Spiritualité

Édito Mars 2022 > Le péché

Le temps du carême est souvent associé à la conversion et à la notion de péché. Il ne peut se réduire à cela car il est aussi un temps de joie et de retour sur soi pour que nous ne passions pas à côté de l’essentiel dans notre vie. Mais je voudrais en profiter pour insister sur l’attitude que les chrétiens peuvent avoir vis-à-vis du péché.

Pardon

Trop souvent, on parle de culpabilité judéo-chrétienne au sujet de cette notion, alors que réduire le message chrétien à du moralisme revient à le dévoyer. Il est évident que les croyants sont invités à avoir une vie bonne, et donc à lutter contre les compromis avec le mal, mais ce n’est pas l’apanage des religions que de prôner la morale et le bien-vivre ensemble. Tout système de vie collective, toute institution invite à la vie bonne, à la justice et à l’honnêteté. Donc si les religions parlent du mal, c’est avec une particularité : la notion du pardon et du relèvement après la chute. Nous découvrons cela tout au long de l’itinéraire du peuple juif accompagné par Dieu qui n’a de cesse de le remettre sur le droit chemin malgré ses égarements, ses erreurs et ses trahisons. Dans la Bible on découvre comment Dieu ne rompt jamais l’alliance alors que le peuple hébreu lui tourne le dos régulièrement et s’obstine à ne pas lui obéir. Le désir de Dieu n’est pas de punir mais de redresser, de remettre sur le droit chemin, et il passe par les prophètes pour mettre en œuvre cette relation avec le peuple élu. Le Christ aussi s’est fait proche des personnes qui étaient loin du droit chemin de la morale juive. Il a partagé leur vie, il a vécu à leur hauteur, il leur a montré que Dieu les aimait de manière inconditionnée et qu’il ne les rejetait pas. Si Jésus parle aux pécheurs et aborde souvent la question du mal, c’est pour mieux combattre le péché et libérer l’homme afin qu’il reprenne sa vie en main.

Liberté

Il peut sembler parfois que nous sommes obsédés par le mal, alors que si nous en parlons, c’est pour le combattre et parce que nous voulons que le bien, le bon et le beau l’emportent dans notre vie. Et pour cela nous devons regarder notre vie en vérité car le péché est ce qui nous défigure, ce qui empêche notre authentique visage d’apparaître au grand jour, et surtout à nos propres yeux. C’est l’écran qui nous sépare de ce que nous sommes appelés à devenir, chaque jour. Nous pouvons faire la comparaison avec le médecin qui s’intéresse aux maladies non par amour des virus, des microbes, des cancers ou des traumatismes, mais pour les combattre et parce que son objectif est de préserver ou faire recouvrer la santé. Ou encore la personne chargée du nettoyage d’un lieu : elle n’est pas passionnée par la saleté mais doit la prendre en compte pour s’en débarrasser. Il en est de même pour le péché. Si nous l’évoquons, si nous en parlons, ce n’est parce qu’il nous intéresse ou que nous en faisons une obsession, mais c’est pour le combattre et nous en libérer.

Accompagner

Sans doute devrions-nous être plus attentifs à notre manière d’évoquer ces questions sensibles. Les personnes que nous rencontrons sont parfois porteuses de fardeaux de culpabilité qui les empêchent d’avancer. Lorsque nous ajoutons du poids sur leurs épaules, nous ne les aidons pas et nous ne sommes pas fidèles au Christ. Si l’Église a un rôle à jouer pour accompagner les personnes qui traversent des périodes douloureuses, ce n’est pas en ajoutant de la culpabilité, mais en soulageant. Nous avons tous des exemples de personnes qui pensent qu’elles sont rejetées par Dieu parce qu’elle n’ont pas suivi la « bonne morale chrétienne ». Elles se sentent jugées et condamnées, alors que personne ne peut s’arroger le droit de condamner un autre individu. On peut juger des actes et des faits, mais la personne ne se réduit pas à ses actes ni à ses gestes. Jésus a critiqué des attitudes, mais il n’a jamais rejeté ou condamné quelqu’un. Si le Christ, Dieu incarné, ne l’a pas fait, comment l’Église, constituée d’hommes pécheurs, pourrait-elle se le permettre ? Elle commettrait un blasphème !

Humilité

C’est avec une immense humilité que nous devrions poser un regard sur l’existence des autres, car nous ne sommes pas meilleurs et surtout parce que nous ne sommes pas à leur place. Que savons-nous de l’itinéraire d’une personne, de son histoire, de l’enchaînement des événements qui l’ont amenée à prendre telle ou telle décision ? Dans la même situation, aurions-nous fait d’autres choix, aurions-nous évité de commettre les mêmes erreurs ? Nous ne pouvons pas le savoir, nous ne sommes pas à leur place. Et si nous regardons notre vie avec objectivité, pouvons-nous dire que nous sommes meilleurs ? Que nous avons plus de mérite que les autres ? Notre mission n’est pas de nous mettre à la place de Dieu, mais de nous mettre au service de son projet : accueillir toute personne comme une sœur ou un frère, fille et fils de Dieu comme nous, aimée de manière inconditionnée, rendue capable du meilleur parce que consciente de cet amour absolu et gracieux qui ne veut que notre bien. Puissions-nous, au long de ce carême, nous convertir à cette manière de vivre selon le désir de Dieu.

Olivier

2022-02-22T08:42:37+01:00

L’Évangile du mois de mars 2022

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole :
Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ? » Mais le vigneron lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas. »

Le contexte

Luc présente son Évangile comme une longue montée de Jésus vers Jérusalem jalonnée de rencontres, de gestes qui nous permettent, à nous lecteurs, de saisir peu à peu qui il est. Au début du chapitre 13, Jésus est en dialogue au sujet de l’actualité locale du moment…

L’affaire des Galiléens

Au-delà de sa violence, ce fait divers est marquant parce que cette répression a eu lieu dans l’enceinte du Temple et le sang des victimes a été mélangé avec celui des animaux. Or, dans la tradition du judaïsme, ce qui  touche au sang est sacré et ce mélange est une profanation.

La faute à qui ?

Dans ces moments si douloureux, des questions surgissent : « Ceux à qui il arrive malheur, sont-ils plus coupables que les autres ? » ou « cette épreuve est-elle une punition ? ». La question du mal est une question cruciale pour les croyants et Jésus s’empare de ce sujet avec clarté. La faute et la souffrance ne sont pas deux notions qui sont systématiquement reliées. Un bébé qui agonise, un innocent qui meurt nous empêchent de penser ce lien absurde.

Jésus refuse d’entrer avec ses interlocuteurs dans un débat sur Dieu et le mal. En revanche, il les renvoie à l’urgence de leur propre foi. Ils n’ont qu’une vie et s’ils ne lui donnent pas du sens, elle disparaitra.

La tour de Siloé

Par la mention de cet accident, Jésus radicalise son propos. Si les Galiléens pouvaient être soupçonnés d’être de mauvais croyants, ici ce n’est pas le cas. Si Pilate est responsable du massacre dans le temple, qui est responsable de l’effondrement de la tour, sinon Dieu ?

Jésus apporte la même réponse : Si vous ne sortez pas de cette compréhension d’un Dieu qui punit les victimes du mal, vous deviendrez les victimes de votre façon de penser !

Comment actualiser ? Demande-toi, si tu savais que la vie s’arrêtait aujourd’hui, que ferais-tu ? Ce que tu ferais alors, fais-le maintenant. N’attends pas !

La parabole du figuier stérile

La stérilité du figuier renvoie au manque de conversion, au fait de rester passif devant le mal. La réaction du propriétaire n’est pas étonnante. Devant la stérilité du figuier, l’attitude la plus raisonnable est de le couper. Il se passe alors quelque chose d’inattendu. Le vigneron intercède auprès du maitre en faveur du figuier. Si le propriétaire est Dieu, le vigneron est le Christ. Il n’a pas été envoyé pour détruire mais pour soigner.Le sens de cette parabole est clair. Si nous ne portons pas de fruit, nous occupons la terre inutilement. De quels fruits s’agit-il ? L’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur et la maitrise de soi. Ce sont les fruits de l’Esprit Saint. La parabole reste inachevée car c’est au lecteur d’écrire la conclusion par sa propre vie. Il est toujours temps de se convertir, de changer radicalement de chemin pour s’ouvrir à la joie d’aimer et de partager. Dieu est patient, certainement. Pour autant, comme le dit saint Augustin :

Certes si tu te convertis demain,
Dieu t’a promis sa grâce.
Mais qui t’a promis demain ?

Didier Rocca

Le mot du jour : Figuier et vigne

Si la vigne symbolise Israël, le figuier est un arbre méditerranéen qui donne des fruits, procure de l’ombre et représente la Torah, la Loi de Dieu. Ainsi les interlocuteurs de Jésus peuvent s’identifier soit à l’un, soit à l’autre.

2022-02-22T08:44:31+01:00

Édito Février 2022 > Dieu se donne

Avant la multiplication des pains, Jésus répond à ses disciples inquiets de savoir comment nourrir la foule de plus de 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants, par la phrase : « Donnez-leur vous-même à manger ». Si on l’interprète par « débrouillez-vous », on comprend que les amis de Jésus soient démunis. D’ailleurs Jésus prend la situation en main et accomplit le miracle que l’on sait. Mais on peut aussi interpréter la formule de Jésus d’une autre manière. Peut-être veut-il dire : « Donner-leur à manger ce que vous êtes, vos personnes »… Cela peut sembler tiré par les cheveux, sauf si l’on connaît la fin des Évangiles et comment le Christ institue le repas de l’Eucharistie en disant à ses apôtres de considérer le pain et le vin du dernier repas pascal comme son corps et son sang. Jésus se donne lui-même comme nourriture. Et d’ailleurs on peut être frappé par le fait qu’à sa naissance l’enfant Jésus est déposé dans une mangeoire, préfiguration de ce repas eucharistique que nous célébrons à chaque messe : « prenez et mangez, ceci est mon corps et mon sang donnés pour vous »… Et le nom du village où Marie donne naissance à Jésus est très suggestif : Bethléem signifie « Maison du pain »…

Sacrifice / Action de grâces
Dieu désire se donner à nous, et en Jésus il nous fait comprendre qu’il n’est pas dans le registre du mérite, mais du don gratuit. Son amour est premier et n’est pas relatif à nos efforts ou à nos bonnes actions, même s’il encourage une réponse de notre part. Les chrétiens sont appelés à se convertir à cette vision révolutionnaire et loin de nos conceptions humaines du marchandage et du mérite. Car Dieu est le tout-autre, il ne fonctionne pas comme nous, il est le seul parfait, le seul saint, celui qui aime totalement, sans limite, le tout puissant en amour. Une vie d’homme ne suffit pas pour comprendre cette relation de Dieu avec l’humanité, et tant que nous n’entrons pas dans cette logique, nous faisons fausse route et nous nous trompons dans nos relations interpersonnelles et dans notre vision de Dieu. Les saints sont des femmes et des hommes qui ont entraperçu cette merveille de la gratuité de l’amour et qui ont su y répondre par une vie de partage et non pas de marchandage. En Jésus, Dieu nous fait comprendre que la notion de sacrifice est totalement inversée : ce n’est pas l’homme qui peut faire des choses pour Dieu en échange d’une récompense ou pour éviter une punition, c’est Dieu qui nous donne tout, qui se donne lui-même. La mort et la résurrection du Christ signent la fin de l’ère des sacrifices et nous ouvre à celle de l’action de grâces. Face à Dieu, l’humanité n’a rien à offrir, elle n’a qu’à recevoir et à faire fructifier l’amour reçu.

Pratique religieuse
La démarche religieuse est transformée par cette compréhension. Nos pratiques, nos prières, nos liturgies, nos actions, n’ont pas pour but de nous attirer les bonnes grâces de Dieu, comme des sacrifices offerts à la divinité. Ce sont des réponses à la bonté de Dieu qui se donne à nous, qui se communique à l’humanité en se faisant homme, qui nous nourrit de son amour. Nos pratiques religieuse sont des célébrations de l’amour reçu et accepté. La fine pointe de la pratique religieuse, le résultat ultime de l’action de l’Esprit Saint en nous, c’est de nous aider à vivre ensemble et d’être unis, c’est que nous devenions capables à notre tour de donner sans compter. Ce qui est merveilleux, c’est que ce fruit de l’amour qui transforme nos relations peut être obtenu par d’autres voies que par la voie proprement chrétienne : nous connaissons tous des personnes qui vivent avec d’autres références religieuses, parfois même sans référence religieuse, mais avec une idéologie humaniste, sociale, philosophique ou politique, et qui mettent en pratique dans leur vie interpersonnelle l’amour, l’ouverture, la fraternité, la solidarité… Signe, pour les croyants, de l’action de l’Esprit qui travaille le monde de l’intérieur et porte du fruit partout, même dans les personnes qui ne connaissent pas les messages religieux tels que nous les concevons.

Jésus Christ
En Jésus, Dieu se donne et nous donne à voir comment nous pouvons être authentiquement humains dans la réception de ce don : nous sommes filles et fils de Dieu, aimés sans condition, appelés à nous aimer les uns les autres comme des sœurs et des frères. C’est toute la complexité du mystère de Jésus : il est à la fois Dieu qui se fait connaître et nous communique sa Bonne Nouvelle, et il est tout autant l’homme accompli qui nous ouvre le chemin du véritable sens de notre existence, à savoir la fraternité. Il est normal que nous ayons du mal à comprendre la nature du Christ : il a fallu plus de sept siècle de débats au début de l’histoire de l’Église pour que les chrétiens arrivent à exprimer de manière juste et équilibrée la double nature humaine et divine en Jésus, totalement homme et totalement Dieu, consubstantiel à Dieu et consubstantiel à l’humanité pour le dire avec les « gros mots » théologiques. Et ce qui reste le plus énorme et difficile à concevoir pour nous, c’est que nous sommes nous aussi de cette double nature, humaine et divine… Lorsque nous aurons véritablement intégré les conséquences de cette réalité, alors nous atteindrons notre accomplissement, nous réaliserons ce que nous sommes : filles et fils de Dieu.

Olivier

2022-01-25T19:43:56+01:00

L’Évangile du mois de février 2022

Luc nous relate ici des paroles très connues de Jésus appelées les Béatitudes.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

Le contexte

À la différence de Matthieu, Luc nous présente le discours des béatitudes au pied de la montagne. Jésus développe ici le programme qu’il avait évoqué dans la synagogue de Nazareth au tout début de sa vie publique : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ».

Heureux les pauvres
Jésus ne dit pas qu’y a plus de bonheur dans la pauvreté que dans l’aisance, il déclare ses disciples heureux au creux de leur pauvreté, de leurs privations, de leur faim et de leurs larmes.
Les pauvres sont déclarés heureux non pas parce qu’ils seraient meilleurs que les autres mais parce que Dieu veut faire de son règne une manifestation de sa justice et de son amour pour ceux qui sont dans la détresse. Le privilège des pauvres a son fondement en Dieu et non dans leurs supposées vertus.

Heureux ceux qui ont faim ! Heureux ceux qui pleurent !
On mesure le caractère paradoxal de cette déclaration. Ici, Jésus ne fait pas l’apologie du malheur, il annonce un royaume dans lequel les derniers seront les premiers. Heureux ceux qui ont faim de relations vraies, consistantes.
Dans l’Évangile, les larmes sont proches de l’amour. Elles sont comme un baume adoucissant nos cœurs endurcis. Ces deux dernières béatitudes nous obligent. Si nous voulons être témoins du royaume, commençons par rassasier ceux qui ont faim et consoler ceux qui pleurent.

Heureux quand on vous hait…
La mention importante est « à cause du Fils de l’Homme ». Cette béatitude ne s’applique pas lorsque nous sommes méprisés à cause de notre mauvais comportement mais pour les actions qui nous ont causé du tort à cause de Jésus.
Comment être heureux lorsqu’on est détesté, exclu ou insulté ? Il n’y a pas d’explication. Si cela arrive, c’est une grâce, celle des béatitudes. On peut penser à tous ceux qui vivent le rejet à cause de leur foi.

Quel malheur…
Attention, en regard, des quatre béatitudes, il y a quatre avertissements prononcés par Jésus. Ce ne sont pas des malédictions. Jésus ne veut pas notre malheur. Il nous dit simplement qu’un certain nombre de comportements peuvent nous éloigner du bonheur qu’il veut pour nous. Ainsi, ne rien attendre des autres, être complimenté en permanence, vivre en totale indépendance conduit au malheur.

Paradoxes
Jésus manie souvent dans l’Évangile le paradoxe. Il faut mourir pour vivre… Heureux ceux qui pleurent… Cette manière de parler est bien en cohérence avec sa vie. Il meurt sur la croix par amour pour l’humanité. Il donne sa vie à ceux qui voulaient la lui retirer. C’est le langage de la croix.

Didier Rocca

Le mot du jour : Béatitudes

Les Béatitudes (du latin qui signifie, « le bonheur ») sont le nom donné à une partie du sermon sur la montagne rapporté dans l’Évangile selon Matthieu et à une partie du sermon dans la plaine de l’Évangile selon Luc (l’évangile du moins au chapitre 6, versets 20 à 23). Elles sont au nombre de huit dans l’Évangile selon Matthieu et de quatre dans l’Évangile selon Luc où elles sont suivies par quatre « malédictions ». Il existe d’autres béatitudes dans les Évangiles (Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu) ou dans des sources juives antérieures aux évangiles.

2022-01-25T19:46:23+01:00

Édito Janvier 2022 > Jésus enfant

Grâce au travail de fourmi de nos amis anciens de St-Sa qui se passionnent pour le patrimoine de l’Œuvre, nous avons retrouvé un texte qui explique que Monsieur Allemand, le fondateur de l’OJJA, a choisi de fixer la fête patronale de l’Œuvre autour de Noël, car il voulait que l’enfance du Christ soit une référence pour les jeunes. La date exacte de la célébration a évolué pour s’adapter au rythme des festivités familiales et s’est fixée sur celle de l’Épiphanie, qui permettait au plus grand nombre d’être présents pour l’occasion.

Une vie ordinaire
Les Évangiles ne s’étendent pas beaucoup sur l’enfance de Jésus. Il passe de l’état de nourrisson à celui d’adulte en quelques lignes, et hormis l’épisode de la disparition de trois jours à Jérusalem lors d’un pèlerinage avec ses parents vers sa douzième année, la jeunesse de Jésus n’est pas évoquée. L’évangéliste Luc indique simplement que Jésus « était soumis » à ses parents et qu’il « grandissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes ». On imagine que pendant les trente années de sa vie familiale et discrète à Nazareth, Jésus a reçu une éducation qui l’a marqué et qui a façonné sa personnalité. Mais Marie et Joseph restent dans une ombre très pudique. Jean-Joseph Allemand était sensible à cette dimension de la vie ordinaire : ce n’est pas en premier lieu dans les grands événements et les choses exceptionnelles que se fonde la vie spirituelle, mais sur notre capacité à vivre d’une manière extraordinaire le quotidien souvent banal de nos existences. Si le Christ a vécu quelques années d’une vie publique intense et marquante, relatée dans les Évangiles, les trente premières et discrètes années de sa vie n’en sont pas moins fondamentales. On sait bien que notre manière d’être adulte est enracinée dans ce que nous avons vécu avec nos parents et nos éducateurs, même si nous n’en sommes pas conscients. Nous en retenons le meilleur, nous essayons de ne pas reproduire ce qui n’a pas été positif, parfois nous prenons le contre-pied, ou au contraire nous mettons nos pas dans ceux de nos modèles… Mais que nous le voulions ou pas, nous sommes influencés par ce que nous avons vécu dans notre enfance et notre jeunesse.

Humilité
La manière d’être de Jésus a donc été marquée par ce qu’il a reçu de ses parents et son message a été nourri de cette expérience fondatrice, tout autant que par l’inspiration divine en lui. Pour le dire de manière plus précise, c’est parce que Marie et Joseph ont acquiescé au projet de Dieu pour leur enfant qu’ils ont été capables d’être ses messagers et d’accompagner la croissance de Jésus de la manière que Dieu voulait… Leur propre humilité et leur discrétion ont sans doute beaucoup influencé la manière d’être de Jésus qui n’a pas cherché la gloriole ni les reconnaissances. L’humilité est un des principes fondamentaux sur lequel Jean-Joseph Allemand insistait beaucoup : non pas la fausse modestie mais la capacité à trouver sa juste place, à ne pas être dans le registre de la concurrence avec les autres, à préférer la profondeur du service gratuit et discret à la renommée et à ses artifices, à savoir reconnaître ses talents et les faire fructifier sans comparatisme.

Fragilité et dépendance
L’autre leçon que nous pouvons retenir de ce choix de Dieu de s’incarner et de se faire petit enfant, c’est qu’il se révèle dans la dépendance et la fragilité. Nous sommes loin des images d’un Dieu puissant, fort, redoutable… Le visage que Dieu nous montre en Jésus, c’est celui de la confiance de l’enfant qui a besoin de ses parents pour être en sécurité, pour survivre, pour grandir, pour s’épanouir. La seule chose que le petit enfant peut donner à ses parents, c’est son amour fragile et confiant. C’est dans cette gratuité que réside sa capacité à rendre ses parents capables de prendre cette vertigineuse responsabilité d’avoir donné naissance à un être nouveau et de le faire grandir.

Joie et sincérité
Une autre caractéristique de l’enfance, c’est la capacité à savoir s’émerveiller et à être dans la joie. L’enfant se contente de choses simples et sait se suffire de peu pour être heureux. Sa joie est communicative et profonde. Il n’a pas besoin des chimères et des plaisirs artificiels, mais il sait goûter au véritable sens de la vie et s’extasier devant les belles choses et les mystères de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Nous sommes invités à retrouver une âme d’enfant. Il ne s’agit pas d’être irresponsable, de ne pas assumer nos actes ou de ne pas être capable de nous engager, mais il s’agit de revenir à l’essentiel pour profiter pleinement de la vie. Enfin l’enfant ne fait pas semblant et n’est pas dans la dissimulation. Ce qu’il ressent, il l’exprime : la tristesse ou la joie, la peur ou la colère, la tendresse ou le dégoût. Quand nous devenons adultes nous perdons cette capacité à exprimer nos sentiments avec confiance, alors qu’il y aurait parfois quelque chose de cette transparence à retrouver dans nos comportements d’adultes, si loin, souvent, de ce que nous sommes vraiment. Face à Dieu, nous ne pouvons pas nous cacher derrière un masque ou un personnage, nous sommes tels que nous sommes… Dieu s’est fait enfant pour que comprenions que nous sommes ses fils et ses filles.

Olivier

2022-01-15T11:22:37+01:00

L’Évangile du mois de janvier 2022

C’est l’Épiphanie la fête de l’Œuvre !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode ; alors, des pays de l’Orient, des mages arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus pour lui rendre hommage »
Quand le roi Hérode l’apprit, il en eut un choc, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et ceux qui enseignaient la religion au peuple, car il voulait leur faire préciser où devait naître le Christ. Ils lui firent cette réponse : « C’est à Bethléem de Juda. Car il est écrit dans le livre du prophète : Toi, Bethléem en Juda, tu n’es pas le dernier des chefs-lieux de Juda, car c’est de toi que sortira le chef, le pasteur de mon peuple Israël ». Alors Hérode convoqua les mages en secret et leur fit préciser le moment où l’étoile leur était apparue. Il les mit sur le chemin de Bethléem et leur dit : « Allez là-bas et tâchez de bien vous informer sur cet enfant. Si vous le trouvez, vous me le direz, et moi aussi j’irai lui rendre hommage ».
Après cette entrevue avec le roi ils se mirent en route, et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les conduisait. Finalement elle s’arrêta au dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Revoir l’étoile fut pour eux une grande joie ; ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère et ils se prosternèrent pour l’adorer. Ils ouvrirent alors leurs coffres et lui firent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ils reçurent alors un avertissement au moyen d’un rêve : ils ne devaient pas revoir Hérode. Ils repartirent donc vers leur pays par un autre chemin.

Le contexte

Jésus vient de naître. Après la joie de la naissance dans le village de Bethléem et l’accueil de ce petit enfant par des bergers, c’est au tour des mages, ces savants venus d’Orient de venir se recueillir devant lui. Matthieu, dans ce passage au-delà de l’histoire déjà très belle des mages suivant une étoile pour arriver à Bethléem, veut répondre à deux questions au sujet de Jésus : Qui est-il ? Pour qui vient-il ?

Qui est-il ?

Que nous dit-on de Jésus dans ce récit ? C’est le roi des juifs, expression qui sera inscrite sur la croix. On nous parle de chef, de pasteur. Mais c’est l’attitude des mages qui est significative, ils sont venus l’adorer. Il ne s’agit pas d’un futur chef de guerre ou d’un sage comme l’Orient les aime. Il s’agit de Dieu lui-même. Les cadeaux offerts nous aident à mieux comprendre : L’or parce qu’il sera Roi au sens de serviteur, l’encens parce que de nature divine et la myrrhe pour annoncer qu’il sera le Sauveur en donnant sa vie pour l’humanité.

Pour qui vient-il ? 

Avec sous-entendue cette conviction qu’il est bien normal que chaque peuple ait son Dieu, et donc que Jésus vienne pour les juifs seulement puisqu’il est l’un d’eux. Pourtant, cette logique est contrariée là encore par la présence des mages qui représentent l’ensemble des nations païennes. Le Christ est venu pour tous, il ne sera pas le leader, le gourou d’un peuple particulier. Matthieu l’annonce : Jésus est Dieu fait homme pour le monde entier. 

La joie

Le thème de la joie est aussi très marquant. Il ne s’agit pas simplement d’être content lorsqu’on reçoit un compliment ou que l’on est félicité. La joie éprouvée par les mages (qui n’étaient ni trois, ni rois) les a bouleversés comme dans ces rencontres inoubliables qui nous marquent pour toute la vie. La joie est un critère simple pour réaliser la présence de Dieu en soi, en l’autre, dans le dialogue entre les deux.

Choisis ton roi

Enfin, Hérode représente l’anti-Jésus. Menteur, manipulateur, Hérode n’est pas le roi que le monde attend. Lui passera mais il laissera la place à Jésus qui lui règne encore aujourd’hui. Les mages l’ont bien compris et repartent chez eux par « un autre chemin » sans le prévenir.

Pour actualiser

Cet Évangile dessine l’itinéraire de tout croyant à la recherche de Dieu : La curiosité d’abord (on scrute le Ciel pour y trouver une étoile), la mise en route, la ténacité (on ne change pas d’étoile en route), le passage par les Écritures (on se soumet à une Tradition, une Histoire), la rencontre avec Dieu dans un acte d’adoration puis le retour dans sa vie ordinaire par un autre chemin.

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Didier Rocca

Le mot du jour : myrrhe

La myrrhe était un ingrédient de l’huile d’onction sacrée. On s’en servait pour parfumer les vêtements ou les lits, et elle entrait dans la fabrication d’huiles de massage ou de lotions pour la peau. On utilisait aussi la myrrhe pour préparer les corps avant leur enterrement.

2021-12-17T14:43:33+01:00

Édito Décembre 2021 > Pas au nom du Christ

Nous entendons certains responsables politiques et des éditorialistes revendiquer des postures et des idées au sujet de grands sujets de société en se référant au message chrétien. Je ne veux pas prendre de position politique dans cet humble journal de l’Œuvre, mais je m’offusque de cette récupération et de cette trahison de la pensée chrétienne. Comment ces personnes osent-elles instrumentaliser l’Évangile et lui faire dire l’exact contraire du message de Jésus ?

Instrumentalisation
Dans l’histoire, on a déjà vu cette récupération des prétendues valeurs chrétiennes mises au service d’un discours de haine, de replis identitaires et de rejet de l’autre. De tout temps il y a eu la tentation d’instrumentaliser le discours religieux pour justifier des idées politiques et sociales. Si les responsables religieux n’ont pas de consigne de vote à donner et doivent respecter la laïcité en refusant d’exposer et d’imposer leurs idées politiques, ils se doivent de réagir quand les textes fondateurs et la pensée de leur religion sont trahis et pervertis à des fins électoralistes. Les gens ont le droit de penser ce qu’ils veulent. Ils ont la liberté d’avoir des idées et des projets nationalistes, et mêmes xénophobes, tant qu’ils ne poussent pas à la haine et à la violence, mais honte à ceux qui cherchent à justifier ces idées au nom de la religion !

Fidélité
Le Christ n’a eu de cesse de faire comprendre que Dieu venait rassembler les gens comme les membres d’une même famille, avec une prière qui résume ce projet : le « Notre Père ». Tous les hommes sont invités à se reconnaître enfants de Dieu, donc frères et sœurs de tous. Le Christ s’est battu contre les responsables des autorités juives de son temps pour briser le mur de mépris et de haine construit autour d’une interprétation rigide des lois de pureté et de pratiques religieuses. Avec Jésus nous ne pouvons pas utiliser la pratique religieuse comme un critère de jugement sur les personnes. Il a très souvent mis en avant des personnes méprisées par les « bons croyants » de son temps : les malades, les pauvres, les prostituées, les handicapés, en disant que ces personnes étaient premières dans le royaume de Dieu. Et il a rabaissé les prétendus « bons pratiquants » en leur faisant comprendre que la pratique consistait aussi à mettre en œuvre dans son existence concrète la loi d’amour et d’ouverture proposée par Dieu.

Noël
À Noël nous avançons encore davantage dans la compréhension du projet de Dieu : en Jésus il s’identifie aux plus petits, aux méprisés, aux exclus. Il se fait proche de tous afin que personne ne puisse se penser indigne que Dieu vienne partager sa vie. Et s’il s’identifie à nous, c’est pour nous inviter en retour à nous identifier à lui, c’est-à-dire à essayer de vivre comme il a vécu : dans la fraternité, l’ouverture aux autres, l’engagement au service des plus petits, la lutte contre les injustices, le soin des malades… Car c’est au cœur du drame humain que Dieu s’incarne à Noël. Nous avons fait de la crèche un symbole joyeux et paisible, mais pour la famille de Jésus c’est une tragédie : Marie est une jeune femme enceinte hors mariage, en exil avec le père de leur futur enfant dans une ville où ils sont étrangers, ils ne trouvent pas de lieu pour les accueillir alors qu’elle doit enfanter, ils se retrouvent dans une bergerie sans personne pour les prendre en charge lorsqu’elle donne naissance à Jésus. Après l’accouchement ils devront se faire migrants pour fuir la haine d’Hérode qui fait massacrer tous les nouveau-nés dans la région de Nazareth… Nous sommes loin des décors provençaux et bucoliques de nos crèches qui nous racontent une gentille histoire…

Au nom du Christ
Les chrétiens sont invités à agir au nom du Christ, c’est leur vocation. Il ne s’agit pas de leur faire croire qu’ils peuvent se prendre pour le Christ et qu’ils ont atteint la perfection du simple fait de leur baptême, mais plutôt qu’ils ont un idéal qui peut leur servir de boussole pour agir et faire des choix : « Si le Christ était à ma place, que ferait-il ? » Nous sommes donc invités à rester fidèle aux attitudes du Christ, et non pas à ce que les hommes ont fait du christianisme tout au long de son histoire, car de tout temps il y a eu la tentation de transformer l’Église en un instrument de pouvoir et de pression sur les consciences, qui a été utilisé pour justifier des actes contraires au projet chrétien, mais qui arrangeaient bien les hommes au pouvoir. Agir au nom du Christ, ce n’est pas une posture idéologique, c’est un engagement au service de plus de fraternité, de justice, de paix, d’amour. Cet idéal n’est pas à notre portée, nous devons être d’une extrême humilité lorsque nous nous engageons dans cette voie, mais nous nous devons de garder le cap et de n’avoir de cesse de nous convertir pour répondre à cette vocation, à cet appel. Ce n’est pas parce que l’idéal chrétien est hors de notre portée que nous devons lui tourner le dos… Nous ne sommes pas livrés à nos propres forces, nous sommes rejoints par Dieu lui-même qui se fait proche de nous en Jésus, qui se fait présence en nous par l’Esprit Saint.

Olivier

2022-01-15T11:23:02+01:00

L’Évangile du mois de décembre 2021

Cet évangile sera lu le 12 décembre, le troisième dimanche du temps de l’avent appelé Gaudete.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Les foules demandaient à Jean : « Que devons-nous donc faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! »
Des publicains vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »
Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Le contexte
Nous lisons aujourd’hui un passage du début de l’Évangile de Luc. Jésus n’a pas encore commencé sa vie publique. Nous sommes au bord du Jourdain, lieu où Jean le Baptiste a constitué une communauté originale composée de personnes interdites de Temple à cause de leur métier ou de leur état de vie ou encore parce qu’elles portent un handicap. Jean leur propose un baptême de conversion. Vient naturellement la question : que faire après avoir vécu une expérience spirituelle si forte ?

Que faire ?
Le changement radical de vie n’est pas une fuite hors du monde. Jean renvoie à la réalité ordinaire du partage et de la solidarité. Au fond, Jean déploie une éthique du partage qui nous concerne tous.
Les collecteurs de taxes
et les soldats
Ces personnes sont détestées de la société religieuse car ils se sont enrichis en collaborant avec l’occupant romain. On connaît l’un d’eux Zachée. Ils viennent pourtant eux aussi recevoir le baptême. On imagine sans mal la réaction des autres, les regards soupçonneux… Jean les accueille et prend leur question au sérieux. Il les appelle à être honnêtes. Il n’y a pas de métier honteux. Le collecteur d’impôts comme le soldat peut vivre de son activité à condition que ce soit sous le regard de Dieu.

La morale naturelle
Les principes de vie prêchés par le Baptiste sont les préceptes de la morale naturelle (elle est celle du bon sens, celle qui oriente l’être humain vers son vrai bonheur). Cela reprend la règle d’or que reprendra Jésus : « Tout ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, vous aussi, faites-le pour les autres ». Jean le Baptiste annonce celui qui vient : Le Messie. Le peuple était dans l’attente. Comme Syméon attendait la consolation d’Israël dans le temple de Jérusalem, comme Anne aussi. Lorsque les humains sont dans l’attente, ils ont le regard éveillé, le cœur disponible et naturellement se posent la question : Jean s’annonce-t-il lui-même ? Serait-ce lui le Messie tant attendu ? Jean montre ici sa lucidité. Il dit clairement à ses interlocuteurs qu’il n’est pas le Christ. Il est celui qui annonce un autre, plus puissant que lui. Jean se présente comme un véritable prophète faisant preuve de discernement et d’une grande humilité.

Que dit-il de Jésus ?
La particularité de Jésus est qu’il baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. L’Esprit évoque une relation directe avec Dieu et le feu est un symbole de jugement ou de purification. Enfin, le Christ est présenté ici comme un vanneur qui jette en l’air le blé battu en se servant d’une pelle. Cette image évoque deux réalités :
– La séparation des justes et des injustes, c’est ainsi que le comprend Jean.
– La séparation entre le juste et l’injuste qui se partagent notre vie. Ainsi, le jugement devient la purification pour ne laisser subsister que le meilleur de nous-mêmes. Ainsi, le grenier est une image du Royaume qui ne recueillera que le meilleur de notre vie.

Pour actualiser…
Jean est la figure du disciple, de l’ami, du prophète qui sait rester à sa place et qui donne le goût à une connaissance profonde du Christ. Un beau programme pour chacun d’entre nous.

Didier Rocca

Le mot du jour : Gaudete
Gaudete signifie la joie. Il s’agit durant cette célébration de se réjouir dans le Seigneur. Cela nous rappelle la joie de l’Église dans l’attente de l’avènement du Chris.

2021-11-23T09:24:53+01:00

Édito novembre 2021 > Église constituée de pêcheurs

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église vient d’être rendu public, et nous sommes tous profondément marqués par ce qu’il contient. Les chiffres et tout ce qu’ils représentent de souffrance pour les victimes sont au-delà de tout ce que nous pouvions imaginer. La sidération et l’horreur sont immenses, tout comme la tristesse et la honte pour tous ceux qui sont engagés dans l’Église. Car nous ne pouvons nous désolidariser de l’institution au prétexte que nous ne sommes pas coupables ou que les faits sont anciens. Nous avons été aveugles, maladroits, peut-être même complaisants, sans jamais cautionner les crimes commis mais sans trop chercher à savoir… Je le dis d’autant plus volontiers que notre propre communauté, notre famille de l’Œuvre, n’est pas épargnée par ce fléau. Nous sommes de la même pâte humaine que les coupables désignés et reconnus, et, soyons lucides, il n’en faut parfois pas beaucoup pour basculer dans l’aveuglement qui empêche de considérer la dignité de la personne qui est à côté de nous. Nous sommes aussi de la même pâte humaine que les victimes qui sont rongées par la souffrance et, malheureusement, par la honte.

Pardon
Nous demandons pardon à toutes les personnes qui ont été blessées, de près ou de loin, par ces dérives criminelles. Il y a quelques années nous avons envoyé une lettre aux familles et aux anciens de l’Œuvre suite à des révélations de faits anciens commis dans une de nos maisons mais qui ont des répercussions toujours actuelles et douloureuses. Nous sommes désolés que des jeunes et des familles aient été profondément et durablement blessés dans le cadre de nos Œuvres alors que notre mission est d’accompagner la croissance des jeunes dans un cadre bienveillant, sécurisant et encourageant. Nous n’avons de cesse de parler d’un Dieu d’amour qui accueille et qui relève, et pourtant nous sommes capables de blesser et de détruire. Il nous faut en être conscients, non pour nous complaire dans la médiocrité, mais pour lutter contre ce qui peut nous faire trahir notre mission. Nous ne pouvons plus ignorer que les blessures et traumatismes ne s’effacent pas et restent présents dans l’existence des victimes tout au long de leur vie. Nous savons aussi que l’expression de ces souffrances par les victimes, et la reconnaissance des agressions de la part des responsables, sont des moyens d’apaisement indispensables. Parfois les agresseurs ne sont plus là ou ne sont pas capables, enfermés dans leur perversion, de reconnaître leur responsabilité et leurs crimes, mais en leur noms et comme responsables de l’institution dans laquelle ils ont sévi, nous voulons demander pardon. Pardon si nous n’avons pas mis en place des garde-fous contre l’emprise spirituelle et l’emprise affective qui sont à la source des abus physiques. Pardon aussi si nous n’avons pas eu conscience de la gravité des blessures et des répercussions sur toute une vie et son entourage. Oui, nous avons failli. Nous avons oublié que l’Église est d’abord le Peuple de Dieu, pas une structure, une hiérarchie, avec ses privilèges et ses passe-droits. Nous avons oublié que nous cheminions ensemble. Nous avons oublié que le silence que l’Église a opposé aux victimes fut un silence qui les a enfermées dans leur solitude, leur détresse, leur souffrance. Le contexte et les connaissances actuelles nous éclairent sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre ces dérives criminelles et les aveuglements complices.

Humilité
Cette prise de conscience peut être prophétique : ce n’est pas parce que nous sommes animateurs, adultes, éducateurs, religieux, prêtres, directeurs de colo, que nous sommes au-dessus des autres. Nous avons une mission, nous avons une parole à transmettre, mais nous n’en sommes pas les propriétaires ni les auteurs, nous en sommes les premiers destinataires. Quand nous donnons des conseils, lorsque nous indiquons un idéal, c’est d’abord à nous-mêmes que nous les adressons. L’Église, lorsqu’elle parle par la voie des prêtres, des diacres, des évêques, du pape ou des chrétiens engagés, ne donne pas des leçons de haut mais se parle à elle-même et transmet une parole dont elle est la première destinataire. Sinon elle risque de tomber dans le jugement et la condamnation, ce qui est une perversion de sa mission. Je me permets une réflexion personnelle : comme prêtre, je peux refuser de donner un sacrement, je peux interdire à une personne de communier, je peux culpabiliser les gens sur leurs choix de vie, leurs orientations sexuelles ou leurs actes passés… Mais quand je fais cela, je me prends pour Dieu ! Comment puis-je justifier une telle attitude alors que celui que j’essaye de suivre, le Christ, Dieu fait homme, ne s’est jamais permis d’enfermer une personne dans son pêché mais lui a toujours offert le pardon et le relèvement. Nous ne sommes pas ministres de la condamnation mais du pardon, et nous sommes nous-mêmes des pêcheurs pardonnés. Le Christ n’a eu des paroles dures que contre les responsables religieux de son époque qui se permettaient de juger et de condamner les autres en instrumentalisant la loi de Dieu. Tout ceci nous invite à œuvrer avec une extrême humilité, tout en veillant à transmettre sans trop la trahir la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu offert à tous. Ce n’est pas parce que les porte-parole sont médiocres et décevants que la parole qu’ils ont la charge de transmettre doit être dévalorisée et rejetée.

Vérité
Nous sommes ravis les jeunes et les familles à continuer à nous faire confiance. Nous mettons en place depuis quelques année, pour les grands jeunes et adultes impliqués dans l’animation des enfants, des sessions de formation destinées à éclairer sur la question des abus et des agressions sexuelles, et nous veillons à ce que chacune des personnes qui a en charge des enfants soit vigilante sur les dérives possibles. Il ne s’agit pas de tomber dans la suspicion continuelle, mais de savoir ne pas accepter tout sans discernement. Les paroles de vérité, même douloureuses, nous font grandir, nous offrent la possibilité d’être de meilleurs éducateurs, et nous permettent de mieux remplir notre mission !

Olivier

2022-01-15T11:23:29+01:00

L’Évangile du mois de novembre 2021

Le dimanche 14 novembre, nous prierons pour nos défunts et nous lirons un Évangile pour le moins bizarre.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc

En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.

Le contexte
Avant d’achever son Évangile en racontant la Passion et la résurrection de Jésus, Marc nous propose un récit étonnant sur la thématique de la venue du Fils de l’Homme. De quoi s’agit-il ?

Apocalypse now ?
L’obscurcissement du Soleil et de la Lune ainsi que la chute des étoiles sont des signes apocalyptiques. Pris au sens littéral, ils évoquent la fin du monde mais ce texte peut s’interpréter autrement en se souvenant que le Soleil et la Lune peuvent être des idoles devant lesquelles on s’incline. Ainsi, l’obscurcissement de ces astres signifie la fin de l’idolâtrie. Ainsi, est suggérée non pas la fin du monde mais l’émergence d’un monde nouveau.

La venue du Fils de l’Homme
Cette venue du Fils de l’Homme ne se fera pas en catimini puisqu’elle sera accompagnée de puissance et de gloire. Remarquons que le Nouveau Testament ne parle pas du retour du Christ mais de sa venue. Parler de retour laisserait penser que le Christ est parti. Or, le Christ est vivant par son Esprit. Il est là même s’il est invisible à nos yeux de chair. Bref, le Seigneur est venu, il vient et il reviendra à la fin des temps.

Rassembler les élus
Cela évoque la réconciliation finale après la grande persécution. Il faut avoir en tête que la communauté à laquelle Marc appartient écrit depuis Rome à la fin des années 60 et que la communauté chrétienne est en proie aux persécutions.

La parabole du figuier
Le figuier suggère la fin de l’hiver et la venue du printemps. Demandez à Jean-Marie, il pourra vous le confirmer. Ainsi, l’image suggère qu’après le temps de la persécution, le temps de l’épreuve vient le temps des beaux jours, de la renaissance.

Mes paroles ne passeront pas
De fait, l’Évangile a parlé aux humains de toutes les époques et de toutes les cultures depuis 2000 ans. La Parole est éternelle. Pour chaque génération, elle ne passera pas avant que tout ne soit accompli.

Pour actualiser
La fin des temps ne peut pas être fixée par avance sur notre calendrier. La fin des temps, c’est le Christ crucifié qui, dans la puissance de sa résurrection, vient tout rassembler. Saint Jean-Paul II disait : « Tout ce qui arrivera, jusqu’à la fin du monde, ne sera qu’une expansion et une explicitation de ce qui est arrivé le jour où le corps martyrisé du Crucifié est ressuscité par la puissance de l’Esprit Saint ».
La fin des temps, c’est donc une Bonne Nouvelle ! Difficile à imaginer, ce sera la résurrection générale de tout le cosmos et de chacun d’entre nous.

Et le message concret dans ce passage ?
C’est qu’à travers les vicissitudes de l’Histoire, au terme, il y a la Rencontre avec le Ressuscité pour rentrer dans son Règne.
La règle pour y entrer, le croire tout simplement.
Le rôle des croyants consiste à être porteurs aujourd’hui de cette espérance dans leur quotidien.

Didier Rocca

Le mot du jour : Apocalypse
Ce mot vient du grec « apocalypsis » et signifie « révélation ». Ce genre littéraire apparaît en contexte de crise, surtout au iie siècle avant Jésus-Christ. Il donne naissance à des textes dans l’Ancien Testament et le Nouveau. Ces écrits veulent soutenir la foi et l’espérance des croyants qui passent par l’épreuve de la persécution sous diverses formes. Mais la littérature apocalyptique insiste sur le fait que, si le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, il n’est pas au-dessous non plus ! Ainsi, les croyants de l’Apocalypse actualisent dans leur propre destin celui du Christ.

2021-10-18T21:51:13+02:00