur sacré insiste sur la présence de « deux ou trois » témoins. Pourquoi donc ? Dans la loi juive, pour qu’un témoignage soit validé, il faut absolument qu’il soit prononcé par « deux ou trois » personnes. Seul le témoignage de Dieu ou du Christ ne nécessite pas d’autres témoins.

2020-08-27T19:54:10+02:00

Lettre du Villard – mai 2020

LETTRE DU VILLARD

Le Villard, le 20 mai 2020

Mon cher,

Votre dernière lettre nous confirme dans l’idée que la période de confinement qu’a subie votre famille n’a pas été trop difficile à vivre et que les rites que vous aviez choisis avaient du bon pour éviter que le temps que vous ne trouviez pas à valoriser comme à l’ordinaire ne soit du temps évaporé.

À entendre Mimiquet qui, dès le 11 mai, est monté de la vallée pour nous faire causette, un pan entier de la société des gens prétendument rassis, disons de notre âge, est retombé sinon en enfance, du moins en adolescence, les gens passant le plus clair de leur temps à jouer avec leur téléphone pour échanger des plaisanteries. On dit communément que la nature a horreur du vide et l’expérience est là pour montrer que bien souvent nous ne résistons pas à la tentation de nous livrer à des activités « occupationnelles », comme on dit maintenant, pour « passer le temps » quand ce n’est pas pour le « tuer ». Ceci dit, comme l’a souligné le Pape, qui sommes-nous pour juger ? Que telle activité est plus noble qu’une autre ? Quelle aune prendre ? L’utilité sociale, peut-être. Ce qui n’empêche pas que l’activité de certains bénévoles relève parfois aussi de l’« occupationnel ». Qu’importe ; restons-en aux effets, aux actes et non à ce qui a pu les motiver. Si l’Enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions, le Ciel est sans nul doute constellé d’étoiles qui ne s’attendaient pas à s’y trouver.

Les gens qui ont un peu d’expérience ne mésestiment pas la vertu éducative du « temps vide », de l’ennui, qui conduit ceux qui y sont confrontés à développer leur imagination et leur réflexion, du moins lorsque l’individu a quelques dispositions en ces domaines. N’est-ce pas ce que nous avons connu dans notre enfance, lorsque nous ne voyions plus la fin des « grandes vacances » ? Au rebours de ce que pensent bien des parents, laisser un enfant (un peu) s’ennuyer en veillant discrètement à ce qu’il (ne) fait (pas), n’est pas de la maltraitance mais de la bienveillance.

Vous me rappelez d’ailleurs que, dans un domaine parallèle, cette perspective de ne plus avoir « rien à faire » a effrayé le colonel Gastinel lorsque le moment est venu pour lui de prendre sa retraite. Je me souviens de lui avoir dit qu’il allait passer de la vie subie à la vie choisie mais cela ne le tranquillisait pas pour autant. Sans doute son travail ne lui était-il pas cause d’une souffrance particulière. Ou, du moins, d’une souffrance qui, dans la balance, pesait moins lourd que la crainte de l’ennui de ne plus avoir d’obligation professionnelle. Rassurez-vous, il s’est bien accommodé de cet état.

Mimiquet, que je soupçonne de s’être adonné sans trop de réserve à ce cancanage qu’il stigmatise, relève à juste titre qu’on ne peut être en permanence occupé des seules choses de l’esprit. Je ne peux qu’être de son avis, en relevant cependant que certains comportements donnent à penser que tout le monde ne paraît pas trop voir la raison de se poser la question.

Nous verrons bien, dans les semaines qui viennent, si l’élargissement progressif du déconfinement annoncé va produire des effets en ce domaine. Nous entrons en effet dans une période dont l’observation devrait être passionnante. L’image qui me vient à l’esprit est celle de la débâcle, non de celle de 1940, mais de celle de la banquise ; tout ce qui était figé s’en va çà et là, sans qu’on puisse prévoir ce qui peut advenir. Le monde sera-t-il meilleur ou sera-t-il pire ? Les réponses qu’on est tenté d’apporter dépendent moins de la raison, inopérante en la matière, que du système hépatique ; je veux dire par là qu’il y a des gens qui, comme on dit, « se font de la bile » et d’autres non. Il y a ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités et qui ne voient pas de raison pour s’encombrer des expériences du passé. Mais il y a aussi ceux qui considèrent que si les choses sont ce qu’elles sont ce n’est pas sans raison. D’autres encore sont dans l’incantation et se complaisent avec les œillères qu’ils se sont données.

L’expérience des mois passés et des multiples pronostics contradictoires qui nous ont été livrés devraient nous conduire à être particulièrement prudents. Aucun État n’a su que faire et tous ont improvisé, avec leur culture. On ne reprochera pas sans mauvaise foi aux politiques de ne pas avoir trouvé de parade à un mal dont on ne sait toujours rien. Me Beraud, avec qui nous avons repris quelques relations distantes et qui nous rejoint pour le café sur le balcon, abonde dans ce sens mais considère qu’il aurait mieux valu qu’ils tiennent un langage de vérité, qu’ils disent qu’ils ne savaient pas ce à quoi nous étions affrontés et qu’ils allaient faire au mieux, non seulement avec les moyens du bord mais aussi avec ceux qu’ils n’ont pas, puisque c’est avec les impôts qu’on va prélever sur les contribuables payant l’impôt1 qu’on va essayer de rembourser les dettes ainsi accumulées. Gastinel, qui partageait ce jour-là notre conversation, lui a remontré qu’une telle franchise aurait été insupportable dans un pays comme le nôtre, où la surenchère démagogique est le moteur de la vie politique et la recherche du consensus une tare inavouable. Nous n’étions pas, et nous ne sommes pas plus, prêts à accepter la vérité, d’autant plus qu’après des mois de recherches nous avons l’impression qu’elle court devant nous en nous fuyant.

On ne peut, non plus, écarter le risque que les pouvoirs publics ne reçoivent un choc en retour car le fait d’avoir essayé de donner à penser qu’ils savaient ce qu’ils faisaient ou disaient, dans un domaine où ils ne savaient pas grand-chose, a sans doute sapé la confiance minimale dont ils bénéficient en bien d’autres domaines : qui peut dire que les orientations économiques, militaires, culturelles, et j’en passe, qui sont présentées aux différentes démocraties (les dictatures n’ont pas ce genre de problème) ne sont pas décidées dans un contexte d’aussi grande incertitude ? La France a connu suffisamment de défaites militaires pour être un tant soit peu concernée par la question. Que dire des politiques économiques dont on nous affirmait qu’elles allaient apporter la prospérité et le plein-emploi ? J’espère que ceux qui avançaient cela y croyaient un peu… Et que dire de ceux qui veulent plus (ou moins) d’Europe ? En ignorant tout ce que cela peut donner. Dans le courant du xxe siècle, on a tenté de nous convaincre que la complexité de ce qui constituait l’action gouvernementale ne pouvait être laissée à de braves citoyens élus du peuple, qui n’avaient du bien commun qu’une aspiration, non une expérience. C’est ainsi que l’idée de gouvernements de technocrates a fait son chemin jusqu’à ce qu’on en voie, notamment dans la crise sanitaire actuelle, les limites mais aussi les aspects suicidaires. La liberté de parole inhérente à la démocratie permet à chacun d’exprimer ses doutes ; il serait tragique qu’on glisse du doute ponctuel à une suspicion généralisée.

Notre ami notaire m’a cité, à propos de cette crise, un adage de l’ancien droit dont la force réside notamment dans la concision : « La bonne foi n’exclut pas l’impéritie »2. Ce que nous vivons confirme la pertinence de l’adage mais ne nous assure pas, mais alors pas du tout, que d’autres auraient eu les aptitudes voulues dans les circonstances actuelles. Il faut donc être humble. À Gastinel, qui est un enthousiaste, qui est prêt à faire confiance à ceux qui lui disent ce qu’il aime entendre et à tenter le saut dans l’inconnu, j’ai cité Saint Exupéry : « Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas »3. Et je lui ai rappelé que l’Histoire ne montre pas que les révolutions aient apporté aux peuples les bonheurs que leurs auteurs leur promettaient. Comme je disais qu’à mes yeux la seule façon honnête de vivre était, que l’on soit chrétien ou non, de se comporter en hommes de bonne volonté, au sens où l’entend l’Évangile, cela a eu le don de l’exaspérer : « Ce ne sont que prêchi-prêcha » a-t-il fulminé en déposant sa tasse.

Heureusement, Mimiquet était là et a fait diversion en me demandant s’il devait faucher votre pré. Je me suis cru autorisé implicitement à l’inviter à le faire. J’espère que vous pourrez prochainement nous confirmer que vous venez passer vos vacances au Villard ; ce sera pure charité de votre part car avec le confinement nous tournons toujours plus en rond et nous craignons de ne pouvoir soutenir une conversation avec votre famille.

Croyez en nos pensées les plus amicales.

P. Deladret

  1. 16 sur 38 millions de foyers fiscaux.
  2. Impéritie : manque d’aptitude.
  3. Terre des hommes, 1938.
2020-12-18T08:51:18+01:00

Édito juin 2020 > Responsabiliser

Parmi les missions éducatives de l’Œuvre, la prise de responsabilité a une place de choix. Dès que cela est possible, les jeunes sont invités à être responsables. Cela commence par la responsabilité personnelle, l’autonomie, puis une étape supplémentaire est rapidement mise en œuvre, à savoir la responsabilité vis-à-vis des autres, dans le service, la participation aux tâches quotidiennes, l’organisation d’activités, la prise d’initiatives. Depuis la création de l’Œuvre par Jean-Joseph Allemand, cette notion a été primordiale, sans doute parce qu’elle est un fondement de la construction de la personne et qu’elle permet de grandir dans la confiance et dans la foi. Très tôt dans l’histoire de l’Œuvre, les grands ont eu la charge des plus jeunes.

La confiance

Pour prendre des responsabilités il est nécessaire de grandir dans la confiance, qui est d’abord reçue. Ce sont les autres qui expriment par leurs paroles et leurs actes qu’ils croient en nous. Ce regard encourageant et bienveillant permet de croire en soi et d’être capable de répondre de ses actes en assumant des responsabilités. C’est ce qui fonde une grande partie du travail éducatif : faire comprendre à la personne qu’elle est capable, qu’elle peut réussir, que l’on croit en elle et qu’elle peut s’engager au service des autres. Nous savons bien que la confiance donne des ailes et nous permet de réaliser ce qui aurait paru impossible si nous n’avions pas été encouragés. Si l’on ne faisait pas comprendre à l’enfant que l’on croit qu’il est capable de marcher ou de faire du vélo, il s’arrêterait à la première chute en pensant que ce n’est pas dans ses capacités et qu’il n’est pas fait pour cela. Dans tous les apprentissages nous avons besoin du regard des autres et de leurs encouragements. Avant que la confiance soit intériorisée nous avons besoin de la recevoir des autres.

La foi

Dans un registre plus spirituel on emploie un terme qui a la même racine que la confiance : la foi. Nous exprimons par cela que nous fondons notre vie sur l’invisible, sur ce qui n’est pas palpable ou matériellement prouvé. Combien de femmes et d’hommes ont réalisé des merveilles en s’appuyant sur leur foi… Sans avoir de certitude, ils ont pris des risques, ils se sont engagés dans des missions qui paraissaient folles ou impossibles et ont accompli des œuvres extraordinaires. De manière paradoxale, nous constatons que cette dimension de la foi est dans la nature humaine. Même hors du registre religieux : la vie amoureuse se fonde sur ce qui est invisible pour les yeux. On ne peut pas vérifier l’amour matériellement, c’est un sentiment, une émotion, une énergie qui donne la force de poser des actes. Et Dieu sait combien l’amour est le moteur de l’existence. Dans la religion, la foi est aussi à recevoir de la part de Dieu qui exprime qu’il croit en l’humanité, qu’il ne désespère jamais de l’homme, qu’il le sait capable de se relever et de faire les bons choix. Jésus, à l’occasion de toutes ses rencontres, n’enferme jamais l’homme dans son péché mais lui offre le pardon et la guérison, une promesse d’avenir.

La responsabilité

Le responsabilité est le fruit d’une éducation qui a posé de bonnes fondations afin que le jeune soit capable de répondre non seulement de ses propres actes mais aussi de l’existence des autres. Cela peut être vertigineux, par exemple lorsque l’on est parent et que l’on se sait responsable de la vie d’une personne qui n’existait pas avant qu’elle soit conçue par notre désir d’amour et de vie… Je crois que d’une manière moins impressionnante mais tout aussi belle les animateurs vivent cette expérience de la responsabilité lorsqu’ils accompagnent les jeunes dans les années de leur croissance à l’Œuvre. L’éducateur responsable aide à grandir les autres et ce faisant il poursuit sa propre maturation, c’est non seulement vertigineux mais surtout merveilleux ! Savoir répondre de soi, de ses actes et des autres, c’est cela la responsabilité. C’est une manière de nous ouvrir à ce que l’Église appelle la « communion des saints » : nous ne sommes pas des être isolés dans des bulles, comme cela a été imposé à beaucoup d’entre nous durant le confinement, nous sommes des personnes reliées, nourries par les relations, responsables de nous-mêmes et de ce que nous nous donnons les uns aux autres

Olivier

2020-05-30T09:05:02+02:00

L’Évangile du mois de juin 2020

L’Évangile de ce mois sera proclamé le 14 juin prochain à l’occasion de la journée familiale qui devrait avoir lieu à Carabelle.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Après la multiplication des pains, Jésus dit à la foule : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et ce pain que je donnerai, c’est ma chair livrée pour la vie du monde ». Les Juifs commencèrent à se diviser. Ils disaient : « Cet homme va-t-il nous donner à manger de la chair ? » Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang vit de vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment une boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même que je vis par le Père, car le Père qui m’a envoyé est vivant, de la même façon celui qui me mange vivra par moi. Voici le pain qui est descendu du ciel. Ce ne sera pas comme pour vos pères qui ont mangé, et ensuite ils sont morts : celui qui mange ce pain vivra pour toujours. »

La réception de ces paroles…

À la suite de ce discours, de nombreuses personnes ont cessé de suivre Jésus. Ce qu’il disait était inacceptable. Alors, il s’est retourné vers les Douze et il leur a demandé s’ils voulaient partir. C’est à ce moment-là que Pierre a répondu : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ».

La chair à manger ?

Comme les contemporains de Jésus, nous pouvons aussi nous interroger : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » Même avec du recul, « manger Jésus » reste une question. Sa présence dans ce bout de pain reste délicate à saisir et à exprimer. Pour s’en convaincre, il suffit d’essayer d’en parler autour de nous, en particulier à ceux qui ne partagent pas notre foi. D’ailleurs, ce n’est pas un petit paradoxe : les paroles que nous adresse Jésus semblent incompréhensibles et pourtant elles nous font vivre. Comment donc s’en sortir ? Il nous faut suivre le chemin de Pierre. Vivre de ces paroles, les laisser pénétrer en nous sans d’abord vouloir les expliquer ; autrement dit, pour comprendre l’Eucharistie, il faut avant tout la vivre, en vivre et laisser l’Esprit nous faire saisir peu à peu ce qu’elle est vraiment. Que cela ne nous empêche pas d’aller plus avant dans ce texte…

La vie…

Le mot « vie » avec ses dérivés revient souvent dans ce passage : « Je suis le pain vivant », « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement », « le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Que peut-on dire de cette vie dont nous parle Jésus ? Elle est d’abord un cadeau, cette vie est un don, elle nous est offerte par grâce. Cette vie que Jésus nous donne nous rend vivants, elle nous transforme en être vivant, en être capable de donner, de se donner et même de pardonner. 

Carburant hebdomadaire

Si au jour de notre baptême, nous avons reçu la vie de Dieu en nous, celle-ci a besoin d’un carburant qui pourra permettre à cette vie divine de s’exprimer dans notre vie quotidienne. Jésus en parle en termes de nourriture et de boisson. De la même manière que sans eau et sans alimentation, la vie humaine n’est pas possible au simple sens biologique, sans le corps et le sang du Christ reçus lors de la messe, notre vie spirituelle meurt peu à peu. Cette nourriture est absolument vitale. La communion, c’est notre pain pour la route.

Communion et confinement…

Ces derniers mois, nombreux ont été ceux qui ont été privés de la communion. S’ils n’ont pas pu communier concrètement parce que cela leur était interdit, ils ont pu vivre cette communion dans leur cœur. On appelle cela la communion de désir. C’est un peu comme lorsque ne pouvant pas embrasser la personne aimée parce qu’elle est en voyage ou absente, on lui envoie une lettre ou un message. Heureusement, cela est exceptionnel. Mais ce jeûne eucharistique forcé est un rappel pour chacun d’entre nous de réaliser son importance.

Didier Rocca
Monsieur de l’Œuvre

Le mot du jour : Vie

Ce mot désigne à la fois l’état de celui qui possède de la vitalité, ou qui est animé mais aussi et surtout dans le contexte de cet évangile la plénitude absolue de Vie, la Vie vouée à Dieu, bénie, même dans ce monde, pour ceux qui mettent leur confiance en Christ.

2020-05-30T09:48:21+02:00

Édito mai 2020 > Promouvoir la liberté

Parmi les objectifs de la mission de l’Œuvre et de la pédagogie mis en pratique dans nos maisons, il y a la promotion de la liberté. Avec les semaines de confinement que nous vivons, privation de liberté parfois difficile à supporter, nous avons sans doute une meilleur compréhension de la chance que nous avons d’être libres. Ce n’est pas l’apanage de l’Œuvre de promouvoir la liberté, puisque tout acte éducatif doit avoir pour but d’aider les personnes à découvrir ce que c’est qu’être libre. Dans le cadre de l’année du bicentenaire de l’installation de l’Œuvre à St-Sa, nous poursuivons notre réflexion sur notre mission.

Qu’est-ce que la liberté ? Si l’on croit que la liberté consiste à faire tout ce qu’on veut, alors on risque d’aboutir à promouvoir le caprice et le nombrilisme. En effet, tout ce que l’on veut n’est pas toujours bon, ni pour nous ni pour les autres. Il y a des pratiques, des consommations ou des activités qui sont attirantes, qui procurent une certaine jouissance, qui sont fascinantes, et qui cependant sont dangereuses. Si nous écoutons toujours nos envies nous risquons de devenir esclaves de nos pulsions, ce qui est l’inverse de la liberté. Promouvoir la liberté consiste à éduquer les jeunes pour qu’ils sachent discerner ce qui est bon pour eux et pour ceux qui les entourent, et pour qu’il se donnent les moyens de découvrir quel est leur réel désir.

Savoir faire des choix

Être libre, ce n’est pas faire tout ce qu’on veut mais c’est savoir choisir. Une image peut nous aider : dans un rond-point il y a le choix entre plusieurs routes. La liberté peut être comprise comme la possibilité offerte de toutes ces directions multiples, et elle serait amoindrie si l’on faisait un choix, puisqu’il faudrait renoncer aux autres routes possibles ;  « être libre » nous inciterait à « tourner en rond » avec la fausse satisfaction d’avoir toujours autant de possibilités devant nous. Il est une autre conception de la liberté : c’est la capacité de faire un choix et donc de renoncer, en connaissance de cause et en se donnant les moyens de discerner pour faire le meilleur choix possible. Il y a un paradoxe apparent dans cette conception, car être libre c’est savoir choisir, et donc accepter de renoncer à une part de liberté.

Oser s’engager

Lorsque l’on fait un choix réfléchi, on s’engage totalement, sans regret, avec tout son être, en se donnant les moyens de la réussite. Il n’est pire erreur que de prendre un chemin et de passer son temps à regretter les autres voies possibles, cette attitude est vouée à l’échec. La tentation de penser que « l’herbe est plus verte dans le pré du voisin » est grande ; c’est une illusion car, vues de loin, les choses peuvent sembler plus faciles alors que la réalité n’est jamais idéale. La seule manière de dépasser les crises, c’est de les traverser et de regarder en avant. Mais cela ne doit pas être un dogme…

Le droit à l’erreur

Cette compréhension de la liberté peut faire peur car lorsqu’on emprunte une voie on tourne le dos à d’autre chemins possibles. Que se passe-t-il si l’on se rend compte que l’on fait fausse route ? Il est évident que tenir coûte que coûte alors que l’on va droit dans un mur est dangereux. Parfois il faut avoir la lucidité de comprendre qu’il faut changer de voie, que l’on s’est trompé, que la route que l’on suit n’est pas une autoroute mais un sentier qui se trace au fur et à mesure de l’avancée et qu’il faut redresser la barre ou carrément changer de direction. Il ne s’agit pas de tout remettre en cause à la moindre difficulté ou à la moindre crise, mais il faut savoir prendre du recul pour regarder l’itinéraire de notre vie et discerner si la direction prise est toujours la bonne. Il n’est jamais trop tard pour se convertir.

Éduquer à la liberté

Chaque vie est unique. « Il est du devoir de chacun de prendre en considération qu’il est au monde unique en son genre et qu’aucun homme pareil à lui n’a existé dans le monde car, si un homme pareil à lui avait déjà existé dans le monde, il n’aurait pas lieu d’être au monde », dit Martin Buber. La mission de l’Œuvre est d’éduquer à la liberté. Expression qui peut paraître étrange si l’on réduit l’éducation à l’apprentissage ou à l’imitation. Mais en réalité l’éducation vise à faire grandir l’autre pour qu’il advienne à sa véritable personnalité, car personne n’a de modèle à imiter. Disciples du Christ, nous sommes invité à veiller à ce que tous ceux que nous rencontrons grandissent en liberté.

Olivier

2020-04-30T20:46:35+02:00